LEmpire sassanide, officiellement connu sous le nom dempire des Iraniens (pehlevi : 𐭠𐭩𐭥𐭠𐭭𐭱𐭲𐭥𐭩 / Ērānshahr), est la dernière dynastie impériale perse avant la conquête musulmane au milieu du . Nommé d'après la maison de Sasan, il a duré plus de quatre siècles, de 224 à 651, ce qui en fait la plus longue dynastie perse... L'Empire sassanide a succédé à l'Empire parthe et a rétabli les Iraniens en tant que superpuissance dans l'Antiquité tardive, aux côtés de son rival voisin, l'Empire romain, puis plus tard l'Empire byzantin.International Congress of Byzantine Studies, Proceedings of the 21st International Congress of Byzantine Studies, London, 21–26 August 2006, Volumes 1–3, Ashgate Pub Co, 30 septembre 2006 , ..
Fondé par , qui met en déroute , le dernier roi parthe (arsacide), il prend fin avec la défaite du dernier roi des rois (empereur) (632-651). Ce dernier, après quatorze ans de lutte, ne parvient pas à enrayer la progression du califat musulman, le premier des empires islamiques. Le territoire de l'Empire sassanide englobe alors la totalité de l'Iran actuel, l'Irak, l'Arménie d'aujourd'hui ainsi que le Caucase sud (Transcaucasie), y compris le Daghestan du sud, l'Asie centrale du sud-ouest, l'Afghanistan occidental, des fragments de la Turquie (Anatolie) et de la Syrie d'aujourd'hui, une partie de la côte de la péninsule arabe, la région du golfe Persique et des fragments du Pakistan occidental.
Sources Des difficultés d'étude, liées notamment au manque de sources, concernent la période des Sassanides. Malgré tout, plusieurs types de sources sont utilisées par les historiens : les sources officielles (inscriptions rupestres pour le début de la période, sceaux et bulles pour la fin, numismatique) ; les sources secondaires (historiens arméniens, littérature syriaque, textes en moyen perse, littérature arabo-persane post-sassanide) ; les sources archéologiques (sites riches, mais peu explorés, et faisant l'objet de peu de publications).
Histoire On divise en général la période des Sassanides en trois : les , qui correspondent à la constitution de l'empire, au développement de l'agriculture et de l'urbanisme ; le et le début du , où l'on remarque un certain déclin, et des difficultés face aux Shvetahûna ; les , période qui débute avec le règne de , marquée par un renouveau de la croissance puis un rapide déclin final.
vignette|Carte comparée de l'Empire sassanide et de l'Empire gupta (320-550). vignette|droite|Palais d'Ardachir à au nord de Firouzabad. vignette|Triomphe de devant les empereurs Valérien et Philippe l'Arabe (relief de Naqsh-e Rostam). Sassan, personnage plus ou moins légendaire, prêtre du temple d'Anahita à Istakhr et descendant autoproclamé de , le dernier souverain des achéménides, est considéré comme le fondateur de la dynastie. Toutefois, la victoire de son successeur, , sur le dernier roi parthe, , en 224 marque réellement le début de la période sassanide. Ayant rapidement conquis le territoire parthe, Ardachir se fait couronner en 226 et meurt en 241.
Ardachir descend en droite ligne de prêtres au service de la déesse Anahita d'Istakhr. Au début du troisième siècle, ces prêtres accèdent au gouvernorat sassanide à Fars. Mais un doute subsiste sur l'origine d'Ardachir et sur les liens qui le feraient remonter à ses ancêtres supposés Sassan et Papak. On ne sait pas s'il est enfant naturel ou adopté de Papak ou de Sassan, ni si Papak est le beau-père ou le fils de Sassan. Les sources concernant les liens entre les premiers Sassanides (Sassan, Papak, Ardachir et Chapour) sont insuffisantes pour trancher. Papak est à l'origine le principal magistrat d'une petite cité, . Il parvient en 200 à déposer Gocihr, le dernier roi des , et se proclame roi. Sa mère, Rodhagh, est la fille du gouverneur de la ville de Persis. Papak et son fils aîné Chapour parviennent à régner sur la province de Fars. Les sources demeurent floues sur le devenir de la lignée de Papak. En dépit de cette incertitude, il est établi que, après la mort de Papak, Ardachir, alors gouverneur de Darabgerd, affronte son frère aîné Chapour pour conquérir le pouvoir. D'après les sources, s'apprête à rencontrer son frère lorsqu'il est tué par l'effondrement d'un toit. Ses autres frères sont exécutés vers 208, et se proclame roi des Sassanides. Ardachir déplace ensuite sa capitale plus au sud, en fondant Ardashir-Khwarrah (ancien nom : Gur, devenue ensuite Firouzabad). Surplombée par de hautes montagnes et facilement défendable (cols étroits), ceinte par un haut mur circulaire probablement copié sur celui de Darabgerd, elle comporte au nord un grand palais, dont on peut encore voir les vestiges.
Plus prosaïquement, Ardachir descendrait d'une riche famille de marchands de soie qui importe depuis au moins cinq générations de la soie grège de Tchinâpâti au Pendjab (Chin-Apâdh), ville faisant travailler depuis des artisans chinois, en passant par la ville de Kedjâran (kedj signifiant « soie grège »), port du golfe PersiqueAly Mazahéri, Les Trésors de l'Iran, éd. Albert Skira, Genève, 1977, . (peut-être Kich aujourd'hui). À la fin du , les Sassan introduisent le ver à soie dans le sud de la province de Fars. Par leur puissance financière, ils s'allient aux seigneurs féodaux locaux. Leur origine roturière serait donc masquée par une généalogie épique forgée a posteriori, surtout dans une société parthe où l'orgueil d'une aristocratie guerrière endogame se montre primordial. C'est par mariage donc qu'il serait entré dans cette caste, épousant la fille de Bâpak, seigneur d'Istakhr (ex-Persépolis), mettant ainsi son immense fortune à la disposition de la rébellion seigneurialeAly Mazahéri, op. cit. ..
étend rapidement son territoire, exigeant l'allégeance des princes de la région du Fars, et s'empare des provinces limitrophes de Kerman, Ispahan, de la Susiane et de Characène. En 224, le roi parthe , inquiet, ordonne au gouverneur du Khouzistan de marcher à son encontre, sans succès. décide alors de l'affronter, mais la bataille d'Hormozgan (Bandar-e-Hormoz actuel) se solde notamment par la mort d'. Ardachir continue alors à envahir les provinces de l'ouest de l'Empire parthe, moribond. Couronné en 224 à Ctésiphon, il prend le titre de Chah. Les inscriptions mentionnent qu' était sa « Reine des Reines », mais ses liens avec elle ne sont pas attestés.
Le fils d', , continue l'expansion de l'empire en conquérant la Bactriane et la partie ouest de l'Empire kouchan, tout en menant plusieurs campagnes contre Rome en envahissant la Mésopotamie romaine. Battu à Reshaina (Syrie) en 243, il doit abandonner ces territoires, mais l'année suivante, l'empereur romain est battu à . Certaines sources antiques ont longtemps incité les historiens contemporains à croire à la théorie de l'assassinat de par Philippe l'Arabe. Cependant, l'inscription monumentale des Res Gestæ Divi Saporis, retrouvée à Naqsh-e Rostam, nous dit que est bien mort à la suite de la bataille de Misichè, soit pendant les combats, soit du fait de ses blessuresRes Gestæ Divi Saporis, 3-4.. Chapour conclut alors un avantageux traité de paix avec le nouvel empereur, Philippe l'Arabe, pour reprendre ensuite le combat en 252 et battre les Romains à Barbalissos, lesquels, sous l'empereur Valérien, essuient une nouvelle défaite à Édesse. capture Valérien, qui sera gardé prisonnier sa vie durant, et immortalise ce triomphe en faisant graver la scène à Naqsh-e Rostam, et aussi à Bishapour, dans une version plus élaborée. Ce site contient quatre tombeaux de la dynastie achéménide et sept des Sassanides. En 260, il pénètre en Anatolie mais subit alors une grande défaite, perdant à cette occasion son gynécée et tous les territoires romains qu'il avait conquisLactantius, De Mortibus persecutorum .
Sous le règne de , Ctésiphon, la capitale, est mise à sac par l'empereur romain Carus, et la majeure partie de l'Arménie, après un demi-siècle de domination sassanide, est cédée à Dioclétien. Narseh, le successeur, s'engage dans une autre guerre avec les Romains et est battu en Arménie en 298. Les Sassanides sont alors obligés de céder cinq provinces à l'est du Tigre et de renoncer à leurs prétentions en Arménie et en Géorgie par la paix de Nisibe. Narseh cède son trône en 301 et meurt l'année suivante. Son fils, , mate les révoltes au Sistan et au Kouchan mais doit céder devant la noblesse. Il est tué par des Bédouins en 309.
De nombreux problèmes sont rencontrés sur les frontières occidentales comme orientales. À l'est, l'expansion progressive des Sassanides provoque des soulèvements chez les nomades kouchans, qui refusent de céder leur territoire. Un peu plus tard, à la fin du , les Huns Shvetahûna puis les Kidarites déferlent sur les Sassanides, avant de se fixer finalement en Transoxiane et au Gandhara.
Le monde romain s'accommode mal de la montée du pouvoir de cette dynastie expansionniste, avec les conflits incessants se succédant entre les deux puissances, avant d'aboutir finalement à un traité de paix en 384 entre et : face à la menace des Huns, les Romains choisissent d'appliquer aux Sassanides une politique d'État allié, décident de les payer pour qu'ils protègent le Caucase et bloquent la pression des peuples d'Asie centrale.
Ont aussi lieu à cette époque les nombreuses luttes contre les Arsacides, l'une des petites dynasties de la plaine arabique, qui côtoie de nombreux bédouins.
et début du Au , les menaces sur la frontière orientale, notamment de la part des Shvetahûna, se font plus insistantes. C'est d'ailleurs vers cette période qu'est construite la muraille de Gorgan, long ouvrage de briques reliant la mer Caspienne et les montagnes. . Si (420-438/439) parvient à obtenir une victoire, est fait prisonnier cinquante ans plus tard, en 476, et durant toute la fin du , les Sassanides restent tributaires des Shvetahûna. De plus, des troubles dus à un état économique moins florissant qu'auparavant, mais aussi à une religion rigoureuse, éclatent, en particulier au début du , sous le règne de .
et s vignette|Expansion de l'Empire sassanide de 602 à 629 (plus pâle : territoires vassaux ; plus jaune : conquis en 620 sur l'Empire byzantin). vignette|L'Empire perse des Sassanides à sa plus grande extension vers
À partir du règne de (« à l'âme immortelle »), appelé Chosroès par les Grecs, des réformes mettent en place un nouveau système d'impôts, qui sera plus tard repris par les Arabes. Le pouvoir est désormais confié à une petite noblesse, plutôt qu'à de grands propriétaires. L'empire s'étend vers l'Arabie méridionale, permettant le contrôle du commerce entre Constantinople et l'Extrême-Orient (Inde, Chine). Les victoires qui mettent fin à la domination des Shvetahûna entraînent également une expansion importante vers l'est, jusqu'à l'Oxus (actuel Amou-Daria).
C'est également sous son règne que sont accueillis à la cour des philosophes et savants grecs expatriés après la fermeture de l'école néoplatonicienne d'Athènes en 529Chronique d'Agathias..
Sous (le Triomphant), l'expansion territoriale se poursuit, avec l'occupation de la Syrie, de l'Égypte et de la Palestine, conquis sur l'Empire byzantin. Mais la contre-offensive d'Héraclius aboutit finalement au pillage de la résidence royale de Dastagird, puis à l'assassinat de à Ctésiphon, lors d'une fronde de la noblesse en 628. Ce règne reste associé toutefois à une période de luxe, avec la construction des palais de Qasr-e Chirin et Dastajird, et le grand goût pour la poésie et la musique.