Hydro-Québec est une société d'État québécoise responsable de la production, du transport et de la distribution de l'électricité au Québec. Fondée en 1944, son unique actionnaire est le gouvernement du Québec. La société a son siège social à Montréal.

Avec ses 62 centrales hydroélectriques, Hydro-Québec constitue le principal producteur d'électricité au Canada et l'un des plus grands producteurs mondiaux d'hydroélectricité.... La puissance installée de ses installations s'établit à (MW) et elle comptait de clients en 2025..

Les grands développements hydroélectriques menés sans interruption pendant un demi-siècle — les centrales de Bersimis, l'extension de la centrale de Beauharnois, Carillon, Manic-Outardes, Churchill Falls et le gigantesque projet de la Baie-James — ont permis au Québec de réduire sa dépendance à l'égard des combustibles fossiles. En 2017, l'électricité représentait 40,9 % de la demande finale d'énergie primaire au Québec.. Cependant, la construction et l'exploitation de ces aménagements ont eu des conséquences sur l'environnement nordique. Elles ont aussi eu un impact sur les populations autochtones vivant dans le Nord-du-Québec, qui ont vigoureusement contesté les développements hydroélectriques de l'État québécois.

Depuis sa fondation, Hydro-Québec joue un rôle déterminant dans le développement économique du Québec, par la taille et la fréquence de ses investissements, par le développement d'une expertise reconnue, notamment dans le domaine du génie-conseil, de la gérance de grands projets d'infrastructures. et du transport de l'électricité, ainsi que par sa capacité à produire une grande quantité d'électricité à bas prix.

L'augmentation des coûts de l'énergie au cours des années 2000, les bas taux d'intérêt. et l'émergence d'un consensus international sur la question des changements climatiques ont eu un impact positif sur les résultats financiers d'Hydro-Québec. Entre 2019 et 2023, l'entreprise publique a versé des dividendes de de dollars canadiens au gouvernement du Québec. tout en garantissant aux Québécois des tarifs d'électricité qui figurent parmi les plus bas en Amérique du Nord.

En 2025, la société d'État souhaite bonifier son programme de crédits pour les producteurs d'énergie solaire et augmenter la capacité maximale des installations résidentielles et commerciales. Parallèlement, elle lancera des appels d'offres pour construire des centrales solaires totalisant 300 mégawatts, qui seront développées par le secteur privé sur des terrains non agricoles. Ces initiatives visent à diversifier les sources d'énergie et à répondre à la demande croissante d'électricité au Québec..

Historique thumb|upright=0.6|right|Monteurs de ligne de la Montreal Light, Heat and Power.

À la suite de la Grande Dépression des années 1930, des voix s'élèvent au Québec en faveur d'une intervention du gouvernement dans le secteur de l'électricité. Les reproches se multiplient à l'endroit du : leurs tarifs sont considérés abusifs et leurs profits excessifs. Inspirés par la nationalisation de la production et la municipalisation de la distribution menée en Ontario par Sir Adam Beck au début du , des personnalités, comme Philippe Hamel et Télesphore-Damien Bouchard, proposent d'imiter la province voisine. Porté au pouvoir en 1939, Adélard Godbout est favorable aux idées des partisans de la nationalisation. Il dénonce l'inefficacité du système, dominé par des intérêts anglophones, ainsi que la collusion entre les deux principaux acteurs, la Montreal Light, Heat and Power (MLH&P) et la Shawinigan Water and Power, qu'il qualifie de .

Les deux nationalisations

thumb|upright=0.5|left|Premier logo (1944-1964) d'Hydro-Québec.

Premières années À l'automne 1943, le gouvernement Godbout annonce qu'il déposera un projet de loi afin de prendre le contrôle de la MLH&P, qui exerce un monopole dans la grande région de Montréal. Le , lors de la de la , l'Assemblée législative du Québec adopte le bill 17, Loi établissant la Commission hydroélectrique de Québec, créant une entreprise commerciale de propriété publique abrégée en Hydro-Québec... Le premier ministre Godbout déclare alors que cette loi . L'article 22 de la loi confie à la nouvelle société le mandat de , de restaurer le réseau électrique, vétuste, et de développer l'électrification des régions rurales, non desservies par les entreprises existantes.

La création d'Hydro-Québec représente l'aboutissement d'un combat amorcé dans les années 1930. Les actionnistes Philippe Hamel et Oscar Drouin, déçus par le compromis du gouvernement Duplessis I qui avait instauré en 1937 une simple Régie provinciale de l'électricité sans procéder à la nationalisation, avaient quitté l'Union nationale pour fonder le Parti national. La défaite de Duplessis aux élections de 1939 et l'arrivée de Godbout au pouvoir permettent enfin à ce projet de se concrétiser sept ans plus tard..

La prise de contrôle de la MLH&P survient dès le lendemain, le et la défaite du parti libéral de Godbout, battu par l'Union nationale de Maurice Duplessis quelques mois plus tard, ne remet pas en cause cette décision à l'exception du mandat d'électrification rurale confié à l'Office de l'électrification rurale (OER). Le ministre Daniel Johnson, qui deviendra premier ministre entre 1966 et 1968, sera de ceux qui encourageront le développement d'Hydro-Québec.

La nouvelle direction doit accroître rapidement la production de l'entreprise si elle veut subvenir à l'augmentation rapide de la demande. Dès 1948, Hydro-Québec met en chantier la deuxième phase de la centrale de Beauharnois, qui sera complétée en 1953. Une fois ce projet terminé, la société entreprend la construction de deux centrales sur la rivière Betsiamites sur la Côte-Nord, à de Montréal. Les centrales Bersimis-1 et Bersimis-2 sont construites entre 1953 et 1959. Elles constituent un banc d'essai technique et offrent un avant-goût du développement des prochaines décennies dans le Nord du Québec..

Hydro-Québec se borne à un rôle strictement budgétaire durant les années 1940. En 1945, le projet de loi 45 assigne officiellement à Hydro-Québec le statut d'organisme du gouvernement, qui est soumis au contrôle gouvernemental et dont les profits reviennent à la province. Ces profits, obtenus sous la forme d'obligations, servent à financer les services sociaux (surtout l'éducation et la santé). L'année suivante, le projet de loi 48 force Hydro-Québec à payer une taxe provinciale servant exclusivement à la création d'un fonds éducationnel via le Ministère du Bien-être social et de la Jeunesse.

Au début des années 1950, Hydro-Québec se voit accorder un rôle de premier plan dans le développement industriel, minier et économique des régions. Le développement de l'exploitation hydroélectrique permet, en plus d'approvisionner Montréal en électricité, la colonisation de nouveaux territoires. Les régions visées incluent la Côte-Nord, la Gaspésie, l'Abitibi-Témiscamingue, Chibougamau et le Saguenay-Lac-Saint-Jean; certaines villes, comme Labrieville, sont alors établies.

Révolution tranquille thumb|La centrale de la Trenche a été acquise de la Shawinigan Water and Power Company. D'une puissance de , sa construction a été terminée en 1950. thumb|left|upright=0.8|Buste de René Lévesque devant le siège social d'Hydro-Québec, à Montréal. La Révolution tranquille n'interrompt pas l'aménagement de nouveaux barrages. Au contraire, elle lui apporte une impulsion nouvelle sous la gouverne de René Lévesque, qui hérite du poste de ministre responsable d'Hydro-Québec après l'élection de de Jean Lesage. Le ministre approuve la poursuite des projets en cours à Beauharnois, Carillon et sur la Cote-Nord et se prépare à nationaliser les 11 compagnies privées qui dominent la production et la distribution dans la plupart des régions du Québec.

Le , Lévesque donne le coup d'envoi à sa campagne pour la nationalisation. Dans un discours prononcé devant les représentants de l'industrie, il dénonce la situation actuelle, « un tel fouillis, invraisemblable et coûteux ». Il ajoute que la réforme contribuera à « un aménagement rationnel de notre économie ». Le ministre fait ensuite le tour du Québec pour rassurer le public et réfuter les arguments de la Shawinigan Water & Power, le principal opposant au projet. Les et , il parvient à convaincre ses collègues du gouvernement libéral d'appuyer la nationalisation pendant une réunion secrète du conseil des ministres, au camp de pêche du lac à l'Épaule. La question sera l'enjeu d'une élection générale anticipée. Le thème choisi est .

Le gouvernement Lesage est réélu en et René Lévesque va de l'avant : Hydro-Québec lance une offre publique d'achat et achète toutes les actions des 11 compagnies privées pour la somme de de dollars. Presque toutes les coopératives électriques et une partie des réseaux municipaux acceptent aussi l'offre d'achat et sont fusionnés. Hydro-Québec devient ainsi le plus grand fournisseur d'électricité québécois le .

Pour financer les acquisitions, Hydro-Québec émet des obligations d'une valeur totale de de dollars sur les marchés américains et ne reçoit aucun apport de capital du gouvernement. Compte tenu du montant de la transaction, qui constituait à l'époque la plus grosse opération financière réalisée par des étrangers sur la place de New York, l'emprunt est effectué en 15 émissions de de dollars chacune. Les emprunts ont été complètement remboursés à leur terme, en 1984..

Les années 1960 et 1970 Au lendemain de la nationalisation de 1963, Hydro-Québec mène trois grands dossiers de front. En doublant de taille du jour au lendemain, elle doit d'abord se réorganiser afin d'intégrer les nouvelles filiales aux structures existantes, tout en imposant le français comme langue de travail au sein de l'entreprise. En même temps, elle doit standardiser des réseaux hétéroclites, ce qui nécessite la conversion de milliers de clients de l'Abitibi de à la fréquence standard de . Tout cela en poursuivant la construction d'un autre grand complexe hydroélectrique sur la Côte-Nord, rendu nécessaire en raison du rythme de croissance de la consommation, qui double entre 1964 et 1973.

Pour répondre à ces défis d'envergure, Hydro-Québec met en place une transformation organisationnelle majeure. L'entreprise adopte un modèle bureaucratique d'organisation, inspiré des principes de Max Weber, pour structurer ses opérations et améliorer la coordination sur un vaste territoire. Ce modèle repose sur des mécanismes rationnels de division et de coordination du travail. La spécialisation, la hiérarchisation stricte et la standardisation des tâches contribuent à structurer les activités, tandis que des mécanismes comme l'autorité, l'application de règles impersonnelles et l'utilisation de comités permettent une coordination efficace. Ces ajustements organisationnels visent à moderniser l'entreprise et à répondre aux besoins croissants en électricité.

Manic-Outardes

thumb|left|La centrale Jean-Lesage, anciennement Manic-2, construite entre 1961 et 1965. thumb|right|Hélicoptère de surveillance des lignes à haute tension (Hiver 1978). Depuis 1959, la construction du projet Manic-Outardes bat son plein dans l'arrière-pays de Baie-Comeau. Des milliers d'ouvriers sont à l'œuvre afin de construire les sept centrales du complexe, dont le colossal barrage Daniel-Johnson est l'emblème. Large de , l'ouvrage en voûte et contreforts est le plus imposant au monde. Le barrage a été nommé en l'honneur du premier ministre, qui est mort sur les lieux le , quelques heures avant la cérémonie de parachèvement du barrage.