Jacques Toubon, né le à Nice, est un haut fonctionnaire, homme politique et avocat français.
Il est notamment député de 1981 à 1993, maire du de Paris de 1983 à 2001, ministre de la Culture puis de la Justice entre 1993 et 1997 et député européen de 2004 à 2009.
Il assure la présidence du conseil d'orientation de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration de 2007 à 2014, avant d'être Défenseur des droits durant six ans, jusqu'en 2020.
Biographie Famille Jacques Toubon est le fils de Pierre-Constant Toubon et de Yolande Molinas (1915-2016). Il a un frère, Robert.
Il épouse en premières noces Béatrice Bernascon (qui deviendra la seconde épouse de Philippe Séguin, puis mourra en ).
En secondes noces, il épouse en 1982 l'« amie des artistes » Lise Jeanne Roberte Weiler (1933-2021).., issue d’une famille d’industriels lorrains et assumant une sensibilité politique de centre gauche.
Formation et débuts politiques Licencié en droit public, diplômé de l'Institut d'études politiques de Lyon et de l'École nationale d'administration (promotion Stendhal, 1965)., Jacques Toubon devient à sa sortie directeur de cabinet du préfet des Pyrénées-Atlantiques. Entre 1968 et 1972, il collabore au cabinet ministériel de l'Outre-mer, puis à ceux de Jacques Chirac, successivement aux ministères des relations avec le Parlement, de l'Agriculture, et de l'Intérieur. À la nomination de Jacques Chirac à Matignon, Jacques Toubon devient l'un de ses conseillers techniques entre 1974 et 1976.
Fidèle chiraquien, il participe à la fondation du RPR dont il est délégué national (1976-1978), puis secrétaire général adjoint (1978-1981), chargé des élections. En 1981, il se présente aux élections législatives dans la de Paris. Élu député, il vote pour le premier article du projet de loi abolissant la peine de mort mais contre l'ensemble du projet de loi qui devrait inclure selon lui une révision de l'échelle des peines dans le code pénal. Le , il vote contre l'abrogation de l'alinéa 2 de l'article 331 du Code pénal relatif aux relations homosexuelles avec les mineurs de plus de 15 ans.
Il emporte en 1983 la mairie du et devient conseiller de Paris jusqu'en 2001, et adjoint au maire jusqu'en 1998, année de sa tentative de dissidence.
En réponse au courant rénovateur à droite, Jacques Chirac met ce quadragénaire à la tête du RPR de 1984 à 1988 en tant que secrétaire généralHervé Algalarrondo, « Droite : La génération perdue », Le Nouvel Observateur du 29 juillet 2004. Le , il est condamné avec François d'Aubert et Alain Madelin, pour « injures ou menaces envers le président de la République française », en application de l’article 73 du règlement de l'Assemblée nationale, à une « censure simple » (privation pendant un mois de l'indemnité parlementaire), pour avoir mis en cause le comportement de François Mitterrand durant la Seconde Guerre mondiale« Chronique constitutionnelle française », revue Pouvoirs, , p. 159.
Dans les années 1980, il écrit dans la revue très droitière du Club de l'horloge, Contrepoint.. Il n'en annonce pas moins publiquement, quelques mois après les élections européennes de , que son parti rejette toute alliance avec le Front national.
Réélu à l'Assemblée nationale lors des élections législatives de 1986, qui donne lieu à la première cohabitation en portant Jacques Chirac au poste de Premier ministre, il préside la commission des lois durant deux ans.
Il est député pour la dixième circonscription de Paris en 1988.
En 1990, il faisait partie des opposants à la loi Gayssot qui a transformé en délit pénal certains cas de négationnisme. Parmi les nombreux autres opposants, il y avait notamment Simone Veil.
Il est réélu député en 1993, mais cède aussitôt sa place à son suppléant Claude Goasguen, étant nommé ministre de la Culture du gouvernement Balladur.
Ministre de la Culture et de la Francophonie (1993-1995) Il est nommé, le , ministre de la Culture et de la Francophonie dans le gouvernement Balladur. . Toutefois, Jacques Toubon ne revient pas sur la politique de la gauche et s'inscrit dans la tradition d'André Malraux d'une politique nationale volontariste qui ne limite pas la culture aux industries de divertissement. Il affirme cette filiation lors de la ré-inauguration de la maison de la Culture d'Amiens le , que Malraux avait inaugurée le , par un discours-programme.
Face aux Grands travaux mitterrandiens, il oriente ses actions vers la province, en déconcentrant les budgets vers les DRAC, en actant la construction de l’Auditorium de Dijon et le Centre national du costume de scène de Moulins, en rénovant les grands musées de province, à Rouen, Lyon, Lille et Strasbourg, en réactivant les conventions de développement culturel et le Fonds d'intervention culturel. Il appuie son dessein d'un aménagement culturel du territoire sur les équipements de proximité, ruraux et de banlieue.
Juriste, : création des établissements publics du Grand Louvre et du Château de Versailles ; nouveaux cadres pour la Bibliothèque nationale de France, la Comédie-Française et l'Opéra de Paris ; réforme du Centre national du livre. Il nomme Jean Favier à la BNF, Hugues Gall à l'Opéra de Paris, Jean-Pierre Miquel à la Comédie-Française, ainsi que Gildas Bourdet au centre dramatique de Marseille et Jean-Louis Martinelli à Strasbourg.
Premier ministre à réunir la francophonie, vouée traditionnellement au ministère des Affaires étrangères, au ministère de la Culture, il propose, pour lutter contre le franglais, une liste complète de mots à utiliser à la place des mots anglais. Cette tentative n'est pas toujours couronnée de succès. Sa proposition est même l'objet de moqueries en son temps et la loi Toubon (loi 94-665) pour la promotion de la francophonie est ironiquement surnommée « loi AllGood ».. De plus, la loi 94-88 du impose aux radios « qu’au moins 40 % de la totalité des chansons diffusées mensuellement entre et soient des chansons d’expression française ».
Dans le domaine du bâti, il signe la loi-programme pour le patrimoine et lance le projet d'un Centre national du patrimoine, au sein du palais de Chaillot. En 1994, il porte la loi sur la reprographie, visant à lutter contre le « photocopillage ».
Lors des négociations de l’Uruguay round du GATT, en 1993, il s'impose comme le défenseur de l’exception culturelle en contestant l’influence culturelle américaine. Il convainc les partenaires européens de faire prévaloir que la culture n’est pas une marchandise comme une autre et, qu’à ce titre, les produits culturels ne doivent pas être libéralisés, tout en évitant que les négociations soient rompues avec les Américains..
Durant cette période, au cours de laquelle il occupe le portefeuille de la Culture, la presse note l'influence qu'exerce son épouse LiseLise Toubon. Une vie faite de rencontres, liberation.fr, 30 janvier 1995L'étonnante mue de Jacques Toubon, du RPR à la défense acharnée des migrants, lefigaro.fr, 25 juin 2018.
Garde des Sceaux, ministre de la Justice (1995-1997) Alors qu'il souhaitait prendre la succession de Jacques Chirac, nouveau président de la République, à la mairie de Paris, Jacques Toubon est ministre de la Justice de 1995 à 1997 dans les gouvernements Juppé I et II, et « numéro deux du gouvernement ».
Il a eu comme chef de cabinet , comme au ministère de la Culture, Pierre Builly, issu de l'administration préfectorale (du au ).
Dans le cadre de la séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, il s'oppose à l'instauration d'un contrat d'union sociale le , arguant que « le Gouvernement n'est pas favorable parce que l'ordre public s'y oppose ».
En 1995, il s'est plaint auprès de son homologue suisse de la collaboration, qu'il trouvait trop étroite, entre les juges français et suissesRenaud Van Ruymbeke, Offshore : Dans les coulisses édifiantes des paradis fiscaux, Les Liens qui libèrent 2022, p. 183.
Fin 1995, Jacques Toubon confie à Michèle-Laure Rassat la mission de rédiger un rapport sur la réforme de la procédure pénale et la détention provisoiresur vie-publique.frLibération.fr 04 octobre 1996.
En , alors que le procureur d'Évry Laurent Davenas est en vacances dans l'Himalaya, son adjoint lance une information judiciaire visant Xavière Tiberi et son rapport sur « les orientations du conseil général de l'Essonne en matière de coopération décentralisée ». Jacques Toubon et Marc Moinard affrètent un hélicoptère pour tenter de rapatrier le magistrat, mettant ainsi un sérieux doute sur l'indépendance de l'autorité judiciaire qu'ils sont censés représenterArticle « Jacques Toubon et le feuilleton Tiberi » du Monde du 19 novembre 1996, reprenant une déclaration de Jacques Toubon à Canal Plus..
Retrait de la vie politique nationale (1997-2004) À sa sortie de la place Vendôme, et ayant échoué à retrouver son siège de député emporté par son opposant socialiste Serge Blisko, il rejoint l'Élysée comme conseiller.
Le , face aux affaires qui touchent le maire de Paris, Jean Tiberi, Jacques Toubon annonce la création d'un groupe dissident, baptisé P.A.R.I.S (Paris-Audace-Renouveau-Initiative-Solidarité), regroupant un tiers des élus RPR-UDF., dont Bernard Pons, Anne-Marie Couderc ou encore Claude Goasguen.. Le maire retire les attributions d'adjoints aux dissidents, et Jacques Toubon quitte son poste à l'Élysée« Bataille Tibéri/Toubon », journal télévisé Midi 2, Antenne 2, 7 avril 1998 - En ligne sur l'INA.. Sans soutien du président de la République et de la direction du RPR, il doit renoncer, et retrouve la majorité municipale fin mai« Le RPR annonce un accord Toubon-Tiberi », L'Humanité, 27 mai 1998.
Mis en examen en pour « complicité de prise illégale d'intérêts »M. Toubon mis en examen pour complicité de prise illégale d'intérêts, lemonde.fr, 12 novembre 1999, il est écarté par Philippe Séguin de la tête de liste RPR pour les municipales de 2001 dans le , et se présente en second derrière Françoise ForetteAntoine Guiral, « Toubon se repent et se dévoue », Libération, 20 janvier 2001. Sa liste est battue par celle du socialiste Serge Blisko, mais il conserve son mandat de conseiller de Paris. En , il est mis en examen pour « recel d'abus de biens sociaux » par la juge d'instruction parisienne Eva Joly pour l'utilisation, jugée délictuelle, d'un bateau en 1993-94L'ancien ministre Jacques Toubon a été mis en examen pour "recel d'abus de biens sociaux", lemonde.fr, 30 août 2001.
En 2002, il ne parvient pas à retrouver le siège de député qu'il avait perdu cinq ans auparavant. Il bénéficie d'un non lieu par la cour d'appel de Montpellier en .
Député européen (2004-2009) En 2004, Jacques Toubon est élu député européen pour l'UMP. Durant cette législature au Parlement européen, il est présent aux trois-quarts des sessionsVoteWatch, Statistiques votes de Jacques Toubon au Parlement européen.
En 2006, Jacques Toubon est candidat à l'investiture UMP pour les deux circonscriptions ( et ) du de Paris avant de finalement renoncer à briguer tout nouveau mandat national ou local.
Le , Jacques Toubon est nommé président du groupement d’intérêt public de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Lors du changement de statut de ce musée, le , il est nommé président du conseil d'orientation de l'Établissement public du Palais de la Porte Dorée pour une durée de trois ans et est reconduit dans ces fonctions en , puis en .
Il assure la présidence de la Fédération des ensembles vocaux et instrumentaux spécialisés (FEVIS) depuis 2011..
Désirant retrouver son fauteuil municipal du de Paris, il est écarté par les instances de l'UMP, au profit de Véronique Vasseur.
Il regrette publiquement d'avoir été écarté des listes de l'UMP aux élections européennes du , considérant que les choix ne se sont pas faits sur les compétences des candidats.
Différentes missions politiques (2009-2014)