vignette|upright=1.5|Cheval de Heck, reconstitution d'un Tarpan en Allemagne, que l'on croit phénotypiquement proche de l'ancêtre du cheval domestique. La domestication du cheval est l'ensemble des processus de domestication qui conduit l'espèce humaine à maîtriser puis à utiliser l'espèce Equus caballus (le cheval) à son profit grâce au contrôle des naissances et à l'élevage de ces animaux pour la consommation, le combat, le travail et le transport. De nombreuses hypothèses sont proposées, tant en termes d'époque, de nombre de foyers de domestication, que de types, espèces ou sous-espèces de chevaux domestiqués. Plus tardive que pour les espèces animales alimentaires, la domestication du cheval est difficile à dater avec précision. Les premiers apprivoisements pourraient remonter à la fin du Paléolithique supérieur, av. J.-C. La première preuve archéologique d'une domestication remonte à 3 500 dans les steppes au nord du Kazakhstan, parmi la culture de Botaï. Ces chevaux ne sont pas à l'origine des animaux domestiques actuels, ils étaient les ancêtres des chevaux de Przewalski (Equus ferus przewalskii ou Equus przewalskii). Les chevaux domestiques de type moderne (Equus ferus caballus ou Equus caballus), dits lignée DOM2, proviennent de la partie occidentale de la steppe eurasienne (steppe pontique en Europe de l'Est), entre le Don et la basse Volga.
Jusqu'aux années 2000, l'origine du cheval domestique est étudiée par synapomorphie. Les progrès de la génétique permettent une autre approche, car la domestication modifie le génome du cheval. Le séquençage de génomes de chevaux anciens, sauvages et domestiques, permet de les comparer entre eux avec une grande précision pour reconstituer toute l'histoire de la domestication et de l'expansion des différentes souches de chevaux. La différenciation entre les espèces d’Equus laisse à penser que cette domestication est récente, et qu'elle concerne un nombre restreint d'étalons pour un grand nombre de juments, capturées à l'état sauvage afin de repeupler les élevages domestiques. Peu à peu, l'élevage sélectif entraîne une distinction des chevaux selon leur usage, la traction ou la selle, et un accroissement de la variété des robes du cheval domestique. La sélection d'une mutation génétique influant la structure dorsale est cruciale dans le succès des chevaux domestiques capables d'être montés par des humains.
Il n'est pas démontré que les peuples de la culture de Botaï aient domestiqué des chevaux pour l'équitation, mais ils ont pratiqué la traite des juments pour leur lait, et gardés ces animaux comme « réserves de viande ». La domestication s'effectue par degrés, un contrôle humain s'établissant sur les naissances. L'attelage et l'utilisation militaire arrivent plus tard, laissant des preuves sur le squelette et les dents. La présence d'armes, d'art, d'artefacts et de pratiques spirituelles en lien avec les chevaux prouvent l'influence de cet animal sur le mode de vie des sociétés humaines. À la fin de l'époque préhistorique, le cheval est indissociable de la notion de pouvoir. Elle entraîne une modification dans l'art et les rites humains, ainsi qu'une manifestation de supériorité chez les peuples qui le maîtrisent. L'utilisation de chevaux se répand rapidement à travers l'Eurasie pour le transport, les travaux agricoles et la guerre. L'utilisation du cheval influence considérablement l'histoire et les progrès de l'humanité, en permettant l'essor des civilisations et du commerce sur de vastes territoires.
Précurseurs vignette|Les peintures pariétales de la grotte Chauvet donnent de précieuses indications sur le type de cheval sauvage que chassaient et côtoyaient les hommes préhistoriques.
Le cheval connaît une longue évolution, qui le voit s'adapter aux terrains de type steppe et aux prairies. Les humains préhistoriques côtoient ces animaux, très abondants durant la période glaciaire qui prend fin voilà environ : ils sont chassés, consommés, peints et présents dans les cultes humains avant toute domestication. Le cheval se raréfie avec la disparition des prairies au profit des forêts, induite par le radoucissement global conduisant au climat actuel.
Origine génétique et histoire évolutive
Une étude sur l'ADN mitochondrial (ADNmt) des équidés, effectuée sur des fossiles vieux de jusqu'aux chevaux contemporains, place tous les équidés en un seul clade (groupe descendant d'un ancêtre commun) et comportant trois espèces génétiquement divergentes : Hippidion, Equus francisci et le « cheval vrai ». Ce dernier se rencontre de l'Europe occidentale jusqu'à l'est du détroit de Béring, incluant les chevaux préhistoriques et le cheval de Przewalski, ainsi que l'ancêtre du cheval domestique, appartenant à une seule espèce holarctique. Une analyse plus détaillée des chevaux vrais les regroupe en deux clades majeurs. L'un de ces clades, qui semble limité à l'Amérique du Nord, est maintenant éteint. L'autre clade gagne un vaste territoire allant de l'Amérique du Nord à l'Europe centrale, au nord et au sud des calottes glaciaires du Pléistocène.
Au début de l'Holocène, il y a environ , le climat mondial se réchauffe. Les forêts remplacent les prairies, ce qui réduit l'habitat des chevauxVéra Eisenmann dans .. Bon nombre de sous-espèces d'équidés supposées disparaissent au cours de ces changements climatiques rapides, associés à la fin de la dernière période glaciaire, ou alors sont chassées par les humains, en particulier en Amérique du Nord où le cheval s'éteint complètement.. Il disparaît de la région de Béring voici , et dans le reste du continent américain voici environ ... Ce clade survit en Eurasie, tous les chevaux domestiques semblent en être issus. Les équidés ayant disparu du continent américain, la question des raisons qui leur ont épargné ce sort sur le continent eurasien se pose.. Les conditions environnementales sont un peu plus favorables à la survie des équidés en Eurasie qu'en Amérique, mais des facteurs de stress y conduisent néanmoins à l'extinction du mammouth, et une raréfaction des chevaux. Quelque avant notre ère, date approximative d'extinction des équidés dans les Amériques, un début de domestication de chevaux utilisés comme source de nourriture en Eurasie pourrait avoir contribué à préserver l'espèce, du fait de son maintien en captivité.
Les chevaux montrent peu de structure phylogéographique, ce qui reflète probablement leur degré élevé de mobilité et d'adaptabilité. Leur morphologie évolue pour s'adapter à leur environnement : ils gagnent ou perdent en taille selon que les conditions climatiques sont favorables ou défavorables, ont des sabots plus étroits si le sol est dur, le museau court si le climat est froid, des os légers si le climat est sec, etc. Des conditions climatiques similaires tendent à donner des chevaux semblables.
Interactions avec les humains vignette|Tête de cheval du magdalénien. La domestication du cheval n'est pas la première réalisée par l'être humain, celle-ci intervenant plus tard que chez le chien, le mouton, l'âne, le porc ou encore le bœuf.. Une opinion populaire tend à la placer dans un foyer unique des steppes d’Asie centrale il y a . Elle est vraisemblablement plus tardiveEncyclopaedia universalis France, 2002, ..
Chasse Les chevaux sauvages de l'ère glaciaire, très abondants grâce à la présence de vastes prairies dégagées, sont chassés en Europe, dans les steppes eurasiennes et en Amérique du Nord par les premiers humains modernes. Ils sont ensuite consommés, devenant une source de protéines. Ce rapport proie-prédateur marque la plus grande partie de l'histoire commune de l'humain et du cheval.. Attestée dès le Paléolithique inférieur, l'hippophagie est l'un des premiers modes d'alimentation humaine carnée.. Le cheval est très consommé au Paléolithique supérieur, la découverte d'ossements sur de nombreux sites archéologiques le prouve. Par ailleurs, des peintures pariétales retrouvées en Europe indiquent à quoi ces animaux ressemblent..
Culture préhistorique Les équidés sont représentés et privilégiés dès les débuts de l'art préhistorique, il y a près de , soit bien avant leur domestication, en particulier dans le Sud-Ouest de l'Europe.. Ils sont présents dans les pratiques les plus diverses, allant du culte des morts aux peintures de la grotte Chauvet, de Lascaux ou d'Altamira. Ces représentations témoignent d'une bonne connaissance anatomique des animaux, et d'une habitude de les observer. Le cheval pourrait de ce fait avoir eu très tôt une place symbolique de premier plan, puisqu'il est l'un des animaux les plus représentés dans l'art préhistorique.. Représenter le cheval davantage que d'autres animaux tout aussi, sinon plus abondants, est un choix, mais en l'absence de preuves pour en connaître les raisons, bon nombre d'interprétations sont proposées., dont celle d'un rituel de chasse et celle de représentations chamaniques (selon la théorie de Jean Clottes reprise par Marc-André Wagner.). Quoi qu'il en soit, les chevaux revêtent déjà probablement une « fonction métaphysique ou symbolique », André Leroi-Gourhan évoquant une possible expression de dualisme sexuel, le cheval étant vu comme un animal masculin carvif et rapide. Annette Laming-Emperaire y voit au contraire un animal féminin.
Apprivoisement et proto-élevage vignette|droite|Poneys Konik en liberté, vraisemblablement proches des chevaux côtoyés par les peuples préhistoriques eurasiens. Les peuples traditionnels de chasseurs-cueilleurs ont systématiquement apprivoisé des animaux issus d'espèces sauvages, généralement en élevant un bébé animal dont les parents ont été tués. Ces animaux ne sont pas nécessairement « domestiqués ». La domestication du cheval, selon la définition qu'en donne le musée départemental de Préhistoire d'Île-de-France, comprend la protection des animaux contre les rigueurs du climat et leurs prédateurs, leur nourrissage (qui les sociabilise), et le contrôle sur leur reproduction par la sélection des géniteurs. Les peuples des steppes ont vraisemblablement acquis de solides connaissances du comportement de cette espèce, cette longue cohabitation entre hommes et chevaux a pu aboutir à une prise de conscience de leur intérêt économique. Celle-ci pourrait résulter d'une rencontre entre chasseurs-cueilleurs des steppes et colons à la recherche de nouvelles terres.. Vers 5500-5000 , des colons maîtrisant l'agriculture et l'élevage (en particulier celui des bovins) se déplacent depuis les actuelles Moravie et Slovaquie en adoptant certaines pratiques des peuples indigènes qu'ils rencontrent.. Ils croisent des peuples forestiers (biotope dont le cheval est absent), puis auraient rencontré des chasseurs de chevaux dans la steppe, ce qui réunit des conditions favorables à la domestication d'une nouvelle espèce.
Datation des premiers apprivoisements vignette|Chronologie de la domestication. Un différend existe parmi les spécialistes au sujet de la définition de la domestication, une théorie suggérant qu'elle doit inclure des changements physiologiques associés à un élevage sélectif en captivité, et pas seulement un « apprivoisement ». James Downs distingue l'apprivoisement — — (qu'il voit comme une pratique universelle) et la domestication (qui ne pourrait selon lui apparaître que dans certaines sociétés), tandis que Jean-Pierre Digard, parmi d'autres, voit dans la domestication la continuité logique de l'apprivoisement, ajoutant que certaines sociétés s'arrêtent à l'apprivoisement, tandis que d'autres poussent vers les plus hauts degrés de la domestication..
D'après les ouvrages de vulgarisation, les chevaux sont réellement apprivoisés avant notre èreDaniel Lacotte, Le Pourquoi du comment, Volume 3, Albin Michel, 2008, , p. « Les chevaux dorment-ils vraiment debout ? ».. Un « proto-élevage » a peut-être existé dès la fin du Paléolithique, ce qui expliquerait la fréquence de représentation des chevaux dans l'art.
Raisons de la domestication