Le quartier de la Gare est le quartier administratif de Paris.
Situation Situé dans le , il est délimité au nord par le boulevard Vincent-Auriol (appelé boulevard de la Gare jusqu’en 1976), à l'est par la Seine, au sud par les communes d'Ivry-sur-Seine et du Kremlin-Bicêtre et à l'ouest par l'avenue de Choisy. C'est le plus étendu des quartiers de Paris avec une superficie de et une population d'environ habitants.. Créé en 1860 par annexion d'une partie du territoire d'Ivry-sur-Seine, il est connu des Parisiens pour son quartier chinois, la bibliothèque François-Mitterrand et l'opération d'aménagement Paris Rive Gauche, dont la partie sud a été réalisée sur son territoire.
Origine du nom Contrairement à ce qui pourrait être évident, ce quartier ne tire pas l'origine de son nom à la présence de la gare d'Austerlitz, mais il fut nommé ainsi en référence à la gare fluviale d'Ivry qui fut construite ici à partir de la fin du règne de Louis XV.
Historique Un lieu de passage vignette|gauche|Plan du quartier de la Gare en 1762 (BnF).
L'histoire du quartier de la Gare est assez difficile à retracer avant le car les terres qu'il occupe ne sont avant que des pâtures, champs ou vignes situées dans la plaine d'Ivry.
Sous l'Antiquité, les rives alors marécageuses. de la Seine au niveau du ne sont guère propices à l'installation des habitants de Lutèce qui se concentrent sur le territoire de l'actuel . Il semblerait pourtant que lors de la guerre des Gaules, en 52 av. J.-C., le camp de l'un des lieutenants de Jules César, Titus Labienus, fut établi dans la plaine d'IvryAnne Lombard-Jourdan, « De la protohistoire à la mort de Philippe Auguste », Paris, genèse d'un paysage, Paris, Picard, 1989. avant qu'il ne s'attaque aux Parisii menés par Camulogène.
La période se situant entre la chute de l'Empire romain et la fin du Moyen Âge ne donne aucune explication quant à une quelconque présence humaine sur ces terrains. On sait toutefois que cette zone, située hors des murs de Paris au se trouvait sous la juridiction du village d'Ivry au sud et sous celles des seigneuries dépendant de Paris.
Le développement du faubourg Saint-Marcel voisin, et de Paris dans son ensemble, implique une demande accrue de nourriture et, dès le , des moulins s'installent dans la plaine d'Ivry afin d'y moudre le grain, de même que des vignes situées sur le coteau longeant la Seine. (entre les actuelles rue du Dessous-des-Berges et rue du Château-des-Rentiers et la rue de Domrémy et Ivry, au lieu-dit du Bas-des-Chamaillards).
La culture n'est cependant pas absente de la plaine d'Ivry. Orge, avoine, seigle y sont cultivés, surtout dans la zone la plus fertile, en bord de Seine (entre l'actuelle rue du Chevaleret et la Seine). Enfin, de nombreuses carrières (souterraines ou à ciel ouvert) se développent sur la quasi-totalité des terrains compris entre les actuelles avenue de Choisy et rue Dunois. Par ailleurs, des chemins apparaissent afin de desservir les carrières et les cultures et vont conditionner le développement futur du quartierB. Jaillot, Plan de la ville de Paris et de ses faubourgs dédié au roi, BnF. :
vignette|Vue de Paris lors de la Fronde en 1649 montrant au premier plan la Salpêtrière, le faubourg Saint-Marcel et en arrière-plan, le faubourg Saint-Antoine et la Bastille. le chemin de la Tripière (actuelle rue Albert-Bayet) ; un chemin anonyme qui deviendra la rue Dunois ; le chemin de la Croix-Rouge (actuelles rues de Domrémy et de Richemont).
Mais, de par de sa situation géographique, le quartier de la Gare est un lieu de passage, permettant de relier Paris à l'extérieur. Plusieurs routes, très fréquentées depuis fort longtemps, le traversaient : le vieux chemin d'Ivry (actuelle rue du Château-des-Rentiers) ; le chemin d'Ivry (actuelle rue Nationale), reliant le faubourg Saint-Marcel à Ivry-sur-Seine ; l'ancienne route gauloise (actuelle avenue de Choisy), reliant Paris à Melun, Lyon et l'Italie. L'ancienneté de cette route fut révélée en 1880 par la découverte, non loin de la place d'Italie, d'une trousse de médecin (sous forme de vase de bronze) du , contenant des pièces de monnaie, des instruments de chirurgie et des étuis à onguents ; la route d'Italie ou de Fontainebleau (actuelle avenue d'Italie), reliant, comme son nom l'indique, Paris à l'Italie. Cette route fut tracée au , afin de permettre aux rois de France de rejoindre le château de Fontainebleau ; la route longeant la Seine (actuel quai François-Mauriac) remontant sûrement à l'Antiquité et généralement utilisée par les lourds chariots afin de leur éviter les déclivités de l'arrière-pays.
Les premiers habitants vignette|gauche|La barrière de la Gare en 1819, eau-forte aquarellée de Palaiseau (BnF).
La construction du Petit Arsenal sous Louis XIII et qui deviendra en 1656 l'hôpital de la Salpêtrière, situé à la lisière du Paris d'alors, va pour longtemps marquer les limites de la zone urbanisée. Le voit les premières occupations humaines attestées sur la plaine d'Ivry : une auberge, la Maison-Blanche, le long de la route d'Italie et qui donnera plus tard son nom au quartier environnant et à une station de métro ; un relais de poste situé long du chemin du Chevaleret (actuellement rue du Loiret) ; une dernière maison à la pointe de l'avenue de Choisy.
Au milieu de ce désert humain existait une exception notable : la verrerie Saget située en bord de Seine, en aval de l'actuelle rue Watt. On sait peu de choses de cet établissement : il fut fondé plus tard, en 1792, par Jean André Saget (dit de Maker) et dut employer une main-d'œuvre nombreuse, étant donné sa taille.
En 1764, Louis XV décide de reporter hors des limites de la ville une partie des activités fluviales, très intenses dans le Paris intra-muros d'alors, en lançant la creusement d'une gare fluviale. au niveau de l'actuelle station de métro Quai de la Gare. Prévu pour accueillir plus de 650 grosses barges, le bassin devait être de forme semi-circulaire et protégé du courant de la Seine par une digue, avec deux entrées à chaque extrémité. Plus de ouvriers œuvrèrent au creusement de la gare d'eau dont 650 logés sur place. Ce projet étant un gouffre financier, le Parlement de Paris annula alors le projet avant la Révolution française. Le chantier demeura visible jusqu'au et donna son nom à l'actuel quartier.
Juste avant la Révolution française, le mur des Fermiers générauxQui marquera pendant un demi-siècle la limite entre la zone urbanisée de Paris et la campagne. va ceindre la ville de Paris et marquer jusqu'en 1860 la frontière officielle avec Ivry. Cependant, dans les dernières années du , un hameau va se former au niveau de l'actuelle rue Esquirol et déborder hors du mur nouvellement dressé le long du boulevard de la Gare. Le village des Deux-Moulins prendra le nom de « village d'Austerlitz » en 1806. S'y installent guinguettes, auberges, dix maisons de prostitution ainsi qu'une population indigente qui se regroupera dès 1850 dans la cité Doré (actuelle place Pinel).
Les habitations se développent progressivement, pendant les années 1840 à 1860, le long de la rue Nationale pour atteindre ce qui deviendra l'actuelle place Nationale. Par ailleurs, la rue du Chevaleret commence elle aussi à se lotir.
C'est l'apparition du chemin de fer qui va surtout donner tout son essor au quartier : en 1840 est érigé l'embarcadère du Jardin des Plantes (future gare d'Austerlitz). La ligne de chemin de fer, traversant la plaine d'Ivry entre la rue du Chevaleret et la Seine va pour longtemps séparer le quartier de la Gare de la Seine.
Mille huit cent quarante-trois va voir la fin de la construction de l'enceinte de Thiers, bloquant ainsi le développement du quartier vers Ivry au sud. Cette enceinte est desservie par un boulevard militairePermettant aux défenseurs de se déplacer rapidement le long du mur. qui deviendra plus tard le boulevard Masséna.
Bien que cette enceinte sépare le quartier de la Gare d'Ivry, cette dernière commune n'en conserve pas moins le quartier sous sa juridiction. Face à l'urbanisation progressive de la plaine d'Ivry, il est donc décidé d'y mener des travaux d'aménagement : l'aménagement de la rue Nationale, terminé en 1848 ; l'érection de l'église Notre-Dame-de-la-Gare en 1854 ; la mise en place en 1858 du pont Picard enjambant les voies de chemin de fer de la compagnie d'Orléans et qui sera remplacé par le viaduc de Tolbiac après sa destruction lors d'une tempête.
L'annexion et le développement vignette|gauche|redresse|Habitat typique du , situé rue du Château-des-Rentiers (Eugène Atget, 1925), BnF.
Les grands travaux entrepris par le baron Haussmann pour rénover la capitale vont atteindre la plaine d'Ivry : le janvier 1860, tous les territoires situés entre l'ancienne limite de Paris et l'enceinte de Thiers sont annexés à la ville de Paris. Le quartier de la Gare est alors créé au sein du .
Il ne faut cependant pas s'imaginer que le quartier atteint le même standing que le tout nouveau quartier de l'Opéra auquel Haussmann s'attachait alors. Doré décrit le quartier lors de son annexion :
Il y a ici beaucoup à faire et on doit regretter que l'administration communale (d'Ivry) n'ait pas été plus modeste à l'égard de l'église (Notre-Dame-de-la-Gare) et plus attentive aux besoins généraux des divers parties de ce quartier […].
Il est vrai que le quartier offre un paysage à mi-chemin entre ville et campagne : il est couvert de cultures, de carrières à ciel ouvertDevenues souvent des lieux malfamés. transformées en champignonnières, de pâturesAu 45, rue Nationale, on trouvait encore en 1910 des vaches pâturant dans un pré et, jusqu'aux années 1920, une vacherie rue de Domrémy. saupoudrées çà et là d'habitations.
Cependant, Haussmann va diriger lui-même certains travaux avec le percement de la rue Jeanne-d'ArcPrévue pour relier le boulevard de la Gare (actuel boulevard Vincent-Auriol au boulevard extérieur (actuel boulevard Masséna)., de la rue de Patay et de la rue Xaintrailles au lieu-dit de la Cerisaie Saint-Marcel. L'établissement dans ce quartier de l'église et d'écoles permet d'y fédérer les rôles administratifs et religieux, imposant l'ordre du Second Empire à ce faubourg mal famé. Avant la construction de l'église Notre-Dame-de-la-Gare, les offices religieux étaient célébrés dans un ancien cabaret à l'angle des rues Nationale et Harvey.
Les prix très bas des terrains dans ce nouveau quartier parisien vont attirer les industries. C'est ainsi qu'en 1873 la société Perin-Panhard s'installe le long du futur boulevard Masséna. Les ateliers du chemin de fer d'Orléans se développent le long de la rue du ChevaleretEmployant plus de ouvriers au début du ., attirant une population ouvrière. En 1860, le quartier compte habitants. En 1869, celle-ci est passée à .
Les conditions de logement des nouveaux habitants du quartier n'ont rien des standards haussmanniens : l'habitat est généralement de faible hauteur en maçonnerie. En 1899, le docteur Mangenot, couvrant le secteur compris entre les avenues d'Italie et de Choisy, recense 212 maisonsHabitées principalement par des chiffonniers. au milieu des carrières à ciel ouvert, souvent faites de planches ou de plâtre et composées d'une seule pièce. La condition sanitaire du quartier est très préoccupante (notamment au niveau de la tuberculose). De nombreuses œuvres à caractère social et sanitaire vont alors se développer dans le quartier.
Louis-Barthélemy Parguel, curé de l'église Notre-Dame-de-la-Gare, s'attache dès les années 1850 à œuvrer en faveur des plus démunis, ce qui lui vaudra d'être épargné durant la Commune de Paris.. En 1873 est créée une première œuvre laïque pour créer et développer des écoles. Paulin Enfert crée un patronage rue Gandon. Les premiers logements sociaux voient le jour rue Jeanne-d'Arc.
vignette|Vue du viaduc aérien de la ligne 6 à la station Nationale.