Adolphe (en suédois : Adolf), dit « le Grand » ou « le Lion du Nord », est un roi de Suède né le à Stockholm (Suède) et mort tué lors de la bataille de Lützen le . Ayant accédé au trône de Suède en 1611, il fait de ce pays l'une des grandes puissances européennes grâce à son génie militaire et aux réformes qu'il met en œuvre. Ses victoires pendant la guerre de Trente Ans permettent de maintenir en Europe un équilibre politique et religieux entre catholiques et protestants.

On le considère comme l'un des plus grands stratèges militaires de l'histoire, avec son utilisation innovante du combat interarmes. Sa victoire la plus connue est celle de Breitenfeld en 1631. Il bénéficiait d'une très bonne organisation militaire, avec des armes de qualité, des hommes entraînés et une artillerie de campagne efficace. Gustave Adolphe était prêt à devenir un acteur majeur du théâtre européen, mais il meurt en 1632 à la bataille de Lützen. Il était assisté dans ses entreprises par son grand chancelier, le comte Axel Oxenstierna, qui devient régent après sa mort.

À une époque marquée par des guerres continues, il mène ses armées à partir de son accession au trône en 1611, à , jusqu'à sa mort vingt-et-un an plus tard, tué dans une charge de cavalerie, et mène la Suède d'un statut de puissance régionale à l'une des grandes puissances de l'Europe du . Quelques années après être monté sur le trône, la Suède était déjà devenue l'une des plus grandes nations européennes par sa taille, après la Russie, la république des Deux Nations (Pologne-Lituanie), et l'Espagne.

Les souverains voisins le surnommaient « Le Roi Doré » et « Le Lion du Nord ». Au-delà de ses campagnes militaires, ses réformes administratives ont aussi contribué à l'ascension de la Suède. Il a par exemple commencé le recensement de la population dans les paroisses, pour permettre au gouvernement central de taxer et mobiliser ses sujets plus efficacement. Selon l'historien Christer Jorgensen, les réussites de ses réformes économiques et commerciales et de la mise en place d'une autocratie bureaucratique moderne sont aussi importantes que ses victoires sur les champs de bataille. Ses réformes ont ainsi transformé une économie et une société en retard, presque médiévale, et ont été cruciales tant pour ses exploits en Allemagne que pour la survie de l'empire suédois.

Ascendance et accession au trône Gustave Adolphe est né à Stockholm. Il est le fils aîné du duc Charles, de la dynastie Vasa, et de sa seconde femme, Christina de Holstein-Gottorp. À l'époque, le roi de Suède était son cousin, Sigismond. Son père, protestant, déposa le catholique Sigismond en 1599, après une courte guerre en prélude à la guerre de Trente Ans ; il fut régent jusqu'en 1604, date à laquelle il s'empare du trône sous le nom de de Suède. Le prince Gustave Adolphe reçoit Gagnef-Floda, en Dalécarlie, comme duché en 1610. À la mort de son père en , il monte sur le trône, à seize ans. essaya de forcer Gustave Adolphe à renoncer à son titre.

Roi de Suède

Il prend comme chancelier Axel Oxenstierna, comte de Soedermoere et grand homme d'État, et poursuit la guerre contre le Danemark jusqu'au traité de Knäred en 1613, et contre la Russie, avec laquelle il signe le traité de Stolbovo en 1617, par lequel il se fait céder les provinces d'Ingrie et de Kexholm et prive la Russie de l'accès à la mer Baltique.

Gustave fonde Göteborg et plusieurs petites villes, ainsi que l'université de Tartu en Estonie. À cette époque, les plus grandes villes en Suède sont Riga, Stockholm, et Tallinn (Reval). Avec Oxenstierna, il accomplit plusieurs réformes dont la plus importante est l’établissement de registres paroissiaux afin que le gouvernement puisse taxer et recenser la population de manière plus efficace.

En 1619, Adolphe de Suède crée une société pour l'exploitation de cuivre à Falun qui emploie un millier d'ouvriers., un an après que Guillaume de Bèche a fondé une société pour la fabrication de canons à Finspang, qui permet à la Suède de multiplier des « canons de cuir », tirés par un seul cheval..

En 1626, il entre en guerre contre la Pologne et livre plusieurs batailles, étant d'ailleurs gravement blessé par une balle à l'épaule le près de Tczew. Après plusieurs expéditions victorieuses mais non décisives sur le territoire polonais, il impose au roi de Pologne la trêve d'Altmark en 1629, par lequel il se fait céder l'essentiel de la Livonie, aidé en cela par Hercule de Charnacé, ambassadeur de France, en échange de territoires et d'avantages économiques. Après la conquête des provinces baltes en 1630, il répond aux appels des protestants allemands tout en négociant avec la France le traité de Bärwald du , qui lui assure non seulement un soutien politique mais aussi une aide financière importante.

Au début d'octobre 1631, le roi de Suède se rapproche de plus en plus par la vallée du Rhin, incitant l'archevêque de Mayence et le chapitre à s'exiler à Cologne. La résidence de l'archevêque, Aschaffenbourg, est alors occupée par les troupes suédoises. Le , après une « reddition honorable », les troupes suédoises défilent devant les autorités de la ville de Mayence.. La rançon que les bourgeois doivent verser pour éviter le pillage et l'incendie ruine les finances municipales. Dans ces circonstances, Gustave Adolphe peut emmener en Suède bon nombre d'œuvres d'art de la bibliothèque de Mayence. Les nombreux retables peints par Matthias Grünewald pour la cathédrale de Mayence, et attestés par divers témoignages, disparaissent quant à eux au fond de la Baltique.

thumb|Le sarcophage de Gustave Adolphe à l'église de Riddarholmen. La Suède entre dans la guerre de Trente Ans avec le débarquement de Adolphe en Poméranie le et y consolide ses positions pendant plus d'un an. Son armée, bien entraînée et équipée (hakkapélites) balaie les troupes de la Ligue catholique à la bataille de Breitenfeld, le , et descend jusqu'au Danube, semant partout ruine et désolation, malgré les recommandations du roi qui se veut clément et magnanime. En mars 1632, il envahit la Bavière et bat une nouvelle fois les catholiques lors de la bataille de Rain am Lech, s'emparant de Munich à la suite de cette victoire. Voulant assurer la sauvegarde des États protestants en Allemagne, il cherche à obtenir une nouvelle victoire décisive mais est repoussé à Alte Veste par Albert de Wallenstein. Adolphe est tué le au cours de la bataille — victorieuse — de Lützen, en menant une charge de cavalerie qui le sépare du gros de ses troupes à cause du dense brouillard qui couvre le champ de bataille.

Sa mort est une immense perte pour le camp luthérien. Une large partie de ses conquêtes est reconquise par le camp catholique. Son rôle majeur dans la guerre de Trente Ans et ses nombreuses victoires en Allemagne lui ont valu les surnoms de « Lion du Nord » ou, en allemand, Der Löwe aus Mitternacht (« le Lion de Minuit »).

Axel Oxenstierna occupe le poste de régent du royaume durant la minorité de la jeune reine Christine, fille de Gustave Adolphe, et décide de poursuivre l'engagement de la Suède dans la guerre de Trente Ans jusqu'à la signature des traités de Westphalie en 1648 qui consacrent la Suède comme une grande puissance européenne. Ce grand roi à la carrière si courte poursuit l'œuvre de (Gustav Vasa) et de son père.

Ses restes sont conservés à l'église de Riddarholmen, à Stockholm. Le est célébré en Suède comme une fête en l'honneur de Adolphe et des pâtisseries spéciales à l'effigie du roi, en chocolat ou en massepain, sont vendues à cette occasion.

Descendance

Adolphe épouse le Marie-Éléonore de Brandebourg (1599 – 1655), fille de et d'Anne de Prusse. Ils ont quatre enfants (dont une fille et un fils mort-nés, en 1621 et 1625) : Christine Augusta ( – ), princesse de Suède ; Christine de Suède (1626 – 1689), reine de Suède. Il a également un fils illégitime de sa maîtresse , Gustave ( – ).

Ascendance

L'innovateur militaire L'historien Ronald S. Love écrit que, pendant la période de 1560 à 1660, il y eux « quelques innovateurs, notamment Maurice de Nassau et Gustave Adolphe de Suède, que de nombreux savants créditent de développements révolutionnaires dans la stratégie militaire et d'avoir posé les fondations de la pratique militaire pour les deux siècles suivants ».. Les chercheurs s'accordent sur le fait que Gustave Adolphe est un commandant militaire extrêmement compétent. Ses innovations tactiques dans l'intégration de l'infanterie, la cavalerie, la logistique, et particulièrement dans son utilisation de l'artillerie, lui ont valu le surnom de « père de la guerre moderne » et l'admiration de généraux postérieurs tels que , Carl von Clausewitz et George Patton. Sa connaissance de la science militaire en font le principal responsable des succès suédois durant la guerre de Trente Ans et firent de la Suède la puissance dominante de la région de la mer Baltique pour une centaine d'années. Il est le seul monarque suédois à avoir été surnommé « le Grand », distinction lui ayant été accordée par le Parlement suédois en 1634. Depuis cette décision, il doit être appelé Gustave Adolphe le Grand (Gustavus Adolphus Magnus).

thumb|Gustave Adolphe à la bataille de Breitenfeld (Johann Walter, 1632, musée historique de Strasbourg). Comme chef militaire, Adolphe généralise l'emploi d'une artillerie mobile sur le champ de bataille, privilégiant des pièces d'artillerie plus petites mais plus manœuvrables et présentes en grand nombre, et faisant de cette arme un emploi réellement efficace pour la première fois sur un champ de bataille.

Il prône l'utilisation de tactiques très agressives où la mobilité et les prises d'initiative par la cavalerie sont mises en avant. Il instaure une première forme d'unités combinées dans ses formations militaires, où la cavalerie peut attaquer depuis la sécurité de l'arrière d'une ligne d'infanterie tout en étant renforcée par l'artillerie, et se retirer ensuite derrière cette ligne pour se regrouper après son raid.

Inspiré par les réformes de Maurice de Nassau, il fait adopter à son infanterie des formations très peu profondes par rapport aux autres armées de la même époque. Son infanterie combat en formations profondes de 5 ou 6 rangs soutenues à quelque distance par des formations similaires, les espaces entre elles étant comblés par l'artillerie et la cavalerie.

Il introduit, en plus des canons massifs habituels, une artillerie mobile légère encore jamais vue sur les champs de bataille de la Renaissance. Son artillerie est regroupée en batteries qui soutiennent ses formations déployées en ligne, remplaçant ainsi les traditionnels carrés très peu manœuvrables utilisés par les autres armées (tels que les tercios espagnols profonds d'une cinquantaine de rangs). De cette façon, ses forces peuvent se redéployer et changer de configuration de façon très rapide et surprendre leurs ennemis.

Il crée aussi un flotte militaire moderne, qui peut transporter les troupes et renforts sur le front continental.

L'armée de Adolphe est très bien entraînée pour l'époque et ses mousquetaires sont célèbres pour la précision de leurs tirs et la vitesse à laquelle ils rechargent leurs armes (trois fois plus vite que leurs adversaires). Pour maintenir la cohésion de ses forces et l'esprit de camaraderie, Adolphe accorde à chaque arme le même traitement et la même considération, alors que dans les autres armées la cavalerie est considérée comme l'élite et l'infanterie généralement dédaignée. De plus, les différentes unités sont entraînées à l'utilisation d'autres armes. Les cavaliers et les fantassins peuvent se servir de canons, comme sa cavalerie lourde le fait quand elle capture l'artillerie ennemie à la bataille de Breitenfeld. Les piquiers peuvent se servir d'armes à feu, bien que de façon moins précise que les mousquetaires, et les fantassins et les artilleurs apprennent aussi à monter à cheval pour être parés à toute éventualité.