Vasco Núñez de Balboa est un conquistador espagnol né à Jerez de los Caballeros (Royaume de Castille) vers 1475 et mort à Acla, au Panama actuel, le . Il est le premier Européen à avoir découvert l'océan Pacifique depuis sa côte orientale en 1513Deux ans plus tôt, en 1511, les Portugais découvrent le détroit de Malacca, puis atteignent les Moluques et, enfin, l'ouest de la Nouvelle-Guinée, qui sont baignés par des mers secondaires du Pacifique, mais non par l'océan « proprement dit ». L'exploration de ce dernier ne débutera réellement que quelques années plus tard avec Fernand de Magellan. « La découverte du Pacifique », Encyclopédie Universalis.. La fondation d'une ville permanente sur les terres continentales américaines lui assure autant la célébrité qu'une mention dans les manuels.

Biographie Vasco Núñez de Balboa descend des seigneurs du château de Balboa, près de Villafranca del Bierzo, dans la province de León actuelle. Son père était peut-être l'hidalgo Nuño Arias de Balboa, et l'identité de sa mère est plus incertaine encore (c'était peut-être une femme de La Antigua, de la vallée de laquelle le père de Vasco proviendrait directement, ou une dame de l'Estrémadure sur laquelle on n'a pas d'autres données). On n'a pas non plus de certitudes sur son enfance.

Dans l'adolescence, il sert de page et d'écuyer à , seigneur de Moguer. En 1500, encouragé par son seigneur, qui lui relate les péripéties des expéditions de Christophe Colomb vers le Nouveau Monde, il décide d'entreprendre son premier voyage en Amérique en prenant part à l'expédition de Rodrigo de Bastidas. En 1501, il parcourt les côtes de la mer des Caraïbes de l'est du Panama au cap de la Vela, dans la Colombie actuelle, via le golfe d'Urabá. Grâce aux gains qu'il réalise dans cette campagne, il se retire en 1502 sur l'île d'Hispaniola, y achète une propriété et y réside plusieurs années en se livrant à l'agriculture. Il n'a toutefois pas de chance dans ce domaine et finit par s'endetter à tel point qu'il se voit contraint d'abandonner sa propriété.

En 1508, le roi Ferdinand le Catholique ouvre à la concurrence la conquête de la Tierra Firme. Deux nouveaux gouvernorats sont créés sur les terres comprises entre le cap de la Vela (dans la Colombie actuelle) et le cap Gracias a Dios (actuellement à la frontière du Honduras et du Nicaragua) et se voient donner le golfe d'Urabá pour limite commune : la Nouvelle-Andalousie, à l'est, gouvernée par Alonso de Ojeda, et le gouvernorat de Veragua, à l'ouest, gouverné par Diego de Nicuesa.

En 1509, désireux d'échapper à ses créanciers à Saint-Domingue, Núñez de Balboa s'embarque clandestinement (dans un tonneau avec son chien Leoncico) lors de l'expédition commandée par l' de la Nouvelle Andalousie, Martín Fernández de Enciso, qui part à la rescousse du gouverneur Alonso de Ojeda, son supérieur.

Avec 70 hommes, Alonso de Ojeda a précédemment fondé la colonie de San Sebastián de Urabá en Nouvelle Andalousie. Près de cet établissement résident cependant beaucoup d'autochtones belliqueux qui utilisent des armes empoisonnées, et Ojeda a été blessé par une pierre. Peu après, il a regagné Hispaniola et laissé l'établissement sous la garde de Francisco Pizarro, qui n'est alors qu'un soldat courageux qui attend l'arrivée de l'expédition d'Enciso. Ojeda a demandé à Pizzaro de tenir la colonie cinquante jours avec quelques hommes ou, sinon, d'employer tous les moyens pour regagner Hispaniola.

Avant l'arrivée de l'expédition à San Sebastián de Urabá, Fernández de Enciso découvre Núñez de Balboa à bord et menace de l'abandonner sur la première île déserte. Mais il décide finalement de le garder à la demande de son équipage, après qu'on l'eut persuadé de l'utilité du clandestin qui connaissait la région pour l'avoir explorée huit ans plus tôt. En fait, les deux protagonistes s'accordent pour éliminer Nicuesa du gouvernorat de Veragua.

Fondateur de Santa María la Antigua del Darién Une fois les 50 jours écoulés, Pizarro se prépare à retourner à Hispaniola lorsque l'embarcation de Fernández de Enciso arrive. Núñez de Balboa est devenu populaire parmi ses compagnons grâce à son charisme et à sa connaissance du territoire. En revanche, Fernández de Enciso provoque plutôt le mécontentement de ses hommes, car, en sa qualité d’alcalde mayor, il ordonne le retour à San Sebastián, où, à leur grande surprise, la colonie est totalement détruite et où les autochtones les attendent et commencent à les attaquer sans relâche.

Comme le territoire est dangereux, Núñez de Balboa propose de déménager la colonie de San Sebastián vers la région de Darién, à l'ouest du golfe d'Urabá, où la terre est plus fertile et où les autochtones sont moins belliqueux. Fernández de Enciso prend cette proposition au sérieux. Plus tard, le régiment déménage dans cette région, où les attendent le cacique Cémaco et 500 guerriers prêts à combattre. Apeurés, les Espagnols jurent à la , vénérée à Séville, de donner son nom à un village de la région s'ils sortent victorieux de la bataille. La victoire est âprement disputée par les deux forces, mais les Espagnols la remportent par un coup de chance.

Cémaco, qui est le maître de la région, et ses combattants, abandonnent le village et se retirent dans la jungle de l'arrière-pays. Les Espagnols décident alors de mettre à sac les habitations et amassent un grand butin composé de bijoux en or. En échange, Núñez de Balboa tient promesse et fonde en la première colonie permanente de la Tierra Firme, Santa María la Antigua del Darién, dans la Colombie actuelle.

Alcalde de Santa María Le triomphe des Espagnols sur les autochtones et la fondation postérieure de Santa María la Antigua del Darién en un lieu relativement calme donnent de l'autorité à Vasco Núñez de Balboa sur ses compagnons, qui en ont assez de l’ Fernández de Enciso, qu'ils qualifient de despote et d'avare à cause des restrictions qu'il a imposées sur l'or, qui est l'objet de l'avidité des colons.

Núñez de Balboa profite de la situation en se faisant le porte-parole des colons mécontents et recourt à la loi pour destituer Fernández de Enciso de la charge de dirigeant de la ville avec une preuve solide : en tant que remplaçant d'Ojeda, Fernández de Enciso dirige une région qui se trouve au Veragua, à l'ouest du golfe d'Urabá (limite des deux gouvernorats). Son mandat étant illégitime parce que le gouverneur est Nicuesa et non Ojeda, Fernández de Enciso doit être destitué et arrêté. Après la destitution, est établi un (conseil communal élargi) ouvert, une administration municipale est élue (la première du continent américain) et deux alcades : Martín Samudio et Vasco Núñez de Balboa.

Peu après, une flottille dont l'objectif est de rencontrer Nicuesa, qui est aussi en difficulté quelque part dans le nord du Panama, arrive à Santa María. Quand il apprend les faits, son commandant, Rodrigo Enrique de Colmenares, persuade les colons de la ville qu'ils doivent se soumettre à l'autorité de Nicuesa puisqu'ils se trouvent dans son gouvernorat. Il invite deux représentants que le nommera pour accompagner la flottille et offrir le contrôle de la ville à Nicuesa. Les deux représentants nommés sont Diego de Albites et Diego del Corral.

Gouverneur de Veragua Enrique de Colmenares trouve Nicuesa, assez grièvement blessé, avec peu d'hommes près de Nombre de Dios, à la suite d'une escarmouche avec les autochtones de la région. Après le sauvetage, le gouverneur entend parler des exploits de Núñez de Balboa, du butin du cacique Cémaco et de la prospérité de Santa María. Il réagit en promettant punitions et expropriations lorsqu'il prendra le contrôle de la ville, car il voit dans le geste de Núñez de Balboa une usurpation de son autorité au Veragua.

Les représentants de Santa María sont persuadés par Lope de Olano, qui est emprisonné avec quelques mécontents, qu'ils vont commettre une grave erreur s'ils remettent le contrôle de la ville à Nicuesa, qui est qualifié d'avare et de cruel et est capable de ruiner la prospérité de cette dernière. Ce témoignage pousse de Albites et del Corral à fuir au Darién avant l'arrivée de Nicuesa et à informer tant Núñez de Balboa que les autres autorités municipales des intentions du gouverneur.

À l'arrivée de Nicuesa au port de la ville, une foule se forme et déchaîne un tumulte qui empêche le gouverneur de débarquer. Nicuesa insiste pour être reçu non en qualité de gouverneur, mais en simple soldat. Et même là, les colons refusent qu'il débarque en ville. À la place, il est obligé d'embarquer sur un bateau en mauvais état et avec peu de provisions avec 17 autres personnes et de prendre la mer le . Le bateau disparaît sans laisser de trace de Nicuesa et de ses compagnons, et Núñez de Balboa obtient ainsi la charge de gouverneur de Veragua.

Conquistador vignette|Statue de Vasco Núñez de Balboa à Madrid (, 1954).

Après l'expulsion et la disparition de Diego de Nicuesa, Núñez de Balboa obtient la charge de gouverneur et, avec elle, le commandement absolu de Santa María et du Veragua. L'une des premières mesures qu'il prend consiste à juger Fernández de Enciso pour le délit d'usurpation de pouvoir. Il le condamne à la prison et confisque ses biens, mais le remet plus tard en liberté à condition qu'il retourne à Hispaniola pour rentrer en Espagne. Sur le même bateau, il y a deux représentants de Núñez de Balboa, qui expliqueront tous les succès de la colonie et qui ont ordre de demander plus d'hommes et de provisions pour poursuivre la conquête du Veragua.

Entretemps, Núñez de Balboa commence à montrer sa facette de conquistador en s'embarquant à l'ouest, en parcourant l'isthme de Panama et en soumettant diverses tribus autochtones. Il renforce ses liens d'amitié avec d'autres tribus en tentant de remonter des fleuves, des montagnes et des marais malsains à la recherche d'or et d'esclaves, ainsi que d'étendre ses domaines. Il arrive aussi à réprimer les révoltes de divers Espagnols qui défient son autorité. Sa force, sa diplomatie et son pouvoir de conciliation inspirent du respect et de la crainte parmi les autochtones. Ironiquement, il écrit dans une lettre envoyée au roi d'Espagne : « He ido adelante por guía y aun abriendo los caminos por mi mano (J'ai avancé en guide et ouvert encore les chemins de ma main). »

Núñez de Balboa réussit à planter du maïs et reçoit des provisions d'Hispaniola et d'Espagne. Il fait en sorte que ses soldats s'habituent à la vie des explorateurs des terres coloniales. Il réussit à amasser beaucoup d'or, surtout celui des bijoux des femmes autochtones, et le reste par la violence. En 1513, il écrit une longue lettre au roi d'Espagne pour lui demander plus d'hommes acclimatés à Hispaniola, des armes, des provisions, des charpentiers pour construire des navires et le matériel nécessaire pour construire un chantier naval. En 1515, dans une autre lettre, il parle de sa politique humanitaire envers les autochtones tout en conseillant de punir les tribus cannibales ou craintes avec une extrême sévérité.

À la fin de 1512 et au début de 1513, Núñez de Balboa arrive à une comarque dominée par le cacique Careta, le soumet et s'en fait ensuite un ami. Le cacique reçoit le baptême et conclut une alliance avec Núñez de Balboa, ce qui assure la subsistance de la colonie puisque le cacique promet d'aider les Espagnols à se nourrir. Le conquistador poursuit sa conquête et arrive aux terres du voisin et rival de Careta, le cacique Ponca. Celui-ci s'enfuit de sa comarque et se réfugie dans les montagnes, laissant les Espagnols et leurs alliés autochtones relevant de Careta mettre à sac et détruire les habitations de la comarque. Peu après, le conquistador se dirige vers le territoire fertile mais très sauvage du cacique Comagre. Mais à leur arrivée, les Espagnols sont reçus si pacifiquement qu'ils sont invités à un banquet. De même, Comagre se fait baptiser.