Khârg ou Khark est une île du golfe Persique appartenant à l'Iran. Elle est située à quelque de la côte iranienne et à au nord-ouest du détroit d’Ormuz. Administrée par la province de Bouchehr contiguë, l'île étend les eaux territoriales iraniennes vers les gisements pétroliers du golfe Persique. L'île de Kharg possède un port permettant d'exporter le pétrole.
Géographie L'île de Khârg se situe à environ au nord-ouest de la ville portuaire de Bouchehr, et à quelque () à l'ouest de . Sa superficie totale est d'environ (les chiffres varient légèrement selon que l'on considère uniquement la terre ferme ou l'ensemble du district incluant parfois l'îlot voisin)., soit environ le tiers de la superficie de l'île de Manhattan, à New York. À au nord, l'îlot de lui est associé ; tout en longueur et quasiment inhabité, il a une superficie d'un peu plus de Borijan in ..
L'intérieur de Khârg est collineux, avec des falaises aux limites nord et sud. Une chaîne peu élevée court du nord-ouest au sud-est, culminant à environ au-dessus du niveau de la mer. La végétation est peu abondante et la faune pratiquement inexistante. L'île connaît une activité sismique modérée, mais un séisme d'une force notable a été enregistré en 1954. Le climat est chaud et humide en été, et doux en hiver, avec une moyenne annuelle de et des précipitations de .
Population gauche|vignette|Vue de la ville de Khârg en 2022. Sur le plan administratif, Khârg est un district, formé de Khârg et Khârgu, et ce district est sous la juridiction de la province de Bouchehr. La seule localité du district de Khârg est la ville du même nom (), qui se trouve à la pointe nord-est de l'île, et qui a acquis le statut de « ville » en 1969. En 1959, la localité comptait , dix ans plus tard, et l'augmentation s'est poursuivie au cours du règne de Mohammad Reza Pahlavi, pour chuter durant la première décennie de la république islamique d'Iran, ce qui peut s'expliquer par les pertes humaines dues à la guerre Iran-Irak (1980-1988). La population se montait à en 2011, selon le Centre iranien de statistiquesBorijan in (Voir tableau 1). et à en 2016..
Économie (vue générale) gauche|vignette|Carte des îles Kharg (en bas) et Khargu. Légende pour Kharg (de haut en bas) : 1. Zones boisées (vert foncé) ; 2. Prairies (vert clair) 3. Zones administratives urbaines [avec la bande de l'aéroport] (stries verticales) ; 4. Quais (ancre) ; 5. Épave (bateau qui coule).|276x276px L'économie traditionnelle de Kharg était initialement basée sur une agriculture guère développée, avec principalement des cultures de palmeraies, vergers d'agrumes, vignobles, dont la production est exportée en partie à Bouchehr. L'irrigation se faisait au moyen d'un réseau de qanat. Ce réseau a été abandonné lors de l'industrialisation de l'île : la principale source d'eau potable est alors venue de puits nécessitant des pompes à eau électriques. En outre, Kharg était un centre de pêche, d'exploitation du corail et des perles (commerce pour lequel l'île était déjà connue au Moyen Âge).
Cette géographie de l'économie s'est trouvée transformée par l'expansion, en Iran, de l'économie pétrolière, l'île devenant dans les années 1960 un important terminal pétrolier et un port qui s'est développé jusqu'à recevoir des supertankers (aux dépens des terminaux d'Abadan, sur la côte nord du golfe Persique). Par la suite, la construction d'un aéroport, disproportionné par rapport à la superficie de l'île, coupant en deux la ville de Kharg, marque l'importance géopolitique de Kharg.
Histoire
Antiquité
L’histoire ancienne de l’île est principalement connue par des fouilles menées par Roman Ghirshman en 1959 et 1960 sous l‘égide de la mission archéologique française en Iran. Les fouilles, demandées par l’Iran afin de sauvegarder le passé de l’île avant la construction du terminal pétrolier, sont contraintes par une équipe réduite et des campagnes courtes (55 jours au total). Leur publication est incomplèteJulie Bonnéric (24 avril 2026), « Avant le pétrole : l’histoire oubliée de l’île de Kharg (Iran) », ArchéOrient - Le Blog. Consulté le 22 mai 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/164q5..
Deux tombes mégalithiques aux pierres montées en bâtière pourraient dater de l’âge du Bronze, mais leur datation est fragile. Des ossements y ont été découverts, mais n’ont pas pu être datés. Ils étaient parfois déposés dans des jarres ou des paniers bitumés. Elles ont été réutilisées à l’époque abbasside par des chrétiens.
Une inscription cunéiforme d'époque achéménide ( ) a été retrouvée sur l'île en 2007Par exemple ., qui est peut-être un fauxFlood W. et Potts D. T. 2017. The Persian Gulf. Khark: the Island’s Untold Story, Washigton DC, Mage Publishers, cité par Julie Bonnéric (24 avril 2026). « Avant le pétrole : l’histoire oubliée de l’île de Kharg (Iran) », ArchéOrient - Le Blog. Consulté le 22 mai 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/164q5.. L’île est citée pour ses perles de qualité par Pline l'Ancien, Ptolémée et Ammien Marcellin. Un temple, peut-être Parthe (), a été fouillé ; un second semble d‘époque sassanide et relever du culte du feu des zoroastrien. Quatre pilastres situés à 132 m de ce second temple ont été interprétés comme un chahārtāq.
Deux grandes tombes datées des premiers siècles de notre ère ont été dégagées sur le site, dont la forme et le décor présentent des points communs avec des sépultures contemporaines de Palmyre, , voire de la culture nabatéenne ou encore de souverains locaux selon les hypothèses. Cela plaiderait en faveur de la présence de marchands de ces régions sur l'île, actifs dans le commerce du golfe Persique. Une nécropole plus importante datant en gros de la même période a été dégagée, et ses différents groupes pourraient révéler la présence de différentes communautés religieuses (Zoroastriens, Juifs, Chrétiens). L'architecture religieuse des environs de l'Antiquité tardive et des débuts de l'époque médiévale est particulièrement intéressante. Un petit édifice cultuel qui semble être un temple du feu a été mis au jour.
Moyen Âge
vignette|Mausolée de Mir Muhammad. L'édifice le mieux connu est un monastère chrétien, qui peut avoir été occupé du s, peut-être par une communauté nestorienne, seule trace d'une présence chrétienne notable dans le golfe Persique pour cette période. Son enclos mesure 123 sur 88 mètres. S’y trouve une église de 29 mètres de long. Y ont été repérés un réfectoire, une bibliothèque et des cellules des moines. L'absence de documentation écrite sur cette communauté ne permet pas d'en savoir plus.
À la même époque, une mosquée est construite en réutilisant le deuxième temple. Une autre daterait des s.
Durant les premiers siècles du , l'île est mentionnée dans différents écrits comme un point de ravitaillement entre le port de Bassorah et l'Inde et également pour les perles réputées qui en proviennent. Le tombeau de Mir Muhammad, un saint musulman, est mentionnée à partir du .
L'île fut occupée de à par les Hollandais de la Compagnie des Indes orientales, qui y érigent un fort. Ils la perdent quand elle est prise par le prince de , dont la capitale se situe sur la côte du Bouchehr à proximité de l'île, qui en est chassé peu après par une révolte locale. Elle fut ensuite cédée à la France par la Perse en et sans occupation effective, avant d'être occupée par les Anglais de à , puis de nouveau en .
L'économie de l'île reste durant cette période tournée vers la recherche de perles et l'agriculture. Cela change à partir des et surtout des , quand l'exploitation des champs pétrolifères voisins est mise en route et que trois importants terminaux pétroliers sont installés sur l'île.
Lors de la révolution iranienne, en 1979, les biens d’Amoco sont expropriés par la National Iranian Oil Company... Malgré les sanctions en vigueur depuis la révolution, l’Iran a continué à construire des installations sur l’île., pour accueillir de grands pétroliers en eau profonde, et développer son autosuffisance sans avoir à faire transiter le pétrole par d’autres pays ..
Dans les années 1980, l’île est bombardée par l'Irak, durant la guerre Iran-Irak entre 1982 et 1986., ce qui est source de pollution et met les installations hors service ; les réparations sont lentes mais lors de leur reconstruction, les installations sont agrandies et améliorées.. En 1990, le gouvernement iranien a accepté de verser à Amoco 600 millions de dollars en compensation : 540 millions pour la prise de contrôle de quatre champs pétroliers du Golfe et du terminal pétrolier de Kharg, et 60 millions pour l’usine de traitement pétrochimique située sur l’île.
En 2009, l’Iran a exporté et échangé 950 millions de barils (151 millions de m³) de pétrole brut via le terminal pétrolier sud de Kharg..
En 2015, les installations du terminal sur l’île étaient exploitées par la National Iranian Oil Company..
Au cours de 2025 et du début de 2026, l’Iran (via Kharg) a exporté quotidiennement environ 1,5 million de barils de pétrole vers la Chine, premier pays destinataire alors que les autres ports iraniens, et les autres pays clients, présentent des chiffres bien plus faibles.. Entre le 15 et le , l’Iran a triplé son rythme normal d’exportation de pétrole, a priori pour réduire ses stocks.. Après le début de la guerre d'Iran de 2026, le , des images satellites ont révélé que l’Iran avait commencé à réduire ses réserves de pétrole sur l’île dès le début du mois de février, probablement en prévision d’une attaque. En mars, il a été rapporté qu’Israël envisageait de bombarder l’île, tandis que les États‑Unis privilégiaient l’idée de la saisir.. Le , les États‑Unis ont annoncé avoir bombardé environ 90 cibles militaires installées sur l’île... en épargnant les infrastructures pétrolières.
Le , selon le site d’information américain Axios, D. Trump envisagerait de bloquer ou d’occuper l’île pour contraindre l’Iran à laisser passer les navires dans le détroit d’Ormuz..
Port et terminal pétrolier thumb|L'île de Karg : stockages de pétrole et terminaux pétroliers en 1973. Le port de Kharg, situé en eaux profondes, permet l'installation d'un terminal pétrolier pour l'amarrage des pétroliers, contrairement à la majeure partie du littoral iranien, en pente douce et moins profond.
Le terminal pétrolier de Kharg est aménagé dans les années 1960 par la compagnie pétrolière américaine Amoco.. Les infrastructures pétrolières de cette île constituent le principal canal d'exportation du pétrole brut iranien. Elles recevaient en 2014 environ 90 % du trafic pétrolier du pays., situation qui reste inchangée en 2016., et au début de 2026.
Le pétrole exporté provient des champs pétroliers offshore d'Aboozar, de Forouzan et de Dorood ., ainsi que des champs d'Ahvaz, de Marun et de Gachsaran.
En 2016, la capacité d'exportation du terminal est de cinq millions de barils/jour. Il peut accueillir jusqu'à dix superpétroliers simultanément, et dispose d'une capacité de stockage de 28 millions de barils..
Jusqu'en 1986, le terminal de Kharg est un des plus grands terminaux en mer et le principal terminal iranien. thumb|En 2015, le terminal pétrolier de Kharg par lequel transitent 90 % du pétrole brut iranien exporté.|257x257px
Guerre Iran-Irak et guerre du Golfe Pendant la guerre Iran-Irak (), de lourds bombardements irakiens des installations de l'île entre 1982 et 1986 ont détruit la quasi-totalité des infrastructures. L'île de Kharg était alors située au milieu du gisement pétrolier Darius, lui aussi détruit par des bombardements intensifs. Les réparations des installations ont été très lentes, même après la fin de la guerre en 1988, à cause de l'hostilité du gouvernement irakien et de la guerre du Golfe en 1990-1991.
Guerre d'Iran 2026