Les Contes de ma mère l'Oye /le kɔ̃t də ma mɛʁ lwa/, sont un recueil de huit contes de fées de Charles Perrault paru le ., sous le titre Histoires ou contes du temps passé, avec des moralités, avec cet autre titre au dos : Contes de ma mère l'Oye. L'œuvre est devenue un classique de la littérature enfantine, occultant tout le reste de la production littéraire de son auteur.

Présentation

Origine 190px|thumb|Le Chat botté, page manuscrite et illustrée de la fin du .

Trois ans avant la fin du , le très sérieux écrivain Charles Perrault, alors âgé de soixante-neuf ans et adversaire de La Fontaine, Nicolas Boileau et La Bruyère dans la querelle des Anciens et des Modernes, fait paraître la première édition du recueil sous le nom de son troisième fils, Pierre Darmancour<ref>Pierre Darmancour ( - ) tient son nom du domaine dArmancour que Charles vient d’acquérir et de lui offrir. Il se rend coupable en novembre 1697 d’un homicide dont les conditions restent obscures. Charles Perrault indemnise la mère de la victime, mais l’avenir de Pierre reste compromis. Devenu lieutenant au régiment Dauphin, il meurt en mai 1700 à l’âge de 22 ans. </ref>. Cette première édition comprend huit contes en prose, auxquels il faut ajouter une nouvelle et deux contes en vers, parus antérieurement.

Les Contes de ma mère l'Oye paraissent à une époque où, de façon éphémère, le genre des contes de fées est en vogue chez les adultes des milieux princiers, nobles et bourgeoisMadame d’Aulnoy est la première à introduire un conte de fée en 1690 dans L’Histoire d’Hypolite, comte de Duglas. Mademoiselle L’Héritier lui emboîte le pas avec les Enchantements de l’éloquence et l’Adroite Princesse dans ses Œuvres mêlées de 1696, de même que Catherine Bernard dans Le Prince Rosier et son Riquet à la houppe, insérés dans un roman de 1696.. Mais paradoxalement, aucune œuvre de ce genre n'existe pour les enfants. Seul un fonds de récits est colporté oralement par les nourrices et les bonnes d'enfants venues de la campagne pour travailler dans les villesMémoire de la France, éditions Larousse.

L'auteur n'« invente » donc pas à proprement parler les contes qu'il écrit, mais s'inspire de ces contes populaires et peut-être aussi du Pentamerone, recueil de l'Italien Giambattista Basile : il en sélectionne une infime partie et les transforme largement. Ma mère l'Oye est, quant à elle, un personnage fictif populaire, incarnant une campagnarde de qui viendraient ces contesJean Loret y fait référence dans La Muse historique (1660). Perrault serait ainsi l'un des premiers collecteurs mais comme il ne cite pas ses sources, on ne peut le considérer comme tel. Il est aussi un des premiers, sinon le premier, à édulcorer les contes populaires, dont les versions d'origine sont bien plus crues.

Oubli et succès Les contes rencontrent dès leur parution la faveur du public, avec pour conséquence une deuxième édition lancée par Barbin la même année 1697, de nombreuses contrefaçons hollandaises inondant le marché et surtout, la prolifération de récits et de recueils féeriquesL’année 1697 marque le début d’une déferlante, avec la parution des contes de Mademoiselle de la Force (1697), de Madame d’Aulnoy (1698), d'Henriette-Julie de Castelnau de Murat (1698), de François Nodot (1698), de Jean de Préchac (1698), de Madame d’Auneuil (1702).. Cet excès de mode finit par lasser et, quand Perrault meurt en 1703, les fées délaissées laissent place à l'orientalisme : l'année 1704 voit la parution de la traduction d'Antoine Galland des Mille et Une Nuits ; on s'entiche pour un cadre que le adoptera pour ses romans épistolairesLes Lettres persanes de Montesquieu en 1721 et ses opérasL'Enlèvement au sérail de Mozart en 1782. Les grands auteurs du siècle des Lumières ignorent ainsi le Perrault des contes, en qui ils ne voient que le suppôt des superstitions dont le peuple s'abrutitCharles Perrault, Contes, (introduction, notices et notes de Catherine Magnien), éditions Le Livre de Poche Classique.

Il faut attendre la seconde moitié du pour que les contes de Perrault suscitent un nouvel enthousiasme : la mode est alors, dans les familles bourgeoises, de lire des histoires aux enfants. De splendides éditions des Contes de Perrault illustrées notamment par Gustave Doré sont alors éditées et offertes aux enfants à Noël ou comme prix de fin d'année scolaire.

Le succès ne se dément plus à partir de ce moment, et les contes sont repris sous de multiples formes : ballets, opéras puis, au , suite pour piano, films d'animation et longs métrages.

Les contes intéressent désormais les adultes : le psychologue Bruno Bettelheim s'attache ainsi à les analyser pour montrer ce qu'il y a d'universel en eux, alors qu'ils contiennent tous les éléments qui forment les hantises, la difficulté des rapports familiaux et les peurs refoulées du psychisme de l'enfant.

Mais les interprétations psychologiques des contes sont loin d'être les seules proposées. Certains y ont vu de la morale, ce qui, dans certains cas, pourrait s'avérer douteux ou peu convaincant.

Pour les folkloristes Iona et Peter Opie, le succès des Contes de ma mère l'Oye est dû à des raisons en partie contradictoires. La grande réussite de Perrault aura été d'accepter les contes de fée tels qu'ils sont. Il ne les a jamais re-contés avec impatience ou moquerie, sans éprouver le désir de les approfondir comme histoires à tiroirs, bien qu'il ait senti utile de terminer ses contes par une morale. Perrault serait aujourd'hui reconnu comme le père du folklore s'il avait pris le temps de citer ses sources pour savoir où, quand et dans quelles circonstances il a pu obtenir ses histoires.

Controverses sur la paternité de l'œuvre thumb|Élisabeth-Charlotte d'Orléans, dédicataire des Contes. La paternité des Histoires ou contes du temps passé est parfois attribuée à Pierre Darmancour, le fils de Charles Perrault. La preuve principale de cette théorie réside dans l'existence d'une dédicace du recueil à la nièce du roi , Élisabeth-Charlotte d'Orléans, (future duchesse de Lorraine) au nom de « ». La Revue des études historiques soumet deux autres preuves : le roi apporta le privilège au nom de Darmancour et une contrefaçon hollandaise des Histoires porte la mention « Par le fils de , de l'Académie Française ». Cette thèse est défendue dès 1699 par l'abbé de Villiers .

Une hypothèse serait que Pierre Darmancour, alors âgé de seize ans, ait recueilli dans un cahier des contes populaires de son entourage, peut-être de son père ou de sa nourrice. Charles Perrault, soucieux de défendre une littérature moderne qui ne soit plus basée sur les histoires antiques, aurait réécrit les histoires de son fils . Charles DeulinCharles Deulin, Les Contes de ma mère l’Oye avant Perrault (1878), Introduction, III. et ensuite Charles Marty-Laveaux pensent plutôt qu'il s'agit de sujets de narration proposés par Perrault à son fils : le travail aurait été si bien réussi que le père en reprit les histoires . Pour d'autres, et notamment lEncyclopædia Universalis et l'encyclopédie Larousse, Perrault a simplement emprunté le nom de son fils lors de la diffusion des contes...

Selon Iona et Peter Opie, Charles Perrault est depuis longtemps connu pour son intérêt envers les « contes de vieilles » ou « contes de la mère L'Oye ». En 1693, il publie une version versifiée des Souhaits ridicules et en 1694, Peau d'âne. De plus, deux ans avant la publication officielle de 1697, on a découvert le manuscrit illustré contenant cinq des contes d'''Histoires, dont le Chat botté écrit par Perrault. Pierre Darmancour avait entre seize et dix-sept ans lors de la réalisation de ce premier manuscrit, et selon ces universitaires anglais, il ne devait probablement pas porter grand intérêt à la rédaction de contes : devenu soldat, il n'a jamais montré d'intérêt pour la littérature. Lorsqu'il mourut en 1700, sa nécrologie ne mentionnait pas de liens avec les Histoires tandis que celle de son père, qui mourut en 1703, le nommait comme le créateur de La Belle au bois dormant.

Titres thumb|170px|Les Contes de Perrault, dessins de G. Doré, édition 1867. Le recueil comprend huit titres en prose : La Belle au bois dormant Le Petit Chaperon rouge La Barbe bleue Le Maître chat ou le Chat botté Les Fées Cendrillon ou la Petite Pantoufle de verre Riquet à la houppe Le Petit Poucet

Une nouvelle et deux contes en vers, bien que rédigés antérieurement, n'y sont rattachés qu'à partir de l'édition de 1781, Charles Deulin, Les Contes de ma mère l’Oye avant Perrault, E. Dentu, 1879, Introduction, III, 31.. D'ailleurs, ce n'est qu'en 1861 que Ch. Deulin paraît, Idem, Introduction, III, 33., édition qui voit la disparition de Grisélidis et de Les Souhaits ridicules, la publication d'un Peau d’Âne du qui n'est pas de la main de Perrault et la modification du texte initial avec la disparition des moralesPatrice Soulier, références données en bibliographie : La Marquise de Salusses ou la Patience de Griselidis (1691) Les Souhaits ridicules (1693) Peau d'Âne (1694)

Chronologie Le recueil des contes est un texte hétérogène qui ne s'est pas d'emblée présenté tel que les éditions modernes l'offrent.

Trois récits en vers Une nouvelle : La Marquise de Salusses ou la Patience de Griselidis et deux contes : Les Souhaits ridicules et Peau d'Âne. Ils sont d'abord publiés séparément, tous accompagnés d'un texte préfaciel (épître dédicatoire) et signés de la main de Charles Perrault : La Marquise de Salusses ou la Patience de Griselidis : parution en 1691. L'histoire est lue devant l'Académie française par l'abbé Lavau et paraît ensuite dans Le Mercure Galant. Elle est précédée de deux épîtres dédicatoires : une lettre en vers à une demoiselle et une lettre en prose à un monsieur. Les destinataires ne sont pas identifiés. Les Souhaits ridicules : parution dans Le Mercure Galant en 1693. Le texte est préfacé par une épître dédicatoire « à Mademoiselle de la C. » 1694 : parution d'un recueil d'une nouvelle et de deux contes en vers signés de Perrault, contenant Peau d'Âne ainsi que l'épître dédicatoire à Monsieur qui accompagnait Griselidis. 1695 : nouvelle édition de la nouvelle et des deux contes en vers, augmentée d'une préface. L'ordre de présentation est modifié : Griselidis, Peau d'Âne, Les Souhaits ridicules. Cette édition est appelée la « quatrième édition ». Il y aurait donc eu une troisième édition, mais elle est perdue.

Ce corpus composé d'une nouvelle et de deux contes en vers est revendiqué par Perrault. Une nouvelle édition de Charles Perrault est sortie en 2002 avec tous les contes.

Deux belles princesses vignette|Le Petit Poucet. Gravure d'Antoine Clouzier ornant l'édition originale des Contes de ma mère l'Oye, Paris, chez Barbin, 1697. 1695 : rédaction d'une copie manuscrite des Contes de ma mère l'Oye adressée à Mademoiselle. Le recueil est attribué au fils de Charles Perrault, Pierre Darmancour. Il comprend alors cinq contes en prose : La Belle au bois dormant, Le Petit Chaperon rouge, La Barbe bleue, Le Maître chat ou le Chat botté et Les Fées. Il ne s'agit pas d'une édition dans le public mais d'une diffusion privée dans le cercle de la cour de Versailles. 1697 : parution des Histoires ou contes du temps passé avec des moralités. Le recueil est précédé d'une épître dédicatoire signée Pierre Darmancour et d'un frontispice d'Antoine Clouzier. Il est accompagné d'illustrations et est augmenté de trois nouveaux contes en prose : Cendrillon ou la Petite Pantoufle de verre, Riquet à la houppe et Le Petit Poucet. Les cinq contes précédents subissent des remaniements.

Ce corpus de contes en prose est lui en revanche mis à distance par Perrault.

Le style