La « mémoire de l’eau » est le nom, donné en 1988Ma vérité sur la mémoire de l'eau de J. Benveniste , à une hypothèse émise par le chercheur, médecin et immunologue, Jacques Benveniste, selon laquelle l’eau qui est en contact avec certaines substances conserverait une empreinte de certaines propriétés de celles-ci alors même qu'elles ne s’y trouvent statistiquement plusCela signifie que le taux de dilution est, en puissances de 10, très supérieur au nombre de molécules initialement présentes. On ne peut plus alors parler d’un nombre de molécules présentes, mais d’une probabilité d’en trouver au moins une (rendue ici négligeable).. Le sujet apparaît tout d'abord comme une simple controverse médiatico-scientifique, avant des accusations de fraude. Jacques Benveniste est alors sous contrat avec les laboratoires d'homéopathie Boiron.
Les expériences de Jacques Benveniste sont présentées par des tenants de l'homéopathie (qui pratique une dilution très importante des principes actifs) comme une validation expérimentale de celle-ci. Cependant, une reproduction de l'expérience menée par des chercheurs anglais donna des résultats inversesS. J. Hirst, N. A. Hayes, J. Burridge, F. L. Pearce, J. C. Foreman, Human basophil degranulation is not triggered by very dilute antiserum against human IgE, Nature 366, (9 décembre 1993) Human basophil degranulation is not triggered by very dilute antiserum against human invalidant l'hypothèse de Jacques Benveniste : l'eau liquide ne retient pas de réseaux ordonnés de molécules pendant plus d'une fraction de nanoseconde. Les résultats des expériences originales sur la mémoire de l'eau peuvent découler d'un artéfact expérimental, d'une interprétation abusive, ou d'une fraude scientifique. L'hypothèse de la « mémoire de l'eau » est désormais considérée comme invalidée scientifiquement.
En dépit de ce discrédit, l'hypothèse de la « mémoire de l'eau » continue d'être utilisée par certains auteurs, associations et cercles regroupant des personnes s'intéressant aux phénomènes inexpliqués et théories pseudoscientifiques. D'autres continuent à l'étudier, en particulier le professeur Luc Montagnier, lauréat du Prix Nobel de médecine en 2008 mais depuis marginalisé au sein de la communauté scientifique du fait de ses prises de positions dépourvues de fondement scientifique.
Publication dans Nature La controverse est initiée par un article publié dans la revue Nature de cosigné par :
l’équipe de la cellule U200 de l'INSERMDr Jacques Benveniste, Elisabeth Davenas, Francis Beauvais, Philippe Belon, Jean Sainte-Laudy, Bernard Poitevin, deux équipes en Israël : Institut d'Immunologie Clinique Ben Ari, Hôpital Kaplan (J. Amara, M. Oberbaum) et Département de Science Animale, Faculté d'Agriculture (B. Robinzon) une équipe au Canada : Départements de Zoologie et de Physiologie, Université de Toronto (B. Pomeranz, P. Fortner) et une équipe en Italie : Département de Médecine Interne, Maladies et Immunopathologie, Université de Milan (A. Miadonna, A. Tedeshi).
Cet article décrit la réaction de globules blancs au contact d’un anticorps et conclut que les globules blancs continuent de présenter des réactions alors que l’anticorps est dilué au point d’éliminer statistiquement toute molécule d’anti-IgE dans la solution.
Immédiatement, cette étude a un retentissement important dans les médias à grand public. En France, le , le journal Le Monde consacre sa une au résultat surprenant annoncé par Jacques Benveniste. Mais, dès le mois suivant, la validité des travaux est mise en doute. Aux critiques d’ordre scientifique (mise en cause du protocole et des conditions de réalisation de l’expérience) s’ajoutent des arguments sur les circonstances de publication (soupçon de conflits d’intérêts, mise en cause des critères d’acceptabilité d’un travail par la revue Nature). Le Monde publie un nouvel article à ce sujet le .
Si la revue Nature a accepté de publier l’article, il était précédé d’une mention précisant que la rédaction avait accepté la publication des résultats par ouverture d’esprit, mais les estimait douteuxHuman basophil degranulation triggered by very dilute antiserum against E. Davenas, F. Beauvais, J. Amara, M. Oberbaum, B. Robinzon, A. Miadonnai, A. Tedeschi, B. Pomeranz, P. Fortner, P. Belon, J. Sainte-Laudy, B. Poitevin, J. Benveniste, Human basophil degranulation triggered by very dilute antiserum against IgE, Nature 333, 816-818 (30 Jun 1988).. Le directeur de la revue déclare qu'il aurait accepté de publier ces travaux pour que Benveniste « ne se fasse pas passer pour un Galilée moderne, victime d’une nouvelle Inquisition ». Selon Luc Montagnier, c'est effectivement ce qui se passa : en , il affirma dans le journal Science qu'il s'exilait en Chine pour « échapper à la terreur intellectuelle » entourant Jacques Benveniste, un « Galilée des temps modernes », et la mémoire de l'eau.
Protocole expérimental controversé La reproductibilité éventuelle d'une telle expérience nécessite un respect strict du protocole expérimental, préalable incontournable à la critique positive ou négative d'un travail.
En 1993, une équipe constituée de membres des Départements de PharmacologieS. J. Hirst, Nicholas A. Hayes et John C. Foreman), des Sciences Statistiques (J. Burridge) et de la Chimie (Fred L. Pearce) du University College London, utilise le même protocole expérimental et ne parvient pas à reproduire les résultats.
Le test utilisé dans l'expérience initiale n’aurait pas été suffisamment fiable car donnant lieu à trop de « faux positifs ». L’utilisation d’une méthode de comptage donnant moins de faux positifs et éliminant l’influence de l’expérimentateur (cytométrie en flux) a permis au groupe de scientifiques dirigés par le Madeleine Ennis de publier un article en 2001 dans lequel les résultats sont conformes à ceux obtenus par Jacques BenvenisteV. Brown and M. Ennis, Flow-cytometric analysis of basophil activation: inhibition by histamine at conventional and homeopathic concentrations, Inflammation Research vol. 50, Supplément 2 (S47–S48), 04/2001 . Alors que Madeleine Ennis s’était déclarée , elle déclara le dans The Guardian : Plus tard, Madeleine Ennis, assistée de Jacques Benveniste, ne réussira pas à reproduire ce résultat selon le protocole expérimental proposé lors d’une émission de la BBC où la James Randi Educational Foundation offre un million de dollars à toute preuve d’un phénomène paranormal.
Accusations de conflits d’intérêts Les recherches de Jacques Benveniste sont financées en partie par les laboratoires Boiron (jusqu’en 1989), spécialisés dans la production de produits homéopathiques. Certains y voient un conflit d’intérêts.
Les auteurs d’articles scientifiques doivent, au moment de la soumission d’un travail, soit déclarer sur l’honneur ne pas avoir de , soit, dans le cas où ils en déclareraient un, l'énoncer clairement. Cependant, dans l'étude publiée le , les chercheurs ne déclarent pas qu'ils n'ont aucun conflit d'intérêts, et n'énoncent aucun conflit d'intérêts.
Une recherche sur les liens d'intérêts de l'équipe de la cellule U200 de l'INSERM ayant participé à l'étude fait apparaître les éléments suivants :
Dr Jacques Benveniste : / Elisabeth Davenas : chercheuse du groupe Boiron-LHF Francis Beauvais : / Philippe Belon : chercheur du groupe Boiron-LHF Jean Sainte-Laudy : chercheur du groupe Boiron-LHF Bernard Poitevin : médecin homéopathe et chercheur du groupe Boiron-LHF.
Publications de travaux insuffisamment validés La publication des travaux de Benveniste dans les Proceedings of Molecular Biology provoqua une polémique plus générale sur les critères d’acceptabilité de la revue Nature, ses détracteurs l’accusant d’avoir publié un article sur une expérience non reproductible où la volonté de faire apparaître un résultat semblait prendre le pas sur la rigueur scientifique.
En outre, tant la revue que de nombreux scientifiques, sans discuter la validité ou l’invalidité de cette hypothèse particulière, firent valoir qu’il arrive très souvent qu’une hypothèse publiée dans une revue de haut niveau soit par la suite réfutée, qu’il s’agit même du fonctionnement normal de la science et que la publication dans une revue scientifique constitue une proposition de nouvelle théorie qui doit dans tous les cas être vérifiée ensuite par d’autres équipes de recherche.
De plus, les tests utilisés par Benveniste avaient déjà été critiqués comme non fiables pour d’autres usagesMichel de Pracontal, L’Imposture scientifique en dix leçons. Dès lors, il paraissait plus qu’osé de s’en servir pour contester les bases mêmes de la physique.
Mémoire de l'eau à la une du Monde Cet emballement médiatique est attribué à une manœuvre de Benveniste. Le , le journal Le Monde a annoncé la découverte de Benveniste en Une. Le reste de la presse généraliste s’est également emparé du sujet, pour ne pas laisser l’exclusivité d’un tel scoop au Monde. Comme l’article de Benveniste est alors la seule publication existante, la presse commente une question scientifique sur laquelle le débat scientifique n’a pas encore eu lieu. À titre de comparaison en 2008, la supraconductivité à haute température engendre plus de dix prépublications par jour, montrant un débat approfondi entre les chercheurs.
Le défi de Science et Vie En 1989, la revue de vulgarisation scientifique Science et Vie lancera à Benveniste un défi (avec un million de francs à la clef) pour prouver l’existence de la mémoire de l’eau ; Benveniste ne relèvera jamais le défi .
Enquête de Nature En , la conclusion de la contre-enquête : ..
Critiques et défenses de la théorie Pour l'immense majorité des physiciens et des chimistes, l'hypothèse de la mémoire de l'eau formulée par Benveniste n'est pas compatible avec les propriétés de cette molécule. Jose Teixeira. Homeopathy, Volume 96, Issue 3, July 2007, Pages 158-162 , même en tenant compte des liaisons par pont hydrogène entre les molécules, responsables par exemple de sa dilatation quand elle prend en glace.
En 2017, un article publié dans Science Magazine largement commenté par la communauté scientifique pose l’hypothèse de l’existence d’un second point critique de l'eau. Lorsque l'eau est refroidie en dessous de 0 °C sans geler (on appelle cela eau surfondue), certaines de ses propriétés changent drastiquement; en particulier : sa compressibilité augmente fortement, sa capacité calorifique augmente et sa densité adopte un comportement inhabituel. Ceci fournit des explications possibles à des particularités de l’eau qui en font un matériaux hors norme, notamment le fait qu’elle devient plus légère quand elle passe à l’état solide et que sa compressibilité s’accroît lorsque, à l’état liquide, sa température baisse.
Du point de vue de la physique de la matière condensée, l'hypothèse d'une mémoire conservée à des distances macroscopiques ou mésoscopiques, et l'existence de nanoparticules à base d'eau ou entièrement composées d'eau n'est pas une impossibilité, et ce malgré la courte vie des liaisons hydrogène entre molécules H2O et le fait qu'aucune molécule n'occupe un rôle spécifique dans ces agrégats. Certains auteurs mentionnent parfois que la formation de clusters locaux quantiquesDel Giudice E, Preparata G, Vitiello G (1988). Water as a free electric dipole laser. Physical Review Letters 61: 1085-1088. [] pourrait fournir un mécanisme à la mémoire de l'eau, et les clusters d'eau sont à l'étude in vitro et in silico car ils pourraient expliquer certaines des caractéristiques étonnantes de l'eau, la plus connue étant sa dilatation lors du refroidissement. D'autres auteurs affirment que de tels clusters n'ont jamais pu être observés et que cette idée a été abandonnée.