thumb|300px|L'architecture du Panthéon de Rome illustre le mélange du classicisme hérité de la Grèce et l'ajout de nouvelles techniques de construction typiquement romaines comme le dôme, la voûte et l'arche.Larchitecture romaine est l'art de concevoir des espaces et de bâtir des édifices qui se développe durant la Rome antique, du au Elle adopte certains aspects de l'architecture de la Grèce antique de façons directe et indirecte à travers les contacts avec la Grande-Grèce et par l'utilisation des techniques de l'architecture étrusque qui trouve elle-même son origine dans l'architecture grecque. On retrouve ainsi dans les monuments romains l'esthétisme des bâtiments grecs avec l'utilisation des ordres architecturaux (dont l'ordre corinthien qui est le plus répandu) et du marbre qui se mélange aux techniques héritées des étrusques, comme leur savoir-faire en matière d'ingénierie hydraulique (systèmes d'égouts, fontaines, tunnels, ponts).
La forte densité de population des cités romaines et les problèmes de santé publique ont poussé les Romains à explorer de nouvelles méthodes de construction et à créer une architecture originale qui se détache des influences hellénistiques. L'utilisation de la voûte et de l'arche, combinée avec l'émergence de nouveaux matériaux de construction, ont permis aux Romains de réaliser des édifices imposants et inédits pour un usage public : les aqueducs, les grands complexes thermaux, les basiliques ou encore les amphithéâtres. Selon les architectes romains, les édifices publics devaient être impressionnants pour frapper l'imagination du peuple mais ils devaient aussi être pratiques et adaptés à leurs fonctions. Ces nouveaux types de bâtiments sont construits dans des dimensions impressionnantes à Rome et reproduits à plus petite échelle dans les cités de l'Empire.
Les architectes antiques thumb|Un architecte romain sur un tableau de Lawrence Alma-Tadema, 1877.thumb|300px|Le pont du Gard, aqueduc alimentant la cité romaine de Nemausus (Nîmes) : l'architecture romaine monumentale au service de la santé publique.
Le statut social Malgré le fait que le métier d'architecte soit respecté et considéré comme honorable, les plus grands architectes ayant une influence non négligeable sur les empereurs eux-mêmes avec qui ils entretiennent parfois des relations de confiance, seuls quelques noms d'architectes ayant œuvré pour le compte de Rome, essentiellement ceux à l'origine des plus grands monuments de Rome et du monde romain, nous sont parvenus. La plupart du temps, l'identité de l'architecte d'un édifice est inconnue au profit de celle du commanditaire dont le nom peut jusqu'à être gravé en grandes lettres sur l'entablement du monument. Cette méconnaissance découle d'une situation sociale généralement humble, les architectes romains étant certainement bien souvent des esclaves ou des affranchis. Pour les et , les architectes sont pour la plupart des affranchis impériaux dont une majorité, selon l'empereur Trajan lui-mêmePline le Jeune, Lettres, X, 40, sont d'origine grecque. À cette époque, les affectations permettant d'obtenir le droit d'exercer sont contrôlées par l'ÉtatPline le Jeune, Lettres, X, 39-42.
La formation et les compétences
La formation suivie par les architectes romains embrasse de nombreux domaines et semble particulièrement rigoureuse. Les architectes ne sont pas seulement formés pour mettre au point les plans techniques des édifices et pour superviser les travaux de construction, ils sont également formés à la géométrie, à l'ingénierie hydraulique, à la représentation de leurs projets avec des dessins plus poussés prenant en compte la perspective et les jeux de lumière et à la gestion des finances au cours des travaux. Pour réaliser les plans des édifices, les architectes romains ont à leur disposition tout un panel d'outils assez semblables à ceux de l'architecte moderne comme des règles graduées en multiples de pieds romains ou encore des fils à plomb.
Les architectes qui supervisent les grands travaux d'urbanisme commandités par les empereurs disposent d'une équipe nombreuse placée sous leurs ordres se composant de nombreux assistants spécialisés (ingénieurs, architectes, secrétaires administratifs, scribes), d'ouvriers-artisans (pour prendre les mesures, fabriquer et poser les canalisations) et de personnel moins qualifié (chargé de la manutention, du nettoyage et de la sécurité).
Les architectes et œuvres célèbres thumb|right|Vitruve présente son ouvrage De architectura à Auguste. Parmi les grands architectes dont les noms nous sont parvenus, certains sont en effet originaires du monde grec comme Hermodore de Salamine à qui les Romains doivent le début de la monumentalisation du Champ de Mars et l'emploi du marbre au milieu du ou Apollodore de Damas, architecte officiel de Trajan à l'origine du pont de Trajan, du forum de Trajan et des grands thermes sur l'Oppius. Quelques architectes d'origine romaine nous sont également connus, grâce à leurs écrits ou grâce à leur mention par les auteurs antiques comme Vitruve, architecte du et auteur d'un grand traité sur l'architecture, Severus et Celer, architectes de la Domus aurea et du Colisée, Rabirius, architecte attitré de Domitien et concepteur du palais impérial de Rome, Frontin, curateur des eaux de la fin du et auteur d'un traité sur l'approvisionnement en eau de Rome, Gaius Julius Lacer, architecte du pont d'Alcántara, ou encore Hygin le Gromatique et le « Pseudo-Hygin ».
Parmi les œuvres des théoriciens romains de l'art du bâtiment, on note quelques ouvrages passés à la postérité : De architectura de Vitruve, grand traité d'architecture ; De aquaeductibus urbis Romae de Frontin, traité détaillé sur les aqueducs de Rome ; De limitibus constituendis de Hygin le Gromatique, traité sur le droit des bornages en rapport avec l'opération de centuriation ; De munitionibus castrorum du « Pseudo-Hygin », traité militaire sur l'organisation des camps romains.
L'architecture italique archaïque L'architecture domestique et rurale Vers la fin de l'âge du bronze, entre 1150 et 950 , les populations de culture apenninique s'organisent en petits villages composés de huttes rectangulaires ou ovales bâties avec des matériaux éphémères comme le bois, le torchis et le chaume qui abritent un sol en terre battue. Certaines de ces huttes sont longues de pour une largeur de et ont pu être réservées à une élite profitant d'un haut statut social. L'édification de ces huttes se poursuit durant l'âge du fer comme l'attestent les découvertes archéologiques, notamment celles réalisées sur le Palatin. Celle baptisée tugurium Romuli est restée célèbre durant toute l'Antiquité puisque cette hutte, censée avoir servi de résidence au premier roi légendaire de Rome, est maintenue en état par les Romains sur le Palatin à partir du L'usage du torchis, mélange de terre humide, de paille ou de sable, maintenu dans un treillis de lames de bois, préfigure l'apparition de lopus craticium, un appareil de construction utilisé jusqu'au pour les édifices peu coûteux comme certaines insulae.
Au cours des et émergent les premiers centres urbains en Étrurie et dans le Latium, entraînant une différenciation entre une architecture urbaine et une architecture rurale. Le développement des échanges avec les cultures grecques et puniques introduit en Italie centrale de nouvelles techniques et de nouveaux matériaux qui profitent à l'élite italique occupant les premières villes. Si la hutte traditionnelle reste très utilisée jusqu'au , peu à peu apparaissent des maisons plus élaborées, comportant plusieurs pièces avec un sol en pierre arrangées selon un plan rectangulaire. Certains éléments architecturaux typiques des édifices résidentiels romains plus tardifs font leur apparition comme latrium, peut-être inspiré du monde grec mais dont on reconnaît les formes caractéristiques dans l'habitat du milieu du . Les toits de tuiles en terre cuite remplacent progressivement les toits de chaume et les montants en bois des édifices domestiques et religieux commencent à être dissimulés derrière des plaques de terre cuite.
Les premiers édifices civiques, sacrés et militaires vignette|Reconstitution du temple de Jupiter capitolin archaïque. Le développement de grands centres urbains entraîne l'apparition de nouvelles nécessités par rapport à l'organisation précédente en villages indépendants. Ainsi sont amorcés les premiers aménagements d'envergure comme l'assèchement et le drainage des eaux de la vallée du Forum, pour la construction d'édifices civiques destinés à accueillir les assemblées de citoyens assurant la pérennité et le développement de la ville archaïque. À Rome, apparaissent deux structures spécifiques, la Curia et le Comitium. Bien que les autres villes italiques partagent l'importance des assemblées citoyennes, il n'est pas certain qu'elles aient toutes suivi la même évolution et la dualité curia-comitium est peut-être propre à Rome.
En parallèle se développe une architecture sacrée qui distingue l'espace sacré, le templum, de l'édifice qui occupe éventuellement cet espace, laedes. L'architecture religieuse prend une importance toute particulière avec l'apparition des premiers sanctuaires monumentaux comme celui de l'aire de Sant'Omobono, une évolution qui se confirme dès le avec la construction du temple de Jupiter capitolin. Cette évolution soudaine dans la construction des temples découle peut-être d'une mise en compétition de villes voisines qui cherchent à obtenir une forme de suprématie dans le domaine religieux.
C'est également entre le et le qu'apparaissent les premières structures militaires défensives. Tout comme l’architecture civique, l'architecture militaire répond à une nécessité apparue avec l'agrandissement des centres urbains. Les premiers sites occupés en Italie sont généralement choisis pour leur topographie accidentée facile à défendre et la construction d'ouvrages de défense supplémentaires n'a pas été une priorité. Le système de défense agger et fossa ne se développe que plus tard, alors que les zones d'habitats ont gagné sur les environs et dépassent les secteurs naturellement protégés. À Rome, la muraille servienne est emblématique de cette nouvelle nécessité, mais il existe des murs de défense antérieurs, comme l'attestent les vestiges d'un agger sur les pentes de l'Esquilin.
Les matériaux de construction Les pierres volcaniques Depuis le , la plupart des édifices romains sont bâtis avec des blocs de pierre permettant une meilleure durabilité des bâtiments. Jusqu'à la fin du , les Romains se servent essentiellement de tuf, une pierre volcanique locale aux nombreuses variétés dont l'exploitation correspond à différentes phases architecturales. Le premier type de tuf utilisé, entre le et le , est le cappellaccio, un tuf de couleur grise de qualité médiocre car peu solide et friable. Cette pierre est extraite des collines mêmes de Rome (Palatin, Capitole et Quirinal) pour les grands travaux de la fin de la monarchie. Après la prise de Véies et de son territoire au début du , les Romains exploitent les tufs de Fidenae et de Grotta oscura de couleur jaunâtre, jusqu'à la fin du où leur extraction décline face à d'autres variétés qui offrent de meilleures propriétés.
À partir du , les anciennes variétés de tuf sont supplantées par de nouvelles variétés dont l'exploitation s'est poursuivie jusqu'à l'époque moderne, comme le tuf de Monteverde, de couleur marron tirant sur le gris tacheté d'inclusions blanches, noires et rouges, le tuf de lAnio, de couleur brun rougeâtre, surtout exploité entre la deuxième moitié du et le , et le tuf pépérino, dit Lapis Albanus car extrait des monts Albains, de couleur bleu-gris cendré. Cette dernière variété est déjà utilisée à partir du par les sculpteurs mais n'est introduite en architecture que durant le .