Le Crabe de cocotier (Birgus latro) est le plus grand des arthropodes terrestres. De la famille des bernard l'hermite, ce n'est donc pas un crabe au sens strict. Il est connu pour sa capacité à casser des noix de coco grâce à ses fortes pinces, pour manger le contenu. Il se répartit dans des îles et îlots de l'océan Pacifique et de l'océan Indien.
Cet arthropode a un développement complexe associé à de singulières caractéristiques morphologiques. Son odorat est très performant et il a développé diverses stratégies pour préserver l'eau indispensable à sa respiration.
Description
Morphologie générale thumb|200px|left|Crabes de cocotier de couleurs différentes. Habituellement, l'adulte pèse jusqu'à quatre kilogrammes, sa longueur allant jusqu'à 40 centimètres pour une envergure d'une patte à l'autre pouvant aller jusqu'à un mètre « The Smaller Majority » de Piotr Naskrecki, page 38, 2005, Belknap Press of Harvard University Press .. Le mâle est généralement plus grand que la femelle (dimorphisme sexuel) « Assessment of the status of the coconut crab Birgus latro on Niue Island with recommendations regarding an appropriate resource management strategy » de Craig Schiller, § 2, avril 1992, Département de zoologie de l'université de Queensland (Australie).. Des auteurs affirment avoir trouvé des spécimens de plus de 17 kilogrammes « The Largest Land Invertebrate: Coconut Crab » de Stefan Anitei, 19 novembre 2007, softpedia.com., ce qui est généralement accepté comme la limite théorique pour un arthropode terrestre. Toutefois, pour les animaux aquatiques qui sont soutenus par l'eau, la taille maximale d'un arthropode peut être supérieure (par exemple pour le crabe-araignée géant du Japon Macrocheira kaempferi). Ces mensurations font du crabe de cocotier le plus grand arthropode terrestre du monde « The IUCN Invertebrate Red Data Book » de S. Wells, R.M. Pyle et N.M. Collins, 1984, UICN..
Le corps du crabe de cocotier « Le crabe de cocotier » de Catherine Lebouteiller d'après T. EI Kadiri-Jan, Association Symbiose (Nouvelle-Calédonie)., comme celui de tous les décapodes, se compose d'une partie antérieure (céphalothorax) munie de dix pattes et d'un abdomen. La paire la plus antérieure est munie de grosses pinces qu'il utilise pour casser les noix de coco ou soulever des objets (pouvant peser jusqu'à 28 kilogrammes « Birgus latro India's monstrous crab. A study and an appeal. » de R. Altevog et T.A. Davis, 1975, Bulletin of the Department of Marine Sciences (Université de Cochin) 7: 11 - 23.) par exemple. Les deux paires suivantes servent à la locomotion. Les pattes de la quatrième paire ont des extrémités biramées. Ces crustacés peuvent gravir les arbres jusqu'à une hauteur de six mètres, ce qu'ils font dans les cocotiers ou dans les palmiers pour en consommer les fruits « Coconut Crab (Pagurus) »], Université Yale.. Les deux pattes de la paire postérieure sont minuscules et habituellement maintenues à l'intérieur de la carapace dans la cavité qui abrite les organes respiratoires. La femelle possède trois pléopodes (appendices articulés) du côté gauche pour porter ses œufs « Coconut crab », Cook Islands Biodiversity & Natural Heritage.[image] Pléopodes de la femelle crabe de cocotier.
Les yeux du crabe de cocotier sont rouges et la couleur de son corps varie d'un bleu violet à un rouge orangé suivant son habitat « Ecology of terrestrial decapod crustaceans on Aldabra » de P. Grubb, Philosophical Transactions of the Royal Society: Biological Sciences, 260: 411 - 416..
Carapace
thumb|right|Image d'un crabe de cocotier du Dictionnaire d'Histoire Naturelle, 1849.
Bien que appartienne à la superfamille des Paguroidea, seuls les juvéniles récupèrent les coquilles des gastéropodes pour protéger leur abdomen mou « The Young Coconut Crab » de Gerald McCormack, 25 septembre 2005, Cook Islands Biodiversity & Natural Heritage.. Parfois, ils utilisent même les coquilles des noix de coco brisées[image] Crabe de cocotier utilisant un fragment de noix comme coquille... Au contraire de bien d'autres espèces de Paguroidea, l'adulte du crabe de cocotier ne transporte pas de protection artificielle, mais durcit naturellement son abdomen en y ajoutant des couches de chitine.. Ils recroquevillent également leur queue sous leur corps de manière à se protéger comme le font la plupart des Brachyura appelés « vrais crabes ». Toutefois, le crabe mue à intervalle régulier. La mue prend trente jours.
Système respiratoire
Le crabe de cocotier adulte n'est pas apte à la nage et se noierait au bout de quelques heures malgré son système de branchies rudimentaire, probablement un vestige de son évolution « Crab », janvier 2004, The Secretariat of the Pacific Community.. Il utilise un organe spécifique, nommé poumon branchiostégal, pour respirer « The Relative Importance of the Gills and Lungs in the Gas Exchange of Amphibious Crabs of the Genus Holthuisana » de P. Greenaway, 1984, Australian Journal of Zoology 32(1) 1-6.. Cet organe peut être considéré comme un stade intermédiaire entre la branchie et le poumon et est une des adaptations les plus significatives du crabe de cocotier à son habitat. Les chambres de cet organe sont situées dans la partie supérieure du céphalothorax, et contiennent un tissu similaire à celui des branchies. Mais, celui-ci est adapté pour capter l'oxygène de l'air plutôt que celui de l'eau, tout en ayant besoin d'eau pour fonctionner. Le crabe y pourvoit en humidifiant son poumon avec sa paire de pattes postérieures tout en les nettoyant. Ce procédé fonctionne également avec de l'eau salée, puisque le crabe a quand même besoin de contact avec la mer pour équilibrer sa teneur en sel. L'animal réduit sa perte d'eau notamment grâce à son abdomen durci.
Odorat
Une autre particularité du crabe de cocotier est son odorat très performant, qui fonctionne différemment si les molécules humées sont des molécules hydrophiles dans l'eau ou des molécules hydrophobes dans l'air. Vivant dans l'eau, la majorité des autres crabes ont sur leurs antennes des organes spéciaux, nommés aesthetascs, qui déterminent la provenance et la concentration des odeurs dans l'eau. Par contre, chez le crabe de cocotier, qui vit sur la terre ferme, les aesthetascs sont très différentes de celles des autres crabes et ressemblent davantage aux organes olfactifs des insectes nommés sensilles.
Le crabe de cocotier bouge par saccades ses antennes comme le font les insectes pour améliorer la perception. Ainsi il peut distinguer des odeurs intéressantes à de grandes distances, en particulier celles provenant de ses sources de nourriture : la viande en décomposition, la banane, la noix de coco...
Éthologie
Comportement général thumb|right|230px|Crabe du cocotier sur une noix de coco. Les crabes de cocotier sont assez craintifs « Coconut crab: General Behaviour » de W. Murdoch, 2004, coconutcrab.co.uk.. Ils sont très sensibles à la présence d'un observateur, ce qui rend leur étude délicate. En temps normal, ils se déplacent doucement en émettant des claquements, mais, s'ils sont en état d'alerte, ils sont très vifs. Bien qu'ils ne soient pas très combattants, ils se battent parfois entre eux. Ils utilisent alors leurs puissantes pinces et peuvent battre en retraite en cas de supériorité de leur adversaire.
Alimentation
thumb|right|230px|Les crabes de cocotier brisent des noix de coco avec leurs pinces.
Le crabe de cocotier s'alimente généralement la nuit, par temps gris ou dans des endroits ombragés.
Son régime alimentaire se compose de fruits, entre autres les noix de coco, les fruits des pandanus ou encore, en captivité, des papayes ou des bananes. Toutefois, il mange presque n'importe quoi d'origine organique, de la végétation, des œufs de tortues « The coconut crab », 3 novembre 2006, virtualseychelles.sc., des cadavres d'animaux en putréfaction (rats, poissons…) « Coconut crab: Food » de W. Murdoch, 2004, coconutcrab.co.uk.. Il peut également se nourrir d'exuvies de crustacés pour un apport en calcium. Il est friand de rats morts qu’il trouve dans les trappes à rongeurs, ou vivants qu’il arrive quelquefois à capturer à la voléeUn crabe a été observé, au cours d'une étude, en train de capturer et de manger un rat polynésien, « Observation of a coconut crab, Birgus latro (Linnaeus, 1767) predation on a Polynesian rat, Rattus exulans (Peale, 1848) » de C. Kesler, Crustaceana 78 (6): 761–762.. Des cas de cannibalisme ont même été observés en cas de manque de nourriture « Coconut crab: Feeding » de W. Murdoch, 2004, coconutcrab.co.uk.. On peut fréquemment observer des groupes de crabes agglutinés sur une source de nourriture. Les crabes de cocotier vont occasionnellement voler de la nourriture dans les habitations et la transportent dans leur tanière. On savait qu'ils se nourrissaient de cadavres mais le biologiste américain Mark Laidre, qui s'était rendu sur des îles de l'archipel des Chagos dans l'océan Indien afin de les observer durant plusieurs mois dans leur milieu naturel, a surpris un crabe en train de s'attaquer à un fou à pieds rouges endormi en haut d'un arbre pour ensuite s'en nourrir.
Il peut grimper sur les arbres soit pour en manger les fruits, soit pour échapper à la chaleur ou aux prédateurs. Il utilise probablement les huiles de noix de coco comme source de lipides. Les crabes de cocotier ne peuvent pas ouvrir les noix de coco fraîches, et une théorie dit que les crabes de cocotiers feraient délibérément tomber les noix de coco pour les endommager, mais celle-ci est contestée.
Reproduction
Les crabes de cocotier s'accouplent fréquemment et rapidement sur la terre ferme de mai à septembre, et plus particulièrement en juillet et août. Le mâle et la femelle se battent, puis le mâle retourne la femelle sur le dos pour l'accouplement qui dure environ quinze minutes. Peu après, la femelle pond et colle ses œufs dans le bas de son abdomen ; elle les transporte ainsi pendant environ un mois. Le nombre d'œufs varie de à . Au moment de leur éclosion, habituellement en octobre ou en novembre, la femelle lâche les œufs dans la mer à marée haute. Les larves qui se forment, appelées zoés, flottent dans la mer pendant 3 à 4 semaines et constituent la nourriture de multiples prédateurs.
Ensuite, elles passent au stade de glaucothoés, pour une durée également de 3 à 4 semaines, pendant laquelle elles visitent de temps en temps la terre ferme en se protégeant avec des coquilles suffisamment petites. Comme pour tous les crabes hermites, ils changent de coquille durant leur croissance, mais peuvent aussi utiliser des fragments de noix de coco. Le jeune spécimen muant trois fois dans sa première année, il change quatre fois de coquille. Dès que les juvéniles sont grands (vers 1 an), leur carapace se durcit. Ils vivent alors entre l'océan et le bord de mer.
Passé l'âge de trois ans, ils abandonnent l'océan et perdent la capacité de respirer dans l'eau. Ils atteignent le stade d'adulte et leur maturité sexuelle vers cinq ans « Coconut crab: Mating and spawning » de W. Murdoch, 2004, coconutcrab.co.uk..
Pour se protéger du soleil et des prédateurs, les crabes s'aménagent alors des terriers dans des roches calcaires ou encore des noix de coco ou de palmes… Ils ne muent dès lors plus qu'une fois par an dans une chambre de mue (trou de 50 centimètres de profondeur et à de l'entrée du terrier).
L'espérance de vie d'un crabe de cocotier qui atteint l'âge adulte est d'environ 30 ans « Sealife home for crab who almost ended up as dinner », 26 août 2005, theargus.co.uk..
Répartition vignette|Crabe de cocotier dans l'Île Henderson. Habitat