Joachim Murat Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API., né le à Labastide-Fortunière (renommée Labastide-Murat, dans le Quercy, dans l'actuel département du Lot, devenue, le janvier 2016, une commune déléguée de la commune nouvelle de Cœur de Causse) et mort fusillé le au château de Pizzo (royaume de Naples), est un militaire français, haut dignitaire du Premier Empire. Fait maréchal d'Empire et prince français par , il est également grand amiral de l'Empire, grand-duc de Clèves et de Berg, puis roi de Naples à partir de 1808 sous le nom de .

Il est le beau-frère de par son mariage avec Caroline Bonaparte, sœur de l'Empereur.

Sous l'Ancien Régime vignette|Maison natale de Joachim Murat à Labastide-Fortunière devenue à la suite d'un décret impérial sous Napoléon III "Labastide-Murat". Joachim est le dernier des onze enfants de l'aubergiste et maître de poste., Pierre Murat-Jordy (1721-1799) et de sa femme Jeanne Loubières (1722-1806). Ils géraient des biens communaux et, comme fabriciens ou marguilliers laïcs, les bénéfices ecclésiastiques du prieuré-cure de la Bastide-Fortunière « Les monographies d'Edmond Albe », Quercy Historique - La Bastide Fortanière ou Murat, Archives diocésaines de Cahors. (à partir de 1763) et du prieuré d'Anglars en Quercy (à partir de 1770)Sous l'Ancien Régime, l'administration temporelle (c'est-à-dire matérielle) de la paroisse relève des habitants. Le corps temporel de la paroisse (ses bâtiments, ses biens et ses revenus) est géré et entretenu par une fabrique. Celle-ci est constituée d'une ou plusieurs personnes, nommées marguilliers ou fabriciens, qui sont élues par l'assemblée des paroissiens. Le marguillier fait souvent fonction de syndic (le représentant des habitants, aussi appelé consul, échevin, jurat, sous contrôle du représentant féodal, appelé bayle seigneurial ou de bastide) ou d'associé au syndic. Il est élu pour un an, souvent en même temps que le syndic, quand il lui est affecté. L'aubergiste Murat était ainsi un notable de la paroisse, par la force des devoirs d'assistance incombant à sa charge de marguillier et des risques encourus.. L'aubergiste Murat, que les relations de patronage attachaient à l'importante famille de Talleyrand, fut par ailleurs leur homme d'affaires et leur intendant dans le diocèse du Haut-Quercy, occupant ainsi simultanément des fonctions d'agent communal, d'administrateur paroissial et d'intendant domanial..

D'abord destiné à l'état ecclésiastique, le jeune Joachim est éduqué parmi les séminaristes de Cahors, puis chez les lazaristes de Toulouse. Il s'y prépare au noviciat sacerdotal. Ses camarades de La Bastide l'appellent « l'abbé Murat ». Il aime les plaisirs, il accumule des dettes et se bagarre parfois avec ses condisciples.. Craignant le courroux paternel, il s'enrôle le dans les chasseurs des Ardennes, puis dans la de cavalerie qui recrute des hommes audacieux..

De ses études, il conserve une excellente culture générale, la capacité d’écrire et de s'exprimer et un goût artistiqueAnne Bernet, « Les Murat, entre gloire, drame et comédie », La Nouvelle Revue d'histoire, de janvier-février 2016, p. 21-24..

Instruit et indiscipliné, il se distingue rapidement. Il est renvoyé pour insubordination en 1789, alors qu'il est en garnison à Sélestat (Bas-Rhin) et retourne dans sa région natale, chez son père. Il s'installe comme commis épicier à Saint-Céré où il grille le café, sert les ménagères, porte les commandes au domicile des clients.

Carrière sous la Révolution vignette|gauche|Joachim Murat, lieutenant au en 1792, Jean-Baptiste Paulin Guérin, 1835.

Murat profite de son retour dans le Quercy pour assister et participer aux réunions des clubs locaux. Il est ainsi élu dans son canton de Montfaucon. pour représenter le département du Lot à la Fête de la Fédération le à Paris. Il réintègre l'armée en (de nouveau à Sélestat, où il se fait remarquer), puis est nommé dans la garde constitutionnelle du Roi une année plus tard, tout comme Bessières. Fervent partisan des idées nouvelles, et notamment de Marat (dont il prend quelque temps le nom), il démissionne au bout de quelques jours, estimant que la Garde n'est qu'un repaire de royalistes. Le rapport qu'il transmet à son département est utilisé comme preuve pour justifier le licenciement de la garde.

Il retourne donc dans son de chasseurs et, ambitieux et talentueux, il devient chef d'escadron du à l'été 1793. Comme Bonaparte, il est inquiété après la chute de Robespierre et se distingue lors de la répression de l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire. Le nouveau général de l'armée d'Italie en fait son aide de camp.

Il met en valeur ses talents de cavalier à Dego et à Mondovi et est fait général de brigade le . Il est blessé durant le siège de Mantoue. Au combat de Roveredo (), il est chargé par Bonaparte de poursuivre l'ennemi qui, en fuyant, cherche à se rallier. À la tête d'un escadron de chasseurs du dont chaque cavalier emmène un fantassin en croupe, il passe l'Adige à gué. Cette attaque inattendue sème la confusion dans les rangs ennemis. À la bataille de Bassano, livrée le 8 du même mois, il commande un corps de cavalerie dont les charges brillantes contre les carrés de l'infanterie austro-sarde contribuent puissamment au succès de la journée. Le , il exécute à la tête de la cavalerie le passage du Tagliamento, victoire française qui déconcerte les plans de l'archiduc Charles et qui force l'Autriche à signer les préliminaires d'un traité de paix.

En Italie, Murat, alors qu'il possède une solide réputation de coureur de jupons, fait la connaissance de Caroline Bonaparte, la sœur de Napoléon, qui s'entiche finalement de lui. Bonaparte, peu réjoui par cette inclination, la renvoie en France.

vignette|gauche|Le général Murat à la bataille d'Aboukir. Tableau d'Antoine-Jean Gros (1806).

En Égypte, Murat déploie la plus grande valeur guerrière à la prise d'Alexandrie et à la bataille des Pyramides. En outre, il est chargé de lutter contre les pillards, dans la nouvelle organisation que donne Bonaparte à sa conquête. Quand celui-ci fait le siège de Saint-Jean-d'Acre, l'infériorité de l'artillerie française décide le général en chef à tenter l'assaut. Murat se présente pour charger le premier, ce que Bonaparte lui refuse d'abord. Murat est si pressant qu'il accepte enfin. L'attaque se solde par un échec. Il joue un rôle crucial lors de la seconde bataille d'Aboukir, où sa cavalerie emporte la décision conjointement avec l'infanterie de Lannes. Il capture le chef d'armée adverse, après avoir essuyé un coup de feu dans la gorge, qui aurait dû lui être fatal s'il n'avait pas crié en écartant suffisamment les mâchoires. Pour ce fait d'armes, il est nommé général de division, le . Cette bataille sera la dernière livrée par Bonaparte en Égypte. Rappelé en France en raison des événements graves qui s'y passent, et cherchant à fuir l'Egypte où la campagne se déroule mal, il ramène d'Égypte seulement sept personnes au nombre desquelles se trouve Murat, abandonnant l'armée à son sort.

Le Consulat vignette|gauche|Acte de mariage de Joachim Murat et de Marie Annonciade Bonaparte, 8 nivôse . Don de .

Il participe activement au coup d'État du 18 Brumaire. C'est lui qui entre à la tête de 60 grenadiers dans la salle du Conseil des Cinq-Cents et prononce la dissolution du Conseil. Commandant de la garde consulaire après cette journée, le , il épouse civilement à Mortefontaine la sœur de Napoléon, Caroline Bonaparte. Il déménage aux Tuileries et fait donc partie du proche entourage du nouveau maître de la France.

Murat commande la cavalerie de l'armée de réserve dirigée par Bonaparte. À la bataille de Marengo, le il a, selon Louis-Alexandre Berthier, « ses habits criblés de balles ». Après la campagne, il reçoit un sabre d'honneur et commande un camp stationné à Beauvais, destiné à défendre la Batavie et la Belgique en cas de débarquement anglais. Il commande ensuite le corps d'observation du Midi. Il participe à ce titre à la poursuite des combats en Italie à l'hiver 1800-1801. Murat signe ainsi l'armistice entre la France et le royaume de Naples et ordonne à ses troupes de ne pas violenter le peuple napolitain, ordre dont les Napolitains se souviendront. Le , il est nommé général en chef des troupes stationnées en République cisalpine. Le , il épouse religieusement à Paris sa femme.

Il rentre en France en et est nommé à la place de Junot, en disgrâce, commandant de la première division militaire de Paris, et gouverneur de Paris, avec sous ses ordres environ hommes. Responsable de la sécurité du gouvernement, il est en relation constante avec Bonaparte. Chargé, par sa fonction, de nommer la commission militaire qui doit juger le duc d'Enghien (condamné par avance), il s'y oppose.

L'Empire vignette|Joachim Murat en grande tenue de maréchal d'Empire, par François Gérard, 1804.

La conspiration Cadoudal-Pichegru et l'exécution du duc d'Enghien précipitent la transformation du régime consulaire en un régime monarchique. Le , un sénatus-consulte confie le « gouvernement de la République à un Empereur » en la personne de . Murat est couvert d'honneurs : il est fait maréchal d'Empire le lendemain. Le , il est élevé à la dignité de grand amiral de l'Empire et le 2, grand aigle (grand croix) de la Légion d'honneur. Le , il est reçu au Sénat conservateur pour prêter serment en tant que sénateur, conséquence de son élévation à la dignité impériale de grand amiral de l'Empire. En mars, il s'installe au palais de l'Élysée. Membre de la famille impériale, il porte le titre de Prince.

Murat commande une nouvelle fois la cavalerie et l'avant-garde de la Grande Armée à l'automne 1805. Il porte les premiers coups à l'Autriche et obtient les premiers succès. Après s'être emparé des débouchés de la Forêt-Noire, il enfonce et disperse une forte division autrichienne, lui prend son artillerie, ses drapeaux et fait prisonniers. Quelques jours plus tard, il force le général Werneck à capituler. Lorsque les Russes arrivent sur le théâtre des opérations, Murat attaque aussitôt une de leurs divisions, à qui il enlève cinq pièces de canon et 500 hommes. Poursuivant l'ennemi, il l'attaque de nouveau sur les hauteurs d'Amstetten et lui fait éprouver une nouvelle perte de hommes.

thumb|left|Émile Giroux - Murat. l’illustration de l’Histoire de Napoléon de Jacques Marquet de Montbreton de Norvins, 1839.

Entrant dans Vienne à la tête de sa cavalerie, il manque de surprendre l'empereur d'Autriche dans l'abbaye de Melk. Il poursuit l'ennemi hors de Vienne, sabre l'arrière-garde à Hollabrunn. Il accorde alors un armistice que Napoléon blâme vivement. Les Autrichiens ont piégé les ponts sur le Danube alors que ceux-ci sont indispensables à la progression française. Murat, accompagné du maréchal Lannes, réussit à les persuader qu'un armistice a été signé. Les Autrichiens se retirent, laissant les Français maîtres des ponts. Pour réparer sa faute, il prend aux Russes, à Guntersdorf, hommes et 12 pièces de canon. Il se couvre de gloire à la bataille d'Austerlitz où il commande l'aile gauche de l'armée française. Le traité de Presbourg, signé le , réorganise l'Allemagne et Joachim Murat devient grand-duc de Berg et de Clèves. Il part s'installer à Düsseldorf, capitale de son État.