Antoine Éléonor Léon Leclerc de Juigné de Neuchelles, né le à Paris et le dans la même ville, est un évêque français qui exerça sa charge au .
Archevêque de Paris, il fut élu député du clergé aux États généraux de 1789.
Biographie
Fils d'officier supérieur et frère puîné du marquis de Juigné, Antoine Éléonor Léon Leclerc de Juigné descendait d’une ancienne famille du Maine. Il était à peine âge de six ans, lorsqu’il perdit son père, colonel du régiment d'Orléans, tué en , à la bataille de Guastalla.
Le jeune Leclerc fit ses humanités et sa philosophie au collège de Navarre, et entra au séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, d’où il ne sortit que pour s’agréger à la société des théologiens de Navarre, où il fit son cours de licence et prit ses degrés.
Après son ordination sacerdotale, M. de Bezons, évêque de Carcassonne, qui était son parentSon oncle, d'après le Dictionnaire des parlementaires. Bazin de Bezons était en fait le cousin de la mère de Leclerc de Juigné, Marie Gabrielle Le Cirier de Neufchelles, par les Le Menestrel., le prit pour grand-vicaire.
Agent général du clergé L'abbé Leclerc de Juigné fut nommé agent général du clergé en . L'agent général du clergé, qui tient ses pouvoirs de l'Assemblée générale du clergé, est au centre de l'appareil administratif de l'Église et son représentant auprès du roi. Il a rang de conseiller d'État et droit d'entrée au Conseil, au comité des affaires ecclésiastiques comme chez les ministres. D'après le Recueil concernant l’Agence générale du clergé (), « les agents portent tout le poids de la hiérarchie ecclésiastique. Ils sont, pour ainsi dire, les dépositaires du juridique et du temporel du clergé de France ». Le mandat durait cinq ans, mais cessait de plein droit si l’agent était nommé à un évêché. Le , on propose à l’abbé de Juigné l’évêché de Comminges, en remplacement d'Antoine de Lastic, transféré au siège de Châlons; mais il s’excusa et préféra poursuivre son mandat.
Évêque de Châlons
Du fait du décès brutal d'Antoine de Lastic le , il est nommé, le , à l’évêché comté-pairie de Châlons, on ne lui permit pas un second refus.
À son arrivée dans son diocèse, il y trouva des difficultés occasionnées par l’ascendant que le jansénisme y avait pris sous son prédécesseur : quelques prêtres dyscoles. Ensuite, il ne s’occupa plus que du bien qu’il avait à faire. Il reconstruisit son grand séminaire, et en établit un petit, destiné à élever gratuitement ceux des enfants de la campagne qui annonçaient des dispositions pour les études et de la vocation pour l’état ecclésiastique.En , le ciel en feu, au milieu de la nuit, annonce un incendie violent. C’était à Saint-Dizier, ville distante de Châlons de douze ou quatorze lieues, que l’incendie s’était déclaré. L’évêque, sans savoir précisément l’endroit, se porte avec célérité vers le point qui paraissait attaqué. Il trouve Saint-Dizier presque réduit en cendres. Dans l’espoir de sauver quelques victimes, il se précipite au milieu des flammes avec si peu de précaution qu’on l’y crut étouffé. La nouvelle en arriva jusqu’à Châlons, et y causa une consternation qui ne cessa qu’à son retour. Ces accidents, beaucoup trop fréquents en Champagne, déterminèrent le charitable prélat à établir à Châlons un bureau de secours pour ceux qui les éprouveraient, une des premières assurances contre l'incendie.
Persuadé qu’une augmentation considérable de revenus n’était pas, dans l’esprit des canons, un motif pour changer de siège, il avait refusé l’archevêché d'Auch, l’un des plus riches du royaume.
Archevêque de Paris 250px|left La mort de l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont en , laissa le siège vacant. L'évêque d'Autun, qui tenait alors la , voulait y appeler l'archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne ; mais s'y opposa : et, de sa propre autorité, il y nomma le () Antoine de Juigné, et ce malgré un grand nombre de compétiteurs. Toujours dans les mêmes sentiments de dénuement, l'évêque ne céda qu’aux ordres positifs et réitérés du roi, qui voyait dans son choix l’intérêt de la religion.
Antoine de Juigné porta dans son nouveau diocèse le même esprit, les mêmes principes d’après lesquels il avait gouverné celui de Châlons : .
Il consacra la majeure partie des revenus de son nouveau diocèse à des œuvres de bienfaisance. Quelque considérable que fût ce revenu, il ne put suffire aux besoins du rigoureux hiver de à . Le prélat y suppléa en vendant sa vaisselle, en engageant son patrimoine, et en faisant de gros emprunts, pour la garantie desquels le marquis de Juigné, son frère ainé, s’obligea jusqu’à la somme de cent mille écus.
Le zèle d'Antone de Juigné pour tout ce qui tendait au progrès des sciences ecclésiastiques lui avait fait concevoir le plan d’une école pour former des prédicateurs. Ce plan avait reçu un commencement d’exécution au Calvaire, sous la direction de l’évêque de Senez (Jean Baptiste de Beauvais). La Révolution empêcha qu’il y fût donné suite.
Au parlement de Paris, il vota, le , pour l'édit qui accordait aux protestants l'état civil.
États généraux et Constituante
Le , le clergé de la ville de Paris l'élut député aux États généraux. Ses deux frères y avaient été également appelés.
L'archevêque de Paris siégea, . Il s'opposa à la réunion des trois ordres, et, le , proposa : de vérifier les pouvoirs de la chambre du clergé et de sa constitution en chambre active ; de persévérer dans l'adhésion pure et simple du plan conciliatoire proposé par les commissaires du roi ; de communiquer la présente délibération aux ordres du tiers et de la noblesse ; d'envoyer une députation au roi pour le supplier de s'occuper, dans sa sagesse, des moyens d'établir une correspondance entre les trois ordres des États généraux.
Cent trente-cinq voix approuvèrent cette proposition, 127 votèrent la vérification en commun, et 12 se joignirent à ces dernières avec quelques réserves. La motion, repoussée à quatre voix de majorité, valut à M. de Juigné une prompte impopularité : le , comme il sortait de l’assemblée à Versailles, sa voiture fut assaillie et poursuivie à coups de pierres, par ce même peuple que, peu de mois auparavant, il avait arraché aux horreurs de la faim. Il n’échappa qu’avec peine à . Le , il se décida à se réunir au tiers état, et son adhésion fut saluée par les acclamations générales de l'assemblée.
À l'issue de la nuit du 4 août, il proposa de chanter un de réjouissance, et, le , il renonça aux dîmes ecclésiastiques: « Le , il offrit l'argenterie des églises, et, le , envoya à l'Assemblée son serment civique.
Émigration 200px|thumb|right|Antoine Leclerc de Juigné Puis, effrayé par la marche des événements, il obtint du roi l'autorisation d'émigrer.
Il trouve d'abord un asile à Chambéry (États de Savoie)Ce fut pendant son séjour en Savoie, où il fut accueilli avec la plus franche hospitalité par le marquis de Clermont Mont-Saint-Jean, à la famille duquel il s’honorait d’être uni par les liens du sang, qu’assisté de trois archevêques et de quatre évêques français aussi émigrés, il fit, le , la bénédiction de la chapelle du château de La Bâtie d'Albanais (hameau de la commune de Montcel), que M. de Mont-Saint-Jean faisait bâtir dans l’antique terre de ses ancêtres, inféodée à sa famille en . Le procès-verbal de cette bénédiction solennelle a été inscrit dans les registres de la paroisse..
De Savoie, il publia un mandement contre l'élection de Gobel au siège métropolitain, et fut dénoncé pour ce fait, le , au directoire du département de Paris qui lui reprochait de continuer à nommer de nouveaux titulaires aux canonicats vacants, bien qu'il fût émigré.
Il n'en demeurait pas moins le seul évêque légitime de Paris reconnu par le Saint-Siège. C'est pourquoi, le roi , à quelques heures de sa mort, donnait cette recommandation à son confesseur, l'abbé Edgeworth de Firmont qui avait été le vicaire général de Juigné : «Marquez-lui que je meurs dans sa communion et que j'ai jamais reconnu d'autre pasteur que lui... »
Juigné passa ensuite à Constance, où il fut rejoint par plusieurs évêques et un grand nombre de prêtres non-jureurs, obligés de fuir les persécutions. Il les y recueillit et les secourut : il les aida d’abord de sa bourse, de la vente du peu d’effets précieux qui lui restaient, même de sa chapelle, puis des dons qu’il avait sollicités de l’impératrice douairière de Russie, et des princes et grands prélats de l’Allemagne. Il trouva même le moyen d’établir à Constance un séminaire, où se formaient de jeunes clercs destinés à remplacer les prêtres décimés par les fureurs révolutionnaires.
De Schaffhouse, on l'accusa devant la Convention nationale () de diriger à Constance le bureau d'espionnage autrichien contre la France.
Le succès des armées françaises l'obligea () à quitter cette résidence, pour accepter l'asile que lui offrit à Augsbourg, l'archevêque-électeur de Trèves, Clément Wenceslas de Saxe, oncle maternel du défunt .
Premier Empire
Il revint à Paris en , après la promulgation du concordat, et présenta sans difficulté, entre les mains du pape qui la lui demandait, la renonciation à son archevêché ().
Depuis lors, il vécut dans la retraite au sein de sa famille, regretté de ses anciens diocésains, bornant ses plaisirs à des promenades solitaires, où il était tout étonné de se voir accueilli par une foule d’hommages muets, adressés bien plus à sa personne qu’à sa dignité, dont il ne portait aucune marque visible ; allant visiter, avec une inimitable simplicité, son successeur au siège de Paris (-), Jean-Baptiste de Belloy, dans un palais autrefois le sien, où tous deux se prévenaient de respect et d’égards et entretenaient les meilleures relations.
le nomma, le , chanoine du chapitre impérial de Saint-Denis, et le créa comte de l'Empire le .
thumb|285px|Le monument d'Antoine-Éléonor-Léon Leclerc de Juigné dans la cathédrale de Paris.
Il mourut à Paris, le , dans sa , et fut inhumé au cimetière commun. Dans le service que lui fit le chapitre métropolitain, M. l'abbé Jallabert, vicaire général, prononça son oraison funèbre. Au retour du roi, le chapitre, en ayant obtenu la permission, fit exhumer et transporter le corps de Juigné dans le caveau de la cathédrale Notre-Dame destiné à la sépulture des archevêques. Un monument funéraire, pour lui et son frère, le marquis de Juigné, exécuté d'après les plans de Viollet-le-Duc, se trouve dans la chapelle Saint-Germain.
Il joignait à la plus heureuse mémoire l’amour des études graves, et le goût de la bonne littérature. Il possédait parfaitement le grec : la Bible était sa lecture favorite ; il la savait par cœur, et quelque passage qu’on lui citât, il en indiquait sur-le-champ-le livre, le chapitre et le verset.
Publications
On a de lui : Des Mandements :
Un
Pastoral de Paris ou
etc.
Lignée épiscopale
Le Clerc de Juigné fut consacré, le , par Charles-Antoine de La Roche-Aymon et appartient à la lignée d'Estouteville.
l'archevêque Antoine-Eléonore-Léon Le Clerc de Juigné (1764) ; Charles Antoine de La Roche-Aymon (1725) ; Henri-Pons de Thiard de Bissy (1692) ; Hardouin Fortin de La Hoguette (1676) ; François Harlay de Champvallon (1651) ; Nicolò Guidi di Bagno (1644) ; Antonio (Marcello) Barberini (Sr.), O.F.M. Cap. (1625) ; Laudivio Zacchia (1605) ; Pietro Aldobrandini (1604) ; Ippolito Aldobrandini (Sr.) (pape sous le nom de ) (1592) ; Alfonso Gesualdo di Conza (Gonza) (1564) ; Francesco Pisani (1527) ; Alessandro Farnese (pape sous le nom de ) (1519) ; Giovanni de’ Medici (pape sous le nom de ) (1513) ; Raffaele Sansone Riario (1504) ; Giuliano della Rovere (pape sous le nom de ) ;
Le Clerc de Juigné fut le principal consécrateur de Jean-Baptiste de Chabot, évêque de Saint-Claude, et participa à la consécration de Louis-Jérôme de Suffren de Saint-Tropez, évêque de Nevers.
Titres
Évêque comte et pair (ecclésiastique primitif) de Châlons ; Dernier duc de Saint-Cloud et pair de France (comme archevêque de Paris) ;