Percival Harrison Fawcett, plus connu sous le nom de Percy Fawcett, né le à Torquay et probablement mort en 1925, est un militaire, cartographe, archéologue et explorateur britannique.
Officier de carrière, il développe une passion pour l'exploration et l'archéologie dès son plus jeune âge. Il sert en Afrique du Sud avant de se tourner vers l'Amérique du Sud, où il consacre une grande partie de sa vie à cartographier et à explorer les régions inexplorées de la forêt amazonienne. Il passe ses dernières années à la recherche d'une légendaire « cité perdue de Z », qu'il pense exister au cœur de la jungle brésilienne.
Biographie
Premières explorations Fawcett naît à Torquay le . Il est issu d'une ancienne famille de la anglaise du Yorkshire (Fawcett de Scaleby Castle) qui a amassé une fortune considérable en tant qu’armateurs pour la East India Company aux ..
Il étudie au Collège de Newton Abbot, puis choisit la carrière militaire et devient élève-officier à Woolwich. En , il obtient son brevet d'officier à l'artillerie royale et part en garnison à Trincomalee sur l'île de Ceylan. Il retourne ensuite suivre de nouveaux cours d'artillerie en Angleterre. En , on l'envoie en mission secrète en Afrique du Nord, suivie d'un séjour à Malte où il décide d'apprendre la topographie.
En , il est approché par la Société de géographie de Londres afin d'établir une cartographie de la frontière entre le Brésil et la Bolivie. Les deux pays se disputent la culture du caoutchouc dans la région, car les limites territoriales n'y ont pas encore été établies avec certitude ; leurs gouvernements ont décidé de faire appel à un Britannique afin d'assurer une neutralité.
Fawcett commence son exploration en et prend soin de décrire minutieusement dans des notes ce qu'il y voit : la géographie du terrain, les animaux étranges (des piranhas aux anacondas) et le mode de vie des travailleurs qui fréquentent le terrain (le taux de mortalité est à peu près de 50 %).
De à , il participe à six expéditions dont le but est autant de transcrire la cartographie détaillée de la Bolivie que la découverte de nouvelles régions inconnues. Au cours de l'une d'elles, il découvre les collines de Ricardo FrancoPercy Fawcett, Le continent perdu, Pygmalion, pp. 144-145., un plateau rocheux cerné de falaises infranchissables. Quelques années plus tard, sir Arthur Conan Doyle, ami de Fawcett, en fait le cadre de son roman Le Monde perdu, qu'il peuple d'animaux préhistoriques.
En , il fait le compte rendu de ses explorations :
À la découverte de la cité perdue Fawcett, qui croyait à ces rumeurs, espérait que la Société géographique royale subventionnerait ses expéditions mais celle-ci ne prend pas ses rapports au sérieux. Il décide donc de quitter l'armée et de continuer ses explorations à son propre compte.
En 1914, la découverte d'un manuscrit à la bibliothèque nationale de Rio de Janeiro, le fameux Manuscrito 512, renforce sa conviction. Daté de 1753, le manuscrit raconte les pérégrinations d'un aventurier portugais prétendant avoir découvert une vieille cité antédiluvienne dans la région de la serra do Roncador (la montagne du ronfleur) à l'est du rio Xingu, au centre du pays.
Fawcett reprend du service dans l'armée à l'occasion de la Grande Guerre. Après 1918, il entreprend l'organisation d'une expédition qui lui permettra, selon lui, de redécouvrir cette Cité perdue de Z à laquelle il croit tant et à laquelle il a donné le nom de point « Z » sur ses cartes. Pour l'accompagner, il fait appel à son fils Jack ainsi qu'à un ami de son fils, Raleigh RimmelJules Rouch, Époque contemporaine, tome IV de Histoire Universelle des Explorations publiée sous la direction de L.-H. Parias, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1957, .
En , ils quittent Cuiabá, capitale du Mato Grosso, et se dirigent vers le Haut-Xingu. Ensuite, ils ont l'intention de se diriger vers l'est, vers la serra do Roncador. Le , il adresse un dernier message:
L'énigme de la disparition
À la suite de ce message, l'expédition Fawcett ne donne plus aucun signe de vie. Pendant un an, on ne s'inquiète pas trop, car l'explorateur avait prévenu qu'elle pourrait prendre du temps. Mais les rumeurs commencent bientôt à affluer. Des Indiens affirment l'avoir vu vivant avec une princesse indienne. D'autres disent qu'il a finalement découvert la cité perdue et qu'il a décidé de ne plus retourner vers la civilisation. En 1927, Brian Fawcett, second fils de l'explorateur et employé aux Chemins de fer du Pérou, reçoit la visite d'un ingénieur français nommé Roger Courteville qui lui affirme avoir vu son père vivant, les vêtements en loques, sur une route de l'État du Minas Gerais. Il n'est pas cru.
En 1928, George Dyott décide finalement d'organiser une expédition de secours. Avec ses hommes, il commence par emprunter la piste que Fawcett et ses compagnons ont dû normalement suivre après le départ du camp du cheval mort. Ils parviennent ainsi à un village anaqua, sur le rio Kuliseu, où ils ont la surprise de voir le chef de la tribu portant, suspendue à son cou par une ficelle, une plaque de cuivre ayant appartenu à Fawcett. Le chef déclare qu'elle lui a effectivement été donnée par Fawcett, qui s'est ensuite un peu plus enfoncé vers l'est avec ses deux amis. Dyott continue son chemin jusqu'au confluent du rio Kuliseu et du rio Kuluene, où habitent les Kalapalos. Il préfère alors rebrousser chemin, car les Kalapalos se révèlent véritablement hostiles.
Au cours des années 1930, d'autres expéditions sont organisées. Certaines d'entre elles disparaissent corps et biens, probablement massacrées par les Indiens. Ainsi, le nombre de personnes mortes lors d'expéditions pour connaître la vérité est évalué à plus d'une centaine.
En 1932, le chasseur suisse Stefan Rattin se présente à l'ambassade britannique de São Paulo, affirmant qu'il avait rencontré l'explorateur 5 mois auparavant, près du rio Tapajós. Hirsute et portant une peau de bête, il lui aurait dit qu'il était retenu prisonnier et l'aurait supplié de quérir l'aide de son ambassade. Avec le soutien de l'épouse de l'aventurier, le chasseur organisa une expédition de secours avec deux compagnons. Des semaines de progression plus tard, le trio signala qu'il s'apprêtait à pénétrer sur le territoire d'indigènes hostiles. Puis, ce fut le silence.
Peu après, l'acteur anglais Albert de Winton était las de jouer les explorateurs pour Hollywood. Il décida donc d'en devenir un pour de vrai et de retrouver Fawcett coûte que coûte. Alors que son agent faisait paraître un communiqué de presse vantant son héroïsme, il pénétra dans la forêt. Il réapparut 9 mois après, décharné et en haillons... aubaine pour les photographes du Los Angeles Times. Après s'être remis en forme, il repartit dans la jungle. Quelques mois après, un messager autochtone apporta un mot griffonné de sa main, dans lequel il indiquait qu'il avait été capturé : ce fut son ultime signe de vie. Ce n'est que des années plus tard qu'on apprit qu'il avait été tué par des Kamayurás, peuple vivant actuellement dans le parc indigène du Xingu, qui l'avaient découvert dans une pirogue, nu et à moitié fou.
En 1943, le président brésilien, Getúlio Vargas, entreprend l'expédition Roncador-Xingu qui vise à établir des bases aériennes dans la région. Le journaliste profite de cette occasion pour se rendre chez les Kalapalos. Il en revient persuadé qu'ils ont assassiné l'explorateur.
En 1947, un Néo-Zélandais, Hugh McCarthy, partit à son tour pour le Mato Grosso. N'ayant pu l'en dissuader, le missionnaire Jonathan Wells lui confia sept pigeons voyageurs. Dans les mois suivants, trois pigeons revinrent avec un message de l'aventurier. Le premier prévient qu'il s'était blessé à la jambe mais restait optimiste. Le second informe qu'il avait perdu son fusil et sa pirogue et qu'il se nourrissait de baies et de fruits, car il avait épuisé ses vivres. Le dernier déclarait laconiquement : .
En 1947 toujours, les frères Claude, Leonardo et Orlando Vilas Bôas, responsables de l'expédition Roncador-Xingu, se rendent chez les Kalapalos pour vérifier . Ils décident de demeurer plusieurs mois dans le village, car la tribu a décidé de collaborer à la construction de la base aérienne. Ils parviennent ainsi à les mettre en confiance et bientôt acquièrent la certitude que Fawcett n'a pas dépassé les villages kalapalos. Cependant, leur chef, Ixarari, affirme qu'il a continué son chemin, mais qu'il s'est finalement fait tuer par les Kayapos, plus loin vers la serra do Roncador. Pour les Vilas Boas, cette histoire est difficilement vérifiable, car les Kayapos sont toujours insoumis et ne se laissent pas approcher. En 1950, Ixarari tombe malade. Se voyant mourir, il fait venir Orlando Vilas Boas et lui avoue qu'il a tué Fawcett et ses compagnons après qu'ils lui ont manqué de respect. Des désaccords entre les Blancs et leurs hôtes auraient fait qu'Ixarari a exigé leur départ. Selon son témoignage, Fawcett l'aurait alors giflé. Ixarari lui aurait alors fracassé le crâne avec sa hache de pierre. Après la mort d'Ixarari, Vilas Boas demande à voir la tombe de Fawcett, qui est ouverte. Les ossements sont emmenés à Londres, à l'Institut royal d'anthropologie, pour y être examinés. Malheureusement, ils ne concordent pas avec ce que l'on connaît de Fawcett et on doute même que ce soient ceux d'un homme blanc. Un chef kalapalo baptisé Vajuvi confesse en 2005 au journaliste américain David Grann que les os sont en réalité ceux de son grand-père, Mugika, et furent déterrés par des villageois auxquels Orlando Villas Boas avait promis un fusil en récompense de la découverte des os de Fawcett.
Lorsque David Grann visite un village kalapalo, dans la région du Haut-Xingu, il découvre qu’une tradition orale concernant Fawcett (sans doute l’un des premiers hommes blancs à s’être aventuré dans ce village) s’y perpétue. Selon cette tradition, Fawcett et ses compagnons auraient séjourné dans le village avant de s’enfoncer davantage vers l’est. Les Kalapalos auraient tenté sans succès de les en dissuader, les avertissant qu’ils risquaient d’être tués par les Indiens encore sauvages qui vivaient sur ce territoire. Pendant cinq jours, ils observèrent la fumée des feux de camp de l’explorateur et de son équipe. Puis ces feux disparurent. Selon les Kalapalos, Fawcett et ses amis ont certainement été tués par des Indiens. Dans son ouvrage La Cité perdue de Z, Grann évoque également la civilisation de Kuhikugu, récemment découverte par l’archéologue Michaël Heckenberger, et qui pourrait, selon lui, être à l’origine de la légende de la « cité de Z » à laquelle croyait Fawcett. Selon le chercheur et son équipe, le site était un « cluster » de plusieurs villages, qui aurait pu abriter une population de plus de 50 000 personneshttps://www.science.org/doi/10.1126/science.1159769. Le site archéologique de Kuhikugu se trouve d'ailleurs dans les environs du camp du cheval mort évoqué plus haut.
Dans la culture populaire Arthur Conan Doyle se rendit en 1911 à une conférence donnée à Londres par l'aventurier. L'écrivain britannique s'est peut-être servi de ses récits comme source d'inspiration pour son roman Le Monde perdu. Paru en 1912, il a pour héros le Professeur Challenger, partant à la recherche de dinosaures vivants au Brésil. En 1933, Peter Fleming — écrivain comme son frère Ian, créateur du personnage de James Bond —, partit à la recherche de l'aventurier. Il s'inspira de son expédition pour écrire son roman Un aventurier au Brésil (). En 1937, Hergé publie L'Oreille cassée, album dans lequel Tintin fait la connaissance de l'explorateur Ridgewell dans une forêt d'Amérique du Sud, au San Theodoros (pays fictif). Celui-ci, disparu depuis plus de dix ans et que tout le monde croit mort, est devenu ami des Arumbayas avec lesquels il vit. L'analogie avec Fawcett est frappante..