La Milice française, généralement simplement appelée la Milice, était une force de police et une organisation politique et paramilitaire française créée le par le régime de Vichy, en réponse à une exigence formulée par Adolf Hitler à Pierre Laval le face au progrès de la Résistance en France. Supplétifs de la Gestapo et des autres forces d'occupation allemandes, les miliciens participèrent à la traque des Juifs, des résistants, des réfractaires au STO et de tous les autres « déviants » dénoncés par le régime de Vichy et les collaborateurs fascistes. La Milice était ainsi à la fois une organisation politique et une force de police et de maintien de l’ordre.
Le chef officiel de la Milice était Pierre Laval, chef du gouvernement, mais le véritable responsable de ses opérations était son secrétaire général, Joseph Darnand, officier Waffen-SS ayant déjà fondé en 1941 le Service d'ordre légionnaire (SOL), précurseur de la Milice française.
Organisation de type fasciste, la Milice se voulait un mouvement révolutionnaire à la fois antirépublicain, antisémite, anticommuniste, contre le capitalisme international, pour le corporatisme, nationaliste et autoritaire. Noyautant la fonction publique à tous les niveaux au cours de l'année 1944, elle sembla avoir ambitionné de devenir l’équivalent d'un parti unique de l’État français. Sa montée en puissance marqua en tout cas, selon Robert Paxton et Stanley Hoffmann, la fascisation finale du régime de Vichy, de même que l'avènement, selon Éric Alary et Jean-Pierre Azéma, d'un « État milicien ».
Comme les nazis, les miliciens se livraient régulièrement à des arrestations arbitraires, des rafles, des exécutions sommaires ainsi qu'à des massacres, et utilisaient la torture. Leur systématique violence et leurs nombreuses exactions, tout comme leur collaborationnisme jusqu’au-boutiste même lorsque les Alliés étaient aux portes de Paris, contribuèrent à en faire, en dépit de la sensibilité pro-vichyste d'une partie des Français, une organisation extrémiste suscitant la défiance de la grande majorité de la population.
Essentiellement active sur le plan opérationnel au printemps et l'été 1944, la Milice participa à la quasi-guerre civile caractérisant la France des six derniers mois de l'Occupation, mais elle n'eut jamais plus de : en automne 1943 selon Francis Bout de l'An. Parmi lesquels, d’après le chef du service des effectifs (l’enseigne de vaisseau Carus), seulement étaient réellement actifs. La Milice ne dépassa ainsi jamais, au total, les actifs dont seulement quelques milliers participaient véritablement à des opérations anti-partisans.
L’hymne de la Milice était « Le Chant des cohortes ». qui était à l'origine l'hymne du Service d'ordre légionnaire.
L’origine de la Milice vignette|Joseph Darnand, secrétaire général de la Milice française, vers 1943-1944. Joseph Darnand, vétéran de la Première Guerre mondiale et de la campagne de France de 1940, activiste d’extrême droite et ancien « cagoulard », prend la tête de la Légion française des combattants dans les Alpes-Maritimes.
Après l’ouverture de celle-ci aux jeunes partisans du régime qui n’ont jamais combattu, il fonde en , dans son département, le Service d'ordre légionnaire. .
L'organisation est fondée sur qui donnent la matrice idéologique du mouvement : , , , ..
La Milice française, police supplétive de la Gestapo Lorsque Pierre Laval se rend en Prusse orientale le pour rencontrer Adolf Hitler, ce dernier lui reproche l’insécurité croissante à laquelle sont confrontés, en France, les forces d’occupation et les représentants des différentes administrations allemandes. Hitler exige alors la création d’une police supplétive qui doit collaborer avec les Allemands pour maintenir l’ordre, en s'affranchissant si besoin de l’intervention de la justice française qu’il juge inadaptée aux exigences du moment et appliquant une législation hors du temps.
La légitimité du régime de Vichy venait par ailleurs, quelques semaines plus tôt, d'être particulièrement entachée par l'opération Torch, ayant entraîné pour Vichy la perte de son empire colonial. Pierre Laval, en réponse à des accusations de faiblesse, devait ainsi prouver à la fois aux Allemands et aux collaborationnistes qu'il était vraiment le patron de la France. Laval, en accord avec Philippe Pétain, décide donc de créer, par la loi du , la Milice qui absorbe l'ancien Service d'ordre légionnaire. Il en devient le chef nominal, avec Joseph Darnand comme secrétaire général qui en sera cependant le véritable chef opérationnel.
Fondation de la milice vignette|Loi du portant création de la Milice française. Archives nationales.
C'est la loi du (publiée au Journal officiel de l'État français le , , ) qui fonde la Milice française :
Quant aux statuts de la Milice française, annexés à la loi du , ils précisent :
La Milice choisit comme insigne le gamma, symbole du signe du Bélier, de (argent sur fond bleu dans un cercle rouge pour les miliciens ordinaires, blanc sur fond noir pour les francs-gardes, blanc sur fond rouge pour les avant-gardes).
Selon Darnand, Source : Archives nationales F 60 16 75..
Dans son discours du , Darnand assure encore que la Milice a d'abord une mission politique et Bassompierre commente : .
Pourtant, l'analyse personnelle de Charles Maurras, qu'il donne dans les colonnes de L'Action française du , est bien explicite : Le soutien de Charles Maurras à la Milice s'explique aussi par son agacement au vu des prises de positions de plus en plus germanophiles des responsables du SOL.
alt=|vignette|L'emblème de la Milice, un gamma stylisé.
Structures vignette|gauche|Francis Bout de l'An. Francis Bout de l'An dirige la propagande et l'information avec l'organe Combats. Noël de Tissot est chargé des relations entre le haut commandement et les services.
Si le secrétariat général est installé à Vichy auprès du Gouvernement, la Milice repose sur une organisation territoriale en zones : régions et départements.
L'état-major auprès du secrétariat général comprend cinq services : (effectifs), responsable Carus ; (renseignement , documentation), responsable Degans, puis Gombert ; (formation), responsable Gombert ; (propagande), responsable Bout de l’An, puis Bertheux ; (administration et finances), responsable Fontaine.
Ce découpage fonctionnel se retrouve au niveau régional et départemental.
Le « Vichy milicien » de 1944 vignette|gauche|Joseph Darnand accompagné de ses gardes du corps à la sortie d'un rassemblement de la Milice au Trocadéro, juillet 1944. vignette|Miliciens pendant leur formation pour lutter contre la Résistance dans la région de Ploërmel, le . Armement d'origine britannique destiné originellement à la résistance, capturé et distribué à la Milice : Fusil N°4 et Fusil-Mitrailleur BREN calibre .303 British. Philippe Pétain et Pierre Laval ne démentiront jamais leur soutien public à la Milice et à ses actes. En , Laval rappelle qu'il car selon lui . En , Pétain déclare ..
Le serment de la Milice mentionne, entre autres, le combat contre la . Le mouvement se veut à la fois révolutionnaire, antirépublicain, antisémite, anticommuniste, contre le capitalisme international, pour le corporatisme, nationaliste et autoritaire. Selon les historiens Henry Rousso ou Jean-Pierre Azéma, le projet de Darnand et de certains de ses hommes (les ) était de faire de la Milice un succédané de parti unique et, à terme, l'ossature d'un authentique régime totalitaire. La montée en force de Darnand dans le régime de Vichy, jusque-là avant tout autoritaire et réactionnaire, marque une étape décisive dans la fascisation finale du régime ainsi que dans sa satellisation par les Allemands (Robert Paxton, Stanley Hoffmann).
vignette| unité de marche de la Franc-garde stationnée à Rennes, juin ou juillet 1944. Les miliciens portent des écussons avec hermines.
Au début de 1943, les résistants, en particulier communistes FTP, procèdent à de nombreux attentats et règlements de compte contre des miliciens. Pendant près de cinq mois, la Milice, qui de janvier à n'est pas armée, ne réagit guère à ces attaques et se plaignit d'être sans défense. On dénombre abattus de janvier à . Excédé, Darnand ne peut rester plus longtemps sans réagir, ainsi il demande expressément que la Milice soit autorisée à porter des armes. Devant le refus réaffirmé des Allemands, il songe même à démissionner en et tente sans succès de prendre contact avec la Résistance.
En , Darnand choisit finalement son camp. Il est nommé Obersturmführer de la Waffen-SS et prête serment de fidélité personnelle à Hitler dans les locaux (hôtel Beauharnais) de l'ex-ambassade d'Allemagne à Paris, rue de Lille. Les nazis restent cependant longtemps réticents à armer les miliciens, chose qu’ils acceptent après la publication au Journal officiel en d’un décret autorisant les Français à s'engager dans la Waffen-SS (créant ainsi la Sturmbrigade SS Frankreich). Dès que cette autorisation d'armement est accordée, la Milice organise ses toutes premières expéditions punitives contre les maquisards communistes et autres FFI.
Le , Joseph Darnand est nommé secrétaire d'État. Le , il devient responsable du maintien de l’ordre, puis Secrétaire d’État à l’Intérieur le .
À tous les niveaux, les miliciens essayent de supplanter les autorités officielles et d'investir les rouages de l'État, comme à la tête de la préfecture de l'Hérault au début de l'année 1944, avec la nomination d'un milicien, Jean-Paul Reboulleau, en tant que préfet.
Ainsi, la Milice a été à la fois un parti, une police (le Deuxième Service) et une armée (la Franc-garde).
Sociologie et motivations vignette|Une affiche de recrutement de la Milice. Le , la Milice - jusque là cantonnée dans la zone sud - est étendue au Nord de la FranceJean-Paul Grémy. Les sondages clandestins de la Résistance en France occupée au début de l’année 1944. Chapitre 2. 2012. | https://shs.hal.science/halshs-00692527/document, et les hommes de main de divers partis collaborationnistes y sont versés. Les effectifs de la Milice atteindront ainsi près de (jamais plus de réels, selon ses responsables qui avaient pourtant tendance à gonfler les effectifs pour obtenir des crédits). Elle dispose d’un bras armé, la Franc-garde, et d'une école de cadres, installée dans les anciens locaux de l'École des cadres d'Uriage. Elle est alors considérée comme un corps d'armée malgré la convention d'armistice de 1940. Elle a aussi un aumônier général.
On peut distinguer trois catégories de miliciens : . Sur actifs, moins de appartiendront à la Franc-Garde, permanents et bénévoles compris.
Selon Max Lagarrigue, .
En fait, selon Pierre Giolitto, la majorité des miliciens de base appartenaient à la petite et moyenne bourgeoisie urbaine. Il cite une étude d'André Laurens qui montre qu'en Ariège, ce sont les employés les plus nombreux (12,9 %), suivis par les commerçants (12,2 %), les sans-profession (9,3 %), les ouvriers agricoles (7,6 %), les artisans et agriculteurs (7,6 %), les ouvriers d'usine (5,9 %), les professions libérales, cadres et patrons (4 %).
Henri AmourouxHenri Amouroux, La Grande histoire des Français sous l'Occupation, tome VI, Paris, Robert Laffont, 1976-1993, . cite une étude de Michel Chanal qui montre que, dans l'Isère, c'étaient les ouvriers d'usine qui venaient en tête (18,6 %), suivis par les employés (13,7 %). Une étude de Monique Luirard indique que, dans la Loire, sur l'ensemble des miliciens passés devant un tribunal en 1945, 69 % étaient ouvriers, employés ou petits fonctionnaires ; 16,9 % sans profession ; 6 % artisans, commerçants ou agriculteurs ; 3,6 % avaient une profession libérale ; 3 % étaient policiers ou militaires ; 1,8 % patrons…