Isabella Colbran, de son nom complet Ysabél Valdomera Angela Colbran Ortolá Rossini, née le à Madrid et morte le à Castenaso, est une cantatrice (mezzo-soprano) et compositrice espagnole qui a passé une grande partie de sa carrière à Milan.

Surnommée le rossignol noir, la prima donna du Théâtre San Carlo de Naples a longtemps été considérée comme l'une des chanteuses d'opéra les plus talentueuses de son temps.

Biographie Ysabél Valdomera Angela Colbran Ortolá est née le à MadridLa majorité des articles biographiques indiquent la date de naissance d'Isabella comme étant celle du 2 février 1785. Cependant, les documents officiels indiquent une naissance le 28 février 1784.. Elle est la fille de Juan Antonio Colbran, musicien (, violoniste et compositeur) de la Chapelle Royale à la cour de Madrid depuis 1793. Quoique né à Nava del Rey en 1751, celui-ci a des origines françaises et italiennes. Même si le nom de famille Colbran est parfois orthographié avec un d (Colbrand), la première orthographe domine. Le nom s'agit d'une déclinaison du saxon Kolbrandr.

La mère d'Isabella, Josefa Ortolá, est originaire d'Estrémadure. On sait peu de choses sur elle et il est supposé qu'elle soit décédée peu d'années après la naissance d'IsabellaSelon, l'article Isabel Colbran: una soprano española en el mundo de Gioachino Rossini, il semble étrange qu'Isabella et son père aient abandonné la mère et les deux autres sœurs à Madrid lorsqu'ils quittèrent l'Espagne pour la dernière fois en 1808. Il semble plus probable que la mère et la sœur cadette soient décédées et que Gaspara (la soeur aînée), se soit déjà mariée à cette époque..

Dès l'âge de 6 ans, Isabella commence à se former auprès de musiciens espagnols de renom tels que Francesco Pareja, Carlos MarinelliCertaines sources indiquent que Gaetano Marinelli fut un des maîtres de la Colbran. Cependant il est impossible: le compositeur se trouvait en Espagne entre 1786 et 1789, période où Isabella avait entre 2 et 5 ans. Il est probable que son maître ait été le castrat Carlos Marinelli, une collègue de Juan Colbran. et Girolamo Crescentini. A ses 14 ans, elle compose et publie un recueil d'airs pour la première fois.

Carrière d'Opéra (1801-1824) Le roi Charles VI d'Espagne ayant rendu difficile la production d'opéras dans d'autres langues que l'espagnol, le père d'Isabelle comprend que la carrière de sa fille passe par l'étranger. Grâce à une bourse offerte par la Reine Marie Louise d'Espagne, Isabella part accompagné de son père, qui sacrifie sa propre carrière de musicien, pour la France en 1801. En 1804, elle se produit à Paris pour la première fois lors d'un concert organisé par le violoniste Pierre Rode. Dès 1806, elle fait ses débuts à Madrid.

Puis, père et fille s'installent en Italie. Commence alors une carrière italienne fulgurante pour la Colbran. En 1806, Isabella est la première femme à être admise à l'Académie Philharmonique de Bologne. Un an plus tard, elle demeure dans la ville durant 15 jours en tant qu'invitée du Baron Cappelletti, chargé d'affaires du Roi d'Espagne, pour donner 3 concerts à succès. Le journal Il Redattore del Reno fait son éloge :

En 1808, elle se produit à La Scala de Milan en interprétant le rôle de Volunna lors de la première de l'opéra Coriolano de Nicolini. En 1809, la Colbran retourne à Bologne pour jouer dans Traiano in Dacia de Nicolini ainsi que dans Artemisia de Cimarosa au Théâtre communal. La Colbran y chante aux côtés du célèbre castrat Giovanni Battista Velluti. Elle poursuit sa tournée dans les grandes capitales italiennes, Venise, Milan, Brescia et Turin, pour jouer dans Ifigenia in Aulide de Federici ainsi que dans Orcamo de Lavigna.

Arrivée à Rome en 1810, elle fait la première d'Alzira de Manfroce au Teatro Valle et se produit aussi au Teatro Argentina. vignette|Isabella Colbran interprétant son premier rôle de Rossini dans l'opéra Elisabetta regina d'Inghilterra. En 1811, la Colbran arrive à Naples, où elle se produit dans La Nina o sia La pazza per amore de Paisiello au Teatro del Fondo. Puis, elle chante au Palais Royal devant Joaquim Murat et son épouse. Au Teatro San Carlo, lieu emblématique de la carrière de la Colbran, elle se produit pour la première fois lors d'une représentation de L'oracolo di Delfo de Raimondi.

Grâce à ses contacts avec la famille Bonaparte, la Colbran est engagée par l'impresario Domenico Barbaja, dont elle est la maîtresse pendant un an, pour être la prima donna assoluta officielle du Théâtre San Carlo de Naples de 1811 à 1822. A cette époque, de grandes figures de l'art lyrique chantent au théâtre tels que Andrea Nozzari, Giovanni David, Guiseppe Siboni et Manuel García. Durant ces années, la Colbran participe à de nombreuses premières d'opéra dont il possible d'en citer quelques-unes: Medea in Corinto (1813) de Simon Mayr dans lequel elle interprète la première du rôle principal pour la première fois, La Vestale (1813) de Spontini dans le rôle de Giulia, Il califfo di Bagdad (1813) et La donzella di Raab (1814) de Manuel García, Gabriella di Vergy (1817) de Michele Carafa, Boadicea (1818) de Francesco Morlacchi et L'apoteosi d'Ercole (1819) de Saverio Mercadante.

C'est sûrement durant sa liaison avec Domenico Barbaja, propriétaire d'une multitude de salons de jeux dans le nord de l’Italie qu'Isabella Colbran développe un goût pour les jeux d'argent.

Relation avec Rossini vignette|Gioachimo Rossini (1792-1868), l'époux d'Isabella Colbran à l'époque où les deux se rencontrent (1815). Rossini arrive à Naples en 1815. Isabella Colbran devient l'interprète et muse principale du compositeur. Ils commencent une liaison dès 1818. A cette époque, Isabella Colbran est aussi la maîtresse du Prince Ludwik Jabłonowski (1784-1864) ainsi que toujours celle de Domenico Barbaja.

Ainsi, elle crée successivement onze rôles rossiniens. Le premier rôle s'agit de celui de la Reine Elizabeth dans l'opéra Elisabetta Regina d'Inghilterra (1815). La Colbran y met toute son expérience antérieure des rôles royaux dans l’interprétation de la monarque anglaise. Son jeu dramatique combiné à la musique fait une impression inoubliable sur le public. La robe portée par Isabella lors de la représentation est une copie exacte d'un habit ayant appartenu à Elizabeth Ire. Pour l'occassion, des dessinateurs anglais illustrèrent ses tenues.

Ensuite elle créé les rôles principaux féminins dans Le nozze di Teti e Peleo (1816), Otello (1816), Armida (1817), Ricciardo e Zoraïde (1818), Mosè in Egitto (1818), Ermione (1819), La donna del lago (1819) Maometto II (1820), Zelmira (1822).

A la mort du père d'Isabella Colbran à l'âge de 69 ans, la chanteuse devient propriétaire d'une villa à Castenaso achetée au Collège d'Espagne en 1812. Touché par le chagrin de sa maîtresse, Rossini commande un monument funéraire au sculpteur Adam Talodini où furent enterrés par la suite ses deux parents à lui.

Immédiatement après l'insuccès de l'opéra Zelmire (1822), les noces entre les deux amants sont célébrées dans le plus grand secret le dans le sanctuaire de la Madonna del Pilar (XVIIe siècle) dans les environs de la villa de la Colbran à Castenaso. Seuls Luigi Cacciari, un employé de la famille Rossini, et Francesco Fernandes, le serviteur personnel d’Isabella, sont présents. La loi de l'époque fait en sorte que la totalité des biens de la Colbran revient à Rossini. La dot de la chanteuse était de de rente.

Cette saison-là, Domenico Barbaja décide d'amener la compagnie d’opéra de Naples à Vienne. Les jeunes mariés s'y rendent ensemble, où un grand succès les attends.

La carrière d'Isabella la conduit à Londres, mais boudée par le public, elle juge sage de mettre fin à sa carrière dès 1823. Peu de temps après, le couple déménage à Paris, Boulevard Montmartre, pour revenir à Castenaso en . En raison de problèmes de santé causés par la gonorrhée, transmis par son mari, Isabella cesse ses voyages et s'installe définitivement à Bologne sous la tutelle administrative de son beau-père alors que Rossini repart pour Paris. Après la mort de la mère de Rossini en 1827, leur union se dégrade de plus en plus dès que Rossini développe une psychose maniaco-dépressive.

En 1834, Gioachimo rencontre la parisienne Olympe Pélissier, courtisane, qui devient sa maitresse. De retour à Bologne avec celle-ci, Isabella Colbran se comporte sans amertume avec Pélissier. Elles sont même amies, du moins en apparence.

Le couple Colbran-Rossini divorce officiellement en 1837.

Critiques Au début de sa carrière au Théâtre San Carlo, Stendhal, en voyage en Italie, lui réserve un portrait flatteur: "Une beauté de premier ordre, avec de grands traits qui sont magnifiques sur la scène, une stature majestueuse, des yeux ardents comme ceux d’une femme circassienne, une épaisse crinière de cheveux plus noirs que la poix, et un don inné pour le jeu tragique. Dès qu’elle apparut sur la scène le front orné d’un diadème royal, elle suscita un respect inconscient, même de la part de ceux avec qui elle avait eu une conversation intime dans le foyer du théâtre quelques minutes auparavant."

Plus tard, Stendha aime souligner le contraste entre l'allure d'Isabella en ville et sa prestance sur scène. En 1822, sous la signature de Pizzo Falcone, il critique farouchement le déclin vocal de la mezzo-soprano dans le journal The Monthly Review: "Nous, qui depuis 1816, devions entendre madame Colbran-Rossini qui chante faux sept fois sur dix; et pourtant comme elle était sous la protection de Barbaja qui était le favori du Roi, nous étions obligés de dévorer notre horreur en silence. Bien souvent, nous aurions donné une de nos oreilles (et celles-ci sont peut-être ce que nous estimons de plus précieux en nous) pour un franc-sifflet."

Deux ans plus tard, dans la Vie de Rossini, il décrit la fin de carrière de la Colbran: "On attendait les premières mesures de l'air de mademoiselle Colbran; voyait-on qu'elle eût pris le parti de chanter faux, on prenait aussi le sien, et l'on faisait la conversation, ou l'on allait au café prendre une glace. Au bout de quelques mois, le public ennuyé de ces promenades, avoua tout haut que la pauvre Colbran avait vieilli. [...] En 1820, pour procurer une vraie joie aux habitants de Naples, ce n'est pas la constitution d'Espagne qu'il fallait leur donner, c'est mademoiselle Colbran qu'il fallait ôter." De plus, l'auteur est de l'opinion que tous les insuccès des opéras de Rossini sont dus au fait que la Colbran y chantait.

A l'inverse, le professeur et musicologue Giuseppe Radiciotti refute les critiques envers la chanteuse et indique qu'il n'y a aucune preuves autre que celles de Stendhal que la Colbran chantait faux dès 1816. Son triomphe à Naples continua jusqu'à 1821, date où le déclin de sa voix fut certainement du à la difficulté des rôles écrits pour elle par Rossini.

Un contemporain de la Colbran qui a suivi Isabella dès son arrivée à Paris en 1801, le compositeur français Ferdinand Hérold partage cet avis. Il affirme que le déclin vocal de la Colbran se manifeste dès 1814, mais que sa voix était encore "douce et sonore" à la fin de sa carrière en 1824.

En 1936, le chroniqueur Sebastiano Sani décrit la Colbran de la manière suivante dans son article L’esilio della Colbran (L'exil de la Colbran), tiré du journal Il Comune di Bologna : "Quand le public applaudissant dans les stalles lui manquait, elle avait besoin d’une cohorte d’admirateurs dans sa propre maison. Le nom qu’elle portait, la gloire de son mari, l’amour qu’elle aimait, ne lui suffisaient pas. C’était une femme insatisfaisante. Il avait le talent des dissipateurs, qui, plus ils en ont, plus ils inventent des fables et des caprices pour dépenser encore plus, et subordonnant tout à leur manie insatisfaite du luxe, de joie et de vanité." (traduit de l'italien)

On raconte qu'

Fin de vie vignette|La villa Colbran, lieu de mort d'Isabella Colbran en 1845.