Alexandre-César-Léopold Bizet, plus connu sous le nom de Georges Bizet, est un compositeur français né le à Paris et mort le à Bougival (Seine-et-Oise). C'est l'un des compositeurs les plus connus de la période romantique. Il l'est surtout pour ses opéras, dont le très populaire Carmen, et ses suites orchestrales, créés sur une courte période, puisqu'il meurt prématurément à l'âge de 36 ans.

Biographie Musicien surdoué vignette|gauche|Acte de baptême de Georges Bizet en date du en l'église Notre-Dame-de-Lorette de Paris. vignette|26, rue de la Tour d'Auvergne à Paris. Alexandre César Léopold Bizet est né le au 26 rue de La Tour-d'Auvergne à Paris (ancien )État civil reconstitué de Paris, Archives de Paris.. Son père, Adolphe Armand Bizet, d'abord installé comme coiffeur et perruquier, s'est reconverti dans l'enseignement du chant en 1837. Sa mère, Aimée Marie Louise Léopoldine Joséphine Delsarte, pianiste, lui enseigne les premiers rudiments de l'instrument.

Son oncle François Delsarte, professeur de chant, spécialiste de Gluck, est célèbre dans l'Europe entière. L'opéra et le piano marquent donc d'emblée de leur empreinte le destin du jeune homme.

L'enfant est baptisé sous le prénom Georges le en l'église Notre-Dame-de-Lorette à Paris, changement de prénom qui lui vaudra confusions et polémiques ; son parrain est Philippe Louis Brulley de la Brunière et sa marraine est Hyppolite Sidonie DaspresActe de baptême de l'année 1840, registre paroissial de l'église Notre-Dame-de-Lorette..

Georges, fils unique, montre très tôt des dons pour la musique et entre au Conservatoire de Paris à l'âge de neuf ans, dans la classe de piano d'Antoine François Marmontel. Il y obtiendra un premier prix de piano en 1851, puis un second prix en 1852, consulté le 8 mai 2011.. La même année, il entre dans la classe d'orgue de François Benoist.

En 1853, il entre dans la classe de composition de Fromental Halévy, auteur de nombreux opéras (dont La Juive) et qui a compté Charles Gounod parmi ses élèves. Le jeune Bizet obtient un premier prix d'orgue et de fugue en 1854, puis un second prix en 1855. Il travaille également avec Pierre Zimmermann, le prédécesseur de Marmontel au Conservatoire.

À l'automne 1855, âgé d'à peine dix-sept ans, il compose en un mois sa première symphonie, en ut majeur, œuvre d'une grande vivacité, inspirée par la Première Symphonie de Gounod, dont il vient de publier une version pour piano à quatre mains. Sa symphonie en ut n'a été redécouverte qu'en 1933 dans les archives du Conservatoire de Paris et n'a été créée que deux ans plus tard à Bâle...

En 1857, son opérette Le Docteur Miracle, créée le , remporte le premier prix du concours d'opérette. En 1857, à l'âge de dix-neuf ans, il remporte avec sa cantate Clovis et Clotilde le prix de Rome de composition musicale, prestigieux tremplin à cette époque pour une carrière de compositeur et dont la récompense est un séjour de trois ans à la Villa MédicisL'Académie de France à Rome, que Napoléon Bonaparte avait transférée à la villa Médicis, accueillait de jeunes artistes pour leur permettre de se perfectionner dans leur art et leur demandait en retour de réaliser des travaux annuels envoyés et jugés à Paris. Ces travaux étaient appelés les « envois de Rome »..

Ce séjour en Italie loin de sa famille a une importance considérable dans la vie du jeune musicien, qui découvre le bonheur d'être libre, la beauté de Rome et de la nature qui l'entoure. Ce séjour heureux lui permet de s'épanouir et de s'affranchir des règles strictes imposées par l'école et par sa mère. Selon l'association Les Amis de Georges Bizet,

Pendant son séjour à l'Académie de France à Rome, il effectue les « envois » ordinaires : un opéra-bouffe en deux actes (1858-1859), Don Procopio, sur un livret de Carlo Cambiaggio ; une ouverture (1861), La Chasse d'Ossian ; un opéra-comique en un acte (1862), La Guzla de l'émir, sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré.

Vie matérielle et familiale difficile vignette|Caricature par Henri Meyer publiée dans DiogèneHebdomadaire français publié en 1867-1868. (1867). De retour en France, il se consacre à l'enseignement et à la composition. Il a à peine 25 ans, quand, en 1863, Léon Carvalho lui commande Les Pêcheurs de perles, sur un livret de Carré et Cormon, pour le Théâtre-Lyrique.

Berlioz, qui dit avoir apprécié « un nombre considérable de beaux morceaux expressifs pleins de feux et d'un riche coloris », en donne une critique très favorable dans le Journal des débats du . Cette œuvre est donc un succès encourageant pour le jeune compositeur et connaîtra dix-huit représentations.

Pour honorer une commande, il compose en 1866 et fait jouer en 1867 La Jolie Fille de Perth, opéra en 4 actes sur un livret médiocre de J. H. V. de Saint-Georges et de J. Adenis, librement adapté du roman homonyme de Walter Scott. vignette|left|Plaque au 22 rue de Douai (hôtel Halévy) où Bizet débuta la composition de Carmen.

Il épouse le Geneviève Halévy, fille de son professeur de composition, Fromental Halévy, mort sept ans plus tôt, et de Léonie Rodrigues-Henriques. Le compositeur a 30 ans et la jeune femme vingt ans. Il entre ainsi par son mariage dans la famille Halévy, une grande famille juive, qui compte à cette époque dans la société française. Son beau-père avait été membre de l'Institut et secrétaire perpétuel de l'Académie des beaux-arts, tandis que Ludovic Halévy, le librettiste de talent qui composera, avec Henri Meilhac, le livret de Carmen, est le cousin germain de Geneviève.

Le couple s'installe dans un hôtel particulier 22, rue de Douai au sein de la Nouvelle Athènes. à Paris. La jeune épouse met au monde un fils, Jacques (1872-1922), qui comptera parmi les meilleurs amis de jeunesse de Proust.

Georges Bizet réalise de nombreuses transcriptions pour piano d'œuvres lyriques à la mode pour le compte des éditeurs Choudens et Heugel. Pendant la guerre de 1870, il s'engage dans la Garde nationale, puis part pour Libourne. Il revient au Vésinet, auprès de son père, puis en 1871 à Paris, après la Commune. La même année, il tire une Petite suite d’orchestre de ses Jeux d'enfants, pour piano à quatre mains. Elle sera créée le , au théâtre de l'Odéon, par Édouard Colonne. Djamileh est jouée la même année à l'Opéra-Comique, mais est arrêtée après onze représentations..

Pour la pièce de théâtre L'Arlésienne d'Alphonse Daudet, il compose une musique de scène ; mais l'œuvre, jouée au théâtre du Vaudeville le , est retirée de l'affiche après vingt représentations. Bizet extrait de sa musique une suite orchestrale qui, créée le mois suivant aux Concerts Pasdeloup, remportera un succès qui ne s'est jamais démenti depuis. Il l'adapte également pour piano à quatre mains. Patrie, pour orchestre, est jouée fin 1872, par les Concerts Pasdeloup au cirque d'Hiver.

À l'image d'un Rossini, Bizet imaginait une vie matérielle confortable, une « vie de rentier », grâce à quelques succès rapides à l'Opéra-Comique qui ne se produisirent jamais. Les Pêcheurs de perles, La Jolie Fille de Perth, Djamileh, L'Arlésienne n'ont pas été de grands succès couronnés de nombreuses représentations. Sa vie a été dévorée par les travaux alimentaires pour les éditeurs et par les leçons de piano. « Je travaille à me crever… » — « Je mène une existence insensée… », écrit-il dans ses lettres.

Sa vie familiale n'est pas plus heureuse. Il ne peut pas partager ses difficultés et ses soucis avec son épouse Geneviève, nerveusement fragile et dont la coquetterie lui aurait inspiré l'héroïne de Carmen, selon le témoignage de son cousin Louis Ganderax. Le bonheur initial de leur mariage ne dure pas et, en , Geneviève le quitte pour aller vivre chez son cousin Ludovic Halévy, mais elle regagne le domicile conjugal six mois plus tard. Il y a alors des rumeurs de liaison entre lui et la cantatrice principale Célestine Galli-Marié, tandis que sa femme avait une liaison avec le pianiste Élie Delaborde.. Son fils Jacques n'a que trois ans à sa mort.

Carmen, mort de Bizet vignette|gauche|La maison de Bizet à Bougival (1900). En 1875, il s'installe dans le petit village de Bougival pour terminer l'orchestration de Carmen et honorer cette nouvelle commande de l'Opéra-Comique qui voulait « une petite chose facile et gaie, dans le goût de notre public avec, surtout, une fin heureuse » (cité par les Amis de Georges Bizet). Le musicien appréciait le calme du site au bord de la Seine.

Il faudra toute la ténacité de Bizet et de Ludovic Halévy, son librettiste, pour convaincre le directeur de l'Opéra-Comique d'accepter cet opéra si différent de ses aspirations.

Après trois mois de travail sans répit et pages de partition, Carmen, son chef-d'œuvre, est prêt. Son livret est signé par Henri Meilhac et Ludovic Halévy qui ont déjà écrit les livrets des plus célèbres opéras-bouffes de Jacques Offenbach : La Belle Hélène, La Vie parisienne et La Périchole.

Bizet assiste à toutes les répétitions, qui se révèlent épuisantes : il se heurte aux chanteurs qui n'ont pas l'habitude de bouger en scène ni de jouer leurs personnages avec le naturel que Bizet attend d'eux, aux musiciens qui trouvent cet opéra trop difficile et à la mauvaise humeur du directeur, exaspéré par le thème de la pièce qu'il trouve indécent. Le , il est fait chevalier de la Légion d'honneur, le jour de la première de Carmen qui se révèle être un désastre. Les musiciens et les choristes sont médiocres, les changements de décor prennent un temps considérable si bien que la salle se vide peu à peu. Le public et la critique sont scandalisés par cette histoire sulfureuse, que la presse du lendemain condamne au nom de la morale. Bizet en est bouleversé. vignette|Plaque commémorative sur la maison de Bizet à Bougival. vignette|Tombe de Bizet au cimetière du Père-Lachaise.|alt=Tombeau de Bizet édifié par Charles Garnier au cimetière du Père-Lachaise Il contracte une angine, mais il décide, contre tous les avis, de se réfugier dans sa maison de Bougival.

Le , il se baigne dans l'eau glacée de la Seine et est pris dès le lendemain d'une crise aiguë de rhumatisme articulaire. Lors d'une représentation, Bizet a une rupture d’anévrisme au moment où Célestine Galli-Marié, chantant avec le « trio des cartes » au troisième acte, retournait

Il meurt d'un infarctus à Bougival dans la nuit du 2 au , à l'âge de 36 ans. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 68). Sur son lit de mort, il révèle à son épouse que Jean, l'enfant de la bonne familiale Marie Reiter né en 1861, est de lui, et non de son père Adolphe, et fait promettre à Geneviève d'en prendre soin, ainsi que de garder Marie à son service.

Le est inauguré le tombeau érigé par l'architecte de l'Opéra Charles Garnier : un sarcophage recouvert d'un toit en bâtière est taillé dans la pierre rouge jurassienne de Sampans ; une stèle en forme de pyramide tronquée est ornée d'une lyre de bronze symbolisant son art, enlacée par une couronne de lauriers.. Cette stèle porte le buste du compositeur, œuvre de Paul Dubois, qui est volé en . Restitué à la Ville de Paris, il a retrouvé sa place au sommet de la stèle à l'occasion d'une campagne de restauration menée en .

Grâce à l'action de Jorge Chaminé, soutenu par des artistes comme Teresa Berganza et Plácido Domingo, une campagne de financement participatif est lancée en 2017 pour la sauvegarde de la maison de Bizet à Bougival, et la création du Centre européen de musique..

Gloire de Carmen vignette|Carmen et Don José. Le succès extraordinaire de Carmen tient à sa musique, Il tient également à la très grande unité entre le livret et la musique, entre la dramaturgie et le chant.