Les Sanhadja, Iznagen, ou Zenaga (en tamazight : ⵉⵥⵏⴰⴳⵏ, Iẓnagen, sing. ⴰⵥⵏⴰⴳ Aẓnag, en arabe : صنهاجة Senhaja ou زناگة Znaga, sing. صنهاجي Senhaji ou زناگي Znagi) forment l'une des trois grandes confédérations tribales berbères (avec les Zénètes et les Masmoudas), divisée en différentes tribus et sous-tribus.
Ils ont eu une influence majeure sur l'histoire de l'Afrique du Nord et dans une moindre mesure sur celle de l'Espagne.
Ethnonyme
L'ethnonyme Sanhadja fait référence à un regroupement de tribus berbères qui ont joué un rôle historique significatif au cours de l'époque médiévale. Des dynasties émergentes en Ifriqiya, au Maghreb et en Al-Andalus ont contribué à renforcer l'influence de plusieurs tribus Sanhadja , qu'elles soient sédentaires dans le Maghreb central ou nomades dans le Sahara, pendant les périodes des dynasties zirides et almoravides.
On trouve aussi les variantes : Ifnayen, Znaga, Zenaga, Sanaga, Senaja, Senhaji, Sanhaji, Sanhaja, ÇanhajaÇanhaja orthographe adoptée dans , SinhâjaSinhâja orthographe adoptée dans , (, al-ṣinhājīyūn). Les Sanhaja se nomment eux-mêmes Iznagen, « les fils de Znag » en berbère.
Leur nom se perpétue aujourd'hui dans celui des Zenagas, confédération de tribus amazighes de la Mauritanie du Sud-Ouest et du Nord du Sénégal parlant le zenaga .
Le toponyme moderne Saneg est présent sur la carte topographique de Médéa (Algérie) sous la forme arabisée Senahdja, qui est le pluriel de Senhadj. La région entre Vinaza (Saneg), une localité antique située dans la partie méridionale du Djebel Titteri, et l'habitat moderne des Sanhadja qui persiste à ce jour à une vingtaine de kilomètres au nord de Sour El Ghozlane constituait le territoire des Sanhadja sédentaires.
Plusieurs tribus au Maroc portent encore le vocable Sanhaja ou Zenaga, on citera notamment les Sanhadja de Srayr ou les Zenaga de l'Anti-Atlas. On retrouve également les Zenaga dans la toponymie des lieux au Maroc, comme avec Ksar Zenaga à Figuig, une oasis de l'est marocain.
Une hypothèse prétendrait que les Sanhajas seraient à l'origine du nom Sénégal, par l'intermédiaire du portugais SanagaImago Mundi, le Soudan occidental et central, lire en ligne (voir Étymologie du nom Sénégal), alors que d'autres prétendent que le nom Sénégal procéderait de la déformation de l'expression wolof suñu gaal, « notre pirogue »..
Étymologie Le nom « Iznagen » (ⵉⵣⵏⴰⴳⵏ) est le pluriel du mot « Aznag » (ⴰⵣⵏⴰⴳ), et est composé de « Azn » (ⴰⵣⵏ) qui signifie « envoyer, expédier » et « Ag » (ⴰⴳ) qui signifie « Fils », en langue berbère sanhadjienne. Le suffixe -en, et le remplacement de la première lettre du mot au singulier en A- par un I- sont utilisés pour marquer le pluriel.
Le nom Vsinaza, attesté au début du dans le Djebel Titteri (qui deviendra le bastion des Zirides), est un toponyme construit sur Vsinazi (signifiant ), un ethnonyme identifiable avec le nom des Berbères Sanhadja tel qu'il apparaît dans les sources arabes (Ṣinhāja, Ouled Saneg ou Zanāg). Les transcriptions, qu'elles soient latines ou arabes, de cet ethnonyme renvoient toutes au même nom berbère, celui des Iznagen.
Selon Ibn Khaldoun, le terme Sanhāj est un nom berbère arabisé désignant l'ancêtre éponyme des Sanhadja. Il explique que la forme initiale était Sanāk ou Sanāg, ce nom a subi une légère transformation, les Arabes ont notamment introduit le (h) pour l'adapter à leur langue. Ainsi, en raison de ces changements, Sanāk et Sanāg sont devenus Sanhāj. Cette explication linguistique est aujourd'hui confirmée par la découverte de Vsinaza (Saneg), une ville antique située près de la médiévale Achir.
Populations Selon Ibn Khaldoun, les Sanhaja constituaient une des sept grandes tribus des Branès, Branès qui serait le fils de Mazigh, l'ancêtre de tous les BerbèresG. Camps, « Branès », in Encyclopédie berbère, 11 | Bracelets – Caprarienses En ligne, mis en ligne le , consulté le 20 mai 2013.. D'après toujours le même auteur, les Sanhadja auraient pour ancêtre Sanhadj, frère de Guezoul, de Lamt et de Heskoura, tous enfants de Tiski, petite fille de Madghis.
Selon Émile Janier, les Sanhaja se divisaient en deux branches : les sédentaires habitant les Kabylies, c'est-à-dire les montagnes du tell algérien, et les nomades, hommes au litham habitant le Sahara. Des groupes moins importants vivaient dans le Maghreb al-Aqsa, mais aucune de ces tribus sanhadjiennes n’eut le moindre pouvoir politique contrairement aux deux autresde la Véronne, Ch., “Ṣanhād̲j̲a”, in: Encyclopédie de l’Islam. Première publication en ligne: 2010 .
Les Sanhaja sahariens étaient nomades, et sont régis par une organisation matrilinéaire de la parenté contrairement aux autres sociétés berbères. Les hommes portent le voile du visage, le litham, d'où leur nom de « voilés ». Parmi ces tribus Sanhaja sahariennes voiléesG. Camps, « Gudâla/Guezula », in Encyclopédie berbère, 21 | Gland – Hadjarien En ligne, mis en ligne le 01 juin 2011, consulté le 20 mai 2013., on retrouve : les Djoddala ou Gadala qui occupaient la partie sud-occidentale du Sahara au nord du Sénégal, les Lemtuna (ou Lemtouna), et les Messoufa ou Massoufa. Ces tribus sont à l'origine de la dynastie des Almoravides.
Le chroniqueur musulman, Al-Bakri écrit au : .
Selon les auteurs d'expression arabe, les massifs du Sahara central étaient habités par la branche Targa des Sanhaja, qui sont les ancêtres des Touaregs.
Aussi, les caravanes commerciales qui transitaient de la boucle du Niger jusqu'au Sahara septentrional notamment d'Ouargla et du Djebel Nefoussa étaient protégées par les Touaregs.
En Algérie Ibn Khaldoun comptait près de soixante-dix branches : l’une des plus importantes était les Talkāta qui occupaient une partie du Maghreb central. Ziri ibn Menad, ancêtre des dynasties Zirides et Hammadides qui ont régné dans le Maghreb central et en Ifriqiya, est issu de la tribu des Talkata. Mais dans son inventaire établi en 2007 et 2010, Aleya Bouzid a confectionné les notices de 92 tribus « Sanhadja» mentionnées par les sources médiévales. Le même auteur a tiré la conclusion que les Sanhadja sédentaires étaient installés dans la partie orientale du Maghreb central, en particulier à l'ouest du Zab, au moment de la conquête musulmane.
Les Sanhadjas se trouvent aujourd’hui dans le centre nord et tout le nord est algérien. Ils étaient catégorisés par Ibn Khaldoun comme Sanhadjas de première génération. Ils sont subdivisés en Metennane, Ouennour'a, Telkata, Beni Mezghenna, Beni Djaad, Beni Khelil, Botouïa, Beni Aïfaoun et Beni Othmane, confédérations qui peuplent toute la région de l'Ouled-Sahel à Médéa et de Bouira à la Mitidja, mais aussi le Titteri, l'Atlas blidéen, la Kabylie, le nord constantinois, le cercle de Skikda et Annaba, tout l'arrière pays algérois ainsi que dans les Aurès. Ils ont pour ancetre Telkat dont découlera le rameau des Telkatas. On retrouve de nos jours une fraction des Telkatas parmi les Beni Bel Hacen dans la commune de Zbarbar à Bouira.
Les Sanhadjas se trouvent également dans les régions du Touat et de Tindouf, dont des fractions des Lemtounas et des Messoufas, des Sanhadjas nomades.
Au Maroc Les tribus Sanhaja peuplent actuellement une grande partie du territoire du Maroc et se trouvent principalement dans les régions suivantes :
Le sud-est du Maroc où les deux grandes confédérations berbères Aït Atta et Aït Yafelman sont Sanhaja Le Moyen-Atlas avec notamment la célèbre confédération des Zayanes réputée pour ses batailles et dont la célèbre figure historique Mouha Ou Hammou Zayani fait partie La partie orientale du Haut Atlas où la confédération des Aït Izdeg d'origine Sanhaja forme la majorité de la population Une partie des tribus chleuh de l'Anti-Atlas est de la même manière Sanhaja (où la tribu des Znaga ou Iznagen porte encore le nom de la tribu mère) Dans l'oasis de Figuig où un des ksar de l'oasis porte leur nom (ksar Zenaga) et dont l'origine est lointaine Au Sahara, avec les tribus des Ouled Tidrarine, des Ahl Barikallah ou encore des Ait Oumribet, vivant pour cette dernière entre l'Anti Atlas et le Sahara, réputée descendante des Almoravides. Les Sanhadja de Srayr dans le Rif central.
Les Sanhaja de langue occupent notamment aujourd'hui au Maroc une longue bande de territoire, sensiblement orientée nord-sud, qui a son unité linguistique et qui s'étend de Rabat, de Meknès et de Fès jusqu'au Sahara. C'est ce qui forme le pays des Aït Mguild (Aït Mgild), des Zemmour, des Gerwan et des Zayyan.
Histoire Préhistoire et Antiquité Les ancêtres des Sanhadja constituaient sous le Haut-Empire romain une tribu maure du Djebel Titteri qui disposait d’une ville (Oppidum Vsinazense). Le nom de Vsinaza attesté au début du dans la région, est un toponyme construit sur Vsinazi (= fils de Ṣinag / Ṣinadj/ Ṣinaz), un ethnonyme identifiable avec le nom des Berbères et les transcriptions (latine et arabes) de cet ethnonyme qui renvoie à un même nom berbère, celui des Iẓnagen.
D'après Ibn Khaldoun, la migration des Sanhadja nomades du Tell vers le Sahara aurait ses racines à l'époque préislamique. Les Sanhadja du désert occupaient un territoire saharien depuis au moins le , comme en témoignent les récits de la conquête arabe.
Selon Léon l'Africain, les Zanaga sont des NumidesJean-Léon l'Africain, Description de l'Afrique, traduction par A. Épaulard, Librairie d'Amérique et d'Orient, 1981.. Toutefois sa description de la Numidie ne correspond pas à la Numidie romaine. Il évoque plutôt une bande de terrain au nord du Sahara. Strabon en fait des voisins méridionaux des GaramantesStrabon, Géographie, XVII, 3, 19.. Il est possible que le nom des Gétules ait été conservé dans celui de la tribu Sanhadja des Djoddala, également connue sous les noms de Gadala, Gudâla ou GuezulaG. Camps, « Gudâla/Guezula », Encyclopédie berbère, 21, Edisud, 1999..
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Période des dynasties berbères
À partir du , les rameaux sanhaja du Sahara occidental en phase d'islamisation, Lemtuna de l'Adrar mauritanien, Gadala et Messoufa nomadisant entre le Haut Niger et le Sénégal, constituent une nouvelle confédération pour contrôler le commerce transsaharien et concurrencer les royaumes païens du Sahel saharienGilbert Meynier, L’Algérie, cœur du Maghreb classique... , .. Mais cette unité reste fragile. En 990, le royaume du Ghana s'empare d'Aoudaghost. Au début du , une nouvelle confédération se constitue pour reconquérir le commerce et déclarer la guerre sainte pour convertir les Noirs.
Les Sanhadja (antiques Vsinazi), les Masufa (antiques Masofi) et Lamadiya (antiques Lambdienses de Médéa, identifiés par certains auteurs aux Lamta du Moyen Âge dont font partie les Lemtouna), sont parmi les communautés qui ont formé au Moyen Âge la confédération des Sanhadja sédentaires. Cette importante confédération tribale a été dirigée à partir du par la branche des Talkata. Ibn Khaldoun rapporte que le territoire des Sanhaja s’étend, dans le Maghreb central, des environs de Miliana jusqu’à la Mitidja et d'Achir dans le Titteri jusqu’au sud de BéjaïaR. Bellil, « Kabylie : La région dans les écrits arabes », in Encyclopédie berbère, 26 | Judaïsme – Kabylie En ligne, mis en ligne le , consulté le 20 mai 2013.. Les tribus Sanhaja sont des sédentaires agriculteurs au nord de l’Atlas blidéen et nomades ou semi-nomades au Sud, entre l’Ouarsenis, le Titteri et le Sud des Bibans. Le pays des Sanhaja abrite plusieurs villes importantes dont M'Sila, Alger, Médéa, Achir et Miliana.