, né le à Vincennes et mort le au château de Bisceglie près de Bari, est duc d'Anjou et de Touraine, et, à partir de 1383, roi titulaire de Jérusalem et roi de Sicile. Il est le deuxième fils du roi de France Jean le Bon et de Bonne de Luxembourg.
Son père lui donne en apanage le duché d'Anjou et le comté du Maine en 1360, auxquels son frère Charles V ajoute le duché de Touraine en 1370. En 1383, il recueille la succession la reine et devient roi titulaire de Jérusalem et roi de Sicile (1382-1384), comte de Provence et de Forcalquier; ces titres lui sont contestés par son ennemi Charles de Durazzo.
En , il compromet la paix franco-anglaise en rompant son engagement d'otage pour rejoindre sa jeune femme, Marie de Blois, fille de Charles de Blois. Il est ensuite l'un des principaux acteurs de la politique de son frère en tant que lieutenant du roi en Languedoc à partir . et conduit une grande partie de la reconquête de l'Aquitaine.
Président du conseil de régence à la mort de en 1380 il dirige le conseil royal avec ses frères Jean de Berry et Philippe le Hardi, et leur cousin Louis II de Bourbon.
Adopté par la reine en 1380, il lie sa cause à celle du pape d'Avignon et se lance dans les préparatifs d'une action conjointe dans le royaume de Naples en réaction à l'assassinat de la reine en 1382. Il prend officiellement le titre de roi de Jérusalem et Sicile le , et entre en conflit avec l'assassin et successeur autoproclamé de sa mère adoptive, Charles de Durazzo. Il meurt en 1384 à Bisceglie, sans avoir obtenu la victoire.
Grand mécène, il commande la Tenture de l'Apocalypse vers 1375.
Biographie
Enfance
Louis est né à Vincennes le . Il est le quatrième enfant et le deuxième fils du roi Jean le Bon et de la reine Bonne de Luxembourg. Par sa mère, il est le petit-fils de Jean l'Aveugle, roi de Bohème, et le neveu , empereur du Saint-Empire à partir de 1355.
Il est éduqué à la cour avec des enfants d'âge similaire: son oncle Philippe d'Orléans, ses frères Charles, Jean et Philippe, son cousin Louis de Bourbon, Édouard et Robert de Bar, Godefroy de Brabant, Louis d'Étampes, Louis d'Évreux (frère de Charles le Mauvais), Jean et Charles d'Artois, Charles d'Alençon et Philippe de Rouvre..
Son précepteur est probablement Sylvestre de la Servelle. qui lui inculque le latin et la grammaire. Sa mère et sa grand-mère paternelle meurent de la peste en 1349. Son grand-père, , décède peu après en 1350..
Il est fait chevalier avec son frère Charles lors du couronnement de leur père Jean le Bon, le , à Reims..
En , il est utilisé comme otage pour garantir la venue du roi de Navarre Charles le Mauvais lequel, en vertu du traité de Mantes, doit venir demander pardon à son beau-père le roi Jean dont il a fait assassiner le favori, Charles de la Cerda..
Charles le Mauvais, au traité de Mantes, a reçu de nombreuses places fortes en vallée de Seine, et, en tant que chef de file du parti réformateur et prétendant à la couronne de France, est devenu le véritable danger pour les Valois. Jean le Bon, averti du complot de partage du pays que ce dernier a ourdi avec les Anglais à Avignon, se décide à le mettre hors d'état de nuire.
Le , le dauphin Charles, duc de Normandie, a convié en son château de Rouen toute la noblesse de la province, à commencer par Charles le Mauvais, comte d'Évreux. Pendant ce temps, le roi rassemble ses proches : son frère Philippe d'Orléans, son fils cadet Louis d'Anjou, ses cousins d'Artois forment une escorte menaçante avec une centaine de cavaliers. La fête bat son plein lorsque surgit, sous les yeux du dauphin, le roi et ses proches lesquels procèdent à l'arrestation violente de Charles de Navarre et de ses complices.. Aussitôt Philippe de Navarre, frère de Charles le Mauvais (surnom de Charles de Navarre), active l'alliance Anglo-Navarraise pour relancer la guerre de pillage en Normandie et en Guyenne.
Guerre civile
Bataille de Poitiers
vignette|Capture de Jean le Bon et de Philippe le Hardi à la bataille de Poitiers. Miniature du Maître de Giac tirée d'un manuscrit des Chroniques de Froissart, B.M. de Besançon, Ms.864, vers 1412-1415.
Une de ces chevauchées anglaises est interceptée près de Poitiers. Louis est présent lors de la bataille, il fait partie de la première bataille sous le commandement de Charles son aîné, le duc de Normandie. Il y a à ses côtés outre la chevalerie normande, Jean de Berry et quelques combattants de valeur Jean de Landas, Thomas de Voudenay et le sire de Saint-Venant qui sont ici pour protéger les jeunes princes.. Mais l'arc long anglais est encore décisif et l'avant-garde française est décimée par les tirs des archers anglais protégés par des haies. Les chevaux étant non protégés et vulnérables aux tirs, le roi décide de charger à pied. Il existe, pour l'armée qui relevait du ban féodal, le droit reconnu par l'ordonnance royale du , pour les seigneurs bannerets, de se départir (se dégager) d'une bataille jugée perdue et inutile à poursuivre. Ce départ doit se faire par délibération d'une même bannière et en ordre. Il ne se confond pas avec la fuite, mais s'explique par le souci d'éviter de se faire prisonnier et de verser une rançon qui coûtait fort cher. Il est prescrit de prévenir de son départ.
Alors que le roi n'a pas encore donné l'assaut avec le gros de ses troupes, celles-ci l'abandonnent. pense alors que la défaite est possible, et sauve ses fils, le Dauphin Charles, Jean et Louis, en les envoyant à Chauvigny.. Louis quitte donc le champ de bataille et n'est donc pas fait prisonnier comme son père et son frère Philippe..
Retour à Paris
Le retour à Paris des jeunes princes est difficile. Louis n'a que 16 ans et son frère aîné Charles seulement 18. Ils ont peu de prestige personnel (d'autant qu'ils ont quitté le champ de bataille de Poitiers contrairement à leur père et leur frère Philippe le Hardi), peu d'expérience et doivent porter sur leurs épaules le discrédit des Valois. Charles s'entoure des membres du conseil du roi de son père, qui sont très décriés.
Les États généraux se réunissent le . Le dauphin, très affaibli, va se heurter à une forte opposition comprenant Étienne Marcel qui est à la tête de la bourgeoisie, et allié avec les amis de , dit Charles le Mauvais, regroupés autour de l'évêque de Laon, Robert Le Coq.. Les États généraux, déclarent le dauphin lieutenant du roi et défenseur du royaume en l'absence de son père et lui adjoignent un conseil de douze représentants de chaque ordre Jourdan, Decrusy et Isambert, Recueil général des anciennes lois françaises, depuis l’an 420 jusqu’à la révolution de 1789, Paris, Belin-Leprieur, Plon, 1821-1833, . D'autres sources font état de douze représentants de la noblesse, douze représentants du Tiers état et six du clergé ; Georges Duby, le Moyen Âge, Seuil 1995, voir seulement 4 prélats selon Jean Favier ()..
left|thumb|Robert Le Coq, dans une diatribe contre les officiers du roi. Grandes Chroniques de France.
Les États exigent la destitution des conseillers les plus compromis (honnis pour avoir brutalement dévalué la monnaie à plusieurs reprisesLe Franc histoire d'une monnaie. La création du Franc Bibliothèque Nationale de France.), la capacité à élire un conseil qui assistera le roi ainsi que la libération du Navarrais. Le dauphin proche des idées réformatrices n'est pas contre l'octroi d'un rôle plus important des États dans le contrôle de la monarchie. En revanche, la libération de Charles de Navarre est inacceptable car elle mettrait fin au règne des Valois. Pas assez puissant pour pouvoir refuser d'emblée ces propositions, le dauphin ajourne sa réponse (prétextant l'arrivée de messagers de son père), congédie les États généraux et quitte Paris, laissant Louis gérer les affaires courantes.
Mais, avant de partir pour Metz, rendre hommage à son oncle l'empereur pour le Dauphiné, et aussi pour obtenir son soutien diplomatique, le dauphin publie, le , une ordonnance donnant cours à une nouvelle monnaie, ce qui lui permettrait de remplir ses caisses sans passer par les États. Il s'agit cette fois d'un renforcement monétaire de 25 %, ce qui avantage les propriétaires fonciers, c'est-à-dire la noblesse, le clergé et le patriciat urbain (qui possède une bonne partie de l'immobilier des grandes villes) donc les catégories sociales représentées aux états. Cela provoque une levée de boucliers de la population parisienne qui voit ses loyers croître de 25 %.. Étienne Marcel a choisi le parti des compagnons et des boutiquiers contre la grande bourgeoisie et les spéculateurs qu'il tient pour responsables de ses malheurs dans la succession de Pierre des Essars. Il devient maître de la rue. Des échauffourées éclatent et Étienne Marcel fait pression sur Louis d'Anjou resté à Paris pendant que son frère est à Metz. Louis gagne du temps malgré la pression mise par Étienne Marcel. À son retour le Dauphin préfère céder plutôt que Paris soit mis à feu et à sang, il révoque l'ordonnance et rappelle les États générauxNoël Coulet, Le temps des malheurs (1348-1440) tiré de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, et H. Gourdon de Genouillac, Paris à travers les âges : histoire nationale de Paris et des Parisiens depuis la fondation de Lutèce jusqu’à nos jours., , ouvr. réd. sur un plan nouveau et approuvé par Henri Martin, ..
À son retour en , le dauphin accepte la promulgation de la « grande ordonnance », esquisse d'une monarchie contrôlée et vaste plan de réorganisation administrative, mais obtient le maintien en captivité de Charles de Navarre. Une commission d'épuration doit destituer et condamner les fonctionnaires fautifs (et particulièrement les collecteurs d'impôts indélicats) et confisquer leurs biens. Neuf conseillers du dauphin sont révoqués (Étienne Marcel tient sa vengeance contre Robert de Lorris).. Six représentants des États entrent au conseil du roi qui devient un conseil de tutelle. L'administration royale est surveillée de près : les finances, et particulièrement les mutations monétaires et les subsides extraordinaires, sont contrôlées par les ÉtatsNoël Coulet, Le temps des malheurs (1348-1440) tiré de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, ..
Pour le reste, Louis reste à l'écart des évènements parisiens et réussit en 1356 à se faire rédiger une lettre royale lui faisant donation de la ville de Montpellier, mais les vives protestations de la ville, conduisent Jean le Bon à casser l'acte en 1358..
La Grande Jacquerie
thumb|Les Jacques et leurs alliés parisiens sont surpris par une charge de chevalerie à bout portant alors qu'ils donnent l'assaut à la forteresse du marché de Meaux où est retranchée la famille du dauphin.