Le glacier d'Argentière est un glacier du massif du Mont-Blanc. Il s'épanche en direction du village d'Argentière (commune de Chamonix-Mont-Blanc), d'où son nom.
Géographie thumb|left|La partie haute du glacier.
Le glacier prend naissance vers dans un cirque glaciaire, dominé et alimenté en neige par de hauts sommets délimitant la frontière avec la Suisse et l'Italie (mont Dolent, , aiguille de Triolet, ). Le refuge d'Argentière est implanté au cœur de ce cirque, à plus de . Plus en aval, le glacier est dominé par trois sommets de plus de : les Droites (), la Grande Rocheuse () et l'aiguille Verte () depuis lesquels des séracs suspendus alimentent régulièrement le glacier en avalanches. C'est un glacier de vallée orienté vers le nord-ouest dominé par des petits glaciers qui sont désormais individualisés (glaciers du Tour-Noir, des Améthystes, du Milieu et du Chardonnet sur la rive droite et glacier des Rognons sur la rive gauche). Il repose sur des protogines et des schistes cristallins. Une grande partie de sa surface se trouve entre et . Du fait de sa faible altitude, il s'agit d'un glacier tempéré, la glace profonde étant constamment à . Sa ligne d'équilibre entre les zones d'accumulation et d'ablation est située à (moyenne de 1988-2008).
Captages Des captages d'eau sont réalisés à d'altitude sous le glacier de façon à alimenter en eau le barrage d'Émosson. Les eaux sont amenées au barrage via des galeries souterraines et sont donc déviées du bassin de l'Arve vers le Valais et la vallée du Rhône. Plusieurs points de captage sont nécessaires car le torrent sous-glaciaire ne s'écoule pas toujours au fond de la vallée. L'écoulement du torrent est permanent, même en hiver, mais il est alors limité à . En été, il peut atteindre les .
Ces captages ont permis d'étudier l'écoulement du glacier par en dessous, au niveau de son contact avec la roche. À ce niveau, la vitesse moyenne est de en hiver et de en été avec des pointes à après un orage.
Histoire Lors de la dernière grande glaciation, les Alpes étaient recouvertes par une épaisse couche de glace. Au niveau du village d'Argentière, elle a atteint l'altitude de . À cette époque, les glaces du glacier d'Argentière s'écoulent alors directement par-dessus le col des Montets () en direction de Vallorcine et de la vallée du Rhône. Après la fonte au Tardiglaciaire, la hauteur de la glace n'est plus suffisante pour franchir le col et elle ne s'épanche dès lors plus que le long de la vallée de l'Arve, rejoignant initialement les autres glaciers de Chamonix avant que le glacier d'Argentière ne s'individualise entièrement. Le refroidissement du Dryas récent (env. 10800 à 9600 av. J.-C) lui permet d'entrer une dernière fois en contact avec la Mer de Glace en édifiant à cette époque les reliefs glacio-lacustres de la Joux et du Lavancher. De même, l'épisode froid du Préboréal (env. 9350 à 9200 av. J.-C) le laisse une nouvelle fois avancer jusqu'à la moraine des Iles.
thumb|Vue du village et du glacier d'Argentière prise par (1870-1954). Au cours des millénaires qui suivent, aucune crue n'a l'ampleur de celle du petit âge glaciaire. Sa première manifestation a lieu en 1605, année où le glacier recouvre sept maisons d'Argentière et de la Rosière. Elle est suivie par un autre maximum en 1643. Après un retrait relatif, la poussée maximale commence vers 1780 et le glacier atteint sa plus grande extension en 1840 en laissant des moraines frontales qui sont encore bien visibles. Le retrait a ensuite été relativement régulier : il a perdu un kilomètre entre 1870 et 2000, seulement interrompu par des poussées transitoires de quelques centaines de mètres entre 1885-1892, 1915-1920 et 1966-1988.
Il y a 100 ans à peu près, le glacier arrivait jusqu'à l'église d'Argentière () ; depuis quelques années, la langue terminale du glacier, qui s'étend encore jusque vers , s'est séparée du reste du glacier vers l'altitude de . La séparation est marquée par un rocher de plus de : la langue terminale n'est donc plus alimentée directement par le glacier principal, mais seulement par des chutes de séracs, ce qui met en péril sa pérennité. Cependant, une telle « coupure » s'était déjà produite au début du , mais s'était résorbée naturellement au fil des ans.
La glace de la langue terminale a été découpée de 1908 à 1951 pour approvisionner les hôtels en été. Elle était descendue par un câble et la production a atteint 24-30 tonnes/jour. L'activité a cessé avec la généralisation des réfrigérateurs.
Dans le contexte du réchauffement climatique, il est difficile de déterminer à quelle vitesse la langue terminale du glacier régressera et pourrait disparaître ; par exemple les particules apportées par les tempêtes de sable sahariennes sur les neiges et glaces alpines réduisent fortement l'albédo de la surface, ce qui augmente l'absorption du rayonnement solaire et accélère la fonte des glaciers : selon une évaluation faite pour le glacier d’Argentière, ces dépôts ont représenté 9 à 15 % de la fonte estivale entre 2019 et 2022 (avec des pics proches de 25 % dans certaines zones, et jusqu’à un mètre de glace supplémentaire fondue lors de l'année 2022 marquée par plusieurs épisodes de poussières sahariennes).. Les carottes de glace du mont Blanc et du dôme du Goûter montrent que ces apports sahariens existent depuis longtemps, mais aussi que certains dépôts sont corrélés aux périodes chaudes et aux phases d’aridification du Sahara..
Références
Voir aussi
Liens externes
Luc Moreau Glaciologue Mesures sous glaciaires de l'avance du glacier d'Argentière
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