La bibliothèque Inguimbertine est la bibliothèque municipale classée de Carpentras. Elle est composée des fonds de lecture publique (section adulte et section jeunesse), des fonds bibliographiques patrimoniaux et de collections muséales reconnues Musée de France (présentées dans deux lieux, le musée Comtadin-Duplessis et le musée Sobirats). Pour évoquer cette originalité, le terme de bibliothèque-musée Inguimbertine est désormais utilisé. Elle fait partie depuis 1897 des 54 bibliothèques municipales classées comme les plus importantes de France. Elle dispose de , dont , , , (dont le chef-d'œuvre Gamines de Louise Breslau), et d’art.
Avant l'Inguimbertine thumb|Bib. Inguimbertine Collection Barjavel
Il y eut deux tentatives pour constituer une bibliothèque à Carpentras avant l'Inguimbertine : Georges d'Ornos, évêque de Carpentras, mort en 1452, avait voulu que ses livres soient vendus afin d'aider à la construction d'une nouvelle cathédrale. Mais on préféra bientôt suspendre cette vente pour former une bibliothèque publique. Ceci fut fait en 1460 dans la cathédrale. Cependant, cette bibliothèque cessa d'exister pour des raisons encore mal connues. Jacopo Sadoleto, ayant été nommé évêque de Carpentras, embarqua sa riche bibliothèque en 1527 sur un bateau vers la France. Malheureusement la peste condamna le navire : les collections de ce grand humaniste furent repoussées des côtes et perdues.
La bibliothèque de l'évêque d'Inguimbert vignette |gauche|La Stèle de Carpentras, ou stèle de Taba, trouvée à Memphis en Egypte en 1704, fut la première inscription sémitique publiée dans les temps modernes dans le monde. Achetée par le Marseillais Jean-Pierre Rigord, elle a intégré plusieurs collections aixoises avant d'être achetée par Dom Malachie d'Inguimbert, évêque de Carpentras, pour sa bibliothèque devenue publiqueRigord, M., "Lettre de Monsieur Rigord Commissaire de la Marine aux journalistes de Trevoux sur une ceinture de toile trouvée en Égypte autour d'une Mumie." Mémoires pour l'histoire des Sciences et les beaux Arts, Trevoux 4 (1704): 978–1000: "LETTRE DE MONSIEUR Rigord Commissaire de la Marine aux Journalistes de Tretoun sur une Ceinture de Toile trova vée en Égypte autour d'une Mumie. Je N'écrirois pas sur une mariere aussi obscure que celle-ci, sans un ordre supérieur qui m'y engage, & sans que je crois faire plaisir au public de lui rendre compte d'une découverte tout à fait singuliere. Mr. Maillet Consul d'Égypte homme sçavant & curieux m'a addreseé pour Monseigneur le Chancelier quel quelques pièces d'une toile fort ancienne. Cette toile est de Lin, ornée de figures historiques dans ses bords, avec un écrit au pied de ces figures. J'ai fait graver un petit carré de cette toile de la grandeur dont est l'original. Ce que j'en ai vû contient trente fois autant que j'en ai fait graver. L'Écrit qu'on voit au bas de la petite bordure sur cette toile est d'un caractère qui m'eft inconnu, & qui l'est de même à tous les sçavans que j'ai consultez.". thumb|Bib. Inguimbertine, collection d'Inguimbert thumb|Bib. Inguimbertine, judaïca
Aussi le véritable fondateur de la bibliothèque publique de Carpentras est-il l'évêque Joseph-Dominique d'Inguimbert. Ce dernier, avant d'être nommé évêque de Carpentras, fut le bibliothécaire du cardinal Corsini. Il conseilla l'achat de la bibliothèque du cardinal Philippe-Antoine Gualterio et participa au classement de cette bibliothèque, rendue publique en 1754. Parmi les bibliothécaires fameux en Italie à cette époque, citons Antonio Magliabechi et Prospero Lambertini, qui succéda au pape sous le nom de .
Nommé évêque de Carpentras en 1735, Joseph-Dominique d'Inguimbert rapporta de Rome environ , des tableaux, des estampes... La mise en vente de la bibliothèque du président de Mazaugues lui donna l'occasion d'enrichir la sienne : environ , , divers objets d'art et de curiosité prirent le chemin de Carpentras en 1745. En 1747, il acheta au baron de Trimond, neveu et héritier des Mazaugues, les dossiers et minutes de correspondance de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc qui participent grandement à la renommée de l'InguimbertineFonds de la bibliothèque.
D'Inguimbert acheta et aménagea l'hôtel de Grandis-Pomerol, à côté du palais épiscopal pour y placer ses collections. Il sollicita auprès de l'autorisation de léguer sa fondation, et en 1746 une bulle confirma la fondation de cette « maison des muses » (pour reprendre un rébus imagé placé au-dessus de la porte, un roseau entre deux rats : mus - arondo - mus / musarum domus)H. Dubled, « Carpentras, capitale du Comtat Venaissin », Jeanne Laffitte éditeur, 1975.
Ce modèle italien transposé dans l'ancienne capitale de l'État pontifical du Comtat Venaissin est une des originalités de la bibliothèque Inguimbertine.
De la Révolution française à l'évolution des bibliothèques thumb|Musée Duplessis, galerie d'Inguimbert thumb|Musée Duplessis, cabinet de Mgr. D'Inguimbert
Une autre originalité de la bibliothèque Inguimbertine, à la fois conséquence de la première et liée à l'histoire de la Révolution en Comtat Venaissin, est la faiblesse de l'apport des saisies révolutionnaires. Si la plupart des bibliothèques municipales classées doivent leur richesse aux saisies des bibliothèques des congrégations religieuses, tel n'est pas le cas de l'Inguimbertine.
La municipalité déménage, en 1847, les collections en un hôtel particulier dans lequel la bibliothèque, avec ses rayonnages et son classement du , se trouve encore. Des dons - comme celui de Casimir François Henri Barjavel avec ses , tableaux et objets d'art -, des dépôts de l'État, des acquisitions, l'enrichissent.
Cette bibliothèque publique créée avant l'essor de la lecture publique, cette « maison des muses » rassemblant divers supports avant les médiathèques, a accompagné la création des bibliothèques populaires dans le dernier quart du , a accueilli les archives municipales, a constitué des musées à partir de certaines des œuvres conservées (Musée Comtadin-Duplessis, Musée Sobirats, Musée Lapidaire), et fait le pari de tenir ensemble ce qui ailleurs a pu être scindé, voire opposé : fonds patrimonial et lecture publique, bibliothèques, archives et musées. Jean-Joseph Bonaventure Laurens versa à la bibliothèque son fonds de musique d'orgue, et notamment un exemplaire original de la Messe à l’usage des Paroisses de François Couperin, ainsi qu’une partition manuscrite de Johann Sebastian Bach, la Partita sur Sei gegrüsset Jesu gütig.
L'Inguimbertine à l'Hôtel-Dieu Depuis quelques années, la municipalité a lancé un projet de transfert des collections au sein d'un pôle culturel localisé dans l'ancien Hôtel-Dieu de Carpentras, en cours de réhabilitation. Ce déménagement a pour but d'améliorer la mise à disposition des fonds et l'accueil du public. Durant la rénovation de l'Hôtel-Dieu, un profond travail de modernisation de la bibliothèque est mis en place, avec la numérisation, en vue d'une libre consultation en lignedéménagement des fonds vers l'Hôtel-Dieu.
Le projet scientifique et culturel de l’Inguimbertine à l’hôtel-Dieu prévoit de laisser telles quelles les parties remarquables de l’hôtel-Dieu (vestibule, chapelle, pharmacie). Les autres espaces permettront le redéploiement des collections. Le rez-de-chaussée abritera les fonds de lecture publique – avec une orientation très nette pour le multimédia – mêlés aux tableaux, aux instruments de musique et scientifiques ainsi qu’aux objets d’art (). Le premier étage accueillera l’exposition permanente des cabinets des principaux donateurs (), les réserves visitables (), les collections de beaux-arts exposées par thèmes () ainsi que la salle d’expositions temporaires (). Un grand hall contemporain abritera la banque d’accueil, le vestiaire, la librairie. Adossé à l’escalier d’honneur, il facilitera la liaison entre les différentes parties du monument et s’ouvrira sur l’ancien jardin des religieuses. En raison du coût de cette entreprise ( d’euros non compris le chantier des collections), le projet a été échelonné en deux tranches. La première a été subdivisée en deux phases (1A et 1B) dont les travaux s’élèvent à d’euros hors taxes, subventionnés par l’État à hauteur de 36 %. La région et le département contribuent aussi à ce chantier. La phase 1A a été inaugurée à l’automne 2017 ; la 1B le sera en . La deuxième tranche concernera la présentation de la plus grande partie des collections patrimoniales et l’installation des bureaux et des réserves dans la partie nord-est. Son budget est estimé à d’euros hors taxes. Les études de réalisation de cette dernière partie ont commencé en vue de l’achèvement des travaux en 2020Priscille de Lassus, « Jean-François Delmas : la bibliothèque idéale », Codex, été 2017, 4, pages 160 - 161 et Jean-François Delmas, « L’Inguimbertine à l’hôtel-Dieu », Carnets du Ventoux, hiver 2018, 98, . vignette|Le célèbre tableau Gamines de Louise Catherine Breslau (1890).
Association des Amis de l'Inguimbertine et du Musée de Carpentras Créée en 2001 par deux Carpentrassiens, l’AAIMC a pour vocation de faire connaître la bibliothèque et le musée de Carpentras, dont les collections conservent des documents, incunables, livres et manuscrits d’une telle richesse que des chercheurs viennent du monde entier pour les consulter.
L’Association, qui comporte aujourd’hui plus de 200 membres, finance également des restaurations ou des acquisitions, en collaboration étroite avec le conservateur. La dernière restauration en date, réalisée en collaboration avec la municipalité et la DRAC d’Aix en Provence, est celle d’un trumeau et d’une console du , que l’on peut admirer au Musée Sobirat de Carpentras. D’autres projets sont à l’étude avec le conservateur.
La vocation de l’Association est avant tout de participer au maintien et à l’enrichissement du patrimoine local. Plusieurs événements sont organisés afin de soutenir financièrement cet objectif : conférences, concerts et visitesbut de l'association.
L'association a cessé son activité en 2018.
Conservateurs +PériodeIdentité19191923Hyacinthe Chobaut19231947Robert Caillet19471949Léonce Bouyssou19491951Georges Bataille19511962Claude Sibertin-Blanc19621983Henri Dubled19832000Isabelle Battez20002003Christiane Imbert20042019Jean-François Delmas20212022Matthieu Desachy
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie sélective
Jean-François Delmas, « Adapter à Carpentras le modèle intellectuel romain : le grand dessein de dom Malachie d’Inguimbert », L’Inguimbertine à l’hôtel-Dieu, Paris : Beaux-Arts Éditions, 2024, pages 20–25. Jean-François Delmas, « Le projet scientifique et culturel de l’Inguimbertine : un exemple d’approche muséale au service des bibliothèques », Bulletin des bibliothèques de France, , t. 56, , p. 26-31. Lire en ligne Jean-François Delmas, Des collections de dom Malachie d’Inguimbert à l’Inguimbertine : transferts et héritages culturels dans le Comtat Venaissin (). Thèse de doctorat d’histoire soutenue le à l’École nationale des chartes dans le cadre de l’École pratique des hautes études (École doctorale 472).
Catalogues des manuscrits
Lire en ligne : Tome 1 (1901) Par M. Duhamel ; Tome 2 (1899) par MM. Duhamel et Liabastres; Tome 3 par M. Liabastres : partie (1902) et partie : Table générale (1903).
Catalogues des imprimés
Catalogues de reliures
Catalogues des œuvres les plus remarquables
Liens externes
Site internet de la bibliothèque Inguimbertine La page consacrée à la bibliothèque Inguimbertine sur le site de la ville de Carpentras La page consacrée à la bibliothèque Inguimbertine sur le site de la Bibliothèque Virtuelle de la Méditerranée Base de données Enluminures, sur laquelle on peut voir des images de manuscrits conservés à l'Inguimbertine. Dossier de la DRAC PACA Visite virtuelle de l'Hôtel d'Allemand (ancienne bibliothèque Inguimbertine)
Carpentras Catégorie:Monument dans le Vaucluse Catégorie:Carpentras Catégorie:Histoire des vaudois