Alain Kirili (né Alain Lessel le à . et mort à New York le Le sculpteur Alain Kirili, passionné de calligraphie et de jazz, est mort) est un artiste, connu pour ses sculptures post-minimalistes et abstraites en fer forgé et pour ses sculptures publiques monumentales. Il a exposé ses œuvres régulièrement en Europe et aux États-Unis dans des musées, galeries et espaces publics. Différents historiens d’art français et américains tels que Thierry Dufrêne, Robert C. Morgan, Robert Rosenblum et Kirk Varnedoe ont publié des textes critiques à propos de ses sculptures. Alain Kirili vit et travaille entre Paris et New YorkMorgan, Robert C. (2002). Alain Kirili. Paris: Ed. Flammarion. .
Biographie Alain Kirili est né à Paris. À dix-neuf ans, il visite pour la première fois les États-Unis, inspiré par les sculptures de David Smith, notamment Cubi XVII et Cubi XIX, exposées au Musée Rodin à Paris en 1965Morgan, Robert C. (2012). Alain Kirili with Robert C. Morgan. Brooklyn Rail.. Il y découvre les collections des grands musées de New York, Washington, Baltimore, Philadelphie, Chicago et Detroit. Kirili se passionne pour l’Expressionnisme abstrait et particulièrement pour l’œuvre de Barnett Newman, qui devient une influence majeure dans son évolutionMorgan, Robert C. (2002). Alain Kirili. Paris: Ed. Flammarion. . À Paris, Kirili suit des cours de calligraphie (1966) avec le peintre coréen Ungno Lee (1904-1989). Vers la fin des années 1960, il entre en contact avec Roland Barthes et les membres du groupe Tel Quel, Philippe Sollers et Julia Kristeva en particulier avec qui l’artiste commence à nouer un dialogue et une amitiéMorgan, Robert C. (2002). Alain Kirili. Paris: Ed. Flammarion. p. 29 . Sa première exposition personnelle est organisée en 1972 par la Galerie Sonnabend à Paris, accompagnée d’un catalogue du poète et critique Marcelin Pleynet. Kirili y présente Sans titre (1972, feuilles de zinc découpées à froid) parmi d'autres œuvresDufrêne, Thierry. (2013). Un lieu, un œuvre: Kirili à Pièce Unique. Paris: Galerie Pièce Unique.Morgan, Robert C. (2002). Alain Kirili. Paris: Ed. Flammarion. p.31 . La même année, sa galeriste Ileana Sonnabend le présente à Robert Rauschenberg qui l’introduit par la suite dans la scène artistique de New YorkKnafo, Robert. (2013) Hands on Metal: Alain Kirili. New York: kmap.. À partir de cette date, Kirili expose régulièrement à la Galerie Sonnabend à Paris et à Genève. Il fallut attendre l’année 1976 pour voir ses œuvres exposées à New York, notamment à l’Institute for Art and Urban Resources (aujourd’hui MoMA PS1) et à la Clocktower Gallery dans le Lower Manhattan à New York. L’année 1977 est marquée par deux événements majeurs, à savoir sa participation à la documenta 6 à Cassel et sa rencontre avec la photographe Ariane Lopez-Huici qu’il épouse quelques mois plus tardMorgan, Robert C. (2002). Alain Kirili. Paris: Ed. Flammarion. p. 33 . En 1978, à l’occasion d’un voyage en Inde, Kirili est interpellé par le concept hindou du yoni-lingam dont la dimension sculpturale et spirituelle aura des répercussions sur ses propres recherchesMorgan, Robert C. (2002). Alain Kirili. Paris: Ed. Flammarion. p.42 . Dans son article Lingaistics, paru dans Art in America en 1982, il évoque plus particulièrement l’aspect sexué et répétitif de ces objets de culte abstraits et hautement symboliquesKirili, Alain. (May 1982). Lingaistic. New York: Art in America.. La même année, la Galerie Sonnabend monte son exposition personnelle à New York avec une série de sculptures en fer forgé. Un an plus tard, le Museum of Modern Art (MoMA) acquiert pour la première fois une œuvre de Kirili, Indian Curve (1976), et l’artiste s’installe à New York avec sa femmeMorgan, Robert C. (2002). Alain Kirili. Paris: Ed. Flammarion. p. 188 .
En 2008, lors d’une exposition au musée de l’Orangerie, Dalila Khatir (modèle capital du travail d’Ariane Lopez-Huici participe à une performance musicale avec Jérôme Bourdellon, Roscoe Mitchell, Thomas Buckner de laquelle naîtra un album produit par le Label Mutable Music intitulé Kirili et les Nymphéas.
Œuvre
Premières sculptures en fer forgé vignette|Messager (1976) Messager, 1976, est une des premières œuvres en fer forgé de l’artiste. Elle consiste en une tige de métal filiforme qui se dresse sur son socle en bronze modeléMorgan, Robert C. (2002). Alain Kirili. Paris: Ed. Flammarion. p. 39 . Par sa qualité tactile et sa dimension spirituelle, cette œuvre s’écarte des tendances alors prééminentes de l’art conceptuel. L’historien d’art Robert Rosenblum perçoit dans cette sculpture une force verticale, qui rappelle les peintures de Barnett Newman et inspire une présence spirituelle plutôt que matérielleRosenblum, Robert. (1982). Alain Kirili. Francfort: Ed. Frankfurter Kunstverein. p. 9. La question de la verticalité est en effet centrale dans l’œuvre de Kirili. Mais sa conception de l’œuvre participe aussi de l’idée de circonvolution et d’incarnation comme il l’affirme dans un entretien avec Philippe Piguet en 2012Piguet, Philippe. (mai 2012). Alain Kirili, le monolithe et le nucléus. Paris: Art Absolument. Numéro spéciale.. Sa série en fer forgé, dont la première pièce est exposée à l’Institute for Art and Urban Resources (PS1) à New York, traduit cet intérêt profond pour la verticalité, tout comme Sans titre (1978) et Laocoon II (1978), respectivement dans la Nasher collection, Dallas, et dans le Fonds National d’art contemporain (FNAC), Paris. Longevity (1980), au contraire, étudie les possibilités d’un épanouissement horizontalMorgan, Robert C. (2002). Alain Kirili. Paris: Ed. Flammarion. p. 37, p.50 . L’esthétique de Kirili, selon ses propres termes, est caractérisée par une “simplicité organique”, librement inspirée de l’Expressionnisme abstrait et du Minimalisme sans appartenir pour autant à l’un de ces mouvements. L’acte de création très rapide (fa presto) de l’artiste, procède tant de l’immédiateté du geste, que de toutes les émotions et pulsions libérées au moment de la création.
Série des Commandements vignette|Commandement I (1980)|gauche Commandements est une des séries les plus importantes de Kirili. Composés de formes géométriques distinctes s’élevant à une hauteur de 38 à 90 centimètres, les Commandements ressemblent à des “fontes mystiques” ou encore des ”alphabets abstraits”Morgan, Robert C. (2002). Alain Kirili. Paris: Ed. Flammarion. p.108 White, Edmund. (1999). Les Commandements: les fontes mystiques d'Alain Kirili. Ed. Musée de Grenoble & Réunion des musées nationaux, Paris.Dufrêne, Thierry. (2013). Alain Kirili. Rythmes d'Automne. Ed. Gallery Akira Ikeda.. Le titre est librement inspiré des Commandements de la Torah dont la légende dit qu’ils sont aussi nombreux que les pépins dans la grenade. D’autre part, les Commandements, comme l’affirme Kirk Varnedoe, abordent la question de la valeur symbolique des formes élémentaires, notamment dans l’univers des glyphes, des signes et des textes, ce qui renvoie non seulement à la fascination de Kirili pour les textes sacrés, mais aussi à ses affinités avec l’entourage de Roland Barthes, Philippe Sollers et Julia KristevaVarnedoe, Kirk. (1985). Alain Kirili. Paris : Ed. Musée Rodin. p. 8. En 1992, le saxophoniste Steve Lacy donne un concert au milieu d’un Commandement au Thread Waxing Space à New York, initiant une série continue de dialogues et de collaborations entre des musiciens de jazz et les sculptures de KiriliMorgan, Robert C. (2002). Alain Kirili. Paris : Ed. Flammarion. p. 188-189 . La plupart de ces collaborations, notamment avec Billy Bang, Thomas Buckner, Roy Campbell, Jr., Roy Haynes, Steve Lacy, Sunny Murray, William Parker, Joe McPhee, Cecil Taylor et avec d’autres musiciens sont documentées dans le livre "Celebrations", paru aux éditions Christian Bourgois en 1997Morgan, Robert C. (2002). Alain Kirili. Paris : Ed. Flammarion. p. 143-145 . Kirili a créé les premiers Commandements en fer soit forgé, soit découpé au chalumeau. Par la suite, il utilise des matériaux aussi divers que le polystyrène, le fer peint et le ciment pigmenté. Kirili expérimente avec le ciment pigmenté pour créer Commandement, à Claude Monet, qu’il présente en 2007 au Musée de l’Orangerie à Paris dans l’exposition Kirili et les Nymphéas. Rythmes d’Automne (2012), le plus récent des Commandements, a été commandé par la Ville de Paris et exposé sur le parvis de l’Hôtel de Ville au cœur de Paris. Avec ses éléments moulés dans du ciment pigmenté, Rythmes d’Automne, forme un champ de signes de 600 mètres carrés, où le public est invité à jouer, à dialoguer, à danser et à méditer.
Un dialogue entre diversité et unité vignette|Aria (2012)|gauche Parallèlement à ses recherches sculpturales en fer forgé, Kirili a toujours poursuivi le modelage abstrait en argile. Kirk Varnedoe décrit ces terres cuites comme “intensément manipulées, souvent marquées par leur riche tonalité de couleur chair, investies d’une forme plus féminine et d’une énergie tout à fait différente”, comparées aux œuvres forgéesMorgan, Robert C. (2002). Alain Kirili. Paris: Ed. Flammarion. p. 55 . À partir de 1978, Kirili commence à intégrer des fils et d’autres éléments en fer dans ses sculptures en argile (Adam, 1978). Les premières terres cuites sont présentées dans deux expositions consécutives à côté d’œuvres en fer forgé, à la Galerie Maeght à Paris en 1984 et 1985. La série Ivresse, acquise par le Centre Georges Pompidou à Paris, est emblématique de ses préoccupations esthétiques de cette périodeSollers, Philippe et Kuspit, Donald (1984). ‘’Alain Kirili’’. Paris: Ed. Galerie Adrien Maeght.Kristeva, Julia (1985). ‘’Kirili’’. Paris: Ed. Galerie Maeght.. Kirili tient en haute estime l’œuvre d'Auguste Rodin, dont il apprécie particulièrement l’aspect charnel voire érotique. En 1985, il est invité à exposer au Musée Rodin. Nudité (1985) est l’une des trois œuvres exposées. Modelée dans de la terre et coulée en bronze, elle est la plus grande sculpture qu’il a créée dans ce médium (plus de deux mètres de haut)Morgan, Robert C. (2002). Alain Kirili. Paris: Ed. Flammarion. p. 101 . Sa surface est intensément modelée et reflète, selon l’historienne d’art Paula Rand Hornbostel, malgré ses apparences abstraites, ce plaisir de rendre la chairRand Hornbostel, Paula (2007). ‘’Alain Kirili & Gaston Lachaise: Flesh in Ecstasy’’. New York: Ed. Salander-O'Reilly Galleries. . L’œuvre Générations, exposée également au Musée Rodin, traduit un état d’esprit tout à fait différent. Initiée en 1984 et conçue comme une série de sculptures-tablesMorgan, Robert C. (2002). Alain Kirili. Paris: Ed. Flammarion. p.55 , Générations articule, selon Kirk Varnedoe, un déploiement complexe de sculptures plus petites, des pièces tirées de la série Commandements, avec des œuvres de fer martelé de dimensions diverses. Réunies dans une composition aux allures hétérogènes, ces formes familières génèrent un dialogue entre diversité et unité à la recherche d’un équilibreVarnedoe, Kirk. (1985). Alain Kirili. Paris: Ed. Musée Rodin. p. 14. Kirili entame une nouvelle phase d’expérimentation en 1986 en travaillant l’aluminium. “Soumis à des températures extrêmement élevées”, écrit Julia Kristeva à propos d’une de ces œuvres en aluminium (Oratorio, 1988), “le métal s’effrite et s’épanouit sous mes yeux, il devient poudreux, il fond ou, au contraire, se cristallise.”Morgan, Robert C. (2002). Alain Kirili. Paris: Ed. Flammarion. p.69, 76 Kirili fait émerger de l’aluminium une forme expressionniste qui évoque des fluorescences et dont l’aspect velouté alterne avec un aspect métalliqueDagen, Philippe (1992). ‘’Alain Kirili’’. Saint-Étienne: Ed. Musée d'Art Moderne de Saint-Étienne.. La première série de sculptures en aluminium forgé, dont King I (1986) et Symphonie des Psaumes (1988), est exposée en 1993 au Musée d’art moderne de Saint-Étienne.