Giuseppe Impastato, plus connu sous le surnom de Peppino, né le à Cinisi et assassiné dans la même ville le est un journaliste italien activement engagé dans la lutte contre la mafia.

Le film Les Cent Pas lui rend hommage.

Biographie Giuseppe Impastato naît à Cinisi, dans la province de Palerme, dans une famille de mafieux : son père, Luigi, est envoyé dans les territoires frontaliers durant la période fasciste, son oncle et d'autres parents appartiennent à la mafia, et le beau-frère de son père est le chef Cesare Manzella, tué avec une Alfa Romeo Giulietta piégée en 1963. Des restes de celui-ci sont retrouvés sur des citronniers à des centaines de mètres du cratère de la voiture. Peppino est traumatisé : .

Encore enfant, il rompt avec son père biologique, qui le chasse de la maison, et commence son activité politico-culturelle antimafieuse. En 1965, il fonde le journal L'idea socialista et adhère au Parti socialiste italien d'unité prolétarienne (PSIUP). À partir de 1968, il dirige les activités des groupes de la Nuova Sinistra (littéralement « Nouvelle Gauche »). Il dirige aussi la lutte des paysans expropriés lors de la construction de la de l'aéroport de Palerme (sur le territoire de Cinisi) et milite en faveur des ouvriers et des chômeurs.

En 1975, il forme le groupe Musica e cultura qui organise des manifestations culturelles : musique, théâtre, débats, etc. En 1977, il crée Radio Aut, une radio indépendante et autofinancée. Le programme le plus suivi est Onda pazza (traduisible par « Ondes en folie »), émission satirique dans laquelle il tourne en dérision politiques et mafieux. Sur ces ondes, il dénonce les délits et les affaires des mafieux de Cinisi et Terrasini, en particulier du « parrain » local Gaetano Badalamenti. Ce dernier avait un rôle de tout premier ordre dans les trafics internationaux de drogue (grâce à sa mainmise sur l'aéroport tout proche). Malgré tout, Peppino et ses amis sont considérés comme les vrais empêcheurs de tourner en rond par les autorités de la ville, au contraire d’hommes « respectables » comme Badalamenti.

Le frère de Peppino (Giovanni) déclare devant la commission anti-mafia italienne :

Peppino Impastato comprend le danger représenté par Badalamenti et vice-versa. Son père essaye de le protéger, mais il meurt en 1977 dans un accident de voiture dont les circonstances n’ont jamais été clarifiées..

En 1978, Impastato est candidat sur la liste d'extrême gauche Démocratie prolétarienne aux élections municipales. Il est assassiné dans la nuit du 8 au , pendant la campagne électorale : il est attaché sur une voie ferrée et une charge de TNT est placée sous son corps ; un clin d'œil sinistre du destin à l'attentat à la voiture piégée qui avait tué son oncle. Deux jours plus tard, les électeurs de Cinisi l'élisent quand même.

Suites judiciaires Dans cette région où la presse, la police et les magistrats subissent d'énormes pressions de la part de la mafia, on remarque que ces différents groupes suggèrent d'abord que Peppino aurait tenté de plastiquer la voie mais se serait tué par accident mais, après la découverte d'une lettre écrite plusieurs mois auparavant, ils suggèrent la thèse d'un suicide.

Grâce aux efforts entrepris par son frère Giovanni et par sa mère, Felicia Impastato, qui se sont séparés publiquement de leur famille mafieuse, aux militants antimafia et au Centre sicilien de documentation de PalermeCréé en 1977, et qui devient le Centre sicilien de documentation Peppino Impastato en 1980., le rôle de la mafia est reconnu dans l'attentat. De nombreux documents et des dénonciations poussent la justice à rouvrir l'enquête.

Le , le Centre sicilien de documentation et Démocratie prolétarienne organisent la première manifestation nationale antimafia de l'histoire de l'Italie. venant de toute l'Italie y participent.

En mai 1984, le tribunal de Palerme, sur les indications du juge d'instruction Rocco Chinnici qui avait dirigé la première équipe antimafia, émet un jugement (signé par le successeur de Chinnici, Antonino Caponnetto) où le rôle de la mafia est reconnu dans le crime, mais où personne de précis n'est mis en cause.

En 1986, le centre Impastato publie un livre intitulé La mafia in casa mia (La Mafia chez moi) qui narre la vie de la mère de Peppino. Le centre publie également un dossier intitulé Notissimi ignoti (Inconnus très connus) qui désigne le parrain Gaetano Badalamenti comme commanditaire du crime. Entre-temps, celui-ci est condamné à 45 ans de réclusion criminelle pour trafic de drogue à New York, dans l'affaire Pizza Connection.

En , le tribunal de Palerme classe l'affaire, en confirmant le rôle de la mafia, mais sans poursuivre des personnes précises. Des responsables présumés sont désignés : les mafieux de Cinisi alliés aux corleonesi (les mafieux de Corleone).

En , le centre Impastato, appuyé par une pétition, demande la réouverture de l'enquête. Il demande en particulier d'interroger le mafieux repenti Salvatore Palazzolo. En , la mère de Peppino, son frère et le centre Impastato font un exposé dans lequel ils demandent à revoir les points obscurs de l'affaire, en particulier le comportement des carabiniers juste après le crime.

En , à la suite des déclarations de Salvatore Palazzolo, qui désignent Badalamenti et son second Vito Palazzalo comme commanditaires de l'assassinat, l'enquête est rouverte. En , un mandat d'arrêt contre Badalamenti est lancé : il est accusé d'avoir commandité l'attentat. En 1998, un comité formé par le gouvernement italien, la commission antimafia, ouvre un dossier à propos de l'affaire Impastato. Le , cette commission émet un rapport démontrant la responsabilité des institutions dans l'égarement des enquêtes précédentes.

Le , la cour d'assises reconnaît Vito Palazzolo coupable de meurtre et le condamne à 30 ans de prison. Le , Badalamenti est condamné à perpétuité. La mère de Peppino réagit ainsi à la condamnation :

Notes et références

Voir aussi Filmographie En 2000, le film Les Cent Pas (I cento passi) raconte la vie et la mort de Peppino Impastato. « Cent pas », c'est la distance qui séparait la maison de Peppino de la maison de Badalamenti.

Bibliographie

Felicia Bartolotta Impastato, La mafia in casa mia (littéralement : La mafia chez moi), entretien avec Anna Puglisi et Umberto Santino, La Luna, Palerme 1986, 2000 Salvo Vitale, Nel cuore dei coralli. Peppino Impastato, una vita contro la mafia (littéralement : Au milieu des coraux. Peppino Impastato, une vie contre la mafia), Rubbettino, Soveria Mannelli, 1995 Umberto Santino, L'assassinio e il depistaggio. Atti relativi all'omicidio di Giuseppe Impastato (littéralement : L'assassinat et le détournement. Actes relatifs à l'homicide de Giuseppe Impastato), Centro Impastato, Palerme, 1998 Peppino Impastato: anatomia di un depistaggio (littéralement : Peppino Impastato : anatomie d'un détournement), Rapport de la Commission parlementaire anti-mafia présenté par Giovanni Russo Spena, Editori Riuniti, Rome, 2001 Giuseppe Impastato, Lunga è la notte. Poesie, scritti, documenti (littéralement : Longue est la nuit. Poésies, écrits, documents) par Umberto Santino, Centro Impastato, Palerme, 2002 Anna Puglisi – Umberto Santino, Cara Felicia. A Felicia Bartolotta Impastato (littéralement : Chère Felicia. À Felicia Bartolotta Impasto), Centro Impastato, Palerme, 2005 Augusto Cavadi, dans Gente bella. Volti e storie da non dimenticare (littéralement : Les gens biens. Événements et histoires à ne pas oublier) (Candida Di Vita, Don Pino Puglisi, Francesco Lo Sardo, Lucio Schirò D'Agati, Giorgio La Pira, Peppino Impastato), Il Pozzo di Giacobbe, Trapani, 2004 Marco Baliani, Corpo di stato. Il delitto Moro, Milan, Rizzoli, 2003

Liens externes

Centre sicilien de documentation Giuseppe-Impastato peppinoimpastato.com I cento passi, film sur la vie et la mort de Peppino Impastato

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