Raymond Roussel, né dans le , le , et mort à Palerme, en Italie, le , est un écrivain, dramaturge et poète français.
Biographie « On en sait plus sur Virgile que sur lui » écrit Jean Ferry en 1963. Pour résoudre certaines énigmes de sa biographie, on peut interroger Roussel lui-même en consultant Comment j'ai écrit certains de mes livres, publié deux ans après sa mort. On peut également consulter le travail critique de François Caradec qui produit en 1972 la première biographie de l'auteur. Depuis lors, de nombreuses archives inédites retrouvées en 1989 sont consultables à la Bibliothèque nationale de France et son œuvre est désormais traduite dans le monde entier.
Jeunesse vignette|left|Raymond âgé de 3 ans (portrait carte-de-visite des studios Wilhelm Benque, Paris). Raymond Roussel est né le samedi à du matin , boulevard Malesherbes à Paris dans un milieu extrêmement aisé. Ses parents sont Eugène Roussel, 44 ans, agent de change et fils d'un avoué normand, et Marguerite Moreau-Chaslon, , fille du président du conseil d'administration de la Compagnie générale des omnibus, Aristide Moreau-Chaslon.. Il est le cadet d'une famille de trois enfants : un frère, Georges, et une sœur, Germaine. Sa mère insiste pour qu'il quitte le lycée et rejoigne le Conservatoire, malgré les résistances de son pèreDenyse Philie, « La musique du cas Roussel », Études françaises, volume 17, numéro 3-4, octobre 1981, (lire en ligne).. En , il est admis au Conservatoire national supérieur de musique de Paris dans la classe supérieure de piano de Louis Diémer, qu'assiste alors Victor Staub. Parmi ses camarades, figurent notamment Louis Aubert, Gabriel Grovlez, Jean Gallon, Alfred Cortot et Lazare-Lévy.. Ses études sont peu couronnées de succès : la mort de son père l'empêchant de se présenter aux épreuves de 1894. S'il concourt en 1895, 1896 et 1897 et 1898, il finit par quitter l'établissement, muni seulement d'un premier accessitArchives nationales, archives du Conservatoire national de musique et de déclamation, AJ37 393, fiche individuelle : ROUSSEL (Raymond).. Après s'être vainement essayé à la composition, ., il décide à dix-sept ans de ne plus faire que des vers, dans une versification parfaite, il écrit nuit et jour pendant de longues périodes.
En 1883, la famille Roussel quitte le boulevard Malesherbes pour s'installer dans un hôtel particulierL'hôtel fut démoli dans les années 1950., au 50, rue de Chaillot qui devient le 20, rue Quentin-Bauchart, et est l'adresse de Raymond de 1928 jusqu'à sa mort. En 1886, il entre au collège Janson-de-Sailly, il est un élève plutôt médiocre et le quitte en 1891, à 14 ansBiographie publiée en annexe de Locus Solus, Garnier-Flamarion. 2005. ..
Premiers écrits vignette|L'auteur âgé de 18 ans : c'était là son portrait préféréDans son testament rédigé le 30 mai 1933, Roussel note, à l'intention des éditeurs, qu'il souhaite voir imprimée cette photo : « En tête de tous mes livres sur les tirages posthumes »... En 1894, sa mère, sa sœur et lui-même héritent de la fortune du père, ancien agent de change, mort le . Cette fortune, qui sera gérée par le père de Michel Leiris, est alors estimée à environ de francs-or. Raymond Roussel commence à écrire des vers pour accompagner ses compositions musicales. À , il écrit Mon âmePoème paru le 12 juillet 1897 dans Le Gaulois., un long poème publié trois ans plus tard dans Le Gaulois.
En 1896, il commence l'écriture d'un long poème intitulé La Doublure. Pendant la rédaction de cette œuvre, il a ce qu'il appelle une « curieuse crise » où, durant quelques mois, il éprouve une « sensation de gloire universelle d'une intensité extraordinaire ». En octobre, il est à Milan avec sa mère. Il s'éveille à la vie et à la poésie.
La Doublure, paru le , est son premier livre et un échec complet : « J'eus l'impression d'être précipité jusqu'à terre du haut d'un prodigieux sommet de gloire », témoigne Roussel. Il subit une crise marquée par une éruption cutanée qui évoque la scarlatine par sa couleur et tombe en dépression. Il est soigné par un médecin de famille, et, par la suite, par plusieurs psychiatres, dont Pierre Janet qui décrit son cas sous le nom de Martial (emprunté à Locus solus, ainsi que Roussel l'explique lui-même) dans De l'angoisse à l'extase (1926)(Consulter ce texte en ligne.).. C'est le docteur Benjamin-Joseph Logre (1883-1963) qui, pour soigner ses insomnies, lui prescrit les barbituriques qui provoquent une assuétude funeste.
Raymond Roussel fréquente les salons mondains, y rencontre Marcel Proust, Reynaldo Hahn. En 1899, il rend visite à Jules Vernecf. Alexandre Tarrieu, « Un peu de Jules Verne chez Raymond Roussel », Revue Jules Verne, 12, 2001.. Il admirait aussi Pierre Loti et Paul Bourget.
L'écrivain et le dramaturge Au moment de la parution d'Impressions d'Afrique, en 1910, il est de nouveau déçu. Le roman reçoit peu d'échos. Personne ne s'y intéresse, sauf Edmond Rostand qui propose d'en faire une « pièce extraordinaire ». Roussel en fait alors jouer successivement trois versions, mais la critique s'acharne sur la pièce, qui est un échec.
L'année 1911 est marquée par la mort de sa mère en octobre. Sa sœur, Germaine Roussel (1873-1930), duchesse d'Elchingen, s'installe dans l'hôtel particulier familial. Raymond part de temps en temps se reposer à la Villa Chaslon-Roussel, située sur le front de mer de Biarritz, construite par Walter-André Destailleur et élevée sur un ancien terrain de la famille Bonaparte. Elle sera revendue en 1917Visites Aquitaine, en ligne.. En 1913, il est nommé officier de l'Instruction publique.
En , c'est la parution du roman Locus Solus qui n'est guère mieux accueilli que les précédents. Durant le premier conflit mondial, il demande à être mobilisé et servir comme chauffeur au service des armées et l'obtient. Il fait teindre tous ses habits en noir en signe de deuil. Il tombe malade en et passe les six derniers mois de la guerre à l'hôpital, affecté par une jaunisse, puis une scarlatine. En 1919, sans doute aussi grâce à ses nombreux dons , il reçoit la médaille commémorative française de la Grande Guerre et la médaille interalliée dite de la Victoire.
En 1920 et 1921, Roussel effectue un tour du monde. Il séjourne notamment à Tahiti, sur les traces de Pierre Loti et prend de nombreuses photographies. Son homme d'affaires, Eugène Leiris (père de Michel) lui signale que pour la première fois ses dépenses annuelles, qui atteignent presque 1,5 million de francs, dépassent ses revenus« Images, visages et voyages de Raymond Roussel », In: François Caradec, Entre miens : d'Alphonse Allais à Boris Vian. Histoires littéraires, Paris, Flammarion, 2010.. Roussel dépose alors un brevet, le , intitulé Utilisation du vide à la non-déperdition de la chaleur pour tout ce qui concerne l'habitation et la locomotion : des tubes de verre vide insérés entre les cloisons, plafonds et planchers des habitacles permettent d'y maintenir un climat tempéré. Pour tester son isolant, il fait construire un gros cube dans son jardin de Neuilly. Le brevet lui est délivré le .
En 1922, Roussel charge Pierre Frondaie de faire une adaptation théâtrale de Locus solus avec Gabriel Signoret en tête d'affiche, qui rencontre aussi un notable insuccès et provoque même des disputes : la première représentation a lieu le au théâtre Antoine et convoque rien de moins que Maurice Fouret (1888-1962) à la musique, Paul Poiret aux costumes et Émile Bertin (1878-1957) aux décorsLocus Solus, sur Archives du spectacle, notice en ligne.. Spectacle coûteux, entièrement financé par Roussel, il accède ainsi à une forme de célébrité par le scandale.
Le , pensant que ses pièces échouaient parce qu'elles n'étaient que des adaptations, Roussel écrit directement pour la scène L'Étoile au front, mais c'est encore un échec accompagné de protestations et de bagarres : Raymond Roussel, Comment j'ai écrit certains de mes livres, éd. Gallimard, coll. L'imaginaire, . On retrouve ce dialogue dans le film d'Henri Jeanson "Lady Paname" (1950), entre le photographe Gambier dit Bagnolet (Louis Jouvet) à Chacaton, président d'une ligue de vertu (Maurice Nasil), lors du tour de chant de Caprice (Suzy Delair).
Le , La Poussière de soleils, sa dernière pièce, est jouée au théâtre de la Porte-Saint-Martin, dans les décors de Numa et Chazot : La critique fut toutefois encore assez négative. Au même moment, il présente à la presse dans les jardins de son hôtel particulier à Neuilly-sur-Seine (La Revue du Touring Club de France, L'Illustration) son invention, une « villa-nomade », en réalité un camion Saurer aménagé en « maison roulante », qu'il appelle « sa roulotte », avec chambre-salon, salle de bains et logement du personnel. Entre la fin 1926 et début 1927, il fait Paris-Rome en roulotte et fait visiter celle-ci à Mussolini.
De retour à Paris, il décide de vendre son hôtel du 25, avenue Richard-Wallace à Neuilly (la transaction ne sera conclue qu'en 1931). En , il est nommé chevalier de la Légion d'honneur par le biais de Louis Barthou, et il prend pour parrain le docteur Jean Baratoux (1855-1956)Base Léonore, cote LH/2404/28.. Il décide d'aller vivre chez sa sœur juste avant la mort de celle-ci en 1930, rue Quentin-Bauchard. Il y retrouve son neveu Michel Ney, veut l'adopter pour qu'il hérite de tous ses biens sans frais, ne peut pas, puis décide d'habiter au Ritz.
Roussel fait plusieurs séjours dans une clinique de Saint-Cloud pour troubles neuropsychiatriques. En 1931, il fait un don important à Marcel Griaule pour ses expéditions et à Georges-Henri Rivière pour le musée d'ethnographie. C'est aussi cette année-là qu'il achète une concession au cimetière du Père Lachaise et fait dresser les plans d'un caveau ; sculpture et monument ne seront jamais exécutés, seule une pierre sera dressée en 1966, par Lecreux Frères.
En novembre 1932 sort en librairie le dernier livre publié de son vivant, Nouvelles Impressions d'Afrique, qui comprend 59 photogravures de dessins à la plume non légendés figurant des scènes énigmatiques signées Henri-Achille ZoCherchant un illustrateur, Roussel passa par une agence de détective, laquelle lui recommanda cet artiste (d'apr. François Caradec (1972), cf. infra).. Il connaît de nouveaux soucis financiers, l'effet de la crise semble l'avoir ruiné totalement à la fin de cette année.
thumb|alt=tombeau|Tombe de Raymond Roussel au cimetière du Père-Lachaise.
La mort : suicide ou accident ? Alors qu'il projetait de se faire soigner dans la clinique du Ludwig Binswanger à Kreuzlingen, Roussel décide, début , de partir se reposer à PalermePourquoi choisir Palerme, ville suffocante en été ? L'hypothèse émise par ses biographes est la suivante : au début des années 1930, Palerme, tout comme Naples, est un port ouvert au trafic de marchandises réglementées, comme les médicaments. Charlotte Fredez, au service de Roussel depuis 23 ans, avoue avoir récupéré la somme de francs avant de revenir au Grand Hôtel Et Des Palmes, sans doute avec les substances : le journal de prises de doses ne commence que le 25 juin, or Roussel est à Palerme sans doute depuis deux semaines déjà., loue une voiture et embauche un mystérieux jeune chauffeur, conducteur de taxi, dont le nom est resté inconnu : son neveu Michel Ney assiste à leur départ de Paris, rue Quentin-Bauchard. Charlotte Fredez dite « Dufrêne », 53 ans, n'est pas du voyage, elle rejoint Roussel plus tard.