L'expression « cancer du testicule » regroupe plusieurs types de tumeurs germinales du testicule.

C'est un cancer rare (1 % environ de tous les cancers) mais est en augmentation depuis plusieurs décennies. Il est aussi le cancer le plus fréquent chez l'homme de 15 à 35 ans.

Les deux testicules sont rarement touchés simultanément (1 à 2 % des cas), et après guérison d'un cancer du testicule, le risque de développer un cancer sur l'autre testicule est de 2 à 5 % dans les 25 ans.

La chimiothérapie par les sels de platine a depuis les années 1970 considérablement modifié le pronostic de cette maladie ; près de 80 % de ces cancers sont aujourd'hui guéris (tous stades confondus). L'efficacité du traitement étant fonction du type de cancer et de la qualité de la prise en charge, il justifie d'adresser les patients à des centres spécialisés.

Types de cancer du testicule La plupart (95 %) des cancers du testicule sont des tumeurs germinales, divisées en deux grands types histopathologiques : les séminomes (50 % des cas), qui auraient pour origine une prolifération anarchique de cellules de l'épithélium germinal du tube séminifère. Ils présentent un aspect hypoéchogène et hypovascularisé à l'échographie scrotale). Ils sont radiosensibles et leur pronostic est bon dans 95 % des cas, mais ils nécessitent un suivi du patient. Un leydigome est un séminome induit par prolifération de cellules de Leydig. Le séminome spermatocytaire représente moins de 1 % des cancers du testicule et touche le sujet âgé, avec un pronostic très favorable s'il est soignéFiche Inist/CNRS DECAUSSIN Myriam e al. Annales de pathologie ISSN 0242-6498, 2004. les cancers non-séminomateux, ou tumeurs germinales non-séminomateuses (TGNS) dont le pronostic est généralement moins bon. Ils présentent un aspect "hypoéchogène" où, dans la plupart des cas, le testicule gauche se développe de 30 % à 80 % environ à partir de l'âge de puberté et se présente comme tumeur « trétragénitale » à l'âge adulte : les carcinomes embryonnaires ; les choriocarcinomes ; les tératomes.

Épidémiologie

Le cancer du testicule reste rare (1 % environ des cancers, 2 % chez l'enfant), mais son incidence comme celle du cancer de la prostate augmente régulièrement depuis les années 1900, et plus nettement dans les pays à peau blanche depuis les années 1950 (augmentation d'un facteur 3 à 5 des années 1950 à 2000)page de l'ARTAC (avec statistiques, graphes, etc.). Les données manquent pour beaucoup de pays en voie de développement, mais ce cancer semble plus rare chez les populations noires africaines et chez les asiatiques que chez les personnes à peau blanchematsuda Tomohiro, Huygue Eric, Thonneau Patrick ; Incidence du cancer du testicule au niveau mondial, Andrologie, 2002, vol. 12, no2, , Éditeur : Méd, Paris, FRANCE (1991) (Revue)Fiche INIST CNRS, différence qui pourrait être d'origine génétique et/ou liée à l'environnement, à l'alimentation (graisse du lait ou galactose notamment Andreas Stang « » Cancer Epidemiol. Biomarkers Prev. (2006) 15(11): 2189-2195 (résumé), le gras du lait pouvant aussi avoir solubilisé des perturbateurs endocriniens) ou à certains traits culturels.

Il est devenu la tumeur la plus fréquente de l'homme jeune, au moins dans les pays riches à population blanche dominante.

En Europe Dans tous les pays où il est suivi par un registreExemple : registre de l'Américan academy of pediatrics (Section urologie) du cancer, hormis pour des raisons inexpliquées en Finlande, une fréquence accrue de ce cancer a été confirmée au début des années 1990 en Europe. En Europe, le Danemark semble le plus touché (4 fois plus que la proche Finlande qui compterait parmi les pays les moins touchés, et où la qualité du sperme semble la meilleure)Brève.

Il présente un gradient Ouest-Est dans les régions baltes, et un gradient Nord-Sud en Europe occidentale. Le record serait norvégien (prévalence en augmentation et deux fois plus élevée qu'en Suède Testikkelkreft og arv I dette norsk-svenske samarbeidsprosjektet skal gener som kan ha betydning for utvikling av testikkelkreft undersøkes. (Consulté 2010 03 13), elle-même plus touchée que la Finlande (Une étude norvégo-suédoise (en cours à ) vise à rechercher d'éventuels facteurs génétiques) . Son incidence a doublé dans plusieurs pays, dont en France de 1970 à 2000, dans toutes les régions où un suivi épidémiologique existaitGiwercman A, Skakkebaek NE. The human testis -- an organ at risk?, Int J Androl 1992;15:373-375, via Medline]. Les urologues français B. Boillot et R. MoalicCancer du testicule de l'enfant prépubère, Éd. Springer Paris ; 30 mars 2006 ; DOI:10.1007/2-287-31232-3, (imprimé) ; (Online) estiment que le nombre des tumeurs testiculaires pré-pubertaires augmente en France depuis plusieurs décennies (comme celles de l'adulte). L'incidence de ces deux cancers (pré- et post-pubertaire) réunis augmente de 3,4 % par an depuis 30 ans (alors que l'incidence des tumeurs non séminomateuses a diminué chez l'adulte de plus de 55 ans) ;

La croissance régulière et documentée depuis les années 1950 de l'incidence du cancer du testicule (TC) dans les pays développés connaît une exception temporelle : cette incidence semble avoir été nettement moins rapide pour les hommes nés durant la Seconde Guerre mondiale ou juste avant ou juste après, a constaté une étude norvégienneElin L. Aschim, Tom Grotmol, Steinar Tretli, Trine B. Haugen ; Is there an association between maternal weight and the risk of testicular cancer? An epidemiologic study of Norwegian data with emphasis on World War II ; International Journal of Cancer ; Volume 116 Issue 2, Pages 327 – 330 ; Online: 30 mars 2005 DOI: 10.1002/ijc.21044 publiée en 2005. Cette étude rétrospective a montré - sans vouloir tirer des conclusions définitives - qu'au vu des données disponibles, le poids moyen de la mère au moment de l'accouchement était (entre 1935 et 1955) corrélé au risque moyen de futur cancer du testicule pour les garçons nés à la même époque. Une explication pourrait être que le taux d'insuline augmente avec le poids de la mère, ce qui diminue le taux d’hormones se liant à la globuline, et par suite rend les œstrogènes plus biodisponibles pour un transfert transplacentaire. Ils ont alors chez le fœtus mâle une action de perturbateur endocrinien.

Le poids maternel pourrait donc augmenter le risque de cancer des testicules, voire de troubles hormonaux chez l'enfant mâle ainsi exposé in utero à une dose anormalement élevée d'œstrogènes lors du premier trimestre de la grossesse.

En Europe du Nord (cf. graphique ci-contre) la fréquence des séminomes et cancers non-séminomateux augmentent à la même vitesse (+ 2,6 % à + 4,9 % au cours de la période d'étude), avec de faibles différences entre les séminomes et tumeurs non séminomateuses, ce qui laisse supposer qu'ils ont au moins pour partie les mêmes causesRichiardi L, Bellocco R, Adami HO, Torrång A, Barlow L, Hakulinen T, Rahu M, Stengrevics A, Storm H, Tretli S, Kurtinaitis J, Tyczynski JE, Akre O. « » Cancer Epidemiol Biomarkers Prev. 2004 Dec;13(12):2157-66. (résumé)]) Freddie Bray « » Cancer Epidemiol. Biomarkers Prev. (2006) 15(4): 652-658 (résumé) et que ces causes pourraient être en partie au moins les mêmes que celles de la délétion de la spermatogenèse Møller H, Skakkebaek NE (1999), Risk of testicular cancer in subfertile men: case-control study. BMJ 1999; 318 doi:10.1136/bmj.318.7183.559 publié 27 February 1 BMJ 1999;318:559–62.. Dans ces pays, les taux d'incidence (pour tous les cancers, comme pour les séminomes et tumeurs non séminomateuses, pris séparément) dépendait principalement de la cohorte de naissance plutôt que du moment où le diagnostic a été fait, mais avec d'importantes différences géographiques, ce qui laisse penser que des facteurs environnementaux sont en cause. D'autres indices, nombreux, plaident donc pour des causes environnementales. nouveaux cas ont été enregistrés en 2005 et son incidence a augmenté de 2,5 % sur la période 1980-2005 Cancer, approche méthodologique du lien avec l'environnement, Ed. INSERM, expertise collective 2005, 92 p. (Communiqué, consulté 2008 10 04) et tout particulièrement pour les cancers de l'enfant, une exposition à des perturbateurs endocriniens ou à des produits cancérigènes in utero. Dans ce cas, ce cancer est un des éléments du Syndrome de dysgénésie testiculaire.

Incidence Il survient le plus souvent entre 20 et 40 ans, mais il existe trois pics de fréquence du cancer du testicule ; dans les premières années de la vie (avant 5 ans) et à la puberté. En France, 1 à 2 % des tumeurs solides du jeune enfant sont des cancers testiculaires ; Le jeune enfant représente 5 % des cancers du testicule si on n'inclut pas l'adolescence dans la période dite de l'enfance, et 0,5 % si on inclut cette période. Ces tumeurs augmentent un peu moins vite que chez l'adulte, mais néanmoins significativement (+ 1,3 % par an), ce qui est un indice de cause commune, probablement à un ou plusieurs stades utérins de développement des testicules. À la différence des tumeurs testiculaires de l'adulte qui nécessitent une ablation chirurgicale du testicule (orchidectomie) 29 à 48 % des tumeurs testiculaires prépubertaires sont moins malignes et permettent une chirurgie conservatrice. Un facteur associé de risque est une cryptorchidie (mais ce risque est plus associé au cancer de l'adulte qu'à celui de l'enfant prépubère) ; après la puberté, ce sont les cas les plus fréquents (fréquence maximale entre 25 et 35 ans) ; après 60 ans (plus rarement).

En 2008, le taux de patients opérés, standardisé à la population mondiale en 2008 était de 6,7 pour . Une augmentation annuelle moyenne de 2,5 % du taux était observée Kudjawu Y, Uhry Z, Danzon A, Bloch J. Cancer du testicule : évolution nationale et variations régionales du taux de patients opérés, 1998-2008 - Données hospitalières. Saint-Maurice: Institut de veille sanitaire; 2011. 35 p. [www.invs.sante.fr InVS].

En France L'InVS a produit en 2011 une étudeKudjawu Y, Uhry Z, Danzon A, Bloch J. Cancer du testicule : évolution nationale et variations régionales du taux de patients opérés, 1998-2008 - Données hospitalières. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2011. 31 p. ; ; (résumé) sur les cancers du testicule (pour la période 1998 - 2008) : depuis le milieu du , , augmentant en France de 2,5 % par an (pour 1980 - 2005). Les patients sont surtout des hommes de 20 à 64 ans, avec un âge moyen au diagnostic de 37 ans. En 2008, le nombre de cas opérés était de 6,7 pour . De fortes disparités régionales sont constatées mais non expliquées.

Une augmentation annuelle moyenne de 2,5 % du taux de ce cancer était observée, avec une forte disparité régionale observée (2004-2008), mais non expliquée, l'Alsace, Lorraine, Bretagne et Pays de la Loire étant les régions les plus touchées, au contraire du Languedoc-Roussillon et Île-de-France (les 2 régions les moins touchées).

L'InVS a aussi produit en 201126 mai 2011 une étude sur les malformations congénitales du petit garçon en France (pour la période 1998 - 2008). Ces malformations sont associées à une augmentation du risque de cancer du testicule. Le nombre d'interventions chirurgicales pour hypospadias (1,2 % des opérations) et cryptorchidies (1,8 % des opérations) chez le petit garçon de moins de 7 ans augmente en France métropolitaine (pour la période 1998 - 2008)Paty AC, Gomes do Espirito Santo E, Suzan F. Étude des cryptorchidies et hypospadias opérés en France de 1998 à 2008 chez le petit garçon de moins de 7 ans à partir des données du Programme de médicalisation des systèmes d'information (PMSI). Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire dépôt légal : avril 2011, 63 pages.

L'InVS travaille aussi un bilan de la situation actuelle de la fertilité masculine et des malformations urogénitales chez l’homme en France (cryptorchidies et hypospadias) et sur les cancers du testicule opérés, qui devait être publiée en .