L’Assemblée nationale constituante allemande ()« Assemblée nationale constituante allemande » était également le nom officiel du parlement de Francfort., couramment appelée l’assemblée nationale de Weimar (), était une assemblée parlementaire du Reich allemand instituée après la chute de l’Empire et la proclamation de la république afin de doter le Reich d’une nouvelle constitution. Elle comprenait 421 membres élus le 19 janvier 1919, et entra en fonction le ; afin d’échapper à l’agitation révolutionnaire berlinoise, elle siégea d’abord à Weimar, puis transféra son siège à Berlin le .

Elle adopta le la nouvelle Constitution du Reich allemand, dite constitution de Weimar, qui fut promulguée le et donna naissance à la république de Weimar. Elle exerça également le pouvoir législatif dont était auparavant investi le Reichstag.

Elle prononça sa dissolution le , et la première législature du nouveau Reichstag fut élue le 6 juin.

Instauration et élection

Après la révolution de Novembre de 1918, l’idée d’instituer une assemblée qui déciderait du nouveau régime du Reich allemand est approuvée à la fois par le chancelier Maximilian von Baden, qui avait prononcé la déchéance de l’empereur Guillaume II, et par les sociaux-démocrates. Le Conseil des commissaires du peuple, qui exerce provisoirement les fonctions gouvernementales, en prend la décision le et convoque les électeurs pour le suivant. Le droit de vote est pour la première fois accordé aux femmes dans l’ensemble du pays, et seront électeurs Verordnung über die Wahlen zur verfassunggebenden deutschen Nationalversammlung vom 20. November 1918 (Reichswahlgesetz) [Ordonnance du 20 novembre 1918 sur les élections à l’Assemblée nationale constituante allemande (Loi électorale du Reich)], Reichsgesetzblatt, 1918, p. 1345-1352 , art. 2. Le , le Congrès des conseils d’ouvriers et de soldats du Reich, dominé par les sociaux-démocrates majoritaires, approuve cette décision à une large majorité, ce qui met fin à la perspective d’une république des conseils avancée par les sociaux-démocrates indépendants et les spartakistes.

Les 421 membres de l’Assemblée sont élus lors des élections législatives du 19 janvier 1919. Le vote a lieu dans la quasi-totalité du territoire du Reich dans ses frontières d’avant la guerre, car les annexions n’ont pas encore eu lieu ; seuls l’Alsace-Lorraine et la province de Posen ne peuvent participer.

Dans la nouvelle assemblée, le Parti social-démocrate (SPD) est le premier parti avec 37,9 % des voix et 163 sièges. Ils forment une majorité, appelée la coalition de Weimar, avec les catholiques du Zentrum, avec 19 % des voix et 91 sièges, et les libéraux du Parti démocrate allemand (DDP), avec 18,6 % des voix et 75 sièges. L’ancienne aile gauche du SPD, le Parti social-démocrate indépendant (USPD), obtient 7,6 % des voix et 22 sièges. La droite nationale-libérale du Parti populaire allemand (DVP) obtient 4,4 % des voix et 19 sièges, et les nationaux-conservateurs du Parti national du peuple allemand (DNVP), 10,3 % des voix et 44 sièges. Quatre petits partis régionalistes sont également représentés avec 7 sièges. Le Parti communiste d'Allemagne (KPD), formé depuis moins de trois semaines, ne participait pas au scrutinCette décision de boycott avait été prise contre l’avis de Rosa Luxemburg - laquelle fut assassinée quatre jours avant les élections..

Pour la première fois de l'histoire allemande, 37 femmes sont élues parlementaires.

Activités parlementaires

Les cabinets et la législation

L’Assemblée nationale constituante allemande se réunit le , à Weimar, en Thuringe, plutôt qu’à Berlin afin de se soustraire aux troubles révolutionnaires qui mettent en danger l’indépendance et la sécurité des députés ; la ville d’Erfurt, un moment envisagée, a été écartée pour des raisons militaires. Le choix de Weimar permet également de placer les travaux des constituants sous l’invocation du classicisme de Weimar et des idéaux des Lumières. L’Assemblée siège au Théâtre national allemand.

Elle élit le social-démocrate Eduard David à sa présidence, puis, lors d'une élection présidentielle indirecte, le , l’ancien chancelier social-démocrate Friedrich Ebert au poste de président du Reich. Le , Eduard David, entré au cabinet comme ministre du Reich sans portefeuille, est remplacé à la présidence par le vice-président Constantin Fehrenbach, du Zentrum.

Le premier gouvernement est formé par le Parti social-démocrate (SPD), le Zentrum et le Parti démocrate (DDP), avec le social-démocrate Philipp Scheidemann comme ministre-président du ReichLe chef de gouvernement porta brièvement le titre de président du ministère du Reich (), ou plus couramment ministre-président du Reich (). Gustav Bauer prendra le 14 août 1919, après la promulgation de la nouvelle constitution, le titre de chancelier du Reich (), auparavant utilisé..

Le , le cabinet Scheidemann démissionne en raison du refus par l’Entente de sa contre-proposition. Gustav Bauer devient ministre-président le 21 et forme un cabinet avec le SPD et le Zentrum.

Le , Matthias Erzberger (Zentrum), ministre du Reich aux Finances, présente à l’Assemblée sa réforme du système fiscal, qui centralise l’administration des impôts et introduit le prélèvement à la source.

Le , l’Assemblée transfère son siège à Berlin. Le , le DDP réintègre la coalition gouvernementale.

Le cabinet Bauer doit démissionner le à la suite du putsch de Kapp. Hermann Müller devient chancelier et forme son premier cabinet.

Les débats sur la signature du traité de Versailles

Le , l’Assemblée, qui pour la première fois se réunit à Berlin, dans le nouvel amphithéâtre de l’université Humboldt, entend une déclaration du ministre-président Philipp Scheidemann au sujet du traités de paix dont le projet a été présenté à la délégation allemande le . Scheidemann, applaudi par tous les partis, qualifie les conditions posées par l’Entente cordiale de « paix imposée par la force » (), et déclare que ses exigences territoriales, économiques et politiques sont destinées à « étrangler » le peuple allemand. Il les proclame inacceptables et en totale contradiction avec les assurances obtenues du président des États-Unis, Woodrow Wilson, et annonce que le Gouvernement du Reich formulera une contre-proposition plus conforme à l’esprit des quatorze points de Wilson. Scheidemann reçoit le soutien des Länder par la voix du ministre-président de Prusse Paul Hirsch, ainsi que celui de tous les partis de l’USPD au DNVP ; Gustav Stresemann, président du Parti populaire, qualifie les exigences de l’Entente de . Seul le président de l’USPD, Hugo Haase, associe au rejet des conditions de paix une attaque contre le Gouvernement du Reich et accuse le SPD d’être responsable de la situation en raison de son ralliement à l’union nationale pendant la Grande Guerre. L’Assemblée rejette le projet de traité.

Le rejet par l’Entente de la contre-proposition de Scheidemann et son ultimatum d’avoir à accepter le traité dans les cinq jours, annoncés le , provoquent une grave division de l’Assemblée et la démission du cabinet le .

Le , le nouveau ministre-président, Gustav Bauer se prononce en faveur de la signature du traité, mais reste critique envers certaines de ses dispositions, en particulier l’extradition d’Allemands dans des pays de l’Entente et l’attribution de la responsabilité de la guerre à l’Allemagne seule. Malgré son appel à la signature du traité, il indique que le Reich sera dans l’incapacité de remplir toutes les obligations financières imposées par l’Entente.

Les orateurs du SPD et du Zentrum, respectivement Paul Löbe et Adolf Gröber, condamnent le traité, et attaquent tout particulièrement la proclamation de l’Allemagne comme seul coupable de la guerre. Ils se prononcent cependant au nom de leur groupe en faveur de la signature, car le rejet du traité signifierait la reprise des combats. L’ancien ministre du Reich aux Finances Eugen Schiffer se prononce au nom de la majorité du DDP pour le rejet du traité ; il rappelle aux deux partis au pouvoir la formule du ministre-président Scheidemann, qui s’est exclamé le que la main de ceux qui signeront un tel traité devrait se dessécher, et déclare que la situation n’a pas changé depuis. Le DNVP et le DVP font également part de leur refus absolu du traité. L’USDP est le seul parti d’opposition à appeler à la signature du traité, tout en se montrant aussi critique que les partis au pouvoir.

thumb|right|La Signature de la paix dans le galerie des Glaces, Versailles, , tableau de William Orpen conservé à l’Imperial War Museum de Londres

L’Assemblée approuve finalement la signature du traité de Versailles par 237 voix contre 138, avec 5 abstentions. Les votes en faveur de la signature viennent des députés du SPD, sauf Valentin Schäfer ; de ceux du Zentrum, sauf neuf ; de ceux de l’USPD ; et de sept députés du DDP, dont le président du groupe Friedrich von Payer. Les votes contre viennent des députés du DDP, sauf sept ; de ceux du DNVP ; de deux du DVP ; de ceux des autres petits partis représentés à l’Assemblée ; du social-démocrate Schäfer ; et de quelques députés du Zentrum venant des territoires susceptibles d’être retirés au Reich. Se sont abstenus les députés de la Ligue des paysans de Bavière et deux députés bavarois du Zentrum, Georg Heim et Martin Irl.

Immédiatement après le vote du , le cabinet fait parvenir aux États de l’Entente une note annonçant que l’Allemagne est disposée à signer le traité à l’exception de ses dispositions concernant les extraditions et la responsabilité de la guerre. Dans la soirée, le président du Conseil français, Georges Clemenceau, répond au nom de l’Entente que le traité ne peut être qu’accepté ou refusé dans son ensemble.

Lors de la séance du , le ministre-président Bauer annonce aux députés la réponse de l’Entente et leur déclare que le cabinet n’a plus d’autre choix que de signer le traitéAssemblée nationale constituante allemande, , 23 juin 1919, dans Verhandlungen der verfassunggebenden Deutschen Nationalversammlung, vol. 327, Druck und Verlag der Norddeutschen Buchdruckerei und Verlags-Anstalt, Berlin, 1920, p. 1140 :

Il faut aujourd’hui cesser les protestations et les tempêtes d’indignation. […]Signons, voilà ce que je dois vous proposer au nom du cabinet tout entier. Signons sans condition. Je ne veux rien embellir.Les raisons qui nous acculent à cette proposition sont les mêmes qu’hier, mais maintenant seul un délai de quatre petites heures nous sépare de la reprise des hostilités. Nous ne pourrions répondre à une nouvelle guerre, même si nous avions les armes. Nous sommes désarmés. Mais le désarmement n’est pas le déshonneur ! (Applaudissements)Certes, nos adversaires veulent attenter à notre honneur, sans aucun doute possible, mais je crois et je croirai jusqu’à mon dernier souffle que cette tentative retombera pour une fois sur ses auteurs même, et que ce n’est pas notre honneur qui périt à l’occasion de cette tragédie mondiale. (Vifs applaudissements)

Le traité de Versailles est signé le dans la galerie des Glaces, au château de Versailles, par les ministres du Reich aux Affaires étrangères et aux Transports, Hermann Müller et Johannes Bell.

Le , l’Assemblée ratifie le traité par la loi sur la conclusion de la paix entre l’Allemagne et les Alliés et puissances associées.

Activités constituantes thumb|La Constitution du Reich allemand adoptée par l’Assemblée le 30 juillet 1919

Le projet de constitution est déposé par le ministre du Reich à l’Intérieur, le juriste libéral Hugo Preuß, influencé par la théorie du parlementarisme de Robert Redslob.

Après examen et amendement du projet constitutionnel par la commission constitutionnelle () sous la présidence de Conrad Haußmann (DDP), sa deuxième lecture en séance plénière commence le .

La question du nom de l’État