La Tunisie, en 1956, devient un pays indépendant après avoir connu le protectorat français de 1881 à 1956.. Son premier président de la République est Habib Bourguiba, remplacé en 1987 par Zine el-Abidine Ben Ali. Ce dernier doit quitter son pays, le , sous la pression d'une révolte populaire, rapidement devenue révolution.

vignette|Manifestation en France en hommage à Mohamed Bouazizi, le . L'acte désespéré de son immolation, lui qui préférait « mourir plutôt que de vivre dans la misère », enclenche la chute du régime tunisien dix jours après l'annonce de sa disparition ; cette révolution sera le premier acte du « Printemps arabe ».

Instauration de la république

Circonstances de la naissance de la république

vignette|Déclaration relative à la création de l'assemblée constituante de 1956.

Trois jours après l'indépendance, le ., une assemblée constituante est élue en application du décret du . pris sur proposition du Premier ministre Tahar Ben Ammar. Elle a pour but d'élaborer une nouvelle Constitution que le souverain Lamine Bey s'engage alors à promulguer sans modification.

Nommé Premier ministre en 1956, Habib Bourguiba accepte dans un premier temps de gouverner sans régner. Au cours des premiers mois de son gouvernementLe gouvernement Bourguiba du est constitué ainsi : Habib Bourguiba (président du Conseil, Affaires étrangères et Défense nationale), Bahi Ladgham (vice-président du Conseil), Mongi Slim (ministre d'État), Taïeb Mehiri (Intérieur), Ahmed Mestiri (Justice), Hédi Nouira (Finances), Ferjani Bel Haj Ammar (Économie nationale), Mahmoud El Materi (Santé publique), Mustapha Filali (Agriculture), Ezzeddine Abassi (Travaux publics), Mahmoud Khiari (PTT), Lamine Chebbi (Éducation nationale), André Barouch (Urbanisme et Habitat), Mohamed Chakroun (Affaires sociales), Béchir Ben Yahmed (Information) et Azzouz Rebaï (Jeunesse et Sport)., il manifeste au souverain une certaine considération et mène son action gouvernementale dans la tradition de la cour beylicale imposant la délibération des décrets en Conseil des ministres et leur présentation à la sanction du souverain lors de la cérémonie du sceau qui se déroule au palais beylical tous les jeudis. C'est ainsi que le bey appose son sceau sur un certain nombre de décrets réformateurs :

: abolition des privilèges des princes et princesses. ; : définition du régime juridique de la nationalité ; : mise en place du Code du statut personnel qui donne aux femmes un statut émancipé dans le monde arabo-musulman.. ; : institution de l'Ordre de l'Indépendance. ; : abolition du régime des habous privés et mixtes représentant plus du tiers des terres cultivables en Tunisie..

Pourtant, au cours des travaux de la constituante, Bourguiba choisit d'instruire le procès de la dynastie régnante. Il prononce un véritable réquisitoire contre les Husseinites et, plus particulièrement, leur dernier représentant : Lamine Bey. En l'absence des accusés ou de leurs représentants, personne, à l'exception de quelques députés défendant la mémoire de Moncef Bey, ne tempère la violence du discours accusateur, n'en contredit le contenu ou ne conteste les faits invoqués.

C'est ainsi que la monarchie est abolie par la constituante le .. Bourguiba en est désigné président en attendant l'entrée en vigueur de la nouvelle Constitution qui est promulguée le ..

Causes de la proclamation de la république

La plupart des commentateurs définissent les causes de la proclamation de la république par la conjonction de plusieurs facteurs dont la défaillance de la dynastie régnante.

vignette|Proclamation de la république.

La dynastie n'est pas authentiquement tunisienne : son fondateur, Hussein Bey, serait un « renégat chrétien d'origine grecque ».. En réalité, il est un Kouloughli, c'est-à-dire qu'il est issu du mariage d'un Grec converti à l'islam et d'une Tunisienne ; : l'âge moyen des souverains à leur accession au trône s'établit pourtant à et ; La dynastie s'est compromise avec l'occupant français « pour la sauvegarde d'un semblant de pouvoir » : le bey dispose pourtant du pouvoir de rejeter les projets qui ne relevaient pas des compétences exclusives de la résidence générale. Toutefois, si le souverain dispose de ce pouvoir, encore faut-il que les circonstances le lui permettent. Ainsi, la peur de la rupture joue un rôle majeur dans un certain nombre d'épisodes :

En 1943, les généraux Henri Giraud et Alphonse Juin déposent Moncef Bey.

Présidence Bourguiba (1959-1987) Construction d'un État moderne

vignette|Portrait officiel du président de la République Habib Bourguiba en 1960.

Le gouvernement se consacre, sous la direction de Bourguiba, à la réalisation de ses programmes relatifs au parachèvement de la souveraineté nationale et à la modernisation de la société. La politique suivie par l'État s'articule autour de trois axes : politique et social, culturel et éducatif.

Les principales institutions tunisiennes sont « tunisifiées » comme la sûreté intérieure et extérieure, la magistrature, l'information, l'appareil diplomatique et l'administration. Les nouveaux corps des gouverneurs et des délégués sont créés et les fonctionnaires français sont remplacés par des fonctionnaires tunisiens. Bien que l'islam reste la religion d'État (le président doit par exemple être de religion musulmane), le pouvoir des chefs religieux est grandement réduit. L'indépendance monétaire est réalisée, le , par l'instauration de la Banque centrale de Tunisie, et, le , par la création du dinar tunisien. Afin de combattre l'analphabétisme, dont le taux est encore extrêmement élevé à l'époque, la loi du , destinée à permettre l'avènement d'une « école nouvelle, moderne, unifiée, gratuite et universelle » est promulguée. En dépit du fait que l'objectif de scolarisation fixé par la réforme n'est pas atteint dans les délais prévus, du fait de la croissance démographique rapide, les résultats sont positifs dans l'ensemble, car l'école devient omniprésente, même dans les zones les plus reculées.

Crise de Bizerte

Peu après l'indépendance, un contentieux, connu sous le nom de « crise de Bizerte », oppose le pays à la France à propos du port du même nom. En effet, l'ancienne puissance coloniale conserve cette base navale stratégique pour maintenir son influence sur la rive sud de la mer Méditerranée. En 1961, dans un contexte d'achèvement prévisible de la guerre d'Algérie, la Tunisie revendique la rétrocession de la base de Bizerte. La réaction militaire française devant les agissements tunisiens est extrêmement ferme. La crise fait près d'un millier de morts (essentiellement Tunisiens).

Peu de temps après, la France cède la base, finalement rétrocédée le ..

Échec de l'expérience socialiste

vignette|Ahmed Ben Salah (à droite).

Les et marquent un tournant dans l'histoire de la Tunisie indépendante. En 1962 naît le « socialisme destourien » lorsque le Conseil national du Néo-Destour proclame l'adoption du socialisme. En 1963, le Néo-Destour adopte alors le régime du parti unique.. Ces deux décisions signifient que l'État devient le premier et unique responsable des destinées économiques, sociale et politique du pays, à la manière des régimes totalitaires apparus en Europe de l'Est aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, et le champ de l'initiative privée est réduit à sa plus simple expression. Toute activité politique hors du cadre des structures du parti est interdite. Le développement de la société civile est interrompu par l'imbrication poussée à l'extrême entre le parti et toutes les organisations et associations. L'option en faveur du socialisme comme doctrine économique est déterminante dans le choix du système du parti unique, lequel choix est précipité par le complot avorté de 1962 dans lequel trempent des officiers subalternes, d'anciens résistants et d'anciens partisans de Ben Youssef. Un système autocratique est ainsi né.

Le ministre Ahmed Ben Salah est le principal bénéficiaire de la nouvelle orientation adoptée par le régime. Il se consacre alors à la mise en application de son programme économique et social, fort du soutien total de Bourguiba mais en l'absence de toute forme de contrôle et sans avoir à rendre des comptes. Le ., les terres détenues par les colons français, et qui s'étendent sur près de ., sont nationalisées.

Toutefois, Ben Salah est rapidement confronté à de nombreux obstacles, au point que Bourguiba se trouve dans l'impossibilité de continuer à le protéger, surtout lorsque l'expérience de collectivisation forcée se retrouve dans l'impasse. Son échec est reconnu officiellement, la politique socialiste abandonnée et Ben Salah désavoué. Le Conseil de la République, qui est alors la plus haute instance exécutive du pays, décide officiellement l'abandon de la collectivisation, le .. Ben Salah est limogé et exclu du Néo-Destour, devenu entre-temps le Parti socialiste destourien, le avant d'être envoyé devant la Haute Cour pour être jugé.

Timide reprise économique Après une période de « pause de réflexion », Bourguiba choisit Hédi Nouira, connu pour son opposition irréductible à la collectivisation, comme Premier ministre. Le nouveau gouvernement prend rapidement des dispositions destinées à éliminer les séquelles de la collectivisation dans le sens de la réhabilitation du secteur privé et de la redynamisation de l'économie tunisienne, désormais au cœur des préoccupations du gouvernement durant toutes les années 1970, au détriment des préoccupations d'ordre social, culturel ou éducatif.

vignette|Hédi Nouira et Bourguiba en 1974.

Cette décennie se caractérise par la priorité accordée à la rentabilité économique des investissements de l'État, au détriment du rendement social, ainsi que par une modification fondamentale au niveau du rythme d'accroissement de l'endettement extérieur (taux d'endettement par rapport au PIB passant de 21,8 % en 1962 à 45 % en 1981), l'industrie comptant de plus en plus sur l'importation (pièces de rechange, machines-outils, etc.). Des législations incitatives pour les investissements étrangers sont mises en place.

En dépit de certains déséquilibres enregistrés durant cette période, cette décennie est celle de la réaffirmation de la prééminence du rendement et de la rentabilité économiques, ce qui entraîne l'accroissement du rythme de la production et la réalisation d'une vraie embellie économique, surtout durant la première moitié des années 1970, à la faveur du renchérissement des hydrocarbures (la Tunisie dégageant alors un excédent exportable) et de la succession de plusieurs années pluvieuses pour l'agriculture. Mais, dès que les cours du pétrole et la pluviométrie cessent d'être favorables, les incidences négatives de l'orientation libérale se révèlent au grand jour sur le plan social.

Crise généralisée

Dans ce contexte économique, de nombreuses crises émergent : Crise des universités : Elle consiste en la multiplication des troubles et tensions qui connaissent leur paroxysme avec les évènements du printemps 1968 et l'entrée de l'université dans une crise profonde qui faillit compromettre jusqu'à son existence et son patrimoine scientifique et cognitif durant les années 1960 et jusqu'au milieu des années 1980. Affrontements avec l'Union générale tunisienne du travail : La crise culmine avec le mot d'ordre de la grève générale du qui donne lieu à des heurts entre forces de l'ordre et manifestants et à l'intervention de l'armée. Les émeutes font et .