LEmpire allemand () est le régime politique de l'Allemagne de 1871 à 1918. Fondé pour former l'État-nation de l'Allemagne, il repose sur une monarchie parlementaire autoritaire et une organisation territoriale fédérale.

Ce régime suit la dissolution de la Confédération germanique (1815-1866). Après la constitution de la confédération de l'Allemagne du Nord (1867-1871), la politique d'Otto von Bismarck voit la création de l'Empire allemand comme l'aboutissement de la formation d'un régime impérial dominé par le royaume de Prusse et la maison de Hohenzollern, et indépendant de l'Autriche. C'est la solution petite-allemande (Kleindeutsche Lösung) qui parachève l'unité allemande. Le roi de Prusse est proclamé empereur dans la galerie des Glaces du château de Versailles le , après la victoire de l'Allemagne contre la France de à l'issue de la guerre franco-allemande de 1870. La date de proclamation, le , choisie personnellement par le roi , est le jour-anniversaire du premier couronnement, celui de l'électeur de Brandebourg, couronné « roi en Prusse » en 1701Christopher Clark, Histoire de la Prusse, Tempus, 2014, )..

Sur le plan politique, économique et social, l'Allemagne impériale est marquée par le développement d'une industrie de pointe, elle passe d'un État rural à un État industrialisé, et le système politique très décentralisé laisse la place à un ensemble avec une forte concentration des pouvoirs. Le secteur tertiaire se développe, le commerce et la finance prennent une place plus importante. Les réparations de guerre de la France encouragent ce développement, qui sera toutefois temporairement ralenti par le krach de 1873. La place de l'artisanat et de l'agriculture baisse dans le calcul du PIB. Les changements sociaux principaux de cette période sont l'exode rural, l'urbanisation et la croissance démographique. Cependant, la noblesse garde son prestige et sa mainmise dans la diplomatie, l'armée, la politique et la haute administration..

Le développement des politiques intérieure et extérieure se fait sous l'impulsion du chancelier impérial Otto von Bismarck jusqu'en 1890. Cette période est considérée comme une phase relativement libérale du régime : des réformes intérieures sont menées, le Kulturkampf (le combat pour un idéal de société) permet une indépendance de l'Allemagne vis-à-vis des autorités religieuses catholiques, malgré un tournant conservateur en 1878-1879 avec notamment l'adoption de lois antisocialistes. L’État reste interventionniste et met en place des mesures de protectionnisme économique et un système de sécurité sociale. Dans le domaine de la politique internationale, Bismarck met en place un système complexe d'alliances avec les États voisins afin de maintenir l'Empire allemand en position de force face à la France.

En 1890, Bismarck est contraint à la démission. Le nouvel empereur mène un règne plus personnel, même s'il reste sous l'influence d'autres personnalités. Ses décisions prennent parfois une tournure incohérente ou imprévisible. Cette période est appelée fréquemment « ère wilhelminienne ».

La montée d'organisations et de partis de masse ainsi que l'importance croissante de la presse renforce le poids de ces derniers dans l'opinion publique. En réaction, le gouvernement mène une politique d'expansion coloniale et d'armement de la flotte très populaires pour compenser des politiques générales anti-sociales-démocrates. L'Allemagne renforce sa domination maritime et devient une puissance rivale des autres puissances coloniales dans le partage du monde, notamment avec le Royaume-Uni. Mais elle reste isolée, ce qui n'éloigne donc pas le risque d'une guerre. Le jeu d'alliances dessert la stabilité de l'Europe en 1914. Première puissance militaire européenne continentale, l'Empire allemand, contraint de gérer simultanément plusieurs fronts au cours de la Première Guerre mondiale, est vaincu en 1918 et perd le soutien de la population.

L'Empire allemand prend fin le , par l'abdication de l'empereur et la proclamation de la république de Weimar à la suite de la révolution allemande, deux jours avant l'armistice qui met fin à la Première Guerre mondiale.

Dénominations

En allemand, « Deutsches Reich », traduit en français par Empire allemand ou par Empire germanique. peut renvoyer : au Saint-Empire romain germanique (962-1806), en allemand « Heiliges römisches Reich deutscher Nation » ; à l’Empire allemand (1871-1918), parfois appelé Deuxième Reich afin de le placer dans la continuité du Saint-Empire, de fait le Premier Reich ; à la république de Weimar (1919-1933), de façon formelle (la Constitution de Weimar est officiellement nommée Verfassung des Deutschen Reichs) ; à l’Allemagne nazie (1933-1945), appelée Troisième Reich (« Drittes Reich »), voire Reich Grand-Allemand (« Großdeutsches Reich ») à partir .

Aujourd'hui, si le terme « Reich » évoque en français pour la plupart des personnes le Troisième Reich, il sert tout autant dans la littérature historique à désigner l'Empire allemand. Sans précisions supplémentaires, « Empire allemand » désigne le régime politique de l'Allemagne de 1871 à 1918.

Pour désigner l'Allemagne de la période de 1871 à 1918 sous ses aspects culturels et sociaux, le terme d’Allemagne wilhelminienne est également utilisé, ce en référence aux noms des empereurs (en allemand : « . ») et (« . »), deux des trois empereurs de cette période.

Histoire La période de fondation La fondation de l'Empire allemand () est effective le , avec l'entrée en vigueur de la constitution provisoire publiée la veille.

Le rapport entre la confédération de l'Allemagne du Nord et l'Empire allemand est le sujet d'une controverse doctrinale opposant les défenseurs de la () d'un même État à ceux de la () de deux États.

L'Empire allemand résulte d'une extension de la confédération de l'Allemagne du Nord, mise en place en 1867 après la paix de Prague et dont la constitution est légèrement remaniée afin à la fois d'incorporer les États allemands du Sud du Main, mais aussi de donner une forme explicitement monarchique à la confédération.

Par les traités dits de novembre, les royaumes de Bavière et de Wurtemberg ainsi que les grands-duchés de Bade et, pour la partie située au sud du Main, de Hesse, adhèrent à la confédération. Le traité entre la confédération de l'Allemagne du Nord, le grand-duché de Bade et celui de Hesse, est signé à Versailles le , le traité de Berlin du , le traité de Versailles du .

Le , , selon le mot du futur empereur, l’Empire allemand est proclamé dans la galerie des Glaces du château de Versailles, à la faveur de la défaite de la France. , roi de Prusse, devient empereur allemand. La date choisie est symbolique puisqu'elle correspond au du couronnement de comme roi en Prusse, le .

On appelle () la période correspondant au règne de , jusqu’en 1888, et au mandat d’Otto von Bismarck comme chancelier impérial.

Dès sa création, l’Empire est marqué par des crises graves. Bismarck voit un peu partout des ennemis du nouveau régime : les catholiques regroupés dans le parti du Zentrum et contre lequel il mène le Kulturkampf ; les Polonais de la province de Posnanie ; les Français d’Alsace-Lorraine ; la du Hanovre ; les socialistes qui se forment en Parti social-démocrate (SPD). Après deux attentats contre l’empereur en 1878 commis par des individus agissant seuls, Bismarck fait voter par les conservateurs et les libéraux du Reichstag, le , une loi qui interdit les associations socialistes, social-démocrates ou communistes visant le , ainsi que leurs journaux, leurs rassemblements et leurs membres qui sont menacés d’exil.

En même temps, Bismarck mène une politique sociale visant à apaiser certaines revendications sociales et à diminuer l’audience de la social-démocratie : le , la loi sur l’assurance maladie est adoptée, puis en 1889 celle sur l'invalidité et la vieillesse..

Les successeurs de Bismarck vignette|redresse=1.1|Germania, l'allégorie nationale allemande, à la rescousse de la mère patrie entrant dans la Première Guerre mondiale, sur une peinture de Friedrich August von Kaulbach en 1914. La légitimation donnée par le pangermanisme se heurte à l'esprit de revanche nourri par les Français.

Le , meurt à l’âge de . Son fils , déjà atteint d’une maladie incurable, lui succède sur le trône et meurt après de règne le . Son successeur, , âgé de et petit-fils de , accède alors au trône. On appellera cette année « l’année des Trois Empereurs ». Le règne de est marqué par la primauté de l’empereur dans la politique (wilhelminisme), notamment en politique extérieure où la prudence bismarckienne cède le pas à la Weltpolitik.

Le , Bismarck soumet une demande de mise en congé à l’empereur en raison du conflit qui les oppose en politique extérieure. Deux jours plus tard, le , il est démis de ses fonctions de chancelier impérial et de ministre-président de la Prusse, et le général Leo von Caprivi lui succède.

Le chancelier Caprivi ne prolonge pas la loi antisocialiste.

Dans les dernières semaines du régime, le parlementarisme sera instauré par la réforme d'.

La chute de l’Empire Deux jours avant la fin des hostilités de la Première Guerre mondiale, la « révolution de Novembre » provoque la chute du régime impérial. Le , le chancelier Maximilian von Baden, après avoir décrété l’abdication de l’empereur et la renonciation au trône du prince héritier Wilhelm (techniquement, ), démissionne et transmet ses pouvoirs à Friedrich Ebert, chef des sociaux-démocrates majoritaires. Le même jour, la république est proclamée par Philipp Scheidemann et la république socialiste par Karl Liebknecht.

Le 28 juin 1919, quarante-huit ans après la proclamation de l'Empire allemand, la galerie des Glaces du château de Versailles voit la signature du traité de Versailles, qui sonne comme une revanche pour la France. Cette dernière récupère ainsi les territoires qu'elle avait perdus en 1871.

Les drapeaux vignette|redresse=1.1|La Proclamation de l’Empire au château de Versailles, dans la galerie des Glaces, le , peinte par Anton von Werner. Au centre, en uniforme blanc, Bismarck. Le drapeau de l'Empire allemand est également celui de la confédération d'Allemagne du Nord. Il unit les couleurs de la Prusse (le noir et le blanc, originellement les couleurs de l'Ordre Teutonique) et de la Ligue hanséatique (le rouge et le blanc, originellement les couleurs du Saint-Empire romain germanique et du drapeau du Christ).

Le tricolore horizontal noir, blanc et rouge correspondait à la du chancelier Otto von Bismarck.

Lors de la proclamation de l'Empire allemand, on vit le développement de nombreux drapeaux basés sur le tricolore noir, blanc et rouge, notamment des pavillons maritimes, des drapeaux coloniaux, des drapeaux officiels, des bannières royales et impériales.

Après avoir cherché à résoudre les profondes divergences d'opinion du public sur la question du drapeau, on en vint à un compromis, qui essayait d'exprimer des différences politiques inconciliables à l'aide de symboles communs. Le drapeau civil adopté fut le tricolore noir, blanc et rouge ; le drapeau d'État était le même, avec les armes de l'Empire au centre. Ces armes étaient constituées de l'aigle noire traditionnelle avec des attributs rouges dans un écusson d'or.

Les bannières personnelles de la famille impériale avec le champ jaune d'or, les croix noires et l'écu médiéval au centre étaient utilisées lors des grandes occasions ou des déplacements impériaux (comme la visite de à Damas).