vignette|« Critical rationalism » a été premièrement mentionné dans The Open Society and its enemies. Le rationalisme critique est la réponse de Karl Popper à ce qu'il considérait comme les problèmes les plus importants de l'épistémologie et de la philosophie de la science : le problème du développement de la connaissance, en particulier par l'induction, et de la démarcation de la science. Il a adopté une approche faillibiliste face à ces problèmes, notamment celui de l'induction, sans pour autant sombrer dans le scepticisme. Son approche consistait à mettre en perspective le rôle distinctif de la logique (déductive) dans le développement de la connaissance, notamment scientifique, dans le contexte d'une méthodologie moins rigoureuse fondée sur la pensée critique. Le concept technique central du rationalisme critique appliqué à la science est la réfutabilité. Popper a utilisé le terme « rationalisme critique » ou la version anglaise « critical rationalism » dans La Société ouverte et ses ennemis (1945), Conjectures et réfutations (1963), La Quête Inachevée (1976) et The Myth of the Framework (1994).

Faillibilisme, pas scepticisme Popper a accepté que la vérité d'énoncés ne peut pas être obtenue en utilisant uniquement des définitions et des déductions logiques, car cela conduit à une régression à l'infini. Pour Popper, cela n'empêche pas les énoncés d'être utiles pour résoudre des problèmes pratiques, car ils peuvent être analysés pour en tirer des conséquences logiques, éventuellement des contradictions avec des énoncés d'observation liés à des tests empiriques. Popper a écrit que la majeure partie des activités scientifiques utilisent la logique déductive pour évaluer les théories.

Popper a accepté l'argument de Hume et les conséquences de la thèse de Duhem et a insisté sur le fait qu'il n'existe aucune méthode logique pour accéder à la vérité empirique, aucune règle inductive, même dans une faible mesure. Cependant, il rejetait le scepticisme, l'idée que la recherche de la vérité est vaine. Il admettait que, bien que la logique seule ne dise rien de la vérité empirique, les énoncés peuvent être reliés à la réalité par la résolution de problèmes et par des observations et des expériences scientifiques. Popper a régulièrement insisté sur cette distinction entre l'aspect logique et l'aspect méthodologique de la science. Dans Le réalisme et la science, Popper parle de théorie « préférée » et non de théorie « vraie » ou « fausse » lorsqu'une théorie est choisie plutôt qu'une autre à la suite de résultats expérimentaux.

La théorie sémantique de la vérité vignette|Tarski a inspiré Popper à l'aide de sa théorie sémantique de la vérité. Popper a toujours été conscient que la vérité empirique échappe à la logique seule, et il était donc réticent de parler de « vérité » dans le contexte de théories scientifiques. Cela, écrivit-il, changea après avoir lu la théorie sémantique de la vérité de Tarski. Il voyait dans cette théorie une manière de parler de la vérité comme d'une correspondance avec les faits. Un aspect clé de la théorie de Tarski, que Popper considérait comme important, est la séparation entre l'aspect logique (formel) du langage en tant qu'objet et son interprétation sémantique. Cela lui permettait de parler de la vérité d'une théorie en relation avec une interprétation sémantique, même si la théorie n'était pas prouvée. Il y voyait une façon d'expliquer la distinction entre la logique de la science et sa méthodologie, ou plutôt entre la logique et la composante métaphysique à laquelle la méthodologie se réfère lorsqu'elle vise, par exemple, à tester des théories. Dans la théorie de Tarski, les « faits » sont des structures mathématiques et non une réalité extérieure hors de portée de la logique et de son langage, ne pouvant être décrite qu'artificiellement dans un métalangage, comme dans l'argument « La neige est blanche » (dans le langage objet) est vraie parce que la neige est blanche (dans le métalangage). Cette utilisation de la théorie de Tarski est acceptée par certains et vivement critiquée par d'autres. Popper l'a utilisée, par exemple, dans Le réalisme et la science, pour expliquer la différence entre les versions métaphysiques du problème de l'induction et ses versions logiques. Il a écrit que les versions métaphysiques du problème se réfèrent à la « méta-théorie de la physique » et a comparé celle-ci à ce que Tarski appelle la « sémantique de la physique ».

Le rôle de la méthodologie Pour Popper, une grande partie de la démarche scientifique utilise la logique déductive sur des énoncés, mais cette partie logique de la science doit être intégrée dans une méthodologie adéquate. La partie logique est considérée comme incapable en soi de justifier la connaissance empirique. Par exemple, Popper et les membres du Cercle de Vienne sont convenus que seules des énoncés peuvent être utilisés pour justifier des énoncés, c'est-à-dire que l'utilisation de la logique seule en science ne sera pas liée à des observations empiriques. La logique utilise des énoncés d'observation acceptés ou provisoirement acceptés pour déterminer si une théorie est logiquement réfutée ou non, mais l'énoncé d'observation « accepté » pourrait être empiriquement faux sans que cela ne concerne la partie logique.

Popper a écrit que l'essentiel de l'activité scientifique se déroule dans la partie logique, utilisant la logique déductive pour vérifier la cohérence d'une théorie, comparer des théories, vérifier leur nature empirique (c'est-à-dire leur réfutabilité) et, surtout, tester une théorie, ce qui n'est possible que lorsqu'elle est réfutable. Il a souligné que, même lorsque les théories sont confrontées à des observations, la logique déductive est largement utilisée. Malgré ce recours intensif à la logique, Popper admettait, comme la plupart des philosophes et des scientifiques, que la logique seule ne permet pas d'établir un lien direct avec les observations. Popper a expliqué ce dilemme en affirmant l'existence d'une séparation naturelle (et non d'une déconnexion) entre les parties logique et méthodologique de la science.

Popper a écrit que tout critère, y compris son célèbre critère de réfutabilité, qui s'applique uniquement à la structure logique ne pouvait à lui seul définir la science. Dans La Logique de la découverte scientifique , il a écrit : « Il est impossible de décider, en analysant sa forme logique [comme le fait le critère de réfutabilité], si un système d'énoncés est un système conventionnel de définitions implicites irréfutables, ou s'il s'agit d'un système empirique à mon sens ; c'est-à-dire un système réfutable. » Popper a insisté sur le fait que la réfutabilité est un critère logique, qui doit être intégré dans une méthodologie appropriée.

La méthodologie de Popper propose l'adoption de procédures et de modes de comportement spécifiques qui vont dans le sens de notre volonté de trouver la vérité (pas au sens nietzschéen) ou de faire progresser les connaissances.

vignette|Lakatos a décrit les aspects de la méthodologie scientifique amenant aux rejets de programmes de recherche et leurs théories Cette méthodologie propose de favoriser les théories les plus réfutables, mais Popper explique qu'elle n'est pas elle-même réfutable. Au sujet de la règle favorisant les énoncés les plus réfutables (moins probables), Popper a écrit « jamais je n’ai proposé un critère d’improbabilité pour le choix des hypothèses scientifiques! : non seulement je n’ai aucun critère général, mais il arrive en outre très souvent qu’il me soit impossible de préférer l’hypothèse qui est logiquement la meilleure et la plus improbable, puisqu’on a réussi à la réfuter expérimentalement. » La règle est néanmoins pratique, car elle stipule que, dans « de nombreux cas, l'hypothèse la plus improbable est préférable ».

Lakatos incluait dans sa vision de la méthodologie scientifique (dans l'ensemble proche de celle de Popper) des conventions implicites informelles qui guident toutes les décisions qui entourent le travail logique, quelles expériences mener, quel appareil construire, quel domaine sera soutenu financièrement, etc..

La philosophie de Popper a été critiquée comme si la partie logique existait seule. Par exemple, Putnam a attribué à Popper « le fantasme de faire de la science en utilisant uniquement la logique déductive ». Putnam a également critiqué la description que fait Popper de la partie logique de la science en évoquant des problèmes méthodologiques. Par exemple, il a écrit : « J’affirme que dans de nombreux cas importants, les théories scientifiques n’impliquent aucune prédiction. » Parce que Popper ne croit pas à la logique inductive, a écrit que, pour Popper, « il n’existe pas de forme ampliative d’argumentation scientifique et, par conséquent, la science ne fournit aucune information sur l’avenir. » Concernant la partie méthodologique, Feyerabend a écrit qu’il n’y a pas de méthode en science. Il a examiné et rejeté des règles méthodologiques, mais elles étaient celles d’un falsificationnisme naïf.

Au contraire de cela, Popper mettait l'accent sur les deux côtés de la science et parlait de la méthodologie comme d'un moyen d'utiliser correctement la réfutabilité et le travail logique habituel en science pour rendre celui-ci utile dans une méthode de conjectures et de réfutations à utiliser dans les discussions critiques habituelles. La réfutabilité exige que les hypothèses soient cohérentes et conduisent logiquement à des prédictions, dont la confrontation avec les observations devrait être prise en compte dans la pensée critique.

Marxisme et politique vignette|Adolf Hitler, vu de dos, s'adressant à la foule rassemblée sur la Heldenplatz le 15 mars 1938. L'échec des partis démocratiques à empêcher le fascisme de prendre le contrôle de la politique autrichienne dans les années 1920 et 1930 traumatisa Popper. Les événements qui suivirent l'Anschluss (l'annexion de l'Autriche par le Reich allemand en 1938) l’a incité à recentrer ses écrits sur la philosophie sociale et politique. Ses ouvrages les plus importants en sciences sociales – La Misère de l'historicisme (1944) et La Société ouverte et ses ennemis (1945) – s'inspirèrent de sa réflexion sur les événements de son époque et constituèrent, en un sens, une réaction aux idéologies totalitaires qui dominaient la politique en Europe centrale. Ses livres défendaient le libéralisme démocratique comme philosophie sociale et politique. Ils constituaient également une critique approfondie des présupposés philosophiques qui sous-tendent toutes les formes de totalitarisme.

Avant cela, la mort de jeunes socialistes non armés lors d'une manifestation organisée par les communistes le à Vienne contribua fortement à la position de Popper, qui avait alors presque dix-sept ans, concernant la nécessité de critiquer les thèses établies. Selon Frederic Raphael, cet effusion de sang est relié au bref règne de Béla Kun dans la Hongrie voisine. Popper blâma le marxisme dont la thèse, se souvenait Popper, « est que, bien que la révolution puisse faire quelques victimes, le capitalisme en fait plus que la révolution socialiste dans son ensemble ». Il se demanda « si un tel calcul pourrait jamais être soutenu par la “science” ». Il décida que la pensée critique en science est importante. Cela, disait-il, fit de lui un « faillibiliste » et lui imprégna de « la valeur de la modestie intellectuelle ». Cela le rendit « particulièrement conscient des différences entre la pensée dogmatique et la pensée critique ».

Psychanalyse vignette|Sigmund Freud a développé les théories de la “psychanalyse”. Popper considérait que ces théories n'étaient pas scientifiques, car non réfutables.