La démence (du latin signifiant « folie »), appelée trouble neurocognitif majeur dans le DSM-5, est un ensemble de symptômes associés à une perte ou réduction des capacités cognitives suffisamment importante pour retentir sur la vie d'un individu et entraîner une perte d'autonomie. Les fonctions cérébrales particulièrement atteintes peuvent être la mémoire, l'attention, et le langage. Elle peut être temporaire, à la suite d'une lésion cérébrale majeure ou d'un déclin psychologique à long terme.
Le terme de démence, en médecine, est un terme technique qui ne doit pas être confondu avec la signification commune de ce terme dans le langage courant (folie furieuse). Les démences sont le syndrome clinique des maladies neurodégénératives.
La démence est classiquement définie comme un affaiblissement psychique profond, global et progressif qui altère les fonctions intellectuelles fondamentales et désintègre les conduites sociales. Elle atteint la personnalité en ce qui concerne le fait d'« être raisonnable », c'est-à-dire dans le système de ses valeurs logiques, de connaissances, de jugement et d'adaptation au milieu social. La démence a d'abord été définie par son caractère de déchéance progressive, incurable. La démence contribue significativement à l’invalidité et à la dépendance chez les personnes âgées et était la septième cause de décès en 2023. Les progrès thérapeutiques depuis le début du (par exemple avec traitement de la paralysie générale) ont permis de relativiser cette image. Au moins dans les pays occidentaux (où ce fait a été documenté en 2025), le risque de démence semble diminuer chez les générations les plus jeunes, même à âge égal. Il n'en reste pas moins que « spontanément » la démence évolue vers une aggravation progressive et la déchéance psychique terminale (Henri Ey, 1970) avec un risque augmentant avec l'âge.
Aujourd'hui, le terme peut être déconseillé pour des raisons de respect de la personne, et la réalité qu'il désigne peut être appelée trouble neurocognitif de façon plus pertinente.
Sémantique médicale L’expression « trouble neurocognitif majeur ». a officiellement remplacé. le terme « démence » dans la classification médicale avec la publication du DSM-5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) en . Cette modification a été proposée par un groupe d’experts afin de mieux refléter la diversité des atteintes cognitives et d’éviter la connotation négative du mot « démence ».
Le DSM-5 distingue désormaisHAS Santé (2028) Parcours de soins des patients présentant un trouble neurocognitif associé à la maladie d'Alzheimer ou à une maladie apparentée ; mai 2028 ; Troubles cognitifs et troubles neurocognitifs|url=https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2018-05/fiche_1_troubles_cognitifs_et_trouble_neurocognitifs.pdf : le trouble neurocognitif majeur (anciennement démence) : altération cognitive significative entraînant une perte d’autonomie ; le trouble neurocognitif léger : altération cognitive mesurable mais sans perte d’autonomie pour le patient.
Cette évolution sémantique a été adoptée progressivement dans les pratiques médicales et les recommandations officielles, notamment en France, où la Haute Autorité de Santé (HAS) utilise cette terminologie dans ses guides depuis 2018.
Historique À la fin du , la démence était un concept clinique plus étendu, qui impliquait maladie mentale et plusieurs incapacités psychosociales incluant les cas qui peuvent être réversibles.. La démence se réfère à un individu ayant perdu la « raison », et s'applique également à certaines maladies mentales, des maladies « organiques » comme la syphilis qui peuvent causer de graves séquelles cérébrales et la démence associée à l'âge gériatrique.
La démence chez les aînés, souvent appelée à tort démence sénile. ou sénilité, montre que la plupart des démences, mais pas toutes, sont liées à l'âge, et peut aussi refléter l'idée, répandue mais fausse, que le grave déclin des facultés mentales serait lié au processus normal de vieillissement.. En 1907, une maladie organique connue sous le nom de maladie d'Alzheimer a été décrite. Elle a été associée à des changements cérébraux microscopiques.
Durant les périodes 1913-1920, la schizophrénie est définie, et le terme de démence précoce a été suggéré pour qualifier le développement de la démence de type sénile dès le plus jeune âge.
En 1976, le neurologue Robert Katzman indique qu'il y aurait une connexion entre la « démence sénile » et la maladie d'Alzheimer.. Katzman pense que la plupart des démences séniles qui surviennent (par définition) après , sont pathologiquement identiques à la maladie d'Alzheimer avant l'âge de et ne devraient néanmoins pas être traitées différemment. Il note le fait que la « démence sénile » n'était pas considérée comme une maladie, mais qu'elle fait plutôt partie de la vieillesse .. Katzman croit ainsi que la maladie d'Alzheimer, si celle-ci survient à l'âge de , est répandue, et non rare, et la cinquième, voire quatrième, cause principale de mortalité.
Au , un nombre d'autres types de démence ont été différenciés de la maladie d'Alzheimer et des démences vasculaires (les deux formes les plus communes). Cette différence est basée sur l'examen anatomopathologique des tissus cérébraux et notamment de leur symptomatologie. Les différentes formes de démence ont un pronostic différent, et diffèrent également par leurs facteurs de risques épidémiologiques. Les causes étiologiques, incluant celles de la maladie d'Alzheimer, restent cependant inconnues.
Selon les recommandations de l'HAS, en 2018, le terme démence est remplacé par trouble neurocognitif majeur.
Signes et symptômes La démence n'est pas seulement un problème de mémoire, mais aussi de désorientation, de perte de capacité à apprendre, à retenir ou à se rappeler les expériences passées. Elle cause également un trouble des pensées, des sensations et activités. Ces problèmes mentaux et comportementaux peuvent gravement diminuer la qualité de vie des patients et de l'entourage. Quand la démence empire, les individus peuvent se négliger eux-mêmes, crier, se lamenter, mettre leur santé en péril, devenir incontinents.
La dépression affecte 20–30 % des individus souffrant de démence, et environ 20 % d'entre eux souffrent d'anxiété.. La psychose (souvent, sentiments de persécution) et l'agitation/humeur agressive accompagnent souvent la démence. Ces troubles de l'humeur peuvent être traités indépendamment..
Dans les stades évolués de la démence, les individus sont généralement désorientés dans le temps (ignorant le jour, la semaine, le mois ou l'année) et dans l'espace (ignorant où ils se trouvent), ne reconnaissent plus des personnes familières, et ont des difficultés croissantes à communiquer, souvent avec des troubles du comportement. Certains troubles du comportement (rire sans raison apparente, parler tout seul, agitations, râles, cris et lamentations notamment) semblent combler un besoin, communiquer un besoin et/ou résulter d'une frustration ou d'autres affects négatifs tels qu'une intense douleur moraleGroulx B (2005) Les cris et les lamentations des patients atteints de démence (deuxième partie). La revue canadienne de la maladie d’Alzheimer, 7-11..
Les symptômes sont réversibles ou irréversibles, selon l'étiologie de la maladie. Moins de 10 % des cas ont des causes pouvant être soignées par traitement. Les formes les plus communes de démence incluent : maladie d'Alzheimer, leucoaraïose, dégénérescence lobaire frontotemporale, démence sémantique et maladie à corps de Lewy. Il est également possible qu'un patient puisse montrer d'autres caractéristiques de démence.
Épidémiologie, tendances thumb|Espérance de vie corrigée de l'incapacité concernant les démences sur en 2002.
Analyser les différences régionales et temporelles dans les taux de démence selon l’âge, ainsi que leurs projections futures, est essentiel pour anticiper les besoins en santé. Les estimations varient selon les époques et les sources, certaines annonçant plutôt une baisse.... ; d'autres au contraire annoncent une hausse de la prévalence.. ; et d'autres encore une possible stabilité de la prévalence.. ; selon Xiaoxue Dou (2025), ces études sont limitées par un manque de données homogènes et récentes pour un grand nombre de pays, et un manque de suivi par cohorte...
Une étude de 2005 estime la prévalence globale de la démence à , avec de nouveaux cas de démence par an. Le nombre d'individus affectés pourrait doubler à d'ici 2040.. La plupart se trouvent dans les pays développés. Par ailleurs, 60-70 % des individus atteints de démences souffriraient de la maladie d'Alzheimer. Vers 2005, les troubles cognitifs modérés atteindraient un peu moins du quart des personnes âgées de plus de aux États-Unis. L'évolution vers un tableau démentiel concernerait 10 % de ces personnes par an Plassman BL, Langa KM, Fisher GG et al. , Annals of Internal Medicine, 2008;148;427-434.. Au début des années 2020, elle était, selon l'OMS, la septième cause de décès (donnée 2023)..
La tendance générale est à une hausse du nombre de cas dans le monde, en raison de la démographie et de l'augmentation globale de l'espérance de vie : des épidémiologistes annoncent environ 152,8 millions (IC à 95 %, 130,8 millions à 175,9 millions) de cas de démence d’ici 2050 (avec près de 10 millions de nouveaux cas par an à prendre en charge)...
Plus on est âgé, plus le risque de démence augmente, mais notent en 2025 que .. : à âge égal pour des raisons encore incomplètement comprises, il augmente moins qu'autrefois. Les générations récentes sont en effet statistiquement moins touchées par le risque de démence en vieillissant. C'est la conclusion d'une vaste étude transversale, basée sur trois enquêtes comparables qui ont inclus personnes aux États-Unis, personnes en Europe et personnes en Angleterre, publiée en par la revue JAMA : les personnes de 71 ans et plus, issues de cohortes de naissance plus récentes sont moins touchées par la démence aux États-Unis (21,2 %), en Europe (38,9 %) et en Angleterre (28,3 %). Cette tendance était plus prononcée chez les femmes que chez les hommes et les taux et rythmes diffèrent selon les zones géographiques considérées, mais cette différence tend à se réduire, peut-être , l’un des principaux « facteurs de risque modifiables » de la démence Global Gender Gap Report 2023 (Full report) ; Benchmarking gender gaps, 2023, 20 juin 2023 .. Ainsi, aux États-Unis, dans la cohorte des 81-5 ans, 25,1 % des gens nés entre 1890 et 1913 souffraient de démence, contre 15,5 % chez ceux nés après la Première Guerre mondiale, entre 1939 et 1943. Ceci confirme qu'il existe des facteurs environnementaux à la démence..
+ Prévalence de la démence chez les personnes âgées (81-85 ans)selon la cohorte de naissance Région/Pays Cohorte ancienne Taux (%) Cohorte récente Taux (%) États-Unis 1890–1913 25,1 1939–1943 15,5 Europe 1934–1938 30,2 1939–1943 15,2 Royaume-Uni 1924–1928 15,9 1934–1938 14,9
Prévalence mondiale En 2021, environ 57 millions de personnes dans le monde vivaient avec une démence, et la majorité de ces cas se trouvent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Chaque année, près de 10 millions de nouveaux cas sont diagnostiqués, soulignant l’ampleur croissante du problème de santé publique.
Diagnostic Diagnostic clinique Le diagnostic repose sur les critères de démence du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-). La recherche de ces critères impose une évaluation de plusieurs fonctions cognitives. Des outils simples pouvant être utilisés en médecine non spécialisée ont été mis au point pour aider le diagnostic de démence.