L’histoire de l’île de Man, si l'on excepte l'ère préhistorique, est généralement divisée en quatre périodes : occupation par les Celtes, à partir de 500 av. J.-C. environ ; présence des invasions vikings, dont la première mention sur Man remonte à 798 (mise à sac de Saint-Patrick) et de la prise de contrôle par les Scandinaves et l'instauration d'une lignée royale norvégienne ; domination anglaise, en la personne des comtes de Derby et des ducs d'Atholl ; période contemporaine depuis 1866, date à partir de laquelle l’île bénéficie d'une autonomie croissante.

En 2024, cette île de abrite une population d'environ Mannoises et Mannois, parlant anglais et/ou irlandais. Liste des îles de l'île de Man Chronologie de l'île de Man

Préhistoire

Des recherches récentes tendraient à démontrer qu'avant -8500, Man était reliée à la Cumbria au moyen d'une bande de terre qui a progressivement été envahie par la mer A New History of the Isle of Man Volume 1 - The Evolution of the Natural Landscape, éd. Richard Hiverrell et Geoffrey Thomas, , , 2006, Liverpool University Press . Il n'existe pas de preuve pourtant qu'à cette époque Man était habitée.

L'arrivée de groupes humains sur l'île de Man semble toutefois antérieure d'au moins mille années aux principaux vestiges du Néolithique que l'on trouve sur plusieurs sites.

La localisation de ces lieux habités dès ces temps reculés n'est pas due au hasard. Elle correspond à une région au sol léger et peu boisé, dont l'agriculture nécessite un arrosage régulier The Isle Of Man. Celebrating A Sense Of Place, Vaughan Robinson, Danny McCarroll, Liverpool University Press, 1990, .. La situation est vraie aujourd'hui ; elle l'était davantage encore à l'époque, l'Europe n'étant pas encore entrée dans la période atlantique, plus humide.

thumb|250px|Le cromlech de Mull Hill, au sud de l'île de Man (4000 av. J.-C.).

Le Néolithique marque, sur l'île de Man, l'arrivée de nouveaux migrants et l'implantation solide d'une population de cultivateurs sédentaires.

Le Néolithique a laissé le plus de vestiges sur l'île de Man. Le site de Minorca, près de la petite ville de Laxey, abrite un cairn, dénommé la « Tombe du roi Orry » et attribué à tort au héros mannois Godred Crovan (mort en 1095). Cette tombe de de long lui est très antérieure et date de -4000 environ IOM Guide : King Orry's Grave.. On date de la même période le site de Mull Hill, au sud de l'île, cercle de pierres (cromlech) de de diamètre Description du cercle de Meayll.. Le site de Cashtal yn Ard, dans la paroisse de Maughold, lui, est plus récent (-2000) IOM Guide : Cashtal yn Ard..

thumb|250px|left|Le sommet du South Barrule et ses fortifications.

Finalement, les découvertes faites sur l'île et remontant au Néolithique sont beaucoup plus nombreuses que ce qui avait été envisagé par l'archéologie du . On a coutume de donner à l'ensemble de ces sites le nom générique de « sites néolithiques du Ronaldsway » (Ronaldsway Neolithic sites), qui identifie l'ensemble des traces laissées par les fermiers mannois. Ils montrent que la terre était cultivée avant l'introduction des premiers outils en métal.

Vers -1800, le climat se réchauffant et devenant plus sec, l'agriculture subit un net progrès. Toutes les régions de l'île de Man en tirent profit, même les hauteurs jusqu'alors négligées.

Les outils employés sont similaires à ceux utilisés au même moment en Ulster, ce qui peut suggérer des échanges commerciaux entre l'Ulster et le Galloway dont profitait l'île de Man. On ne peut toutefois pas exclure que le bronze eût pu être extrait sur l'île même. Il y avait en effet des dépôts de bronze sur la péninsule de Langness et la colline de Bradda.

Cette époque marque aussi le début des structures militaires défensives, comme sur la colline de South Barrule. Deux remparts circulaires fortifiés laissent supposer que la communauté y ressentait la nécessité de s'unir pour faire face à l'adversité.

Période celte Arrivée des Celtes Vers -550, la culture celtique de Hallstatt se diffuse dans les îles britanniques, en provenance d'Europe continentale. La thèse d'une invasion massive est fortement remise en cause au profit d'une acculturation facilitée par les échanges commerciauxJohn Haywood, Atlas historique des Celtes, page 78, éditions Autrement, Paris, 2002, .

Les langues celtiques vont progressivement se diversifier et, si l'erse est parlé sur l'île jusqu'au , il va céder sa place à une langue qui en dérive et qui prendra le nom de mannois. Il est probable que la civilisation des Celtes fut introduite sur Man depuis l'île de Bretagne.

La base commune des légendes celtiques tend à prouver qu'il existe à cette époque une réelle entité culturelle dans la région autour de la mer d'Irlande. Les personnages de Manannan Mac Lir, Conchobar Mac Nessa, roi d'Ulster, Culann, le forgeron de l'île de Man, sont des thèmes repris dans plusieurs pays celtiques.

L'île de Man à l'époque romaine En 81-82, dans sa conquête des îles Britanniques, le général romain Julius Agricola envisage l'invasion de l'Irlande. Mais ses projets restent sans lendemain et il rassemble ses troupes dans le sud-ouest de l'Écosse, laissant en paix l'Irlande, mais aussi l'île de Man. L'île de Man n'a en effet jamais subi l'invasion romaine. Elle a toutefois profité comme les autres régions voisines soumises à Rome, des valeurs de la Pax Romana qui permettent d'établir des conditions favorables dans toute la région de la mer d'Irlande. Cela conduit notamment à l'abandon de plusieurs places fortes sur l'île, comme Close ny Chollagh, Ballacagen, Ballanorris et Ballanicholas.

Par la suite, alors que l'armée romaine tente d'achever en Écosse la construction du mur d'Hadrien, les populations celtes sont refoulées par Rome et de nombreux mouvements ont lieu en mer d'Irlande. Cela est confirmé par la fortification de plusieurs oppidums dans le sud-ouest de l'Écosse, comme Saint Bees et Ravenglass. Il semble que les contrées romaines de Bretagne soient l'objet d'attaques celtes depuis l'Irlande et le Galloway notamment. Même si peu de preuves archéologiques peuvent confirmer le fait, l'île de Man joue sans doute un rôle dans ces mouvements belliqueux. Ainsi, un souterrain d'époque pré-chrétienne découvert dans le Ronaldsway pourrait avoir servi de site défensif L. Laing and J. Laing, « The Early Christian period settlement at Ronaldsway, Isle of Man : a reappraisal », Proceedings, Isle of Man Natural History and Antiquarian Society, 1984-1987.

Introduction du christianisme thumb|250px|Une des trois keeills de Kirk Maughold. La chute de l'Empire romain au début du permet le développement des contacts maritimes entre les pays autrefois sous sa domination et les populations celtiques. C'est ainsi que des missionnaires chrétiens entreprennent l'évangélisation de ces nouveaux territoires. Il est communément admis que le christianisme fut importé sur l’île de Man par des émissaires de l'Église de Rome, comme le moine irlandais saint Patrick ou saint Ninian à Candida Casa (Whithorn, Galloway) et que, par la suite, des moines venus de pays celtiques, et de l’Irlande en particulier, effectuèrent des voyages missionnaires à partir de l’an 500. On trouve sur l'île de Man des croix celtiques gravées dans l'alphabet oghamique caractéristique du vieil irlandais, preuve des liens qui unissaient l'Église d'Irlande et celle de Man. Outre le sud de l'Irlande, on trouve ce type de croix dans l'ouest du Pays de Galles et en Cornouailles.

Ces missionnaires contribuèrent à l’édification de petites chapelles dans lesquelles ils priaient. Mais l'exigüité des lieux obligeait à pratiquer les baptêmes et la prédication à l’extérieur. Les réformes qu'ils devaient mener, en outre, étaient particulièrement profondes dans la mesure où les tribus celtes conservaient des doctrines jugées païennes par l'Église. C'est ainsi qu'il existait une forme celtique à la pratique de l'Église catholique, même si l'Irlande et, partant, l'île de Man, avait adopté les rites romains dès le début du . Il n'empêche que, malgré le synode de Whitby (664), Irlandais et Mannois conservèrent une forme particulière et toute insulaire jusqu'à 716.

La première communauté chrétienne sur l'île de Man semble avoir été fondée à Maughold , par un saint irlandais, Saint (, Maughold, McCuill) (mort vers 488), qui a notamment donné son nom à la paroisse de Maughold, et qui est l'origine d'autres monastères dans le Galloway, le Kintyre et l'Ulster E. G. Bowen, Britain and the Western Seaways, Londres, Thames and Hudson, 1972, . Machaoi est l'un des quatre évêques cités dans le livre d'Armagh, avec Germanus, Conindrus et Romulus..

L'île de Man possède plus de 200 sites religieux appelés keeills. Même si leur structure semble date au plus tôt de la période scandinave, elles abritent souvent des croix celtiques d'avant 716. C'est sans doute le nom des saints vénérés à l'emplacement de ces keeills qui a donné le nom des 17 paroisses de l'île de Man B. R. S. Megaw, « Norseman and native in the Kingdom of the Isles: a re-assessment of the Manx evidence », in Man and Environment in the Isle of Man, éd. P. Davey, British Archaeological Reports, Oxford, ..

Les Mannois à l'époque celtique Le peuple mannois, à l'époque celtique, vit de l'agriculture et de la pêche, et habite des maisons rondes (semblables au crannog écossais), un mode de vie similaire à celui mené lors de l'Âge du fer P. S. Gelling, « Celtic continuity in the Isle of Man », in Studies in Celtic Survival, éd. P. Laing, British Archaeological Reports, Oxford, 1977.. Le site de Port y Candas, près de , en est l'illustration. Les conditions de vie étant tout de même plutôt rudimentaires, la population est de petite taille, comme en témoignent plusieurs découvertes de squelettes L. S. Garad, « Stone implements and their users in the Isle of Man », in Man and Environment in the Isle of Man, éd. P. Davey, British Archaeological Reports, Oxford, 1978..

L'étude de certaines keeills tendrait à prouver que la population se déplaçait saisonnièrement vers les hautes terres de l'île. Le terme Eary qui se trouve dans plusieurs toponymes signifie « pâturages d'été » E. L. Megaw, « The Manx Eary and its significance », in Man and Environment in the Isle of Man, éd. P. Davey, British Archaeological Reports, Oxford, 1978.. Des groupes d'individus s'installèrent même de façon permanente sur ces hauteurs (à plus de d'altitude) à la fin de la période celtique. Leurs bâtiments se nommaient des shielings P. S. Gelling, « Medieval shielings in the Isle of Man », Medieval Archaeology, 1962-1963..

Période scandinave (dite « celto-norroise ») (798-1275) Les Vikings sur l'île de Man Les premières invasions vikings La première incursion retranscrite des Vikings sur l'île de Man date de 798. Cette année-là, les Chroniques d'Irlande indique la mise à sac de la petite île de Saint-Patrick (Inis Patraic) par les Lochlannaibh (les Vikings). Trois années plus tôt, ils avaient déjà attaqué l'île écossaise d'Iona. C'est davantage l'appât du gain que la haine des chrétiens qui les pousse à attaquer monastères et églises.

Pourtant, ce n'est pas en 798 probablement, qu'a eu lieu la première attaque du genre. Le monastère de Maughold semble avoir été « visité » dès le début du . Il faut dire que la côte nord de l'île n'offre pas de garanties de protection contre ce genre d'attaques. De plus, l'île de Man offre une position stratégique idéale entre Angleterre et Irlande.

Les Gall-Gaedhil

thumb|200px|Vue du site de Balladoole.