Le Stade de Wimbledon est un film français réalisé par Mathieu Amalric présenté en lors du festival du film de Locarno suivi d'une sortie généralisée le en France. Second long-métrage du réalisateur, il s'agit d'une fidèle adaptation du roman homonyme de l'écrivain italien Daniele Del Giudice, publié en 1983, qui, contrairement à ce que son titre suggère, est l'histoire d'une quête personnelle et littéraire dans la ville frontalière de Trieste en Italie. Le film est principalement interprété par l'actrice Jeanne Balibar qui en est également la narratrice.
Bien reçue par la critique, cette œuvre, à l'esthétique et au rythme très particuliers, permet à Mathieu Amalric d'être également considéré par la profession et par le public comme un réalisateur à part entière du cinéma d'auteur français, et non pas uniquement comme l'un de ses principaux acteurs. La sélection du film dans la liste finale des neuf films retenus en 2002 pour le prix Louis-Delluc constitue l'un des éléments de cette reconnaissance.
Synopsis Dans les rues de Trieste en Italie, une jeune femme part à la recherche d'un écrivain, Bobi Wohler, qui n'a jamais publié de livres de son vivant hormis ses traductions en italien des œuvres de Robert Musil et de Franz Kafka. Cet auteur fantôme serait mort dans les années 1960 et était devenu une figure du milieu littéraire et intellectuel de cette ville frontalière nourrie de la triple influence culturelle de l'empire austro-hongrois du début du siècle, de l'Italie au début de son unité, et de la Yougoslavie d'après-guerre. Bobi Wohler fréquentait Italo Svevo, Eugenio Montale, et James Joyce.
Sur une année entière, elle effectue quatre voyages dans la ville (un par saison) d'une journée chacun, interrogeant pour ses travaux de vieux libraires et des personnes proches de Wohler, dans une quête de plus en plus personnelle et quasi-métaphysique dont les raisons réelles ne sont pas exposées — bien qu'il s'agisse probablement de recherches de nature universitaires. Son voyage se finit à Londres en Angleterre où elle rencontre Ljuba BlumenthalLjuba Blumenthal vécut réellement auprès de Balzen, à Trieste et à Milan, et est l'inspiratrice et la dédicataire du poème A Liuba che parte (1938) d'Eugenio Montale qui relate son départ forcé d'Italie lors de la promulgation des lois raciales fascistes cette année-là. Voir ., une ancienne compagne de l'écrivain, à qui elle soumet son travail. Après une rencontre ratée d'un soir dans un pub anglais, elle erre dans les travées désertes du court central du stade de Wimbledon.
Fiche technique Titre : Le Stade de Wimbledon Titres à l'international : , , Réalisation : Mathieu Amalric (assisté d'Elsa Amiel) Scénario : Mathieu Amalric et Daniele Del Giudice d'après son roman Le Stade de Wimbledon (1983) Photographie : Christophe Beaucarne assisté d'Ursula Sigon et Guillaume Deffontaines Son : Philippe Morel Montage : François Gédigier, Laurence Briaud, Barbara Bascou Musique originale : Wimbledon Gates de Grégoire Hetzel (adapté de China Gates (1977) de John Adams O estádio de Wimbledon dossier de presse du film par le distributeur Atalanta Filmes) interprété au piano par Jérôme Ducros Musiques additionnelles : Rodolphe Burger et Thomas Lago (Beauty Mask), Gianmaria Testa (Polvere di gesso), Joseph Haydn (sonate en ut majeur) Producteur délégué : Paulo Branco Production et distribution : Gémini Films Budget : environ 3 millions de francsEntretien avec Mathieu Amalric à propos du Stade de Wimbledon (2001) sur filmdeculte.com (~ ) Pays de production : (visa ) Genre : drame Format : - 1,85:1 - Dolby SRD Langue : français, italien, anglais, frioulan, slovène Durée : Dates de sorties nationales Dates de sortie du Stade de Wimbledon sur IMDb. : aux Pays-Bas en France aux États-Unis en Argentine en Belgique au Portugal Sortie DVD : . En bonus un « post-scriptum » de 18 minutes intitulé Malus
Distribution
Production Scénario vignette|gauche|alt=quais de la gare centrale de Trieste|Les arrivées et départs à la gare centrale de Trieste rythment l'œuvre. Le Stade de Wimbledon est le deuxième long métrage de Mathieu Amalric. C'est une adaptation du roman homonyme de Daniele Del Giudice paru originellement en 1983 — et récompensé notamment du prix Viareggio du premier roman Palmarès du Premio Letterario Viareggio-Rèpaci sur le site officiel du prix Viareggio. —, mais utilisé en partie dans une traduction originale de Jean-Paul Manganaro réalisée pour le filmCrédits au générique final du Stade de Wimbledon., dans laquelle il brosse le portrait d'une femme, interprétée par Jeanne Balibar sa compagne d'alors, en quête d'une œuvre et d'un écrivain qui n'a jamais publié de son vivant. Cette thématique, et l'interrogation sur les motivations profondes de la création, ont été inspirées au romancier et au réalisateur par la vie réelle du poète et écrivain triestin Roberto « Bobi » BazlenDaniele del Giudice, Encyclopædia Universalis. (1902-1965) devenu le « Bobi Wohler » du film. Pour Mathieu Amalric, cette recherche poétique« Mathieu Amalric : Comment j'ai tourné cinéaste… » interview réalisée par Laurent Rigoulet pour Télérama du 12 mai 2010Nicolas Houguet, « Mathieu Amalric : artiste exigeant et éclectique », TF1, 13 mai 2010. est celle d'un idéal artistique fantasmé et donc forcément inassouvi« Entretien Mathieu Amalric - Un cinéaste contrarié », Les Inrockuptibles, 12 juin 2007. mais également une volonté de faire une quasi « enquête de Jeanne [Balibar] et de la lumière. »
Le choix de ce roman serait le fruit du hasard, Mathieu Amalric ayant décidé d'adapter le premier ouvrage venu et tiré au sort. Pour ce faire, il pioche un livre dans la bibliothèque de la maison de campagne d'Étienne et Françoise Balibar, les parents de Jeanne Balibar24h dans la vie de… Mathieu Amalric, à Paris (à la ) dans l'émission 24 heures dans la vie de… sur France Culture le 6 août 2011. de la même manière que Jean-Yves Dubois, le personnage principal de Mange ta soupe (1997), le faisait dans une scène de son précédent film. Le désir et le défi d'adapter ce roman difficile, sans action et sur une quête impossible, se sont aussi concrétisés dans l'esprit du réalisateur par le fait que Trieste est pour le cinéma « un terrain vierge » sans référence passée, qu'elle est éloignée des clichés et des images sur les villes italiennes. Son utilisation au cinéma autorise dès lors la possibilité de découvertes et suscite plus fortement un imaginaire nourri de la diversité de cette ville frontalière aux influences, langues, et cultures si diverses. Un autre élément important de l'adaptation est le choix du cinéaste de transformer le personnage principal du roman — qui est un homme — en une femme, à la suite d'une suggestion de Jeanne Balibar dite initialement sur le ton de la boutade pour tourner dans le film de son compagnonSylvain Bourmeau, Interview vidéo en complément de « Comment Mathieu Amalric a fait Tournée », Mediapart, 29 juin 2010., et avec l'accord enthousiaste de Daniele Del Giudice.
Le film est produit par Paulo Branco qui, à la demande de Mathieu Amalric, l'autorise à entamer une partie du tournage quasiment à la sauvette, sous prétexte de repérages à Trieste, sans avoir encore bouclé le financement requis ou finalisé l'ensemble du projet. Au total, le budget du film est d'environ 3 millions de francs.
Tournage et postproduction vignette|alt=Le court central de Wimbledon à Londres|Le court central du du stade de Wimbledon où se finit le film. Le tournage s'est effectué principalement dans la ville italienne de Trieste en Frioul-Vénétie Julienne sur une période d'un an et demi, au rythme d'une semaine de tournage par trimestre Cyril Neyrat, , journal du FIF 2010, ., pour respecter les saisons évoquées, et dans l'ordre chronologique des principales scènes afin de préserver ces éléments du roman. Un grand nombre de scènes ont été réalisées avec une équipe très limitée de seulement quelques personnes, selon la lumière et l'humeur du moment sur le tournage, que ce soit celle de Jeanne Balibar ou celle du réalisateur à travers son désir et son regard sur son actrice, sans préparation préalable ni autorisation administrative particulière Philippe Piazzo, Entretien avec Mathieu Amalric, UniversCiné, mai 2011.. Mathieu Amalric dirige son équipe avec son livre annoté à la mainNicolas Thély, « Après-coup : les possibles de l'acte de création », Filmer l'acte de création, dir. Pierre-Henry Frangne, Gilles Mouëllic et Christophe Viart, Presses universitaires de Rennes, 2009, , . et demande ponctuellement par téléphone à Daniele Del Giudice des précisions sur certains passages ou la réalité de certains lieux. Avec Le Stade de Wimbledon le réalisateur déclare :
En accord avec son directeur de la photographie Christophe Beaucarne, Mathieu Amalric décide de filmer en 35 mm avec une pellicule à très faible sensibilité, en utilisant la lumière naturelle selon les conditions du moment et sans éclairage artificielAntoine de Baecque et Brigitte Deollier, « Le regard de l'autre », Libération, 9 août 2005.. Outre les rues et les places, parmi les principaux lieux de la ville utilisés pour le tournage se trouvent la gare centrale de Trieste, la synagogue de la ville, le et le , le restaurant , des librairies triestines dont l' ainsi que la bibliothèque municipale, la plage unisexe de Trieste sur le , le château de Miramare, ainsi que des appartements de personnes ayant réellement connu Roberto Bazlen. La partie du film se déroulant en Angleterre a été tournée dans les rues et le quartier de Wimbledon à Londres, dont la station de métro Wimbledon Park, ainsi qu'à Streatham pour le B&B, et à Clapham pour la scène du pub. La scène finale du film fut réalisée de manière quasi-volée dans le accueillant le tournoi de Wimbledon, en raison de l'absence d'autorisation de filmer reçue par la production.
Lors du montage, sont ajoutés les textes en voix-off qui sont essentiellement des extraits lus issus du roman adapté par Jean-Paul Manganaro, ainsi que quelques citations de Roberto Bazlen lui-même. Pour la bande sonore du film, Mathieu Amalric demande à Grégoire Hetzel d'écrire une musique originale que le compositeur intitulera Wimbledon Gates et qui s'inspire directement d'une œuvre de musique minimaliste, China Gates (1977), de John Adams. L'interprétation au piano de la pièce est faite par Jérôme Ducros qui avait déjà joué les passages des Partitas de Bach constituant la bande musicale du précédent film du réalisateur Mange ta soupe (1997).
Présentations festivalières et sorties nationales Le Stade de Wimbledon est présenté pour la première fois au public lors du festival international du film de Locarno en Suisse le Philippe Azoury, « Locarno en 2 CV vers la polémique », Libération, 14 août 2001. en clôture de la section « Cinéastes du présent Festival International du Film de Locarno, UniFrance, 25 juillet 2001. », ainsi qu'au festival international du film de Rotterdam le . Il réalise sa sortie généralisée en France sur grand écran le avec vingt copies distribuées. Il est ensuite présenté la même année à New York au « » le et en Argentine au Festival international du film de Mar del Plata le Dates de sorties sur IMDb..
L'exploitation en salles du film depuis sa sortie en 2002 a été accompagnée de en Europe pour l'essentiel réalisées en France avec Le Stade de Wimbledon sur le site Lumières, consulté le 17 février 2013.