La réfrigération magnétique utilise l’effet magnétocalorique (EMC), c'est-à-dire le fait que la température de certains matériaux augmente ou se réduit quand on les soumet à une certaine variation temporelle du champ magnétiqueJulien Eustache, Antony Plait, Frédéric Dubas, Raynal Glises (2021) Étude Bibliographique des Dispositifs Expérimentaux pour la Réfrigération Magnétique. Congrès Français de Thermique, Juin, Belfort, France. hal-03359937.

Plus précisément, il s'agit d'un système de Luchier, N. (2009) Technologies sub Kelvin. Commissariat à l’énergie atomique, 25 mai 2009, PDF, 30 pages., reposant sur la propriété physique de certains matériaux magnétiques qui voient leur température intrinsèque s'élever quand ils sont soumis à un champ magnétique. Ce phénomène est maximal lorsque la température du matériau est proche de sa température de Curie. (Mira, 2012) .

Des enjeux énergétiques, écologiques et climatiques sont souvent évoqués. Depuis les années 2010, la magnétocalorie suscite un grand intérêt en tant qu'espoir d'alternative aux dispositifs de climatisation ou réfrigération classique trop gourmands en électricité, et utilisant souvent des caloporteurs ou fluides frigorigènes nocifs et polluants (contributeurs à l'effet de serre et/ou dégradant la couche d'ozone). Les frigos pourraient aussi devenir totalement silencieux.

Histoire

Le principe est ancien, basé sur une observation thermomagnétique faite en 1600 par W. GilbertW. Gilbert (1893) « On the loadstone and Magnetic Bodies and on The Great Magnet the Earth », Wiley, New York, mieux comprise par le physicien allemand Emil Warburg, qui en 1881 découvre l'effet magnétocalorique dans le fer Emil Warburg (1881) « Magnetische Untersuchungen Annalen der Physik »,, avant qu'en 1918 les physiciens français Pierre Weiss et Auguste Picard démontrent la réversibilité de ce « phénomène magnétocalorique » (EMC), ouvrant la voie à la création de nombreux prototypes et d'une littérature associée), mais les premiers systèmes a approcher le 0 Kelvin ne datent que de la première moitié du : en 1933 W.F. Giauque et D.P. MacDougall créent un dispositif atteignant des températures proches du 0 K avec un champ magnétique de 0,8 T grâce à la désaimantation adiabatique d’un sel paramagnétique de et à de l’hélium liquide. en 1951, Darby et al. créent un régénérateur magnétocalorique à deux étages avec des matériaux ayant des points de Curie différents. Ils descendent à 3 mK pour une induction de 0,42 T. Par la suite un grand nombre de prototypes à points de Curie multiples ont été conçus. en 1976, G.V. Brown invente un premier dispositif à température ambiante, atteignant un écart de 47 K via à un champ magnétique de 7 T généré par une bobine supraconductrice, et en 1978, il réussit à doubler la performance de son système en y intégrant des cycles de Stirling ; En 2006, deux équipes (Vasile et Muller et Yao et al.) créent chacune un dispositif utilisant un champ magnétique simplement créé par des aimants permanents NdFeB (générant jusqu’à 1,9 T dans l’entrefer sans aucun besoin de refroidissement). En 2014, Jacobs et al. améliorent la performance d'un dispositif qui atteint une puissance de refroidissement d’environ 2,5 kW, pour un écart de température de 11 K, grâce à un champ magnétique de 1,44 T généré par des aimants permanents NdFeB, appliqué à un matériau composé de LaFeSiH. Le fluide caloporteur est de l’eau. en 2018, Chaudron & al, créent ce qui semble être le plus gros dispositif de réfrigération magnétique à ce jour.

la réfrigération magnétique est ensuite utilisée dans de nombreux prototypes, dont en lien avec des pompes à chaleur, travaillant à température ambiante.

Principe En théorie, seuls certains matériaux magnétiques tel le gadolinium (du groupe des terres rares), l'arsenic ou certains alliages présentent un saut de température suffisant pour pouvoir être exploités dans le domaine du froid magnétique. Ces corps purs possèdent une température de Curie proche de la température ambiante (293 K = ) et un EMC géant, notamment le gadolinium. C'est pourquoi, ce dernier est souvent utilisé dans les démonstrateurs de « frigo magnétique ». Toutefois, ce matériau est rare, coûteux, et hautement toxique sous ses formes ioniques (Gd3+) ; et depuis son usage comme agent de contraste pour les IRM, il est devenu un des contaminants marins trouvé dans les coquillages filtreurs (coquilles St Jacques notamment) ; d'autre part, l'arsenic est commun, mais également très toxique. En outre le Gd ou l'As ne sont pas assez performant pour créer un EMC capable de concurrencer les dispositifs réfrigérants classiques.

Fonctionnement Deux principales techniques sont déjà opérationnelles, toutes deux basées sur la désaimantation adiabatiqueArticle : "Ambient pressure colossal magnetocaloric effect tuned by composition in MnFeAs", Ariana de Campos, Daniel L Rocco, Alexandre Magnus G. Carvalho, Luana Caron, Adelino A. Coelho, Luzeli M. da Silva, FlÁvio C. G. Gandra, Adenilson O. dos Santos, Lisandro P. Cardoso, Pedro J. von Ranke, Nature Materials 5, 802-804 (3 September 2006).Article : "Reduction of hysteresis losses in the magnetic refrigerant GdGeSi by the addition of iron", Alexander J. Shapiro, Robert D. Shull, Virgil Provenzano, Nature 429, 853-857 (24 June 2004)..

La première permet d'atteindre des températures assez basses pour la réfrigération à température ambiante. Elle se fonde sur le cycle suivant : aimantation adiabatique : au départ, le matériau est en équilibre thermique avec le système à réfrigérer. Puis, on élève la température du matériau au-dessus de celle du réservoir chaud en lui appliquant un champ magnétique ; transfert isomagnétique d'entropie : en gardant constant, le matériau est mis en contact thermique avec le réservoir chaud. De l'énergie thermique est alors transférée du matériau vers le réservoir ; désaimantation adiabatique : le matériau est à nouveau isolé thermiquement. On ramène à zéro. Le matériau voit donc sa température baisser en dessous de celle du système à réfrigérer ; transfert isomagnétique d'entropie : le matériau est maintenant mis en contact thermique avec le système à réfrigérer. Il en résulte un transfert d'énergie thermique du système vers le matériau jusqu'à ce que l'équilibre thermique s'établisse. Le cycle peut alors recommencer.

Ce cycle a pour inconvénient que la température du paramagnétique doit descendre au-dessous de la température que l'on souhaite faire atteindre au système à réfrigérer. Elle ne permet donc pas d'atteindre des températures très basses.

La seconde technique contourne ce problème et atteint les températures les plus proches du zéro absolu. Elle se fonde sur le cycle suivantVoir : F. Rief, Statistical and Thermal Physics, McGram-Hill editions, 1985. . : aimantation adiabatique : l'intensité du champ magnétique est augmentée de manière à ajuster la température du matériau à celle du réservoir chaud ; transfert isotherme d'entropie : le matériau est mis en contact thermique avec le réservoir chaud. L'intensité de est augmentée lentement de manière à avoir un transfert d'entropie du matériau vers le réservoir chaud à température constante ; désaimantation adiabatique : on isole le matériau thermiquement puis on baisse rapidement l'intensité de pour ajuster la température du matériau à celle du système à réfrigérer ; transfert isotherme d'entropie : le matériau est mis en contact thermique avec le système à réfrigérer. On diminue lentement l'intensité de de façon à avoir un transfert d'entropie du système vers le matériau à température constante. Le cycle peut alors recommencer.

Son efficacité dépend essentiellement de deux paramètres : la variation de température à entropie constante du matériau paramagnétique () ;et la variation d'entropie à température constante (), c'est-à-dire de la quantité d'entropie que peut absorber ou rejeter le matériau à température donnée.

Un réfrigérateur magnétique pourrait aussi être associé à un réfrigérateur à gaz (en cascade ou en parallèle)Lacaze A (1985) Contribution à l'étude de la réfrigération magnétique aux températures de l'hélium liquide (Doctoral dissertation) (résumé/fiche Inist-CNRS)..

Espoirs et enjeux prospectifs Depuis au moins les années 1990 avec par exemple Ashley qui en 1994 annonçait )Ashley, S. (1994). Fridge of the future (cours traitant du réfrigérateur à adsorption (250-300 mK) et de la réfrigération magnétique (quelques dizaines de milliKelvins) ; deux techniques de réfrigération sous le Kelvin) Mechanical engineering, 116(12), 76-80., certains auteurs et prospectivistes voient là une possible et proche révolution pour certaines technologies vertes (production de calories et frigories, climatisation, systèmes de froid...)Muller C (2004) Réfrigération magnétique, une révolution pour demain ?. Revue pratique du froid et du conditionnement d'air, (924), 59-63. avec un rendement meilleur que celui des systèmes à compression utilisant des fluides tous plus ou moins polluants et/ou inflammables.

Les promoteurs de cette technique espèrent pouvoir : réduire la consommation d'électricité liée à la production de froid (environ 15% de la consommation mondiale d’électricité au début du )Mira A (2012). Modélisation multi physique d’un système de réfrigération magnétique (Fiche/thèse). ; inventer de nouveaux moyens d'alimenter des réseaux de froid (de quartiers ou de bâtimentsDupuis, C., Kedous-Lebouc, A., Fruchart, D., & Yonnet, J. P. (2007). Réfrigération magnétique à aimants permanents pour la climatisation des bâtiments.), des frigos individuels, des systèmes de liquéfaction des gazBelkadi M (2012) Liquéfaction du gaz naturel par le procédé de la réfrigération magnétique (Doctoral dissertation, École nationale supérieure polytechnique) (résumé). ou encore des systèmes embarqués (ex climatisation de voitureAllab F (2008) Conception et réalisation d’un dispositif de réfrigération magnétique basé sur l’effet magnétocalorique et dédié a la climatisation automobile. Thèse de doctorat, Grenoble, Institut National Polytechnique de Grenoble.), sans fluides frigorigènes dangereux, chers ou polluants

La mise au point (années 2010) d'alliages à base de cobalt, manganèseRecour Q (2012) Étude des propriétés structurales, magnétiques et magnétocaloriques de Mn3Sn2 et de ses dérivés (Doctoral dissertation, Université de Lorraine)., silicium et germanium ou de céramiques et de terres rares présentant des propriétés analogues laisse envisager la réalisation et la mise sur le marché de réfrigérateurs magnétiques silencieux, économes (car à haut rendement)et écologiques destinés au grand public futura-sciences 03.10.06.. Ils ne contiendraient ni gaz destructeur de la couche d'ozone, ni gaz à effet de serre, ni gaz dangereux ou toxique.

Limites et obstacles à l'industrialisation En 2009 le principal obstacle à une industrialisation reste le besoin de bobines ou électroaimants supraconducteurs (qu'il faut donc refroidir), et la nécessité pour obtenir un rendement intéressant de générer d'un champ magnétique très élevé (de l'ordre de 5 teslas) Article : "Transition-metal-based magnetic refrigerants for room-temperature applications", O. Tegus, K. H. J. Buschow, F. R. de Boer, E. BrÜck, Nature 415, 150-152 (10 January 2002).. Il faudrait pouvoir augmenter l’induction magnétique à coût raisonnable.

Des progrès sont encore nécessaires dans les matériaux ou alliages magnétocaloriques (MMC) pour des applications fonctionnant longtemps et à température ambiante ; Il faut aussi et optimiser les échanges thermiques entre le « matériau magnétocalorique » et le fluide caloporteur.

Il faut enfin contrôler la corrosion et du vieillissement des matériaux magnétocaloriques (, et ) en contact avec le fluide caloporteur (par exemple, le gadolinium s'oxyde rapidement dans l'air humide, réagit avec l'eau et est soluble dans les acides dilués).