Nicolas Nikolaïevitch de Russie (Nikolaï Nikolaïevitch Romanov, en ), né le à Saint-Pétersbourg (Russie) et mort le à Antibes (France), est un grand-duc de Russie, membre de la maison de Holstein-Gottorp-Romanov, et un général russe. De 1914 à 1915, il est commandant suprême de l'armée impériale de Russie, puis, à partir de 1915, commandant de l'armée du Caucase.
Biographie
Famille Nicolas Nikolaïevitch de Russie est le fils de Nicolas Nikolaïevitch de Russie (1831-1891) et d'Alexandra Petrovna d'Oldenbourg, petit-fils du tsar Nicolas , neveu du tsar Alexandre II, cousin germain du tsar Alexandre III, il est un oncle « à la mode de Bretagne » du tsar Nicolas II, son cadet de 12 ans. Il épouse, le à Yalta, la princesse Anastasia de Monténégro dite « Stana » (1868-1935), fille de Nicolas de Monténégro et de son épouse, née Milena Vukotić. Son frère Pierre épouse Militza de Monténégro, la sœur d'Anastasia. Leur mariage est heureux. Tous deux sont des chrétiens orthodoxes profondément pieux, mais avec une tendance mystique et un penchant pour l'occultisme et le spiritisme, et il fut martiniste. Le grand-duc a fait de Jeanne d'Arc son guide spirituel. Les Monténégrins, peuple slave des Balkans, s'opposaient souvent et farouchement aux Turcs ottomans. La grande-duchesse Anastasia a encouragé les tendances panslavistes du grand-duc.
Nicolas Nikolaïevitch de Russie est surnommé « Nicolacha » ou « Nicolas le Jeune » pour le différencier de son père « Nicolas l'Ancien » ou « Nicolas le Long » en raison de sa haute taille, de environ. Les jeunes membres de la famille Romanov le surnomment « l'oncle terrible ». Personnalité charismatique, les contemporains côtoyant ce prince lors des parades militaires ont gardé en mémoire sa silhouette de géant, sa voix forte et rauque. Le grand-duc Nicolas semble avoir possédé l'étoffe d'un tsar, montant brillamment à cheval, ses discours touchant le cœur des soldats. Mais malgré sa grande popularité auprès des soldats de l'Armée impériale, son humeur peut le conduire à de violents accès de colère ou à un état dépressif profond. D'après l'écrivain Henri Troyat, l'angoisse de recevoir une balle perdue le tenaillant, il ne s'est jamais engagé à monter en première ligne. Pourtant durant sa campagne contre les Turcs (voir infra), il s'exposa deux fois aux balles ennemies.
Carrière militaire gauche|vignette|Le grand-duc Nicolas Nikolaïevitch en 1870. Le grand-duc Nicolas fait ses études à l'Académie du génie Nicolas, école formant les ingénieurs militaires. En 1872, il est promu lieutenant et envoyé en formation dans un bataillon d'infanterie. en 1873, il est admis dans une unité de cavalerie. En 1876, il sort diplômé de l'Académie de l'État-major général, avec médaille d'argent, et son nom est alors inscrit sur une plaque de marbre à l'entrée de l'école.
Lors de la guerre russo-turque (1877-1878), il sert sous les ordres de son père, alors commandant en chef. Il s'y distingue à deux reprises : la première, sous le commandement du général Dragomirov (1830-1905), lorsqu’il traverse à proximité de la ville de Sistova le Danube sous le feu des Turcs. Pour cet acte de bravoure, il est décoré de l’ordre de Saint-Georges (). La seconde fois, c'est sous les ordres du (1833-1898), lorsqu'il prend part à l’attaque et à l’occupation du col de Shipka. Il reçoit une épée d'or avec l'inscription « Pour bravoure », après les combats.
Gravissant les échelons il est appelé au commandement du régiment des hussards de la garde de Sa Majesté le . Le , il est nommé commandant de la de cavalerie de la Garde, le , commandant de la de la cavalerie de la Garde. En 1905, à 49 ans, le grand-duc Nicolas reçoit le commandement des troupes de la Garde de Saint-Pétersbourg, du district militaire et devint président du conseil de défense de l'État.
Nicolas Nikolaïevitch de Russie a la réputation d'être un commandant strict mais respecté de ses troupes. Il possède surtout une expérience d'instructeur. Très pieux, il prie matin et soir, avant et après les repas.
Nicolas Nikolaïevitch de Russie appartenait au mouvement pan-slaviste mais n'était pas un nationaliste enragé.
Nommé au poste d'inspecteur général de la cavalerie en 1895, il occupe cette fonction durant dix ans, considérés comme une réussite quant aux réformes concernant la formation, les écoles de cavalerie, la cavalerie de réserve, les services de remonte. Le grand-duc n'obtint aucun commandement à la guerre russo-japonaise (1904-1905) soit que le tsar n'ait pas voulu mettre en danger le prestige des Romanov, soit qu'il ait voulu aussi conserver à ses côtés un commandant loyal envers la couronne en cas de troubles intérieurs. De ce fait Nicolas Nicolaïevitch joua un rôle crucial au cours de la première révolution russe de 1905 : Nicolas II revendique le choix entre instaurer les réformes préconisées par Serge Witte ou imposer une dictature militaire. Le grand-duc, à l'époque, étant le seul homme capable de conserver la loyauté de l'armée envers l'empereur, Nicolas II lui proposa d'assumer le rôle de chef militaire détenant tous les pouvoirs en dessous de lui-même, mais dans une scène émouvante, le grand-duc refusa cette proposition : dégainant son revolver, il menaça de tirer lui-même si l'empereur son neveu n’entérinait pas le plan de réformes de Serge WitteComte Serge Witte, Mémoires, Le Cherche Midi, Paris, 2010, .. Cet acte aurait été déterminant, dans la réforme constitutionnelle que finalement Nicolas II promulgua.
L'impératrice Alexandra, qui était en faveur de l'autocratie traditionnelle, ne pardonnera jamais le geste du parent de son mari et continua à le détester tout le reste de sa vie.
De 1905 à la Première Guerre mondiale, Nicolas Nikolaïevitch de Russie était commandant en chef du district militaire de Saint-Pétersbourg. Il avait la réputation de nommer des hommes d'origine modeste aux postes demandant de l'autorité.
Première Guerre mondiale Commandement du front austro-hongrois et allemand thumb|left|250px|Le grand-duc Nicolas et son neveu Nicolas II, le 29 juin 1913
Nicolas Nikolaïevitch de Russie ne participe pas à la planification et aux préparatifs de la Première Guerre mondiale, car cette responsabilité échoit au général Soukhomlinov et à l'État-major. À la veille de la déclaration de la guerre, Nicolas II cède aux sollicitations de ses ministres et nomme son oncle Nicolas commandant suprême de l'armée impériale. Le grand-duc est alors âgé de cinquante-sept ans, et n'a jamais commandé de troupes sur un champ de bataille et encore moins la plus grande armée jamais engagée dans un conflit de toute l'Histoire. Chef des armées impériales, Nicolas II écoute pourtant les conseils du grand-duc, avant de le remplacer finalement du commandement des armées en 1915, sur la sollicitation de son épouse, elle-même sous influence de Raspoutine, ce qui sera catastrophique pour l'empire.
Le grand-duc a, au début du conflit, la responsabilité des engagements contre les Allemands et les Autrichiens, en Autriche-Hongrie et en Turquie, et en Allemagne. Dans l'ensemble, le haut commandement russe est incapable de relever le défi de cette grande guerre. Les différentes armées manquant de coordination dans leurs actions et de préparations, aboutissent à la catastrophe de Tannenberg (du au ) et des batailles des lacs de Mazurie ( à ).
Les taxis parisiens ne sont pas les seuls artisans de la bataille de la Marne (6-), car le grand-duc Nicolas contribue grandement à ce succès militaire qui sauve Paris de l'invasion allemande en déclenchant une offensive sur le front oriental (août-) qui oblige le général allemand von Moltke à dégarnir le front occidental pour soutenir les troupes engagées contre les Russes. Cette attaque du grand-duc Nicolas permet aux troupes françaises de remporter la victoire de la Marne. Cet acte de sacrifice de l'armée russe qui avait besoin de deux mois de préparations supplémentaires avait été demandé par l'ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, Maurice Paléologue, afin de sauver Paris qui sans cela aurait été occupée une quatrième fois depuis la Révolution.
Les soldats russes sont mal équipés, mal entraînés, mal commandés, et dans une certaine mesure la responsabilité en incombe au commandant suprême : Nicolas Nikolaïevitch de Russie se limite à choisir les différentes idées soumises par des généraux russes nombreux, sans avoir de plan cohérent émanant de lui ou de son état-major pour assurer la victoire. Il semble avoir été plus un bureaucrate qu'un chef militaire. À son quartier-général (la Stavka) règne une atmosphère étrangement calme malgré les nombreux échecs et les millions de victimes dans les rangs de l’armée russe. Mais il faut reconnaître que l’armée russe sous le commandement de Nicolas II n’eut pas ensuite plus de succès.
Commandement sur le front du Caucase thumb|right|250px|Nicolas II et le grand-duc Nicolas NikolaïevitchAprès ces défaites, Nicolas II démet son parent Nicolas de ses fonctions de commandant suprême des armées impériales et se met lui-même à leur tête le , alors qu'il n'en possède ni les aptitudes, ni la formation.
Après son renvoi, Nicolas Nikolaïevitch de Russie est nommé commandant en chef et vice-roi de la province du Caucase. Son adversaire est l'Empire ottoman. En 1916, l'armée russe se rend maîtresse de la forteresse d'Erzeroum, du port de Trébizonde et de la ville d'Erzincan. Les Turcs répondent par une grande offensive autour du lac Van, mais cette offensive se révèle peu concluante.
Le grand-duc tente de faire construire un chemin de fer afin de joindre la Russie européenne à la Géorgie pour permettre un plus grand stockage des munitions en vue d'une nouvelle offensive prévue pour 1917. Mais en Nicolas II est renversé et l'armée commence lentement à se désagréger.
Le grand-duc Nicolas pressenti pour succéder à Nicolas II thumb|right|250px|Le grand-duc Nicolas de Russie Au début de l'année 1917, certains pressentent à Saint-Pétersbourg l'imminence du chaos. Les grands-ducs dans leurs palais et l'intelligensia dans ses appartements fomentent mille plans pour renverser Nicolas II et le remplacer. Certains noms sont prononcés, celui du grand-duc Nicolas Nikolaïevitch, vice-roi du Caucase, revient souvent. Avant la Première Guerre mondiale, sa popularité a déjà franchi les frontières de la Russie, notamment en France où il jouit d'une excellente réputation. Le grand-duc a gagné l'estime de fervents républicains à l'occasion des grandes manœuvres militaires franco-russes. Ainsi, Viviani, Clemenceau ou Millerand respectent-ils sa personnalité. Cette sympathie largement accordée au grand-duc aux yeux des hommes politiques français est devenue indiscutable après le sacrifice des meilleurs régiments de l'Empire russe à la bataille de Tannenberg le qui évite la prise de Paris par les troupes allemandes, sacrifice aujourd'hui oublié en France comme en Russie à l'instar de la stratégie du grand-duc et de la volonté de Nicolas II de respecter son alliance avec la Grande-Bretagne et la France.
À l'époque du commandement de Nicolas dans le Caucase, seize des grands-ducs complotant le renversement du tsar délèguent un envoyé auprès du grand-duc. Ce dernier négocie directement avec certains députés de la Douma mêlés au complot. Le prince Lvov siégeant alors à la Douma est chargé par certains conjurés de demander au grand-duc d'accepter le trône. Après une courte réflexion, il repousse cette offre, restant ainsi fidèle au serment qu'il a prononcé quelques années plus tôt devant l'empereur.
Raspoutine thumb|left|250px|La grande-duchesse Anastasia, épouse du grand-duc Nicolas