thumb|right|320px|Opposants à la guerre du Vietnam manifestant sous les murs du Pentagone en octobre 1967.
Cet article vise à dresser un panorama des oppositions à la politique étrangère des États-Unis.
Contextualisation
Perception d'un impérialisme américain
Les oppositions observables à l'expansionnisme des États-Unis d'Amérique trouvent d'abord leur sens dans une dénonciation d'un possible « Empire américain », terme à connotation éminemment négative et dont l'emploi controversé est réservé aux contradicteurs de leur politique étrangère.
La perception d'une hégémonie au sortir de la Seconde Guerre mondiale n'est pas contemporaine à l'après-guerre, dans la mesure où le crédit donné dans l'opinion publique des peuples libérés, assorti du plan Marshall, a conféré une incontestable aura à la civilisation américaineelle est étudiée par le cycle économique de son économie lors des années 1960 : lire Miracle économique, article anglais. valable jusqu'au conflit du Viêt Nam.
Les oppositionscontestations de l'impérialisme, merci de se référer à cet article pour cet objet. relevées prennent des formes variées ; à la fois extérieures et intérieures au pays, elles constituent des contestations ou oppositions idéologiques, médiatiques, voire de révoltes régionales à visée autonomiste. L'expansionnisme décrié de la sorte est moins militaire qu'économique et diplomatique, selon la tournure prise par les relations internationales.
La perception d'un expansionnisme dépend moins de l'ampleur des crédits militairespour ce sujet, lire l'article complexe militaro-industriel américain qui fournit les éléments historiques accréditant la position selon laquelle les États-Unis n'ont fait que maintenir une position de suprématie acquise de fait en 1945. que de la mainmise économique dans un contexte actuel de mondialisation des échanges. Aussi, lorsque la résistance revêt une forme politique, elle n'échappe pas à un amalgame mêlant mondialisation et libéralisation avec leur pays supporter, amalgame facilité par le fait que les deux organismes qui les représentent, l'Organisation mondiale du commerce et la Banque mondiale (liée au F.M.I.) ont leurs sièges de part et d'autre de la même avenue à Washington DC.
Stigmatisation de la politique étrangère américaine
Au niveau des institutions internationales et des milieux diplomatiques le reproche le plus fréquent est celui de l'unilatéralisme américain dans les décisions affectant la situation internationale, ce qui répond mal aux évolutions du monde demandant des solutions décidées de façon multilatérale. Cela dit les États-Unis ne sont pas les seuls à refuser de renoncer à une part de leur souveraineté pour une meilleure gouvernance mondiale.
Oppositions intérieures au pays
Il s'agit bien d'opposants internes à la politique générale, lorsque cette dernière paraît tout entière emportée vers une rhétorique guerrière liée à sa politique étrangère.
Premières critiques dans les années 1930
Smedley Butler (1881-1940), général dans le Corps des Marines des États-Unis dénonça l'aventurisme des États-Unis dans un livre, publié en 1935, qui retraçait sa carrière militaire effectuée dans de nombreuses interventions militaires en Amérique latine et en Asie. Son livre, "War is a racket" (La guerre est un racket)Smedley Butler, La Guerre est un racket, Éditions Maison, Clermont-ferrand, 1999, rééditions 2008 et 2010., fut l'un des premiers ouvrages décrivant le fonctionnement du complexe militaro-industriel.
Extrait de son livre :
"J’ai effectué 33 ans et 4 mois de service actif, et durant cette période, j’ai passé la plupart de mon temps en tant que gros bras pour le monde des affaires, pour Wall Street, et pour les banquiers. En bref, j’étais un racketteur, un gangster au service du capitalisme. J’ai aidé à sécuriser le Mexique, plus particulièrement la ville de Tampico, au profit des groupes pétroliers américains en 1914. J’ai aidé à faire de Haïti et de Cuba un endroit convenable pour que les hommes de la National City Bank puissent y faire des profits. J’ai aidé au viol d’une demi-douzaine de républiques d’Amérique centrale au bénéfice de Wall Street. J’ai aidé à purifier le Nicaragua au profit de la banque américaine Brown Brothers de 1902 à 1912. J’ai apporté la lumière en République dominicaine au profit des entreprises sucrières américaines en 1916. J’ai livré le Honduras aux entreprises fruitières américaines en 1903. En Chine, en 1927, j’ai aidé à ce que l’entreprise Standard Oil fasse ses affaires en paix."
"Quand je repense à tout ça, je pourrais donner à Al Capone quelques conseils. Le mieux qu’Al Capone pouvait faire, c’était de racketter trois quartiers. Moi, j’agissais sur trois continents."
La génération de la prise de conscience
La portée et le caractère dissymétrique de la guerre du Vietnam qui a débouché sur l'ensemble de la péninsule indochinoise a amené graduellement des protestations et une contestation radicale de la politique étrangère des États-Unis, liée aux mouvements étudiants (Students for a Democratic Society) et hippies de la fin des années 1960. L'ampleur de ces revendications et de sa radicalisation à l'égard du gouvernement fédéral a amené le terme de génération de la prise de consciencelire l'article anglais Consciousness Revolution qui fait partie de la description subjective des générations américaines. pour décrire la mentalité de ces opposants idéologiques à la politique générale de leur propre pays.
L'origine de la prise de conscience provient peut-être du discours de fin de mandat du président Eisenhower, qui avertit son peuple au moment de quitter la présidence de la possibilité d'un danger pour le bon fonctionnement des institutions par la position dominante qu'ont acquis les industriels et militaires travaillant conjointement dans le secteur de la Défense. Ce discours est d'ailleurs connu, en anglais, sous le nom de « discours du complexe militaro-industriel ».
La décennie des années 1960, outre l'accroissement graduel de l'engagement au Viet Nam, s'ouvre sur un climat attentiste entre des fractions radicales opposées sur l'échiquier politique, ce qui amène des troubles importants sur le plan de la politique intérieure : assassinat d'un président très populaire, suivie de son frère, d'un pasteur noir prônant la non-violence ; ces éléments radicalisent pour le moins les mouvements pour les droits civiques.
thumb|right|Angela Davis : communiste américaine déclarée, féministe, rebelle à la politique de son propre payselle a figuré parmi la liste des « félons » recherchés par le FBI et atteint le rang de dissidente lors de son exil après sa détention .: il s'agit d'un des rares chefs de file survivant à cette période de confrontation au pouvoir ; elle enseigne aujourd'hui l'Histoire de la Prise de conscience dans une université californienne.
En conséquence, et en application du Civil Rights Act, le gouvernement de l'État fédéral doit s'impliquer dans les juridictions des États fédérés du « Sud profond »Sud profond : Deep South se distingue de Old South dans l'expression anglo-saxonne., pour bannir une résurgence du Ku Klux Klan, ce qui amène l'ostracisme du bord opposé de l'opinion dans la population. Le règlement de cette situation sociologique de racisme est obtenu par la proclamation de l'affirmative action, qui permettra à la génération suivante l'accession à la classe moyenne d'une partie des minorités. Mais pour l'heure ce sont les leaders du Black Power, soutenus par certains Blancs (Weather Underground, White Panther, etc.) qui focalisent l'attention, avec la Nation of Islam, le destin de Malcolm X, celui de la panthère noire Angela Davis (qui débouche quasiment sur une mise au ban de la société par les autorités dans les années 1970). À côté, le Chicano Movement s'organise aussi (Brown Berets, Young Lords Party, El Comité), de même que les Amérindiens avec l'American Indian Movement qui occupe Alcatraz puis Wounded Knee et d'autres minorités (Red Guard, , etc.). Ces mouvements ont été durement et illégalement réprimés par le FBI dans le cadre du programme COINTELPRO, avec coups tordus, assassinats (Fred Hampton, etc.), attaques de maisons à la grenade incendaire, arrestations et condamnations à perpétuité douteuses (Leonard Peltier, Mumia Abu-Jamal, etc.), etc.
Le point culminant des mouvements pour la paix, où la défiance de la population civile est maximale à l'encontre de l'administration américaine, est vraisemblablement l'année 1972, qui fait suite à la révélation des Pentagon Papers six mois auparavant. À ce titre, une partie importante de la présidence du successeur de Nixon, une fois destitué, sera la promotion des Droits de l'homme sur le plan intérieur et international sous le mandat de Jimmy Carter.
Fait singulier, le président Richard Nixon, à l'époque l'homme le plus puissant de la planète, fut forcé à la démission à la suite du scandale du Watergate, révélé par deux journalistes du Washington Post : Bob Woodward et Carl Bernstein. Une telle situation, la démission d'un chef de gouvernement à la suite d'une enquête journalistique, serait difficilement concevable en Chine, en Russie, en Iran ou même en France.
Fin de la contre-culture ?
thumb|right|D'aucuns disent que le Flower power n'est pas mort. Dans cette hypothèse, il a changé de nature, tout comme sa cible. Jeune américain manifestant à l'occasion de l'élection présidentielle des États-Unis d'Amérique 2004.
Le marasme du syndrome du Viêt Nam appliqué à la nation, étape difficile dans le clivage de la politique interne dans la mesure où le pays n'avait jamais perdu une guerre qu'il avait menée jusqu'alors, et que des vétérans tels Ron KovicRon Kovic : article. manifestaient contre le gouvernement fédéral en dénonçant des trahisons au plus haut niveau de l'État voir également l'affaire Nixon, contemporaine de cette époque troublée pour la nation., fut contré lors de la présidence de Ronald Reagan qui appliqua une révolution conservatrice au pays, luttant contre la bureaucratisation de ses multinationales et instaurant une reprise néolibéraleC'est notamment l'époque où Jack Welch se distingue en révolutionnant la multinationale General Electric, instaurant ainsi un modèle de management qui fit école au sens propre. ; ce retour mit fin à la période de doute contestataire et vit le retour d'une Amérique triomphante sur la scène internationale : les concepts de la main invisible du marché justifiant les dérégulations dans les accords d'échanges commerciaux et la réduction des domaines de compétence des administrations publiques datent de cette époque.
Les années 1980 étaient à la fois l'époque des Golden boysdes fictions du réel connaissent le succès à la fin de la décennie sur le sujet de « l'argent facile » des courtiers : Wall Street dont l'action est censée se dérouler en 1985, le Bûcher des vanités (1987) et Working Girl (1988). du capitalisme triomphant (les yuppies remplacent les hippies dans la symbolique de l'époque), et celle d'une reprise de confiance de l'opinion publique américaine envers son armée, symbolisée par la fierté perceptible dans le film Top Gun.
C'est donc depuis cette époque qu'est observable la collusion entre la politique étrangère américaine d'une part, et le support d'une démocratisation associée à un mode de développement économique libéral d'autre part, ce qui amène selon les points de vue à un amalgame sémantique entre les deux.
Il est notable que, quelle que soit la coloration de l'administration fédérale, persiste une continuité des concepts stratégiques dans l'affirmation de l'exceptionnalisme lorsque la sécurité nationale du pays est invoquée : confère les déclarations de Mme Madeleine Albright, chargée de la politique étrangère des États-Unis de 1997 à 1999 sous la présidence Clinton, qui annonçait la « légitimité des interventions unilatérales selon le mode de réponse appropriée », sans avoir à en référer à l'ONU.
Noam Chomsky, l'intellectuel dissident