Kubilai Khan ou Khoubilaï Khaan ou Khubilai Khan ou Qubilaï KhanUniversalis.fr et Archive. (mongol bitchig : ,translittération : ; mongol cyrillique : , translittération : , ; ), né le et mort le ., est un khagan mongol et premier empereur de Chine de la dynastie Yuan connu sous le nom de Shizu ().
Petit-fils de Gengis Khan (v. 1160 – 1227), il naît l'année de la prise de Pékin par les Mongols. En 1260, il succède à son frère Möngke comme grand khan des Mongols et s'affirme au terme de la guerre civile toluid en 1264 face à son frère Ariq Boqa. Après avoir achevé en 1276 la conquête de l'empire des Song, il reçoit le grand sceau de l'empire de Chine des mains de l'impératrice douairière des Song du Sud régnant à Hangzhou.
Il est principalement connu en Occident par le livre de Marco Polo, qui résida à sa cour pendant dix-sept ans, employé comme « messager » de l'empereurLivre de Marco Polo, ch. 16 : « demoura messire Marc Pol entour le seigneur (Kubilai) bien 17 ans, toute foiz alant et venant de çà et de là en messagerie par diverses contrées, là où le seigneur l'envoioit » (lire en ligne)., c'est-à-dire émissaire impérial.
L'Empire mongol, de la mort de Gengis Khan à la mort de Möngke À la mort de Gengis Khan en 1227, l'empire inclut, outre la Mongolie, une partie du nord de la Chine (royaume des Jin) et une partie de la Transoxiane et de la Bactriane (les steppes à l'est de la mer Caspienne et une partie des montagnes de l'actuelle Afghanistan).
Entre 1231 et 1238, les Mongols conquièrent le royaume de Goryeo, dans la péninsule de Corée, mais le pays reste dans l'ensemble insoumis jusqu'en 1258, la famille royale s'étant réfugiée sur l'île de Kanghwa, pourtant très proche de la côte<ref>Cf. page Goryeo : Dès les débuts de l'expansion mongole, le Goryeo souffre de ses raids. Tout d'abord ce sont les Khitans qui furent refoulés dans la péninsule. Les Jins (Empire de Chine) exigent ensuite un tribut. Une alliance est cependant nouée avec les Mongols, ce qui permet de chasser les Khitans de Corée. Un tribut doit ensuite être versé aux Mongols. Les Mongols envahissent le Goryeo en 1231, et le roi signe sa reddition en 1232 : un général représentant l'empereur mongol s'installe à Gaeseong. Le roi Choi Chungheon (최충헌, 崔忠獻) fuit sur l'île de Ganghwa la même année, exhortant tout le monde à la résistance armée. Une deuxième invasion est déclenchée par la mort du général mongol. En 1235, après une troisième invasion, des garnisons permanentes sont imposées. Les campagnes comme les villes sont mises à sac. Le roi résiste à Ganghwado, mais n'intervient pas. En 1254, meurent lors de la quatrième invasion mongole. Le Tripitaka est détruit. Le roi refuse quant à lui de revenir sur le continent tant que les Mongols sont présents.</ref>. Le roi finit par renoncer à la résistance en 1258, mais n'est pas suivi par tous ses sujets.
À l'ouest, deux vastes régions sont conquises : les steppes du sud de la Russie, conquises en 1236 – 1240 par Batu, petit-fils de Gengis Khan, fils de Djötchi, qui y a créé le khanat de la Horde d'or ; la Perse et l'Irak, conquis par Houlagou, frère de Kubilai, en 1255 – 1259.
La mort de Möngke, survenant alors qu'Houlagou s'apprête à attaquer les Mamelouks en Égypte, remet en cause la campagne, Houlagou ramenant une bonne partie de son armée vers l'est. Le gouverneur de Syrie, Ketboğa, subit une contre-offensive des Mamelouks qui le vainquent à Aïn Djalout en Galilée () et récupèrent la Syrie. Mais Bagdad reste aux mains des Mongols.
En Chine, les Mongols, après avoir conquis le royaume des Xia occidentaux et établi leur domination totale sur le royaume des Jin, sont engagés dans une guerre pour conquérir le royaume des Song dans le sud.
Biographie Jeunesse et débuts Kubilai est le second fils de Tolui, quatrième fils de Gengis Khan et de Börte, et de Sorgaqtani, princesse Kéraït. De coutume impériale, un mariage arrangé est organisé alors qu'il est très jeune. Durant sa jeunesse, sa mère l'instruit au nestorianisme, cependant les enseignements bouddhiques de sa nourrice tangoute alimentent davantage ses croyances. En 1242, il est instruit par le moine Haiyun à la pratique du bouddhisme, ainsi que par l'érudit Zhabo Bi à la culture chinoise.
Tolui meurt en 1232, avant son frère Ögödei, grand khan des Mongols de 1227 à 1241. À Ögödei, succède son fils Güyük de 1241 à 1251. En 1251, la veuve de Tolui, Sorgaqtani, réussit à faire choisir son fils Möngke comme quatrième khan.
Vice-Roi de la Chine du Nord Kubilai est nommé par son frère Möngke vice-roi en Chine du Nord, basé en actuelle Mongolie-Intérieure dans la ville de Shangdu qu'il fait bâtir entre 1252 et 1256. Dès cette époque, il s'entoure de conseillers chinois, dont ., et commence à siniser son administration. Il crée aussi un réseau d'écoles pour les Mongols. Sur le plan militaire, il conquiert le Yunnan et soumet le royaume de Dali à la demande de son frère Möngke, et participe avec lui aux premières opérations militaires contre l'empire Song du Sud.
Souffrant de la goutte, Kubilai manifeste un intérêt marqué pour les pratiques médicales du bouddhisme tibétain. Il accueille à sa cour des moines influents, comme Karma Pakshi en 1254 ou encore ’Phags-pa qu’il nomme précepteur d’État. En 1258, il arbitre un débat entre bouddhistes et taoïstes et prend position en faveur du bouddhisme.
Durant sa gouvernance, il conquiert le royaume de Dali en 1253, correspondant approximativement à l'actuelle province du Yunnan, dont la capitale, Dali, au bord du lac Erhai est sur les marches du plateau du Tibet.. En 1257, les troupes mongoles pillent Hanoï, page 88.. En 1258, Möngke part avec Kubilaï en campagne contre l'empire des Song du sud, tandis que la Haute Mongolie est l'apanage de leur plus jeune frère, Ariq Boqa, basé à Karakoroum. Kubilaï apprend la mort de Mongke en septembre 1259.
De Grand Khan à Empereur de Chine
Intronisation complexe et guerre civile
La mort de Möngke Khan le ouvre une crise de succession au sein de l’Empire mongol. Aucune désignation officielle n’ayant été faite, ses deux frères, Ariq Böke et Kubilaï, revendiquent le titre de grand khan selon la tradition turco-mongole qui permet à tout membre de la famille gengiskhanide de prétendre au trône. Ariq Böke, resté en Mongolie comme régent, bénéficie du soutien des Mongols de la steppe et des factions conservatrices, tandis que Kubilaï dispose d’une solide base militaire et administrative en Chine du Nord, où il mène les campagnes contre les Song.
Informé des intentions d’Ariq Böke, Kubilaï organise son propre qurultay au printemps 1260 dans ses territoires chinois, au lieu de se rendre en Mongolie. Selon le Yuan shi, il refuse à plusieurs reprises la couronne avant de l’accepter le , tandis qu’Ariq Böke tient son propre qurultay un mois plus tard et se proclame à son tour grand khan. Ce double couronnement divise l’empire. Les khanats de la Horde d’Or (sous Berké), du Djaghataï (sous Alghu) et la majorité des descendants de Tolui se rangent du côté d’Ariq Böke, représentant la tradition nomade. Kubilaï reçoit le soutien de Houlagou, souverain de l’Ilkhanat, et des élites de Chine et du Tibet, plus favorables à un pouvoir sédentaire.
La Guerre civile toluid éclate et s'étend sur quatre ans. Kubilaï dispose d’un avantage logistique et économique décisif : il contrôle les régions agricoles et commerciales de la Chine du Nord et coupe les approvisionnements de Karakorum, la capitale soutenant Ariq Böke. Il gagne également l’appui des lettrés chinois en se présentant comme un souverain confucéen garant de l’ordre et du bien-être du peuple, réduisant les impôts et distribuant vivres et argent. Les affrontements tournent à l’avantage de Kubilaï. Après un combat indécis sur les pentes du mont Khentii en 1261, Ariq Böke perd le soutien d’Alghu, allié instable qui préfère asseoir son autonomie. Les désordres internes, les désertions et les famines affaiblissent davantage ses forces. En 1264, épuisé et sans approvisionnement, Ariq Böke se rend à Kubilaï à Shangdu.
Kubilaï épargne d’abord son frère, mais finit par le faire juger l’année suivante, en 1265, sous la pression de ses conseillers. Plusieurs des partisans d’Ariq Böke sont exécutés. Un nouveau qurultay est réuni afin de confirmer Kubilaï comme Grand Khan, cependant les souverains de la Horde d'Or, de l’Ilkhanat et du Djaghataï n'y assistent pas. La mort presque simultanée de Berké, Alghu et Houlagou en 1265-1266 met fin à la guerre, mais l’absence de reconnaissance unanime des autres branches gengiskhanides laisse planer un doute sur la légitimité de Kubilaï comme grand khan de l’ensemble de l’empire.
La victoire de Kubilai contre son jeune frère fait de lui le Grand Khan ou empereur des Mongols et de toutes les tribus et pouvoirs ralliés ou conquis, dont il est le suzerain ; à ce titre, il règne depuis la Corée jusqu'à la Méditerranée (Petite Arménie et centre de l'actuelle Turquie), sur les territoires actuels de l'Iran et l'Irak jusqu'à Bahreïn, sur la Russie et l'Ukraine. Son apanage personnel était la Chine du Nord et du Sud-Ouest jusqu'au Yunnan.
Légitimation du titre impérial chinois
vignette|Marco Polo et Kubilai Khan (miniature du Livre de Marco Polo). Afin de légitimer sa prétention sur le titre d'empereur chinois traditionnel, il rétablit les rituels confucéens et fait transférer la capitale de l'Empire mongol en Chine du Nord. En 1266, il nomme un architecte musulman, Ikhtiyar al-Din, et son conseiller Liu Bingzhong afin de coordonner la reconstruction du site de l'ancienne capitale du sud de la dynastie Liao (907/916 – 1125) sous le nom de Nanjing, puis de la dynastie Jin (1115 – 1234), pillée par Gengis Khan en 1215. La ville est renommée Dadu (), également appelée en Köktürk, « Khanbalik » (« ville du khan », traduit en chinois par ), d'où vient le nom que lui donne Marco Polo : Cambaluc. En 1271, Kubilai revendique formellement le Mandat du Ciel et déclare que 1272 est la première année du Grand Yuan () dans le plus pur style des anciennes dynasties chinoise.
Sur le plan militaire, devenu Grand Khan, il renouvelle l'attaque contre les Song à partir de 1268 en faisant assiéger la ville de Xiangyang durant cinq ans. Après sa chute en 1273, l'empire Song ne résiste que trois ans, et le gouvernement de Hangzhou se rend en février 1276. Trois autres années sont nécessaires à Kubilai pour achever la réunification de la Chine par l'incorporation des dernières provinces du Sud encore fidèles aux très jeunes frères du dernier empereur Song.
Il ne devient empereur de Chine que lorsque l'impératrice douairière Song régnant à Hangzhou se reconnaît vaincue et lui fait remettre le grand sceau d'empire en février 1276Le pouvoir est alors tenu par la grand-mère et la mère de l'enfant empereur Song Gong. Grousset, L'empire des Steppes : « L’impératrice régente, découragée, rendit la place (janvier-février 1276). [Le général] Bayan envoya le petit empereur à Khoubilaï qui devait le traiter avec humanité (25 février 1276). ». L'intégration des possessions Song au gouvernement de Pékin s'effectue de 1273 (chute de Xiangyang) à 1279 (Bataille de Yamen où meurent les derniers résistants Song).
L'intérêt de Qubilai pour la Chine, ses traditions et son histoire est le fruit de son éducation et de ses conseillers. Il l'amène à modeler les politiques mongoles afin de favoriser l'agriculture et le développement économique. Il le pousse également à abandonner les massacres des populations urbaines qui ont marqué les précédentes conquêtes mongoles.
Empereur de Chine et de Mongolie
Gouvernement de la Chine sous Kubilai Il se comporte en souverain éclairé. Il rénove et étend le réseau des routes, fait rebâtir les édifices publics, creuser le Grand Canal, et impose, pour la première fois dans l'histoire, la monnaie de papier avec pouvoir libératoire obligatoire. Il protège les arts et les Annales rédigées sous les Mings disent qu'il aimait ses peuples.