Boïko Metodiev Borissov (en bulgare : ; SBOTCC : Boyko Metodiev Borisov ; API : ), né le , est un homme d'État bulgare. Fondateur du parti de centre droit Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB), il est Premier ministre pendant un total de dix années entre 2009 et 2021 (de à , de à , puis de à ).
Du temps de la Bulgarie communiste, il est officier de la police secrète, le Comité pour la sécurité d'État. En 1990, après la chute du communisme, il fonde une société de sécurité privée et il devient garde du corps de Todor Jivkov, l'ancien dictateur. Il devient, onze ans plus tard, secrétaire général de la Police nationale sous le gouvernement de Simeon Sakskoburggotski, l'ancien tsar.
Élu en 2005 député puis maire de Sofia sous les couleurs du Mouvement national pour la stabilité et le progrès (NDSV), il fonde l'année suivante le parti GERB. Il mène cette formation à la victoire aux élections législatives de 2009 puis forme un gouvernement minoritaire avec le soutien des populistes et nationalistes. Il présente sa démission de la tête du gouvernement en 2013, après d'importantes manifestations contre le coût de la vie.
En 2014, il revient au pouvoir dans le cadre d'une coalition gouvernementale centriste, mais quitte ses fonctions en 2017, à la suite de l'élection à la présidence de la République de Roumen Radev, soutenu par le Parti socialiste bulgare. Après les élections législatives anticipées de 2017, il retrouve la tête du gouvernement pour un troisième mandat, s’alliant avec le parti nationaliste les Patriotes unis.
Lors des élections législatives d’, qui se tiennent en pleine pandémie de Covid-19 et après des mois de manifestations d’ampleur dénonçant la corruption et une justice aux ordres du gouvernement, le parti de Boïko Borissov arrive en tête mais perd des sièges et se retrouve sans alliés potentiels au Parlement.
Lui et son entourage sont régulièrement accusés de favoriser la corruption en Bulgarie.
Biographie
Famille et vie privée Boïko Borissov est petit-fils du maire de Bankya qui fut exécuté par les communistes en 1944 pour avoir collaboré avec le Troisième ReichBenoît Hopquin, « Un Bulgare de choc », Le Monde, juillet 2009, .
De confession orthodoxe, il est marié avec Stela Borissova, puis partage sa vie avec Tsvetelina Borislavova.
Féru de karaté depuis 1980, ce qui l'amène à faire la rencontre d'Alexeï Petrov, il est pendant un temps entraîneur de l'équipe nationale bulgare de karaté. Borissov aime le judo.
Carrière de policier Boïko Borissov étudie à l’école de la police secrète bulgare (Comité pour la sécurité d'État). Entre 1982 et 1990, il fait partie d'une unité de pompiers contrôlée par le . En 1985, il devient lieutenant dans la hiérarchie du ministère de l'Intérieur et commande une unité de mille hommes. Il est dépêché pour « maintenir l'ordre » dans les communes dans lesquelles se déroule la campagne de renommage forcé contre les Bulgares turcs (le ). Il a une fonction similaire en 1989, lors du nettoyage ethnique des Turcs de Bulgarie (la ). En 2008, il déclare que c'étaient les méthodes, et non le but, qui avaient été l'erreur du processus de régénération de 1984–1989.
Après avoir quitté en 1990 le ministère de l'Intérieur, il fonde une société privée de sécurité, comptant notamment parmi ses clients le secrétaire général du comité central du Parti communiste bulgare Todor JivkovPiotr Smolar, Jeu de rôle à la bulgare, Le Monde, 25 février 2011 et Simeon Sakskoburggotski (l'ancien tsar de Bulgarie Siméon II). Sa société Ippon-1 est créée en 1991 ; l'entreprise tire son nom du terme d'arts martiaux pour .
Il commence à travailler comme garde du corps de Jivkov lorsque celui-ci est libéré de prison, en . Il reste à son service jusqu’à la mort de l'ex-dictateur, en 1998.
Haut fonctionnaire Après l'arrivée au pouvoir de Simeon Sakskoburggotski en 2001, Boïko Borissov devient secrétaire général de la police Le Premier ministre promut Borissov au rang de colonel du ministère de l'Intérieur.
Le , Borissov inaugure un monument à Jivkov dans le village natal de l’ancien chef de l’État à Pravetz (le monument en bronze avait été installé pour la première fois en 1987, à l'époque communiste, mais avait été retiré en 1988). La cérémonie de remplacement se déroule en présence de Gueorgui Parvanov, candidat du Parti socialiste bulgare à l'.
Boïko Borissov est promu major général en 2002 et lieutenant général en 2004. Il quitté le ministère de l'Intérieur en 2005 et prend sa retraite avec le grade de major général. Selon le journaliste allemand Jürgen Roth, il est en partie responsable de la guerre des clans mafieux qui ensanglante Sofia à cette période.
Parcours politique
Député et maire de Sofia (2005–2009) vignette|Boïko Borissov et Silvio Berlusconi (congrès du Parti populaire européen, Bruxelles, ).
Lors des élections législatives de , il se présente dans deux circonscriptions différentes, sous les couleurs du Mouvement national Siméon II et est élu. Il décide de ne pas siéger au Parlement afin de conserver ses fonctions au ministère de l'Intérieur. Cependant, il en est relevé le suivant.
Il se présente en à la mairie de Sofia. Il remporte l'élection municipale et succède à Minko Guerdjikov, devenu maire par intérim à la suite de la démission de Stefan Sofiyanski, qui avait décidé de se consacrer exclusivement à sa fonction de parlementaire.
Création du parti GERB (2006) Le , il fonde les Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB), parti de centre droit dont il confie la présidence à Tsvetan Tsvetanov, ancien adjoint au maire de Sofia ; mais il en demeure en réalité le vrai dirigeant de la formation. Lors des élections européennes spéciales de 2007, la liste des GERB arrive de peu devant celle de la Coalition pour la Bulgarie (KZB), soutenue par le Premier ministre socialiste Sergueï Stanichev. Son parti s'impose de nouveau aux élections européennes de 2009, avant de remporter 117 sièges sur les 240 de l'Assemblée nationale lors des élections législatives qui suivent.
Premier mandat de Premier ministre (2009–2013)
vignette|redresse|Boïko Borissov en 2009.
Le , à la suite des élections législatives, Boïko Borissov est désigné Premier ministre par le président de la République, Gueorgui Parvanov. Il prend ses fonctions le , à la tête d'un gouvernement minoritaire soutenu par l'Union nationale Attaque « Bulgaria Nationalists "Ataka" Officially Back Borisov's GERB Cabinet », Sofia News Agency, le , la Coalition bleue (ZS) « Bulgaria Blue Coalition Leader Vows All-out Support for Borisov Cabinet », Sofia News Agency, le et le parti Ordre, loi et justice (RZS) « Bulgaria Conservatives Back GERB Govt Unconditionally for 6 Months », Sofia News Agency, le .
Lors du congrès des GERB organisé le suivant, il est élu à l'unanimité président du parti « Bulgaria's ruling party GERB confirms PM Borissov as leader », The Sofia Echo, le . Seulement neuf jours plus tard, il doit faire face au retrait de la candidate bulgare pour la nouvelle Commission européenne, Roumiana Jeleva « Bulgaria Nominee Jeleva Withdraws Under Pressure, Quits as FM », Sofia News Agency, le , qui démissionne également de sa fonction de ministre des Affaires étrangères « Bulgaria Foreign Minister Jeleva 'Insisted' on Resignation », Sofia News Agency, le .
En , il perd le soutien des dix députés de RZS, qui s'opposent à la procédure de destitution lancée, finalement sans succès, contre le président Gueorgui Parvanov par les GERB, les nationalistes de l'Union nationale Attaque et la Coalition bleue« Bulgarie : le GERB échoue à obtenir la destitution du Président Parvanov », Le Courrier des Balkans, . Cette dernière finit également par prendre ses distances avec lui dans la seconde moitié de la même année « Bulgarian Rightists: 5 Ministers Have to Go », Sofia News Agency, le « Bulgaria's Blue Rightists Slam Govt over Surveillance », Sofia News Agency, le .
vignette|redresse|gauche|Boïko Borissov en 2011. En , il renonce à se porter candidat à l'élection présidentielle d' « Bulgarian PM: It's Normal That I Don't Run for President », Sofia News Agency, le . Le mois suivant, il échappe à une motion de censure déposée par l'opposition de centre gauche, grâce à l'abstention de l'Union nationale Attaque et de la Coalition bleue « Bulgarian Govt Expectedly Survives No Confidence Vote », Sofia News Agency, le . Mais le suivant, le président d’Ataka, Volen Nikolov Siderov, annonce qu'il retire à son tour son soutien au gouvernement « Bulgarian Nationalists Withdraw Support for Ruling GERB », Sofia News Agency, le , un jour après qu'un député indépendant, ancien membre de RZS, a fait savoir que lui et quinze autres parlementaires sans parti s'apprêtaient à fonder une nouvelle formation appuyant l'action du parti au pouvoir « 16 Independent Bulgarian MPs Mull Founding New Party », Sofia News Agency, le . À la suite de la victoire de Rossen Plevneliev, candidat des GERB à l'élection présidentielle, Borissov fait savoir que, contrairement à ce qu'il avait annoncé, il n'a pas l'intention d'être candidat lors du scrutin de 2016 « Bulgaria PM Borisov: I Won't Run for President in 5 Years », Sofia News Agency, le , mais qu'il compte être candidat à un second mandat lors des prochaines élections législatives, prévues en 2013 « Bulgaria’s PM Eyes 2nd Term in Office », Sofia News Agency, le .
Le , alors que l'Assemblée nationale doit se prononcer sur le remplacement du vice-Premier ministre et ministre des Finances, Siméon Djankov, Borissov annonce la démission de son gouvernement, à la suite d'importantes manifestations dans les grandes villes du pays contre la hausse des prix de l'électricité, alors qu'il avait déclaré la veille qu'une démission aurait des « conséquences catastrophiques »« Le premier ministre, Boïko Borissov, présente sa démission », Le Monde, 21 février 2013. Un vote est prévu, le lendemain, au Parlement pour confirmer la fin des fonctions du gouvernement, qui continuera cependant d'expédier les affaires courantes jusqu'à son remplacement « Bulgarian Parliament to Vote on Cabinet Resignation Thursday », Sofia News Agency, le . Un gouvernement intérimaire, dont il ne sera pas membre, devrait alors être nommé, afin de conduire le pays jusqu'aux élections législatives de l'été« Démission du gouvernement bulgare après plusieurs jours de manifestations », Le Monde, le , même si le scrutin pourrait être avancé de quelques mois« Bulgarie: le gouvernement démissionne sous la pression de la rue », Agence France-Presse, le . Quelques heures plus tard, la vice-présidente du groupe GERB à l'Assemblée, puis le socialiste Sergueï Stanichev, font savoir que leurs groupes parlementaires respectifs refuseront le mandat de formation du gouvernement que le chef de l'État sera amené à leur confier « Bulgaria Deputy PM: GERB Will Score Crushing Victory at Elections », Sofia News Agency, le « Bulgarian Socialists Snub Forming Caretaker Govt », Sofia News Agency, le . Il ne participe pas au débat parlementaire qui se tient le lendemain à l'Assemblée, de même que Djankov, sur la démission de son équipe « Bulgarian PM, FinMin Absent from Resignation Debate », Sofia News Agency, le . L'Assemblée valide finalement cette décision, par 209 voix contre 5 « Bulgarian Parliament Accepts Govt Resignation », Sofia News Agency, le .
vignette|Boïko Borissov le jour de sa démission, le . Il est remplacé, le , par l'ambassadeur de Bulgarie en France, Marin Raïkov.
Élections législatives de 2013