Le Breton est une race de chevaux de trait originaire de Bretagne, issue de bidets locaux. Son élevage s'organise dès la fin du sous l'influence de très nombreux croisements. Apprécié des militaires comme des paysans pour sa capacité de traction et sa polyvalence, le Breton connaît un grand succès à l'export au début du . Il quitte alors sa Bretagne natale depuis Landerneau et Landivisiau par trains et bateaux, et sert d'améliorateur pour d'autres races de chevaux de trait. En 1912, deux registres généalogiques (stud-book) existent pour chacun de ses deux types, le trait et le postier, avant d'être fusionnés puis fermés aux croisements. S'il garde ses fonctions de cheval de trait plus longtemps que d'autres races françaises, les années 1970 marquent une forte réduction de l'élevage. La réorientation de celui-ci vers la production de viande à destination de l'Italie survient vers 1980. Avec l'essor de l'équitation de loisir dans les années 1990, le Breton retrouve ses anciennes fonctions de cheval d'attelage.
Le Breton est très massif et musclé. Sa robe est le plus souvent alezane ou aubère. Malgré sa taille modeste pour un cheval de trait, il déploie un trot efficace et une grande puissance au travail. Plusieurs chevaux nommés « Breton » ont historiquement existé, chacun provenant d'un biotope spécifique. Si le bidet ambleur originel a désormais disparu, tout comme son descendant le Centre-montagne, officiellement, deux types de chevaux bretons perdurent et sont reconnus. Le postier Breton, fleuron de l'élevage, est à l'origine un cheval de poste utilisé aussi bien pour l'attelage que pour les travaux des champs. Le trait Breton plus grand et puissant, est historiquement élevé sur la côte nord de Bretagne. Destiné originellement au trait lourd agricole, c'est désormais surtout un cheval lourd, producteur de viande.
Avec plus de présents sur le territoire français, le Breton est devenu au début du l'un des chevaux de trait les plus présents avec le Comtois, bien que l'expansion de son élevage soit surtout liée à l'hippophagie. Il continue à s'exporter, le Brésil étant le seul pays hors de la France à reconnaître officiellement cette race. Il est soutenu comme cheval territorial par la région Bretagne. Grâce à sa rusticité, il entretient aussi des espaces verts et valorise les pâturages de moyenne montagne. L'attachement des Bretons pour leur race de chevaux est resté très fort, proche d'une « parenté totémique », comme en témoignent de nombreuses manifestations culturelles, l'érection de statues à Callac et Landivisiau, et la présence de ces chevaux dans différents écomusées bretons.
Dénomination et sources Le Breton est nommé en référence à sa région historique d'élevage, la Bretagne. Plusieurs types de chevaux différents sont regroupés sous cette dénomination de « Breton ». Le type le plus lourd est nommé ou . Le plus léger subsistant jusqu'à nos jours, le Postier breton, doit son nom à son utilisation historique au sein du service de poste aux chevaux.
Un certain nombre de sources au sujet de cette race ont été publiées ou illustrées par Yvon Le Berre, auteur entre autres de l'ouvrage Le cheval breton, un ami pour la vie, paru en 2009.. L'ethnologue française Bernadette Lizet, alors directrice de recherche au CNRS, a publié en 2003 l'article Mastodonte et fil d'acier, qui retrace l'histoire du cheval breton entre la Seconde Guerre mondiale et les années 1980..
Histoire
thumb|left|Juments de trait bretonnes au repos dans les prés de l'écomusée de la Bintinais.
Origines Comme tous les chevaux domestiques modernes, le Breton provient de la lignée DOM2 qui a émergé dans les steppes eurasiennes vers selon une vaste étude génomique publiée dans Nature.. Diverses hypothèses sur son origine exacte ont été émises. L'une, citée entre autres par l'auteur anglais Elwyn Hartley Edwards, suppose que des chevaux asiatiques soient arrivée en Bretagne vers av. J.-C.. Une autre école de pensée fait descendre la race de chevaux élevés par les guerriers Celtes dans les landes et les collines granitiques de la Bretagne, avant leur conquête de la Grande-Bretagne.. En effet, des chevaux sont représentés sur les pièces de monnaies celtiques frappées localement, démontrant leur présence physique et leur importance en Armorique à cette époque.
Les ancêtres du Breton sont probablement établis de longue date dans les collines d'Armorique, notamment les monts d'Arrée. D'après l'autrice tchèque Helena Kholová, ce sont . Les Romains ne sont pas un peuple cavalier, cependant, leurs unités de cavalerie, principalement d'origine étrangère et notamment d'Afrique du Nord, ont peut-être eu une influence. Le Breton a énormément évolué, résultant de très nombreux métissages depuis le Moyen Âge, notamment avec des trotteurs du Norfolk, des Percherons et des Ardennais.
Du Moyen Âge à la fin du
À l'époque des croisades, le croisement des chevaux montagnards originels avec le cheval oriental ramené depuis ces terres lointaines ìnfluence le bidet bretonLa plupart des hippologues s'accordent cependant pour affirmer que ce type de croisement très ancien, s'il a pu avoir lieu, n'a généralement pas laissé de grandes traces sur les chevaux, et se révèle plus proche d'une légende populaire que d'une vérité historique.. Une chronique rapporte qu'.. Les allures confortables à mi-chemin entre l'amble et le trot font sa popularité comme cheval d'équitation au Moyen Âge. En raison de cette particularité et de sa taille relativement réduite, il est surnommé .
Vers 1500, deux types se différencient : le massif sommier du nord de la région, utilisé comme cheval de bât et pour les travaux de ferme, et le roussin du pays de Briec, plus fin et léger, monture de guerre également chevauchée pour les longs trajets. Le roussin ambleur médiéval se fait connaître, jusqu'au , sous le nom de ou . Il est à l'origine du fameux bidet de Cornouaille, ou plus simplement bidet breton.
En 1666, Gabriel Calloet-Kerbrat conseille le croisement de la jument bretonne avec des étalons d'Allemagne et d'Angleterre. L'importance de l'élevage des chevaux dans l'économie bretonne est attestée dès le , notamment par Jacques de Solleysel. D'après l'historien Jacques Mulliez, à la fin du , dans les évêchés de Léon et de Tréguier, des efforts de sélection sont certainement faits sur les juments destinées à labourer. Mieux nourries et abritées des intempéries, elles deviennent plus puissantes et remplacent peu à peu les bœufs à la traction agricole. Bernadette Lizet estime que cette profonde mutation du rapport à l'animal correspond aux débuts de l'élevage du cheval Breton proprement dit. Quoi qu'il en soit, une demande constante en chevaux de traction est attestée dès cette époque.
thumb|Gravure d'un cheval croisé Breton/Percheron dans l'encyclopédie pratique de l'agriculteur, publiée par Firmin-Didot et Cie, tome 5, 1877. Les chevaux bretons sont utilisés pour tracter l'artillerie de la Grande Armée ; tout au long du , la race est réputée fournir environ la moitié des chevaux d'artillerie de France. Le terme « Breton » désigne peu à peu par défaut un cheval de trait. En effet, au milieu de ce siècle, la majorité des des départements de l'Ille-et-Vilaine et des Côtes-d'Armor sont de type trait.
Des différences entre types de chevaux élevés en Bretagne sont dues au sol et la nourriture : le littoral du Nord produit en général une nourriture abondante, tandis que les montagnes du centre offrent un environnement difficile pour l'élevage. D'après Éphrem Houël, en 1842, . Une lettre envoyée depuis Morlaix au Journal des haras en 1837 fait savoir que ces chevaux sont peu élégants, mais .. La forte demande en chevaux de poste au pousse à des croisements avec des étalons normands et avec le Percheron, faisant émerger un type dit , et introduisant la robe grise chez la race. C'est ainsi qu'en 1844, les inspecteurs du ministère de l'agriculture recensent des chevaux de gros trait de Tréguier de robe grise ou rouanne, et des chevaux de trait léger de la région de Lamballe, de mêmes robes.
La race bretonne conserve de ses racines montagnardes le haras national, principal lieu d'élevage, situé dans le pays de Langonnet. La création du haras national d'Hennebont en 1857 en fait la nouvelle capitale de l'élevage du cheval Breton.. Durant toute la seconde moitié du , les haras bretons orientent l'élevage vers les besoins du marché. Des bidets locaux sont croisés avec l'Ardennais pour donner des animaux aptes aux petits travaux de traction. Les croisements du Breton avec le Percheron, le Boulonnais et l'Ardennais sont souvent des échecs, ces étalons reproducteurs massifs ne convenant pas à la taille réduite des juments bretonnes. Le développement du réseau routier à la fin du pousse à modifier la race de Léon. Le tout premier trotteur Norfolk connu en Bretagne, sir Henry Dimsdale, arrive en 1844 au haras national de Lamballe. La souche locale est ensuite croisée avec des étalons carrossiers légers, notamment le trotteur Norfolk britannique qui a une influence déterminante, et le Hackney, aboutissant au type plus léger du cheval Breton, le postier, anciennement dénommé Norfolk-Breton. Il construit la renommée de la Bretagne à l'arrivée du . D'après Lizet, ces croisements sont opérés sous l'influence d'aristocrates et notables de la région inspirés par le succès des chevaux anglais. Ils sont surtout motivés par la forte demande militaire en chevaux d'artillerie, et suivent la mode d'époque pour la recherche du « sang ».
La nécessité d'un registre généalogique (stud-book) pour la race bretonne est défendue dès 1897.
De 1900 aux années 1950
thumb|left|Chevaux Bretons sur une foire vers 1900-1910, dans le Finistère. En 1904, l'agronome Paul Diffloth rapporte que le Breton est bien qu'il manque d'élégance, un défaut .. Les qualités du Postier breton ou Norfolk-Breton se font notamment connaître en 1905, grâce au concours central hippique de Paris. Pendant l'entre-deux-guerres, les débouchés d'artilleur du Postier breton s'effondrent ; il est dès lors alourdi pour devenir un cheval agricole, secteur où la demande reste importante..
Création du stud-book et organisation de l'élevage vignette|Karoline, jument Centre-Montagne de , en 1912. D'après la plupart des sources grand public, dont la base DAD-IS, le registre généalogique (stud-book) du Breton est créé pour la première fois en 1909. Colette Gouvion et Philippe Krümm précisent que ce premier stud-book est ouvert à Landerneau par le Syndicat des éleveurs du cheval breton (SECB).
L'ethnologue Bernadette Lizet souligne toutefois une gestion initiale avec deux livres séparés pour les types trait et postier à cause d'un conflit entre éleveurs. En 1911, le premier tome de la section bretonne du stud-book des chevaux de trait français est ouvert par des éleveurs du Finistère nord, en refusant les animaux issus de croisements. La Société hippique de Saint-Pol-de-Léon y répond l'année suivante en créant le stud-book de la race postière Norfolk-Bretonne, c'est-à-dire celui du Postier breton.
Sur toute cette période, la tendance générale internationale est à l'augmentation de la taille des races de chevaux de trait pour gagner en puissance, grâce aux croisements. Les autres races de trait, Shire ou encore Percheron, rencontrent beaucoup de succès à l'exportation. Les éleveurs bretons souhaitent devenir concurrentiels sur ce marché, en élevant des chevaux plus grands et plus lourds. En 1920, les croisements sont autorisés dans ce but. Toutefois, en raison de son endurance et de ses allures, le Breton reste une exception, le métissage étant accusé de réduire ses qualités. Dans les années 1930, les croisements avec d'autres races sont officiellement abandonnés. Cela n'empêche pas des fraudes d'éleveurs, qui importent des poulains ardennais entiers et leur donnent ensuite de faux papiers de chevaux bretons.