est un genre fossile de grands dinosaures théropodes ayant vécu entre les étages Aptien et Albien du Crétacé inférieur, il y a environ d'années, dans l'actuel Niger. L'unique espèce connue est , premièrement décrite en 1998 par Paul Sereno et ses collègues à partir de fossiles ayant été découverts un an plus tôt dans la formation d'Elrhaz. Bien que ces mêmes fossiles viennent de plusieurs spécimens, ils constituent l’un des spinosauridés les mieux documentés sur le plan anatomique. Le nom générique Suchomimus signifie « imitateur de crocodile », faisant allusion à son crâne allongé et à ses adaptations piscivores, tandis que l'épithète spécifique tenerensis fait référence au désert du Ténéré, région du Niger où les fossiles de l'animal ont été découverts.

Avec une taille estimée entre de long pour une masse corporelle comprise entre , Suchomimus est un théropode particulièrement imposant. Comme son nom l'indique, le crâne de l'animal est allongé, bas et étroit, évoquant celui des crocodiles. L’extrémité du museau s’élargit latéralement pour former une rosette, et l’animal possède de nombreuses dents coniques finement dentelées, les plus grandes se situant à l’avant des mâchoires. Le cou de Suchomimus est relativement court, tandis que ses membres antérieurs, puissamment construits, portent une large griffe recourbée sur chaque pouce. Le long de la ligne médiane de son dos s’élève une voile dorsale basse, soutenue par les hautes épines neurales de ses vertèbres. Les caractéristiques de son crâne et de ses membres suggèrent qu’il s’agissait d’un prédateur principalement piscivore et adapté à la chasse en eaux peu profondes.

De nombreux paléontologues considèrent Suchomimus comme un probable synonyme plus récent du spinosauridé contemporain Cristatusaurus, bien que ce dernier ne soit connu que par des restes fragmentaires. Certains chercheurs ont également suggéré que Suchomimus pourrait représenter une espèce africaine du spinosauridé européen Baryonyx, ayant parfois été désignée dans la littérature scientifique sous le nom de Baryonyx tenerensis. Néanmoins, les études plus récentes maintiennent les deux genres comme distincts. D'après les archives fossiles de la formation d'Elrhaz, l'animal a vécu et chassé dans un environnement fluvial composé de vastes plaines inondables aux côtés de nombreux autres dinosaures, ainsi qu’avec des ptérosaures, des crocodylomorphes, des poissons osseux, des tortues et des bivalves.

Historique des recherches Découverte et dénomination vignette|gauche|upright=1.1|Affleurements de la formation d'Elrhaz, la zone de Gadouffaoua étant montré en bas à droite.|alt=

Fin 1997, le paléontologue américain Paul Sereno et son équipe mènent une expédition sur le site de Gadoufaoua, dans le désert du Ténéré, au Niger, où ils mettent au jour divers fossiles. Le , l’un des membres de l’équipe, l'américain David Varricchio, découvre une grande griffe de pouce appartenant à un imposant dinosaure théropode, remarquablement bien exposée à l’air libre. Selon Sereno, le sable et le vent auraient progressivement dégagé cette même griffe, restée visible dans cet état d’exposition pendant au moins deux siècles. Les fouilles ultérieures menées sur le site permettent d’exhumer plusieurs fossiles provenant de différents spécimens de ce théropode énigmatique, qui s’avère appartenir à la famille des spinosauridés. Le , la revue scientifique Science publie une étude dirigée par Sereno, qui nomme et décrit le nouveau genre et espèce Suchomimus tenerensis à partir des fossiles découverts lors de cette expédition. Le nom générique Suchomimus vient du grec ancien , « crocodile », et de « mimique » ou « imitateur », le tout voulant littéralement dire « imitateur de crocodile », en référence à son museau allongé et à ses adaptations piscivores. L'épithète spécifique tenerensis fait quant à elle référence au désert où les fossiles de l'animal ont été découverts...

vignette|upright=1.3|alt=|Reconstitution numérique du squelette de Suchomimus montrant les os connus basés sur l’holotype (en rouge), un squelette partiel (en bleu) et d’autres spécimens référés (en jaune).

Tous les spécimens fossiles concernés ont été découverts dans les lits de Tegama de la formation d'Elrhaz, et sont depuis conservés dans les collections paléontologiques du musée national Boubou-Hama à Niamey. L'holotype, catalogué MNN GDF500, consiste en un squelette partiel dépourvu du crâne. Celui-ci préserve trois côtes cervicales, des parties de quatorze vertèbres dorsales, dix côtes dorsales, des gastralia (côtes abdominales), des morceaux de trois vertèbres sacrées, des parties de douze vertèbres caudales, des chevrons (os formant la face inférieure de la queue), une omoplate, une coracoïde, un membre antérieur partiel, la majeure partie du bassin et des parties d'un membre postérieur. D'autre spécimens notables sont également cités dans l'article décrivant le taxon. Les spécimens MNN GDF 501 à 508 comprennent un museau, un carré de l'arrière du crâne, trois os dentaires, un axis (deuxième vertèbre du cou), une vertèbre cervicale arrière et une vertèbre dorsale arrière. Les spécimens MNN GDF 510 et 511 consiste quant à eux en deux vertèbres caudales. Toujours dans leur article, Sereno et ses collègues signalent également la présence d’os et de dents fossiles supplémentaires attribués à ce dinosaure, bien que citant pas leur noms de catalogue. Bien que Suchomimus soit l’un des spinosauridés les mieux connus sur le plan anatomique, sa description initiale demeure relativement succincte..

Synonymie suggérée avec Baryonyx et Cristatusaurus vignette|redresse=1.2|gauche|alt=|Éléments fragmentaires de mâchoires venant du spécimen holotype de Cristatusaurus, exposées au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris.

Plus de deux mois avant que S. tenerensis ne soit formellement décrit dans la littérature scientifique, le paléontologue français Philippe Taquet et son collègue canadien Dale A. Russell nommèrent un autre spinosauridé provenant de la formation d'Elrhaz, Cristatusaurus lapparenti, sur la base de fragments de mâchoire et de vertèbres.. Les fossiles de ce dernier taxon ont été initialement découverts en 1973 par Taquet à Gadoufaoua, avant que ce dernier ne signale la trouvaille et décrit les prémaxillaires fossiles dans un article publiée en 1984. Bien qu’il ne leur attribue aucun nom scientifique à l’époque, l'auteur reconnait les fossiles comme provenant d'un grand spinosauridé sur la base de traits anatomiques partagées avec le spécimen holotype depuis détruit de Spinosaurus aegyptiacus.. Dans une publication de 1986, les paléontologues britanniques Alan Charig et Angela Milner considèrent que les éléments de la mâchoire décrit par Taquet sont presque indistinguables de ceux de Baryonyx walkeri, qu'ils décrivent alors sur la base d'un squelette partiel datant du Barrémien de la formation de Weald Clay, en Angleterre.. Dans un suivi de 1997 de cet article préliminaire, les mêmes auteurs réfèrent ces mêmes fossiles à une espèce indéterminée de Baryonyx, indépendamment de leur âge géologique plus récente.. Dans leur article publiée l'année suivante, Sereno et ses collègues convinrent avec Charig et Milner qu'il n'existerait aucune distinction entre les crânes fossiles de Baryonyx et de Cristatusaurus, concluant ainsi que ce dernier serait un nomen dubium.

vignette|droite|redresse=1.4|Schéma squelettique combinant plusieurs spécimens de Suchomimus (ci-dessus), avec l'holotype du genre étroitement apparenté Baryonyx.|alt=Dessin comparatif de deux squelettes partiels de dinosaures théropodes, tracés sur leurs silhouettes corporelles respectives.

En 2002, le paléontologue français Éric Buffetaut et son collègue tunisien Mohamed Ouaja expriment leur soutien quant à la synonymie plus récente de Cristatusaurus avec Baryonyx, tout en signalant que Milner reconnait la possibilité que Suchomimus puisse être congénère avec ce dernier dans des comparaisons anatomiques ultérieures.. La même année, le paléontologue américain Hans-Dieter Sues et ses collègues concluent que S. tenerensis serait suffisamment similaire à B. walkeri pour être considéré comme une espèce appartenant au même genre, alors renommé Baryonyx tenerensis, et que ce dernier serait également identique à Cristatusaurus.. Ces interprétations sont également corroborées par Milner en 2003.. Dans un résumé de conférence publié l'année suivante, le paléontologue américain Stephen Hutt et sa collègue britannique Penny Newbery soutiennent cette hypothèse de synonymie sur la base d’une grande vertèbre de théropode découverte sur l’île de Wight, en Angleterre, qu’ils attribuent à un animal étroitement apparenté à ces deux taxons.. Néanmoins, des travaux ultérieurs continuent à maintenir séparément Suchomimus et Baryonyx en tant que genres distincts...... Un article de revue de 2017 rédigée par le paléontologue brésilien Carlos Roberto A. Candeiro et ses collègues affirme que le débat de la synonymie relève davantage de la sémantique que de la science, puisqu'il est désormais largement admis que Suchomimus et Baryonyx constituent des genres distincts, bien qu'étroitement apparentés.. Quant à la validité de Cristatusaurus, celle-ci continue d'être contesté dans les études récentes. Ce taxon est généralement considéré comme un probable synonyme plus ancien de Suchomimus, les deux provenant des mêmes unités stratigraphiques et ne présentant pas de différences anatomiques suffisamment nettes pour justifier une distinction claire entre eux. Ainsi, Cristatusaurus est actuellement considéré comme un nomen dubium.., dans l’attente d’analyses complémentaires susceptibles de clarifier sa position taxonomique. Toutefois, dans l’éventualité où la synonymie entre les deux genres serait confirmée, la priorité nomenclaturale reviendrait normalement à C. lapparenti, celui-ci ayant été décrit plus tôt que S. tenerensis..

Description Mensurations vignette|gauche|upright=1.25|alt=Silhouettes de six dinosaures spinosauridés comparées à celle d'un humain.|Taille des différents spinosauridés comparés à un humain, celui de Suchomimus étant montré en rouge.

D’après les estimations, Suchomimus aurait atteint une taille comprise entre de long, pour une masse corporelle qui aurait varié entre .... En 2007, les paléontologues canadiens François Therrien et Donald M. Henderson proposent qu'un Suchomimus de de long aurait pesé plus de sur la base de leur rapport entre la longueur du crâne et la longueur du corps ; cependant, ils notent qu'ils ont pu surestimer la taille des spinosauridés (incluant Suchomimus et Baryonyx).. Le spécimen holotype de Suchomimus est considérablement plus grand que celui de Baryonyx, bien que cela puisse être expliqué par le statut possiblement immature de ce dernier.

Crâne vignette|redresse=1.1|Crâne reconstitué de Suchomimus, exposée dans l'Australian Museum de Sydney.

Contrairement à la plupart des dinosaures théropodes de grande taille, Suchomimus possède un crâne très semblable à celui d'un crocodilien, avec un museau long et bas et des mâchoires étroites formées par une expansion vers l'avant des prémaxillaires et de la branche postérieure des maxillaires. Les prémaxillaires ont une branche ascendante excluant les maxillaires des narines externes. Les mâchoires avaient environ coniques, pointues mais peu coupantes et légèrement recourbées vers l'arrière, avec de fines dentelures et un émail ridé. La pointe du museau est élargie latéralement et porte une « rosette terminale » de dents plus longues, sept de chaque côté dans les prémaxillaires et à peu près le même nombre dans la partie correspondante de la mâchoire inférieure. Plus en arrière, il y a au moins par côté de la mâchoire supérieure dans le maxillaire, tandis que l'ensemble du côté de la mâchoire inférieure porte dans les os dentaires.

vignette|gauche|Gros plan du devant du museau et de la dentition.