La bataille de l'île d'Aix, également appelée « affaire des brûlots » et plus rarement bataille de la rade des Basques (traduction de ) est une bataille navale, entre les Britanniques et les Français, qui eut lieu les et , dans le cadre de la Cinquième Coalition.

Situation

Géographique Le combat se tient face à l'embouchure de la Charente entre Fouras et l'île d'Oléron, avec au Nord l'île d'AixC'est dans ces eaux que se trouve le fameux Fort Boyard. Mais si les travaux de sa construction ont commencé en 1801, il est loin d'être achevé.. Le port militaire de Rochefort se situe en amont à de l'embouchure sur la Charente.

Militaire En 1809, Napoléon a institué le blocus continental. Mais la flotte britannique bloque chacun des ports de l'Empire en représailles.

Les colonies des Antilles sont menacées. Il est prévu d'y envoyer une escadre pour apporter des approvisionnements et des renforts. À cet effet, des navires partent de Brest, sous le commandement de l'amiral Willaumez, pour gagner Rochefort, lieu de rassemblement du départ officiel vers les colonies. Ils doivent récupérer, au passage, des navires à Lorient, mais ceux-ci ne sont pas prêts. L'escadre n'attend pas et continue sa route pour atteindre Rochefort sans encombre.

Les navires français, ancrés devant l'embouchure de la Charente, sont surveillés par l'escadre de l'amiral Gambier, qui mouille un peu au nord-ouest de l'île d'Aix dans la rade des Basques.

Forces en présence Les Britanniques alignent dont de ligne. Le vaisseau-amiral est le HMS Caledonia, de . Les autres sont des vaisseaux de troisième rang, de 74 canons ou de pour trois d'entre eux. Ils alignent également , de 44 à . Le HMS Mediator, , est armé en flûte et jouera un rôle important dans le combat. La frégate HMS Imperieuse est celle de Lord Cochrane. La Royal Navy dispose ensuite de navires de transport parmi lesquels ceux qui seront transformés en brûlots. Ils ont aussi (sic) préparés par le colonel Congrève : une goélette, la HMS Whiting, et deux cotres affrétés, Nimrod et King Georges, sont équipés de rampes.

Les Français ont rassemblé de ligne et . Le vaisseau-amiral est le puissant Océan de . Deux , de la classe Tonnant, le Foudroyant et la Ville de Varsovie (commandé par le capitaine de frégate Cuvillier) considéré, même par les Britanniques, comme un magnifique navire. Sept vaisseaux de (Aquilon, Cassard, Jemmapes, Patriote, Régulus, Tonnerre et Tourville), auxquels on peut rajouter le , une prise britannique, ex-IndiamanUn Indiaman est un navire marchand armé de la Compagnie anglaise des Indes orientales. de 54 canons. Il est armé en flûte et porte de nombreux équipements pour les Antilles, comme des mortiers, des barils de poudre, de la farine, etc. Les quatre frégates sont des : Elbe, Hortense (commandée par le capitaine Halgan), Indienne et Pallas.

Bataille Prémices L'idée d'incendier l'escadre française semble provenir de l'Amirauté britannique et n'est pas agréée par Gambier. Le Premier Lord Mulgrave propose alors à Thomas Cochrane, qui a une réputation de tête brûlée, de se charger de l'opération. En dépit des précautions prises pour ménager les susceptibilités, son arrivée n'est pas trop bien perçue sur place : en plus d'avoir été nommé par-dessus le commandant de l'escadre, il est bien connu pour ne pas trop se sentir lié par les ordres reçus.

On transforme en brûlots tous les navires possibles, des transports aux petits chasse-marées capturés. Sur les côtes des Downs, la presse annonce même la préparation de supplémentaires. Pour faire bonne mesure, on sacrifiera même une frégate, le HMS Mediator, qui est transformé en bombe flottante et dont la masse doit permettre de renverser tout obstacle placé sur sa route par les Français.

Les navires français sont ancrés au sud-est de l'île d'Aix, sur trois lignes : la première avec les quatre frégates (Indienne, Hortense, Pallas ; la quatrième, l'Elbe, est décalée et se trouve quasiment au niveau de la troisième ligne selon le rapport britannique). la deuxième ligne avec six vaisseaux (dans l'ordre, Foudroyant, Ville de Varsovie, Océan, Régulus, Cassard, Calcutta), la troisième avec les cinq derniers vaisseaux (Tonnerre, Patriote, Jemmapes, Aquilon, Tourville)D'après la relation de l'affaire par les Britanniques, dans les documents justificatifs donnés par J. Silvestre..

Ils sont amarrés sur deux ancres, avant et arrière, qui les conservent nez au nord-ouest, et suffisamment proches de l'île d'Aix pour être sûr que les Britanniques ne pourront se glisser entre les navires et la terre, comme à la bataille d'Aboukir.

Pour faire bonne mesure, les Britanniques ont vérifié les courants en lâchant des barils de goudron enflammé. Ceux-ci sont arrivés droit sur l'escadre au mouillage. Il est évident pour les Français que leurs ennemis préparent une attaque. Ils peuvent même observer à la longue vue la préparation de plusieurs brûlots. Ce n'est pas un secret, la presse britannique annonce même l'opérationPar exemple, le British Critic du . Ces articles seront pour une part repris par le Moniteur, mais après la bataille..

Pour sécuriser les mouillages, l'amiral Zacharie Allemand fait établir une estacade flottante de près de Longueur fournie par le rapport d'Allemand, cité par J. Silvestre. Une toise vaut . L'estacade fait donc environ de long. de long. Il prévoit d'en établir deux, mais les équipements demandés ne seront jamais livrés. L'estacade sera donc constituée principalement d'espars fournis par les navires eux-mêmes, maintenue en place par des ancres qui seront enlevées aux mêmes vaisseaux. L'arsenal de Rochefort ne fournit quasiment rien. Zacharie Allemand choisit aussi d'équiper d'un canon de 36 ou d'une caronade ; la majeure partie de cette flottille est fournie par l'escadre. Elles devront patrouiller autour de l'escadre pour éviter toute mauvaise surprise. Enfin, Allemand a l'idée de faire démonter une partie de la mâture, déverguer les voiles pour offrir le moins de matériaux possible à un incendie provoqué, par exemple, par un brûlot.

Si ces différentes mesures ne semblent pas anormales a priori, elles seront fortement critiquées par la suite. L'estacade construite à la hâte avec un matériel insuffisant, mal arrimée, est peu solide du fait de sa construction improvisée et située trop proche du mouillage de l'escadre. Les chaloupes sont armées d'un canon porté trop lourd pour elles, certaines vont chavirer. Elles ne peuvent que difficilement se déplacer et si la mer est un peu forte, elles vont embarquer de l'eau et couler. Les vaisseaux risquent alors de se trouver dépourvus, perdant ainsi un moyen efficace de se dévier des brûlots. Quant à la réduction de la mâture, c'est être sûr que les navires ne pourront que difficilement manœuvrer s'ils devaient quitter leur mouillage, et ce sans l'aide de leurs chaloupes.

Le 11 avril Le temps est couvert, la mer est grosse. Le vent est de Nord-Ouest, grand frais. La marée, en soirée, est montante.

Pendant la journée, des frégates britanniques sont venues mouiller juste à la limite de portée des canons d'Aix et d'Oléron. Elles sont rejointes par d'autres bâtiments. L'amiral Allemand pense aux brûlots et ordonne d'envoyer les chaloupes armées, mais celles-ci ne peuvent lutter contre le vent et la maréeJ. Silvestre note que l'ordre est donné à . Mais ne doit être exécuté qu'à . Les canots devront alors ramer contre la marée montante..

thumb|left|Les vaisseaux français aux prises avec les brûlots ennemis, au soir. Peinture de Louis-Philippe Crépin. À la nuit tombée, les Britanniques attaquent, avec l'aide d'une trentaine de brûlotsLe nombre exact est difficile à préciser. Chaque relation donne un chiffre différent ; mais tous tournent autour de trente.. Un brûlot précoce mettra le feu à l'un des trois « navires-machines infernales » de Congrève, d'autres s'échouent ou flambent prématurément. Mais des catamaransL'article de la revue Navires & Histoire, citée en bibliographie, offre une reproduction d'un dessin de ce type d'engin. explosent contre l'estacade. Elle résiste cependant jusqu'à l'arrivée du HMS Mediator. Il est conduit par Lord Cochrane en personne, avec un officier et quatre marins. Ils s'échappent de justesse et le brûlot explose, détruisant l'estacade que vont alors pouvoir franchir une volée d'autres brûlots.

Une légère pagaille contrarie l'action des Français. Ils laissent l'un après l'autre filer ou coupent leurs cordages d'ancre pour éviter les brûlots ou un des autres navires. Le vent, la marée et le manque de voilure vont se conjuguer pour gêner leurs manœuvres. La plupart des navires vont s'échouer. L'amiral Allemand s'est borné à donner l'ordre : liberté de manœuvre.

thumb|Le Régulus échoué sur le rocher des Palles de l'île Madame, le .

Le 12 avril Au petit jour, il ne reste que deux vaisseaux ancrés sous l'île d'Aix, le Foudroyant et le Cassard, qui ont suivi les ordres du contre-amiral GourdonÉtienne Taillemite, Dictionnaire des Marins Français, Taillandier éditeur, Paris 1982, .. Les autres sont éparpillés, échoués sur à peu près tous les rochers ou bancs de vase du coin. Chaque équipage essaie frénétiquement de se dégager, avec plus ou moins de succès. Ils passeront par-dessus bord une partie de leur artillerie pour essayer de s'alléger. C'est ainsi que l'on aura au fond de la baie ou caronadesD'après J. Silvestre : 47 pour l’Océan, 62 pour le Foudroyant, 43 pour le Cassard, 66 pour le Régulus, 27 pour le Tourville, 13 pour le Jemmapes, 63 pour le Patriote. Les frégates aussi : 25 pour la Pallas, 19 pour lElbe, 20 pour lHortense….

Si Lord Cochrane brûle de relancer l'attaque et achever la destruction de l'escadre ennemie, Gambier préfère temporiser, estimant qu'elle n'est plus une menace, ce que Cochrane estime être de l'incompétence. En fin de matinée, des bâtiments légers et quelques frégates vont venir bombarder les navires sans défense. La position de ceux-ci fait qu'il ne pourront généralement répondre aux tirs que par leurs canons de retraite, c’est-à-dire deux pièces en général (bien que l’Océan puisse en aligner huit). Cela leur est d'autant plus facile qu'aucun bâtiment français ne vient aider les navires attaqués. L’Aquilon, la Ville de Varsovie, le Calcutta, le Tonnerre seront ainsi incendiés, par leur équipage ou par les Britanniques. Le , la frégate l’Indienne finira par se briser sur le rocher d'où elle n'a pu se dégager.

Conséquences Cette bataille se solde par une indiscutable victoire britannique, détruisant une frégate et quatre vaisseaux de l'escadre française, sans autres pertes que les brûlots qu'ils ont utilisés et ruinant les espoirs de renforts pour les colonies menacées aux Antilles. C'est encore un nouveau désastre pour la marine impériale. À force égale, malgré la présence de forts redoutablement armés, malgré la connaissance de la côte, les vaisseaux français, pourtant en très bon état de combattre, s'avèrent impuissants face à la détermination et l'ingéniosité de l'ennemi.

Ce message fut envoyé à Napoléon dans les jours qui ont suivi cette cuisante défaite.

Une défaite annoncée À quelques encablures seulement d'un port de l'Empire, la France ne sut, à aucun moment, apporter les secours nécessaires aux bâtiments en détresse. Ils se font pilonner les jours suivants par des péniches ennemies.

Chez les Français : un procès et un chantier abandonné Faute de pouvoir, ou de vouloir, mettre en cause l'amiral Allemand et, également le ministre qui l'a nommé, Decrès, quatre des commandants français sont renvoyés devant la justice militaire.

Au cours du procès, le , Jean-Baptiste Lafon, qui commandait le Calcutta, est condamné par le Conseil de guerre voulu par l'Empereur Napoléon, et passé par les armes à bord du navire amiral, l’Océan amarré sur La Charente.

Jugement rendu par le Conseil de guerre