Le pharaon de l'Exode est le pharaon qui aurait régné sur l'Égypte antique lors de l'Exode décrit dans la Bible. Au cœur de ce sujet se trouve le problème de l'identification de ce pharaon ainsi que l'historicité de l'Exode. Pharaon : un personnage biblique

vignette|alt=Pharaon assis sur son trône dans son palais|Moïse et Aaron reçu en audience par Pharaon - gouache - James Tissot.

D'après les livres de la Genèse et de l’Exode, le récit biblique connaît trois pharaons successifs. Le premier est le « Pharaon de l'Installation ». Il accueille Joseph auprès de lui, en fait son ministre et installe les Hébreux dans le pays de Gessen dans le nord-est de l'Égypte antique (Genèse 37-50). Le premier chapitre du Livre de l'Exode fait mention d'un deuxième souverain ; le « Pharaon de l'Oppression ». Il est celui qui ordonne l'asservissement des enfants d'Israël en Égypte. Tel que mentionné par les chapitres 5 à 15 du Livre de l'Exode, le troisième souverain est le « Pharaon de l'Exode ». À l'instar de ses deux prédécesseurs, son nom n'est pas révélé par le texte. Il est simplement désigné par les expressions de « Pharaon », de « roi d'Égypte » ou de « Pharaon, roi d'Égypte ».

Contemporains des patriarches Moïse et Aaron, le Pharaon de l'Exode est l'un des plus célèbres personnages secondaires de la Bible. Obstinément, le souverain s'oppose au dieu YHWH dont la volonté est de faire sortir les Hébreux hors d'Égypte. Depuis l'installation des Hébreux en Égypte, ils n'ont cessé de prospérer et de se multiplier. Devant leur nombre considérable, le Pharaon de l'Oppression prend peur et redoute un soulèvement armé de leur part. Pour les affaiblir, il décide de les réduire en esclavage. Les chefs de corvée ont pour ordre de les faire durement participer à l'édification des villes de Pithom et Pi-Ramsès et les sages-femmes hébreux de laisser mourir les nouveau-nés mâles (Exode, 1). Trois mois après la naissance de Moïse, sa mère l'abandonne dans une corbeille près de la rive du Nil. La fille du pharaon qui se baignait avec des suivantes, trouve l'enfant et décide de l'adopter bien qu'ayant immédiatement deviné qu'il était hébreu. Adulte, Moïse se rend auprès des siens et devient le témoin des pénibles travaux qui leur sont infligés. Voyant un contremaître frapper un Hébreu, il tue l'Égyptien et prend la fuite vers le pays de Madian (Exode, 2).. Longtemps après, le Pharaon de l'Oppression meurt et un autre prend sa place. Sur le Mont Horeb, dans un buisson ardent, Dieu ordonne à Moïse de retourner en Égypte et de délivrer les Hébreux de ses oppresseurs. Après bien des hésitations, Moïse se présente devant le nouveau Pharaon pour le persuader de laisser les Hébreux quitter l’Égypte (Exode, 3-4). Après dix terribles plaies, Pharaon consent à les libérer (Exode, 5-13). Cependant, peu après, il se ravise et monte une armée pour les rattraper.. : vignette|gauche|redresse=1.2|alt=dans une panique extrême, les Égyptiens se noient.|Frederick Arthur Bridgman - « L'armée de Pharaon engloutie par la Mer Rouge » - peinture à l'huile - 1900.

Noyade de Pharaon : commentaires religieux

Traditions rabbiniques vignette|alt=image d'un livre ancien|Traversée de la mer Rouge et noyade de l'armée de Pharaon - Psautier de Paris - .

Une série de passages bibliques suggère que le Pharaon de l'Exode meurt noyé dans les eaux dans sa poursuite des Hébreux. Ces derniers traversent la mer à pied ; les Égyptiens les poursuivent mais les eaux reviennent, et recouvrent leurs chars. (Exode 14, v.28). Une séquence, assez claire, se présente au lecteur : (1) les eaux se retirent, (2) les Israélites traversent à pied-sec, (3) l'armée égyptienne charge et poursuit les Israélites, (4) au milieu de la mer, les soldats égyptiens (Pharaon inclus) sont jetés de leurs chars quand les eaux reviennent à leur place, (5) toute l'armée est noyée dans les eaux..

Une interprétation franche et directe du texte implique que Pharaon s'est noyé dans les eaux, il est en effet fort douteux que seul Pharaon ait pu échapper au désastre. Le Psaume 106 (v.11) confirme ce fait : ; de même que le Psaume 136 (v. 12-15) : .. La tradition juive n'est cependant pas unanime sur la question de cette noyade. À l'époque de la Mishna et des rabbins tanaïtes (entre 72 et 219 ap. J.-C.), une controverse oppose les rabbins Juda et Néhémia (dans Menahot 68b). Pour le premier, pas un d'entre les Égyptiens n'en échappa. Pour le second, il n'en resta pas jusqu'à (sauf) un. Cette interprétation du texte exodique fait ressortir que Pharaon survécut. Le souverain a été épargné par Dieu comme cela avait été prévu dès le début : (Exode 9, v.16). Par la suite, Pharaon devient le roi de Ninive et, tirant les leçons du passé, appelle la population de sa ville au repentir (d'après une annotation de la Tosefta commentant une traduction du Livre de Jonas chap.3, v.6).. La tradition du sauvetage de Pharaon est repris dans le Sepher Ha Yaschar (ou Livre du Juste), un écrit apparu dans le milieu juif napolitain au D'après Jacob Shavit, Yaacov Shavit, Mordechai Eran, , 2007, page 499. Pour les hébréophones, lire : Joseph Dan, , 1986., Adica, le pharaon de l'Exode, est sauvé des eaux :

Traditions musulmanes

vignette|gauche|alt=livre ouvert|Le Coran - manuscrit du - Musée d'art asiatique de San Francisco. Le prophète Moïse, sous le nom de Moussa, est l'un des personnages les plus souvent cité dans le Coran (136 occurrences)Collectif, Bible et sciences des religions : Judaïsme, christianisme, islam., Éditions Lessius, 2005, page 153. tandis que le Pharaon de l'Exode y est présenté comme l'adversaire obstiné de Dieu et Moïse. Pharaon est mentionné 74 fois, seul ou suivi des noms de Hâmân ou Qârûn. Son comportement vil, tyrannique et hautain en fait le symbole du mécréant à l'orgueil démesuréFrancis Weill, Dictionnaire alphabétique des sourates et versets du Coran, L'Harmattan, 2009, voir les entrées Pharaon, Moïse et passim.. : Dans la , Pharaon se gargarise de sa puissance Coran, essai de traduction Albouraq 2005..

La noyade des Égyptiens dans la mer Rouge est évoquée par deux fois. Dans la , il s'agit d'un châtiment résultant de leur impiété : ... Dans la , Pharaon voyant venir la mort par noyade se soumet in-extremis à la puissance véritable de Dieu. Mais son repentir de mourant ne le sauva pas car Dieu jugea sa conversion trop tardive. Il préserva toutefois son corps.. D'après le commentateur Abdullah ibn Abbas, cousin et compagnon de Mahomet, les Hébreux doutant de la mort de Pharaon, Dieu envoya Gabriel tirer son corps hors des eaux afin de l'exposer à leurs yeuxClaude-Étienne Savary, Le Coran, Chapitre 10, page 236, note 1. Les deux auteurs du Tafsîr Al Jalalayn expliquent que les Israélites ont vu le corps du Pharaon mort et que ce cadavre a été pour eux la preuve de la toute puissance divine.. Sa mort, racontée par les histoires des prophètes, reprennent des éléments d'une légende juive inspirée du Cantique des Cantiques..

Le pharaon coranique n'est pas un personnage historique mais un "rôle dans un drame théologique permanent". Sa figure est construite à partir du texte biblique agrémenté d’éléments provenant de légendes juives ou musulmanes. Les principaux éléments du récit biblique sont présents dans le texte coranique, parfois par une simple évocation. Il est néanmoins entouré de deux figures absentes du récit biblique : Hâmân ou Qârûn. Le premier est un rajout à partir du personnage Hâman cité dans le livre d'Esther (récit censé se passer huit siècles après Moïse), tandis que Qârûn est un personnage, cité dans le Livre des Nombres et développé dans la littérature midrashique (Nombres Rabba 18.15). L'intégration de ce récit dans le contexte musulman verra la création d'un autre personnage anonyme. Celui-ci, membre de la famille royale, aurait conservé une foi monothéiste et se serait opposé à Pharaon. Ce personnage permet de suivre le schéma prophétologique musulman selon lequel un prophète doit provenir du peuple à qui il s'adresse.

Selon le Coran, les Israélites ne sont pas des étrangers mais des Égyptiens que Pharaon aurait séparés du reste de la population. L'islam naissant aura tendance à rajouter de nombreux éléments fictifs autour du récit biblique ou de ce personnage, en particulier, par le fait de lui donner un nom arabe al-Walid b. Mus'ab. Pharaon est associé aux grands bâtisseurs de la mythologie arabe.

Attestations gréco-romaines

Fragments manéthoniens

vignette|alt=photo d'une sculpture en ronde bosse|Buste de Flavius Josèphe. Les récits fondateurs du peuple juif, tel qu'ils sont rapportés par la Bible dans les livres de la Genèse et de l’Exode s'inscrivent dans le temps des hommes et non des dieux.. Aussi, dès l'Antiquité, des auteurs gréco-romains se sont essayés d'intégrer la vie de Moïse dans leurs chronologies. Prêtre égyptien au service des pharaons lagides et (), Manéthon de Sebennytos est l'un des premiers à livrer une réflexion historique sur l'Exode. Son œuvre, les trois tomes de l’Ægyptiaca sont perdus. Elle nous est cependant parvenue indirectement grâce à une centaine de fragments tirés de citateurs ultérieurs ; principalement Sextus Julius Africanus, Flavius Josèphe, Eusèbe de Césarée et Georges le Syncelle. Il s'agit d'une chronique de l'histoire égyptienne divisée en trente dynasties, et chaque fragment se présente comme une liste de rois classés par famille..

Les citations sont le plus souvent déformées et contradictoires entre elles mais la vie de Moïse est située, selon divers fragments, sous la .. Selon le fragment 51, hérité de Théophile d'Antioche, Moïse a été expulsé par le pharaon Tethmôsis (), le premier représentant de la .. Ce même souverain se retrouve sous le nom d’Amôs () sous la plume de Syncelle (fragment 52).. Les versions d'Eusèbe (fragments 53a et 53b), ne placent pas l'exode sous le règne de Amôsis (Άμωσις) mais vers la fin de cette même dynastie. Ainsi, Moïse devient le chef des Hébreux dans leur exode sous le règne de Cencherês () ou Achencheres. ; sans doute la reine Acenchĕres () du fragment 51.

Les fragments 50 et 54 livrent une version où les et s sont fusionnées. On doit leur transmission à l'auteur juif Flavius Josèphe qui, dans son Contre Apion, se propose de prouver l'ancienneté de son peuple (Livre , chapitres 15-16 et 26 à 31).. Selon ce dire manéthonien, Moïse a pour contemporains le pharaon Aménophis () et un devin homonyme, Aménophis fils de PaapisContre Apion, Livre .26.232... Dans ces deux derniers personnages, il est respectivement possible de discerner le souverain et son scribe-architecte Amenhotep fils de Hapou. Plus en avant, Flavius Josèphe attribue à ce pharaon Aménophis un règne long de et Contre Apion, Livre .15.97-101. ; en contradiction avec les données archéologiques qui donnent à près de 38 années de règne. Étrangement, Josèphe en fait le petit-fils du pharaon Ramessès () et le fils de Harmessès Miamoun () dont le règne a été long, d'après lui, de 66 ans et 2 mois. Cette longue durée rend possible un rapprochement avec qui a effectivement régné durant ce laps de temps. De cet Aménophis, Josèphe en fait aussi le père de deux frères ennemis, le roi Sethos-Ramessès () et l'usurpateur Harmaïs (). (peut-être les pharaons et Amenmes). S'embrouillant, l'auteur livre une seconde version généalogique en faisant du pharaon Aménophis, non pas le père, mais le petit-fils de Sethos-RamessèsContre Apion, Livre .26.231.. Les données historiques égyptiennes et les mythes grecs étant entrecroisés, Sethos et Harmaïs sont respectivement assimilés aux rois et frères jumeaux Égyptos et Danaos des chroniques grecques...

Pharaon contre les impurs vignette|gauche|alt=Décoration colorée d'un temple|Prisonniers entravés - Temple d'Abydos - .