La race supérieure est une idéologie toujours vivante, issue du et de la première moitié du utilisée notamment pour justifier l'expansion coloniale des États européens.
Historique
L'expression de « race supérieure » s'est développée au pendant l'expansion coloniale des États européens. En opérant une comparaison entre la lutte biologique des espèces et les combats entre les nations ou les peuples, il cherche à justifier le colonialisme qui est ainsi légitimé comme une loi quasi naturelle. Les axiomes du darwinisme social créent une échelle évolutionniste entre les « peuples primitifs » faiblement développés et les « nations civilisées » jugées supérieures. Elle constitue la justification idéologique de la domination de la « race blanche » considérée comme plus évoluée.
Arthur de Gobineau Les historiens attribuent généralement l'origine de l'idéologie à Arthur de Gobineau qui dans son Essai sur l'inégalité des races humaines (1816-1882) estime que le cours de l'histoire du monde est déterminé par la race. Alors que toutes les civilisations sont attribuées aux Aryens, il faut regarder les autres « races » comme « inférieures ». Placée au sommet de la hiérarchie des races primitives, la race blanche se voit néanmoins dénuée selon Gobineau d'un principe indispensable à l'épanouissement des civilisations, et plus particulièrement des arts, celui des sensations. Pour acquérir cette propriété, « cachée dans le sang des noirs »Gobineau, p. 472. Cité dans Taguieff, p. 48, le métissage, auquel la nature civilisatrice de la race blanche la pousse infailliblement, s'avère indispensable : car si la race blanche est dépourvue des qualités sensuelles, la race noire manque pour Gobineau des « aptitudes intellectuelles » nécessaires à « la culture de l'art »Gobineau, p. 476. Cité dans Taguieff, p. 50.. Ce métissage a toutefois son envers : il « mène les sociétés au néant auquel rien ne peut remédier »Gobineau, p. 344-345. Cité in Taguieff, p. 52..
Largement ignorées lors de la parution de l’Essai en France, c'est en Allemagne que les théories de Gobineau suscitent le plus l'intérêt. Introduites par Ludwig Schemann, qui les traduit en allemand, elles connaissent une grande vogue dans les milieux wagnériens de la fin du . Houston Chamberlain, tout en s'emparant de son idée de race aryenne, se démarque toutefois d'une théorie qui lui paraît manquer de rigueur et qui, surtout, ne permet pas de fonder la politique de « régénération raciale » dont il se fait le promoteur. vignette|alt=photo noir et blanc d'un jeune allemand en uniforme allemand|Photo de Werner Goldberg, apparue en 1939 comme « Le soldat allemand idéal ».
Un concept largement répandu Loin d'être limité à certains cercles conservateurs, l'idée de « race supérieure » est largement répandue dans la classe politique républicaine pour justifier l'expansion coloniale au nom de la civilisation et du progrès. Ainsi le célèbre discours de Jules Ferry prononcé à la Chambre des députés le Discours prononcé à la Chambre des députés : le 28 juillet 1885 « Les fondements de la politique coloniale », assemblee-nationale.fr.
Friedrich Nietzsche
Friedrich Nietzsche reprenant le vocabulaire de son temps utilise fréquemment dans ses écrits l'expression de « race supérieure », notamment dans son appel à créer un « surhomme ». Un terme qui désigne « le philosophe à venir, enfin dégagé du poids du christianisme, capable de forger des nouvelles valeurs après "la mort de Dieu" »Nietzsche et la philosophie à venir, entretien, lemonde.fr, juillet 2011. notons que la notion de race chez Nietzsche n'a aucune connotation raciste.
Houston Stewart Chamberlain
Dans l'ouvrage qui le rendit célèbre, La Genèse du (1899), l'essayiste anglais d'expression allemande Houston Stewart Chamberlain reprenant les idées de Gobineau soutenait que la race supérieure désignée sous le terme de « race aryenne ») était l'ancêtre de toutes les classes dirigeantes d'Europe et d'Asie, qu'elle n'avait pas cessé d'exister et qu'elle subsistait à l'état pur en Allemagne.
Chamberlain incluait dans la race aryenne les peuples celtiques et nordiques qu'il considérait comme appartenant à la même famille germanique ainsi que les Berbères d'Afrique du Nord« Der edle Maure Spaniens ist nichts weniger als ein reiner Wüstenaraber, er ist zur Hälfte ein Berber (aus der arischen Verwandtschaft) und nimmt so reichlich gotisches Blut in seine Adern auf, dass noch heute vornehme Einwohner. » (Trad. « Le noble Maure d'Espagne n'est rien moins qu'un pur Arabe du désert, il appartient pour moitié à la race berbère (appartenant à la famille Aryenne) et il s'imprègne si abondamment de sang gothique qu'aujourd'hui encore une partie de l'aristocratie du Maroc peut faire remonter sa généalogie à des aïeux germaniques. »), Houston Stewart Chamberlain, Die Grundlagen des neunzehnten Jahrhunderts (1899), F. Bruckmann, 1909, , p.450, v.1. Son livre connaît un important succès éditorial.
Ses écrits inspirèrent notamment Alfred Rosenberg et Adolf Hitler.
Bibliographie Pierre-André Taguieff, La couleur et le sang. Doctrines racistes à la française, 1996. Mario Wenzel: Germanische Herrenrasse. In: Wolfgang Benz (Hrsg.). Handbuch des Antisemitismus. Judenfeindschaft in Geschichte und Gegenwart. Bd. 3, Saur, München 2010, , S. 107. Wolfgang Wippermann, Rassenwahn und Teufelsglaube. Frank & Timme, Berlin 2005, , S. 43. Geoffrey G. Field, Evangelist of race. The Germanic vision of Houston Stewart Chamberlain. Columbia University Press, New York 1981,
Notes et références Bibliographie
Voir aussi Race aryenne Race humaine Racisme Suprémacisme Doctrine nazie sur les races
Catégorie:Eugénisme nazi Catégorie:Suprémacisme blanc Catégorie:Racisme scientifique Catégorie:Vocabulaire nazi