La guerre du Maroc est la guerre coloniale menée par l'Espagne contre le Maroc entre 1859 et 1860.
Le Maroc sort vaincu de cette guerre pendant laquelle son armée a été battue autour de Tétouan lors des batailles de Sierra Bullones le , de Castillejos le , de Tétouan le et de Wad-Ras (ou Gualdras ou Guad-el-Ras) le . Il est contraint de signer avec l'Espagne le le traité de Wad-Ras, dont les conditions lui sont très défavorables.
Dénominations En espagnol, elle est aussi désignée sous les noms de Guerra de África (guerre d'Afrique), Primera Guerra de Marruecos (première guerre du Maroc, par référence postérieure des historiens à la guerre du Rif de 1921 à 1926), et Guerra Hispano-Marroquí (guerre hispano-marocaine).
Contexte Situation politico-économique en Espagne
Situation politico-économique au Maroc
La situation politico-économique du Maroc est particulièrement tendue avant le début de la guerre.
Situation des présides espagnols thumb|Carte des présides espagnols vers 1726-1734 par Johannes van Keulen.
Depuis la mort d'Ismaïl ben Chérif, sultan du Maroc entre 1672 et 1727, conquérant des villes de Mamora, Larache et Asilah qui étaient sous contrôle espagnol, les présides espagnols en Afrique ne sont plus qu'au nombre de quatre. Il s'agit de Ceuta, Melilla, les îles Alhucemas et le Peñón de Vélez de la Gomera. Ces présides qui sont défendus par des garnisons espagnoles ont connu de nombreuses attaques au cours du temps. Pour l'Espagne, il s'agit de postes militaires autour desquels le pays ne possède qu'une petite zone insignifiante..
L'Empire chérifien a tenté à de nombreuses reprises la conquête des derniers présides espagnols. Par exemple, entre 1694 et 1727, sous le règne d'Ismaïl Ben Chérif, la ville de Ceuta est assiégée à deux reprises, et est de peu prise.. En 1702, le fils d'Ismaïl, Moulay Zeïdan, à la tête d'une armée de , rase la forteresse espagnole du Peñón de Vélez de la Gomera mais ne réussit pas à garder l'île.. Entre 1774 et 1775, Melilla résiste à un long siège de quatre mois, déclenché par le sultan Mohammed ben Abdellah.. Les escarmouches entre le Maroc et l'Espagne continuent jusqu'en 1845, date où un traité est signé entre les deux pays, reconnaissant les possessions espagnoles en Afrique.. À partir de là, des soldats réguliers de l'armée marocaine sont postés aux alentours de Ceuta pour veiller à ce qu'aucune attaque contre la garnison espagnole de la ville n'ait lieu.. La situation de Melilla est quant à elle différente puisque les termes du traité de 1845 ne mentionnent en aucun cas la défense de la ville. En effet, le , 18 tués et 68 blessés sont dénombrés pour l'armée espagnole après une sortie contre des tribus locales aux alentours de Melilla.. Néanmoins, les relations aux alentours de Ceuta restent amicales et aucun incident n'est à déplorer.
Antécédents Dans la nuit du au , alors que les Espagnols améliorent les fortifications en dehors de la ville de Ceuta, installent une plus importante garde pour la protection des travaux, et hissent leurs armes nationales, la tribu jeblie des Anjra qui voit cela comme une provocation, et dont le territoire est limitrophe., attaque au matin du 11 les travaux commencés par l'Espagne, prennent les armes nationales espagnoles et violent donc le territoire espagnol de Ceuta. L'Espagne demande immédiatement réparation d'autant plus que des soldats marocains sont postés au Serrallo, poste militaire à proximité de la frontière, et doivent donc normalement stopper les attaques des Anjra, qui eux ne peuvent atteindre les alentours de Ceuta sans passer par le poste en question. Selon le gouvernement espagnol, les soldats marocains auraient donc laissé passer les combattants tribaux.. De plus, le chef marocain du Serrallo a été informé des travaux qui allaient s'entamer ainsi que le consul espagnol de Tanger, Blanco del Valle. Le chef du Serrallo s'explique par la suite au gouverneur de Ceuta et déclare être étranger au problème. Celui-ci rend un rapport au consul espagnol de Tanger ainsi qu'au gouvernement espagnol. Le jour même, quelque attaquent la garnison de Ceuta, et provoquent des pertes espagnoles. En apprenant cela, le gouvernement espagnol ordonne à son consul de faire savoir au ministre du sultan que l'Espagne exige un remboursement immédiat en punissant les coupables, en rendant les armes nationales à l'endroit où elles se trouvaient, puis en saluant le drapeau espagnol par l'intermédiaire des autorités locales.. Le ministre du sultan Mohammed El-Khetib répond favorablement aux demandes tout en indiquant que la garnison espagnole est également responsable. Ainsi, dix jours ont été accordés par l'Espagne au Maroc, et qu'en cas de refus du remboursement, le consul de Tanger doit quitter la ville. Entre-temps, les 22 et , les tribus locales attaquent à nouveau la garnison de Ceuta. Pour les Espagnols, plus l'offense est grande, plus la réparation doit l'être..
Le , le sultan Abderrahmane ben Hicham meurt, laissant comme successeur son fils Mohammed ben Abderrahmane. Les Espagnols accordent vingt jours de plus aux Marocains dans le but de laisser le temps au nouveau sultan d'établir son pouvoir. Pendant ce temps, par un décret du , le gouvernement espagnol avance les opérations de recrutement en , en prévision à un refus de remboursement. À l'expiration du délai, l'Empire chérifien demande neuf jours en plus qui sont accordés par le gouvernement espagnol.. Une fois le recrutement terminé, le corps expéditionnaire espagnol est formé, et quatre corps d'armée sont levés à partir du . Le lendemain, le nouveau sultan envoie comme plénipotentiaire Mohamed Zebdi aux côtés de Mohammed El-Khetib pour négocier auprès du consul espagnol de Tanger, les demandes souscrites par les Espagnols. Mais en raison d'une nouvelle demande espagnole exigeant la cession d'une portion du territoire en avant de l'ancienne frontière., Mohammed El-Khetib refuse d'accepter les demandes espagnoles déclarant ne pas détenir les pouvoirs nécessaires pour décider de tout ça. Le ministre demande un délai supplémentaire en indiquant qu'il s'en référera au sultan..
Le , le maréchal Leopoldo O'Donnell, ministre de la Guerre et président du Conseil des ministres, se rend à la séance de la Chambre des députés poussant le gouvernement à déclarer la guerre contre le Maroc le jour même.. L'objectif officiel de la guerre est de laver l'affront, ce qui lui vaut d'être comparée à cause de sa démesure à l'Affaire de l'éventail entre le pacha Hussein Dey et le consul général Pierre Deval.
Forces en présence Armée chérifienne L'armée du Maroc est formée de quatre principaux éléments.. Elle n'est pas organisée en unités et est mal armée et indisciplinée selon Achille Chauchar.. Le plus puissant reste la garde noire des Abid al-Bukhari, formée durant le règne d'Ismaïl Ben Chérif, elle atteignait à son apogée à .. À la mort du souverain, l'Empire chérifien se déchire dans une anarchie complète causée par les Abid al-Bukhari, qui évincent à plusieurs reprises des prétendants au trône et commandent à la manière des janissaires ottomans. Ahmed ben Ismaïl, voyant la menace, réussit à semer la discorde entre eux et les tribus locales et parvient ainsi à baisser leur influence en les massacrant par milliers. À l'avènement de Mohammed ben Abdellah, la garde noire comprenait . Mohammed réussit en l'espace de quelques décennies à réduire la force noire à , en désarmant et séparant plusieurs milliers d'Abid al-Bukhari, et en leur assignant des terres.. Elle compte avant la guerre entre .
vignette|Peinture de Marià Fortuny représentant un soldat marocain vers 1860.
Après la débandade durant la bataille d'Isly de la cavalerie marocaine formée d'Abid al-Bukhari et de combattants tribaux, Mohammed ben Abderrahmane, qui commandait l'armée chérifienne alors que son père régnait toujours, décide de créer une troupe régulière dénommée Nichans en voulant recopier l'organisation et le matériel de l'armée française. Initialement composés de , à l'avènement du règne de Mohammed ben Abderrahmane, les Nichans doublent et se donnent même le luxe de posséder des armes de précision fournies par les Anglais..
Le troisième élément qui forme l'armée chérifienne sont les contingents du Makhzen des tribus et provinces. Cette force irrégulière est la plus nombreuse mais surtout la moins entraînée et armée. Tout homme âgé de peut rejoindre les contingents du Makhzen, et ce sont les provinces où passent les contingents qui fournissent de quoi vivre aux troupes. L'armement des contingents est fourni par les tribus à l'exception de la poudre et du plomb fournis par le gouvernement chérifien. Pour les Européens, il s'agit avant tout d'une armée de pilleurs désorganisée..
Enfin, les colonies militaires forment le dernier élément de l'armée marocaine. Ce sont des familles qui fournissent en soldats leurs mâles et qui sont exemptées d'impôts. Elles disposent également de terres comme avantage mais aussi de soldes payées par le gouvernement irrégulièrement. Cette milice est surtout présente dans les zones urbaines et comprend, par exemple, les deux tiers de la population musulmane de Mogador, la moitié de celle de Safi et presque exclusivement la totalité de celle de Casablanca..
La marine militaire du Maroc, formée durant le règne de Mohammed ben Abdallah, comprenait en 1792 une douzaine de galiotes, six frégates et plusieurs milliers de matelots. Laissée à l'abandon par les différents successeurs de Mohammed, la flotte marocaine est gravement affaiblie et n'existe pratiquement même plus à la deuxième moitié du . Il ne subsiste avant la guerre qu'une escadre de neuf navires totalisant 27 canons, non-entretenue. L'artillerie marocaine est quasiment inexistante.. Selon l'auteur espagnol Evaristo Ventosa, le Maroc peut lever en temps de guerre un dixième de sa population soit ce qui semble tout de même fort exagéré. L'armée régulière qui est composée des deux premiers corps ne dépasse guère les avant la guerre, pour une population de plus de . Les forces marocaines sont commandées par Moulay el-Abbas, frère du sultan Mohammed ben Abderrahmane. La cavalerie reste la principale force militaire du pays.
Armée espagnole Avant le début de la guerre, l'armée espagnole comptait environ , , et ... Elle pouvait atteindre en comptant ses troupes irrégulières. À l'occasion de la guerre, de nouveaux régiments de cavalerie ont été créés, et de nombreux volontaires ont rejoint l'armée espagnole.
En prévision au non-remboursement, le gouvernement avait ouvert dès par un décret du , le début des opérations de recrutement devant normalement avoir lieu comme chaque année au printemps. À la fin du recrutement, deux corps d'armée sont réunis à Cadix et Algésiras à partir du , comprenant déjà un total de 36 bataillons, 7 batteries, 7 escadrons et 1 bataillon du génie. Ils sont respectivement commandés par les généraux Rafael Echagüe et Juan Zavala de la Puente. Puis un troisième corps sous les ordres du général Antonio Ros de Olano, est formé à Malaga, tandis qu'un corps de réserve est également formé et commandé par le général Joan Prim.
gauche|vignette|Juan Zavala de la Puente, commandant du corps, peinture de Vicente López y Portaña.