LUniversité de la Suisse italienne (en italien: , abrégée USI) est une université publique suisse située dans le canton du Tessin. Son siège principal se trouve à Lugano, avec des implantations à Mendrisio et Bellinzone. Elle est la seule université publique suisse dont la langue institutionnelle principale est l'italien; plusieurs programmes, notamment au niveau master et doctorat, sont également proposés en anglais.
Instituée par une loi cantonale du et ouverte aux étudiants le , l'université appartient au système suisse des hautes écoles coordonné par swissuniversities. Sa création s'inscrit dans une longue histoire de projets universitaires au Tessin et a marqué l'intégration institutionnelle de la Suisse italienne dans le paysage universitaire suisse.
L'USI comprend cinq facultés: communication, culture et société; sciences économiques; informatique; sciences biomédicales; et l'Académie d'architecture de Mendrisio. Les activités d'enseignement et de recherche sont réparties entre les campus de Lugano, Mendrisio et Bellinzone, avec plusieurs instituts affiliés ou conjoints dans les domaines de l'intelligence artificielle, des sciences biomédicales, de l'oncologie, de la finance et de la physique solaire.
L'université compte environ étudiants pour l'année académique 2025-2026, provenant de plus d'une centaine de pays. Elle figure dans plusieurs classements universitaires internationaux, notamment le QS World University Rankings et le Times Higher Education World University Rankings, et se distingue dans les classements consacrés aux universités de petite taille ou de création récente.
Histoire Origines et projets antérieurs L'idée d'un établissement universitaire dans le canton du Tessin remonte à plusieurs siècles. Des projets d'enseignement supérieur sont attestés dès la fin du , lorsque des initiatives liées aux Somasques puis aux Jésuites envisagent la création à Lugano d'un centre d'études supérieures, dans un contexte marqué par le développement de l'enseignement catholique après le concile de Trente. Ces premières tentatives n'aboutissent pas, notamment en raison des contraintes politiques, financières et institutionnelles propres aux territoires de la Suisse italienne sous l'Ancien Régime.
Au , la question réapparaît dans le cadre de la construction de l'État cantonal moderne. En , le Grand Conseil du canton du Tessin approuve un projet d'académie cantonale soutenu par Stefano Franscini, figure majeure du libéralisme tessinois et futur conseiller fédéral. Le projet vise à doter le canton d'un établissement de formation supérieure capable de répondre aux besoins culturels, administratifs et professionnels du territoire. Il n'est cependant pas réalisé, en raison de difficultés financières et des rivalités entre Locarno, Bellinzone et Lugano, chacune de ces villes souhaitant accueillir la future institution.
Au cours du , plusieurs propositions sont étudiées sans parvenir à une réalisation institutionnelle. Elles concernent notamment une école supérieure de culture italienne, une école supérieure de la Suisse italienne et un institut de culture de la Suisse italienne, destinés à renforcer la présence académique, linguistique et culturelle de la région italophone dans le système suisse. Ces projets, bien qu'inaboutis, contribuent à maintenir dans le débat public l'idée d'une institution universitaire propre au Tessin.
Le projet CUSI et le référendum de 1986 vignette|Affiche en faveur du projet de Centre universitaire de la Suisse italienne lors du référendum cantonal de 1986. Dans les années 1970 et 1980, le débat prend une forme plus institutionnelle avec le projet de Centro Universitario della Svizzera Italiana (CUSI), ou Centre universitaire de la Suisse italienne. L'initiative est conçue comme une structure de formation post-universitaire et de recherche, orientée notamment vers les sciences régionales, les études humanistes, les approches interdisciplinaires et la formation continue de cadres administratifs et professionnels.
Le projet est soutenu par le conseiller d'État Carlo Speziali, alors responsable du département cantonal de l'instruction publique. Après plusieurs années de préparation, le Grand Conseil du canton du Tessin adopte le projet le , marquant le premier engagement institutionnel concret du canton en faveur d'une structure universitaire autonome.
La décision est toutefois contestée par un comité référendaire, qui critique les coûts du projet, son opportunité institutionnelle et la capacité du canton à soutenir durablement une telle structure. Le , le projet est rejeté en votation populaire par voix contre voix favorables, avec une participation de 41,5 %. L'échec du CUSI interrompt le processus, mais clarifie les résistances politiques, financières et territoriales qui devront être surmontées lors des initiatives ultérieures.
Initiatives fédérales et cantonales des années 1990 Au début des années 1990, le projet universitaire est relancé dans un contexte marqué par une attention accrue au pluralisme linguistique et à la représentation de la Suisse italienne dans le système académique national. En mai 1990, un groupe d'universitaires, de professionnels et d'intellectuels publie dans Libera Stampa un manifeste en faveur d'une université dans la Suisse italienne, en soulignant la nécessité de renforcer la présence de la langue italienne dans l'enseignement supérieur suisse.
Le conseiller fédéral Flavio Cotti, originaire du Tessin, apporte également son soutien au projet. Dans un discours prononcé à Poschiavo le , il rattache la création d'une université en Suisse italienne à la valeur du multilinguisme et à la représentation équilibrée des langues nationales dans la vie culturelle et scientifique de la Confédération.
Dans ce contexte, le Conseil d'État tessinois confie à l'architecte et urbaniste Pier Giorgio Gerosa l'élaboration de rapports stratégiques sur la politique universitaire cantonale. Ces études, produites entre 1991 et 1993, envisagent une université organisée en plusieurs facultés, intégrée au système académique suisse et orientée vers des domaines compatibles avec les besoins économiques, culturels et professionnels du canton.
Parallèlement, un projet d'académie d'architecture est développé autour de l'architecte Mario Botta, avec le soutien du conseiller d'État Giuseppe Buffi et du syndic de Mendrisio Carlo Croci. Bien que la proposition initiale d'une académie nationale d'architecture ne soit pas retenue au niveau fédéral, elle trouve un fort appui au Tessin et devient l'un des deux pôles fondateurs du futur établissement.
À Lugano, le syndic Giorgio Giudici et la municipalité soutiennent un projet universitaire fondé sur les sciences économiques et les sciences de la communication. En 1993, la ville confie aux économistes Mauro Baranzini, Sergio Cigada et Lanfranco Senn l'élaboration d'un projet scientifique et institutionnel; Luigi Dadda et Remigio Ratti rejoignent ensuite le groupe de travail, contribuant à consolider l'architecture académique de la future université.
Fondation et ouverture vignette|Vote du Grand Conseil tessinois sur la loi instituant l'Université de la Suisse italienne, le 3 octobre 1995. En mars 1995, le Conseil communal de Lugano approuve le projet relatif aux facultés de sciences économiques et de sciences de la communication. Le , le Grand Conseil du canton du Tessin adopte la loi instituant l'Université de la Suisse italienne. L'établissement est conçu comme une université publique cantonale organisée autour de trois composantes initiales: les facultés de Lugano et l'Académie d'architecture de Mendrisio.
À Lugano, l'installation de l'université est liée à la reconversion de l'ancien Ospedale Civico, situé dans le quartier de Molino Nuovo. Le complexe hospitalier, construit au début du et désaffecté après le transfert des activités sanitaires vers le nouvel hôpital de la colline de Ricordone, offre un ensemble bâti susceptible d'être adapté rapidement à des fonctions administratives, pédagogiques et de services universitaires. Le choix de ce site permet d'inscrire le nouvel établissement dans un tissu urbain existant et de transformer une ancienne infrastructure publique en noyau académique.
vignette|Travaux de reconversion de l'ancien Ospedale Civico de Lugano en campus universitaire dans les années 1990. Les bâtiments de l'ancien hôpital sont progressivement adaptés aux besoins de l'université naissante. Les travaux portent sur la transformation des espaces de soins en bureaux, salles d'enseignement, espaces administratifs et services aux étudiants. Cette opération donne naissance au campus de Lugano Ouest, qui devient le siège historique et administratif de l'USI.
vignette|Cérémonie d'ouverture des cours de l'USI à Lugano, le 21 octobre 1996. Les premiers cours sont ouverts le , après l'avis favorable du Conseil suisse de la science. Marco Baggiolini devient le premier président de l'université, tandis que Mauro Dell'Ambrogio assume la fonction de secrétaire général. Dans ses premières années, l'établissement est présenté par la presse suisse comme une institution de petite taille, encore en phase de consolidation, mais appelée à jouer un rôle croissant dans le paysage universitaire national.
En 2000, l'USI décerne ses premiers diplômes et le Conseil fédéral reconnaît le Tessin comme neuvième canton universitaire suisse. Cette reconnaissance marque l'intégration définitive de l'université dans le système suisse des hautes écoles et donne au canton un statut comparable à celui des autres cantons universitaires.
Développement institutionnel En 2001, l'USI adopte les principes du processus de Bologne, parmi les premières universités suisses à restructurer ses cursus selon ce modèle. Cette orientation renforce l'intégration de l'université dans l'espace européen de l'enseignement supérieur et accompagne le développement de programmes de bachelor, de master et de doctorat.
La structure académique s'élargit ensuite au-delà des trois composantes fondatrices. La faculté d'informatique est créée en 2004, dans un contexte de développement rapide des technologies de l'information et des sciences computationnelles. Dans le domaine biomédical, l'université renforce ses liens avec les instituts scientifiques de Bellinzone: l'Institut de recherche en biomédecine est affilié à l'USI à partir de 2010, puis la faculté des sciences biomédicales est créée en 2014.
En 2015, l'université adopte une réforme de gouvernance qui introduit un rectorat et un Sénat académique. Cette transformation clarifie la distinction entre les fonctions stratégiques, administratives et académiques de l'institution. En 2016, le mathématicien Boas Erez devient recteur de l'USI.
Le campus de Lugano Est est inauguré le . Situé dans le quartier de Viganello, sur l'ancien site industriel Campari, il est développé comme un pôle commun entre l'USI et la SUPSI. Le projet, connu sous le nom de Zenobia lors du concours, accueille notamment la faculté d'informatique, une partie de la faculté des sciences biomédicales et l'Institut Dalle Molle d'études sur l'intelligence artificielle.
Évolutions récentes En juillet 2023, l'économiste Luisa Lambertini, ancienne professeure à l'École polytechnique fédérale de Lausanne, devient rectrice de l'université. Elle est la première femme à occuper cette fonction à l'USI.
En décembre 2025, l'université annonce sa démission de la fonction de rectrice, avec effet au . Le prorecteur Gabriele Balbi est nommé recteur par intérim à compter du .