La Contemporaine — Bibliothèque, archives, musée des mondes contemporains. — est une bibliothèque, un musée et un centre d'archives français spécialisé dans l'histoire des . « Bibliothèque de documentation internationale contemporaine » (BDIC) jusqu'en 2018, La contemporaine ouvre en un nouvel équipement qui rassemble l'ensemble des collections à l'entrée du campus universitaire de l'université Paris-Nanterre.

La Contemporaine est un établissement inter-universitaire rattaché à l'université Paris Nanterre.

Historique Constitution de la collection des époux Leblanc et création de la Bibliothèque-musée de la Guerre vignette|Camille Bloch en 1933 dans son bureau au château de Vincennes, dessiné dans le cadre d'un article des Nouvelles Littéraires. La bibliothèque tire son origine de l'initiative d'un couple d'industriels parisiens, Louise et Henri Leblanc. Dès le début de la Première Guerre mondiale ils collectent, par patriotisme, tous les documents possibles sur le conflit et ses causes. Ils accumulent ainsi une collection de 22 000 pièces, livres, revues, presse, archives, documents iconographiques et objets. Le 4 , les Leblanc font don de leurs collections à l'État par un acte qui stipule que les documents et objets rassemblés doivent former une « Bibliothèque-musée de la Guerre ». Le fonds est rattaché au ministère de I'Instruction publique. Un décret entérine le don des collections le . Le , l'ensemble prend le nom de Bibliothèque-musée de la Guerre (BMG).

En acceptant la donation de la collection Leblanc, l’État entre en possession d'une collection importante de peintures, affiches, photos et objets sur le premier conflit mondial rassemblée par les donateurs dès le début du conflit et avec le souci de documenter le conflit et ses impacts sur toutes les couches de la société. Adjoint au directeur de l'établissement, le peintre Raoul Dufy devient le premier conservateur chargé de ces collections iconographiques. Mais il démissionne rapidement. Le critique d'art René-Jean, qui le remplace à partir de 1919, avait déjà conseillé les époux Leblanc pour la création de leur collection d'originaux. Grâce à ses liens, il peut acheter directement des œuvres aux artistes, obtenir des fonds ou susciter des dépôts de l’État. Il souhaite ainsi faire du musée aussi bien une institution consacrée à l'histoire qu'un musée d'art.

Après plusieurs locaux temporaires (6 avenue de Malakoff puis 39 rue du Colisée), la BMG s'installe à partir de 1924-1925 au château de Vincennes dans le pavillon de la Reine, à côté des services historiques et des états-majors de l’Armée. Elle est rattachée à la direction de l’Enseignement supérieur et reconnue d’utilité publique. Le décret du sur la nouvelle organisation des bibliothèques nationales de Paris la rattache à la Réunion des bibliothèques nationales de Paris. Elle est dirigée de 1918 à 1934 par l'historien Camille Bloch. Ce chartiste spécialiste avant guerre de la période révolutionnaire concentre ensuite ses recherches sur la Grande Guerre et publie, en 1933, un ouvrage intitulé Les causes de la guerre mondiale. À partir de 1920, il est épaulé par Pierre Renouvin, jeune agrégé d'histoire et grand mutilé de guerre. Il lui succède en 1934 à la tête de l'institution qui a été rattachée à l'université de Paris en 1930.

Bibliothèque de documentation internationale contemporaine En 1934, la Bibliothèque-musée de la Guerre devient la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC). Après la cessation d'activité du Centre de documentation sociale (CDS), situé rue d'Ulm dans les locaux de l'ENS, et fondé par le mécène Albert Kahn (mais racheté par la Fondation Rockefeller dans les années 1930), la BDIC reçoit la plupart des fonds du centre.

Le ministère des Armées fait fermer la BDIC en , le château de Vincennes étant territoire militaire. Le personnel, les fichiers et la salle de lecture sont déplacés dans un hôtel particulier réquisitionné rue du Bac. Cependant, par manque de place, la plupart des collections demeurent à Vincennes. Certaines des collections les plus précieuses du musée sont placées en sécurité au château de Chambord. Des agents munis de laissez-passer font la navette pour rapporter de Vincennes, où l'armée allemande s'est installée en , les documents aux lecteurs. Le directeur de la BDIC, Félix Debyser, s'installe dans le Pavillon de la reine avec sa famille pour garantir la sécurité des collections. Le dépôt de Chambord fait l'objet d'une ponction importante par l'occupant allemand dans le cadre de la Commission Lorey, chargée dès juin- d'envoyer en Allemagne les œuvres d'art considérées comme des prises de guerre et ce qui était considéré comme des documents anti-germaniques (plus de 590 œuvres à Chambord dont une cinquantaine de Dufy, sans compter les prélèvements faits et qui ne seront jamais retrouvés malgré les recherches faites.

Comme toutes les autres bibliothèques, la BDIC est contrainte de se conformer, à partir du , à la « liste Otto », établie par les autorités d'occupation allemande, qui interdit la communication de certains ouvrages. Ceux-ci restent à leur emplacement dans les magasins mais sont retirés du fichier des auteurs permettant la recherche d'ouvrages. Au moins cinq bibliothécaires sont touchés par les lois d'épuration administratives imposées durant l'Occupation. Deux bibliothécaires sont mises à la retraite en vertu de la loi du disposant que « nul ne peut être employé dans les administrations de l'État s'il ne possède pas la nationalité française, à titre originaire, comme étant né de père français »Jacques Cantier, L'Algérie sous le régime de Vichy, Odile Jacob, 2002, page 67.. Deux autres le sont en application de la loi portant statut des Juifs, une en application de la loi relative au travail féminin du . Alexandra Dumesnil, mise à la retraite en raison de ses origines russes, se réfugie en zone libre et établit à Toulouse un service de la BDIC en zone sud. Elle parvient, seule, à effectuer un travail de collecte de documents, inaccessibles en zone occupée, sur le régime de Vichy, les périodiques de la zone sud et de la documentation de la Résistance. Elle fait ainsi parvenir 50 caisses de documents à Paris. Plusieurs bibliothécaires s'engagent dans des mouvements de la Résistance, dont le Réseau du musée de l'Homme. Lors de la Libération de Paris, les Allemands font sauter dans la nuit du 24 au les dépôts de munitions situées dans les casemates au pied du pavillon de la Reine. L'incendie dure huit jours et détruit la plus grande partie des collections encore entreposées, soit les collections d'affiches ( affiches détruites), de photographies (, plaque de verre détruits) et les multiples petits objets témoignant de l'histoire populaire du premier conflit mondialCécile Coutin, op. cit., p. 38.

En attendant la reconstruction du château de Vincennes, les collections du musée restent en caisse et sont déposées temporairement au musée du Luxembourg à partir de , malgré un manque de matériel et de meubles et le manque de salles. Le travail de réorganisation est rendu compliqué par le renouvellement total des équipes et les destructions subies. La perte des locaux du Luxembourg oblige l'institution à répartir ses collections muséales dans un dépôt à la Fondation belge de la Cité universitaire et ses bureaux dans un local de l'Institut d'art et d'archéologie. La direction de la bibliothèque se trouve elle installée, à partir de 1948, au 5 rue Auguste-Vacquerie dans le arrondissement, tandis que les collections de la bibliothèque demeurent à Vincennes. Le musée de la BDIC peut regagner à partir de 1955 le site du château de Vincennes mais dans des conditions précaires.

En 1970, la BDIC quitte Vincennes pour le campus de l'université Paris X à Nanterre, tandis que son musée est accueilli à partir de 1973 dans l'hôtel des Invalides (corridors Ney et Valenciennes), où il devient en 1987 le musée d'histoire contemporaine. Dès les années 1980, le caractère trop exigu des locaux du musée, ainsi que la nécessité pour l'établissement de disposer d'espaces adaptés à la conservation et une meilleure valorisation de ses collections (espaces d'expositions permanente et temporaires, formation) suscitent des projets de réimplantation.

La BDIC est ensuite rattachée à la bibliothèque interuniversitaire B avant de reprendre son autonomie en 1978. À la fin des années 1970, l'établissement est confronté à de graves difficultés financières liées en partie aux coûts de fonctionnement du bâtiment de Nanterre, bien plus importants à Nanterre qu'à Paris. Le Conseil de la BDIC, dirigé par René Rémond, ancien président de Paris X, mène la mobilisation pour la sauvegarde de l'établissement. Une conférence de presse est organisée et les médias se font largement l'écho des problèmes rencontrés par l'institution. Des questions écrites sont déposées à l’Assemblée nationale et au Sénat. Des chercheurs de neuf pays réunissent à Rome, l'été 1980, un colloque où ils appellent le ministère des Universités à sauver la « bibliothèque la plus intelligente du monde ».

La Contemporaine. Bibliothèque, archives, musée des mondes contemporains La construction d'un nouveau bâtiment situé à l'entrée du campus de Paris-Nanterre et à proximité de la gare de Nanterre-Université est confiée à l'architecte Bruno GaudinJournal de la BDIC de septembre 2016, consulté le 25 octobre 2016.. Ce projet a été inscrit dans le Contrat de plan État-région 2015-2020 et est cofinancé par l’État et la région Île-de-France, ainsi que par des apports de l’université, de La Contemporaine et de l’établissement public territorial Paris Ouest La Défense.

En 2018, à l’approche de l’ouverture d’un nouvel équipement qui permettra de rassembler les collections et d’offrir des services renouvelés, la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) change de nom et devient La Contemporaine. Bibliothèque, archives, musée des mondes contemporains.

Ce nouveau bâtiment réunissant les différentes composantes de l'institution, bibliothèque, archives et musée, ouvre au public à l'automne 2021 : il permet de réunifier les collections de la bibliothèque, des archives et du musée après 80 ans de séparation. Il propose à un large public une salle de lecture, des espaces de formation, des espaces d'expositions temporaires et un parcours muséographique permanent : l'Atelier de l'histoire. Ce dernier a pour but d'expliquer à un large public comment un document acquiert progressivement le statut de source pour l'historien. Un espace attenant permet l'organisation d'expositions temporaires.

Collections Seule institution en France à collecter et conserver des fonds sur toute l’histoire des , La contemporaine est réputée pour la richesse de ses fonds dans le domaine de l’histoire européenne et des relations internationales et pour la composition de ses collections. En plus des 3 millions de documents multi-supports en langues française et étrangères (livres et périodiques, archives écrites et audiovisuelles), on compte aussi près de de documents iconographiques, notamment des œuvres d’art, des photographies, des affiches, des dessins de presse et des objets.

Les grandes thématiques abordées par La contemporaine au travers de sa bibliothèque, de son musée et de ses archives sont : les guerres, conflits et sorties de conflits de 1914 à nos jours ; les exils et les migrations ; les empires coloniaux et les décolonisations ; les mobilisations citoyennes et les droits de l’homme.

La Contemporaine poursuit également l'enrichissement de la documentation sur des axes forts dans l’histoire des collections : l’histoire des relations internationales, l’histoire politique interne aux États et l’histoire des médias sur le long siècle et le siècle.