Georges Bidault, né le à Moulins (Allier) et mort le à Cambo-les-Bains (Pyrénées-Atlantiques), est un résistant et homme d'État français. Centriste, il est plusieurs fois ministre des affaires étrangères ou président du conseil sous la République.
Après avoir combattu lors de la guerre de 1914-1918, il adhère au Parti démocrate populaire (PDP) et devient rédacteur en chef du quotidien catholique L'Aube.
Engagé volontaire au début de la Seconde Guerre mondiale, il est emprisonné pendant plus d’un an. Compagnon de la Libération, il devient président du Conseil national de la Résistance (CNR) à la suite de la disparition de Jean Moulin en 1943, et descend les Champs-Élysées derrière le général de Gaulle lors de la libération de Paris.
À l'origine de la fondation du Mouvement républicain populaire (MRP), il est plusieurs fois ministre entre 1944 et 1954 (vice-président du Conseil, Affaires étrangères, Défense nationale). Il préside le Gouvernement provisoire de la République française de à et occupe la présidence du Conseil des ministres d’ à . Ministre des Affaires étrangères à trois reprises, il est l'un des acteurs clés de la politique étrangère de la France durant la République.
Député de la Loire, il soutient le retour du général de Gaulle au pouvoir dans le cadre de la crise de . Mais partisan déterminé de l’Algérie française, il cofonde un nouveau Conseil national de la Résistance, ce qui le conduit à s’exiler. Rentré en France en 1968, il ne retrouve pas de responsabilités de premier plan. Une rumeur non fondée fait de lui l'un des cofondateurs du Front national avec Jean-Marie Le Pen en 1972, dont il se serait éloigné au bout de quelques semaines.
Biographie Jeunesse et professorat Il est issu d'une famille de propriétaires ruraux catholiques et plusieurs membres de sa famille ont appartenu au clergé.
Georges Augustin BidaultLe patronyme « Bidault » vient de « Bidwald », un ancien prénom d'origine germanique composé de « bid » signifiant « espoir », et de « wald » signifiant « qui gouverne ». C'est dans le Loiret que le patronyme est le plus répandu, ainsi que dans la Saône-et-Loire. est le fils de Georges Bidault (1848-), agent d'assurances et petit propriétaire terrien à Moulins (Allier) et de Louise Françoise Augustine Traverse (née le à Thoissey dans l'Ain et morte le à Moulins)..
Il fait partie d'une fratrie de six enfants. Il a trois sœurs : Marcelle Bidault (1901-1975), également membre de la Résistance, Marie Marguerite Edwige Bidault et Elisabeth Hélène Marie Bidault, ainsi que deux frères : François Louis Bidault et Paul Philibert Bidault (né le à Moulins et mort le ).
Il fait ses études primaires et secondaires au Collège Franklin, établissement tenu par des jésuites. Ses premières convictions politiques semblent avoir été forgées par la lecture d'une biographie du catholique libéral Charles de Montalembert. En 1916, il est reçu au baccalauréat avec une mention assez bien.
Georges Bidault obtient une licence d'histoire à la Sorbonne à l'âge de 18 ans, il est appelé sous les drapeaux au régiment d'infanterie en 1918. Nommé caporal, il est encore à l'instruction lorsque survient l'armistice du 11 novembre. Pour terminer son service militaire, Georges Bidault est affecté de 1919 à 1921 comme soldat-professeur à l'École militaire d'infanterie de Saint-Maixent. Il sera rappelé en 1921, lors de la première occupation de la Ruhr ordonnée par Aristide Briand. Il préside la Conférence Olivaint en 1922. Revenu à la Sorbonne, il obtient un diplôme d'études supérieures avec un mémoire sur la gabelle au , avec le professeur Camille Bloch.. Il est reçu premier à l'agrégation d'histoire et géographie en 1925., devant Pierre Brossolette et Louis Joxe. De 1925 à 1926, il enseigne au lycée de Valenciennes.
De 1926 à 1931, Georges Bidault est affecté à Reims., il y noue des liens étroits avec l'un de ses élèves, le futur sociologue Roger Caillois qui, en 1971 écrit, à son ancien professeur : .. Nommé ensuite de 1931 à 1940 au lycée Louis-le-Grand, à Paris, il a pour élèves Jean Ferniot et Jean d'Ormesson, qui évoquera plus tard de son professeur et son Bulletin de l'Association des Amis de Georges Bidault, ..
Militant démocrate-chrétien vignette|gauche|Georges Bidault, en 1934, alors membre du conseil national du PDP. Membre de l'Association catholique de la jeunesse française (ACJF) après la Première Guerre mondiale, il en devient vice-président et trouve là les bases de son futur engagement politique. Le grand combat de Georges Bidault dans les années 1920 se fait contre l'Action française. En 1927, dans un article des Cahiers de la Nouvelle Journée de Paul Archambault, il attaque le nationalisme maurrassien et la volonté de celui-ci d'incarner à lui seul le patriotisme françaisJacques Dalloz, Georges Bidault, Biographie politique, Paris, L'Harmattan, 1993, .. Georges Bidault soutient fortement la condamnation de l'Action française par le pape Pie XI. En 1930, dans la revue démocrate-chrétienne Politique fondée par Charles Flory et Marcel Prélot, il signe un article intitulé : Charles Maurras : le déclin d'une influenceJacques Dalloz, Georges Bidault, Biographie politique, Paris, L'Harmattan, 1993, .. Il adhère au Parti démocrate populaire (PDP) en 1931.
En avril 1936, il est candidat du PDP aux élections législatives, dans la circonscription de Domfront (Orne) contre le député sortant Georges Roulleaux-Dugage, un notable catholique et conservateur, mais il est battu dès le premier tour, obtenant 25 % des suffrages exprimésculture.gouv.fr.. Le , avec Francisque Gay, il lance les Nouvelles Équipes françaises, destinées à rassembler la mouvance démocrate-chrétienne.
Éditorialiste de L'Aube C'est comme éditorialiste du quotidien catholique L'Aube à partir de 1934 que Georges Bidault se fait connaître. Il en devient le rédacteur en chef. La qualité de sa plume et de ses analyses lui vaut une influence qui dépasse celle du journal, comme en témoigne un jugement de Paul Reynaud en 1938 : Robert Bichet, La Démocratie-chrétienne en France, le MRP, Besançon, Jacques et Demontrond, 1980, ..
L'historien Jean-Pierre Rioux définit en 1983 son apport aux débats politiques des années 1930 : Jean-Pierre Rioux, La Croix, 2 février 1983..
Georges Bidault poursuit ses polémiques avec l'Action française. En , il s'élève contre l'élection de Charles Maurras à l'Académie française, y voyant , dans un éditorial intitulé L'Aube, 10 juin 1938, ..
Les questions de politique étrangère occupent une place croissante dans ses éditoriaux. Il observe avec inquiétude la consolidation du régime hitlérien : L'Aube, 2 août 1934, .. Il assimile l'Allemagne de la nuit des Longs Couteaux à L'Aube, 3 juillet 1934, ..
Seconde Guerre mondiale et Résistance Georges Bidault est mobilisé sur sa demande en avec le grade de sergent. Il participe à la bataille de France et est fait prisonnier à Soissons le . Il est ensuite libéré en en sa qualité d'ancien combattant de la guerre de 1914-1918. Il s'installe alors en zone sud en et est affecté au lycée du Parc, à Lyon..
Il entre dans la Résistance, au comité directeur du mouvement Combat d'Henri Frenay à Lyon. De février à , Georges Bidault est rédacteur en chef du journal clandestin Combat. En , à initiative de Jean Moulin, il dirige le Bureau d'information et de presse (BIP), véritable agence de presse clandestine. Georges Bidault s'entoure des journalistes Pierre Corval, Rémy Roure, Louis Terrenoire et Yves Farge. Le BIP publie le Bulletin d'informations générales destiné aux mouvements de Résistance et à Londres, sa publication est très fréquente.
Au printemps 1943, en accord avec Jean Moulin, il entre au comité directeur du mouvement Front national de zone sud. En , il est membre du Conseil national de la Résistance (CNR) à sa fondation et Georges Bidault y représente le PDP. Il vit dans la clandestinité et quitte Lyon pour aller vivre à Paris.
Durant la Résistance, il utilise le pseudonyme Bip. Dans son travail clandestin, il côtoie les membres de la délégation générale (délégation en France du général de Gaulle, puis du CNF, enfin du CFLN) : Jean Moulin, Claude Bouchinet-Serreulles., etc. et des membres du secrétariat de cette délégation : notamment Daniel Cordier. et Laure Diebold.. Daniel Cordier a d'ailleurs écrit que Georges Bidault, qui était doté d'« une grande intelligence tactique » ainsi que d'« une vaste culture historique », a toujours et en toute occasion rendu hommage à Jean Moulin « avec la complicité du cœur » afin de « faire revivre l'ami qu'il admirait »..
En , il est élu président du CNR à la suite de la disparition de Jean Moulin.
vignette|gauche|Georges Bidault, à la droite du général de Gaulle, lors du défilé du . Le , lors du défilé de la libération de Paris, Georges Bidault descend les Champs-Élysées, derrière le général de Gaulle, avec d’autres membres de la résistance intérieure. Celui-ci lui aurait alors lancé , puis, lorsque Bidault s’avança pour marcher sur la même ligne que le général, , refusant de voir dans le chef de la résistance intérieure son égal. Après avoir fondé un nouveau CNR en 1962, Georges Bidault sera effacé de ces imagesMarc Ferro, « Instrumentalisation – Cinéma d’histoire et manipulation », dans Dictionnaire mondial des images (dir. Laurent Gervereau), Nouveau Monde Éditions, 2006, ..
Il est l'un des fondateurs du Mouvement républicain populaire (MRP, ), principale force politique chrétienne-démocrate qui ait jamais existé en France. Il en devient président d’honneur en .
En , il crée avec Pierre Bouligaud le journal local Le Pays roannais.
République Il est élu député de la Loire en octobre 1945, puis est réélu en juin 1946, novembre 1946, juin 1951 et janvier 1956 jusqu'en . Georges Bidault est élu député de la circonscription de la Loire en novembre 1958 et le restera jusqu’en . De à , il participe à de nombreux gouvernements, souvent comme ministre des Affaires étrangères. En il représente la France pour la signature des traités de paix avec les anciens alliés européens du Reich. Il est par deux fois chef du gouvernement : de juin à il préside le Gouvernement provisoire de la République française, à la tête d'une coalition (communistes, socialistes SFIO et MRP). Il exerce de fait une fonction équivalente à celle de chef de l'État et occupe également la charge de ministre des Affaires étrangères. d' à il est président du Conseil, à la tête d'une coalition (socialistes, MRP, et diverses formations du centre-gauche et du centre-droit).
Il négocie pour la France la Charte des Nations unies et est l'un des signataires du traité franco-britannique de Dunkerque en 1947. Face au Coup de Prague et au blocus de Berlin, il mène une politique anticommuniste. En 1948, il signe le traité de Bruxelles instituant l'Union de l'Europe occidentale. Il est favorable à la CED tout en négociant des protocoles additionnels qui limitent la portée supranationale du traité.
Il préside de 1952 à 1954 le Comité d'action de la Résistance.
Lors de la bataille de Diên Biên Phu (1954) en Indochine française, il tente de convaincre le gouvernement américain d'exécuter un bombardement atomique sur les forces vietnamiennes.
En , il joue un rôle important dans la déposition du sultan du Maroc. Il est candidat à la présidence de la République lors des deux premiers tours en .
Georges Bidault critique la politique indochinoise d'Émile Bollaert en 1947 et de Pierre Mendès France en 1954 et la politique nord-africaine d'Edgar Faure en 1955.
Partisan de l'Algérie française, il s’oppose à toute création d’un exécutif algérien en 1957. C'est l'un des 80 députés qui votent l' selon lequel le gouvernement peut procéder à des appels sous les drapeaux des citoyens français appartenant à la disponibilité et à la première réserve domiciliés en Algérie.
République Le , Georges Bidault écrit dans Carrefour, hebdomadaire auquel il collabore régulièrement, que Carrefour du 7 août 1957..