Lycophron de Chalcis (en grec ancien / ) est un poète grec du , né dans les années 320 av. J.-C. à Chalcis en Eubée, et mort vers (ou peut-être vers 250). Il fut un auteur connu, qui écrivit plusieurs tragédies. Il nous en reste une seule, célèbre déjà de son temps, intitulée Alexandra.

Éléments de biographie Il serait né à Chalcis, sur l'île d'Eubée. Encore jeune, il se rend à Alexandrie, du moins durant un certain temps, au cours de la première moitié du . C'était un érudit, et il était chargé de classer les comédies de la Bibliothèque d'Alexandrie, si bien qu'il a travaillé à établir un canon en veillant à la publication d'auteurs comiques. La chose est attestée par son traité intitulé Sur la comédie et les quelques fragments qui nous en sont restés. Il fut par ailleurs un auteur de tragédies, bien connu puisqu'il figurait parmi les sept membres de la Pléiade, qui regroupait sans doute des auteurs réputés pour leur excellence. Cette appartenance à un tel groupe fait d'ailleurs de lui, à son tour, un poète « canonique ».

Œuvre Tragédies Il ne reste de lui que des fragments des vingt tragédies en vers qu'il a composées, à l'exception du texte complet d'un poème tragique (monodrame) intitulé Alexandra. La Souda byzantine recense Éole, Symmakhoi (Les Alliés), Andromède, Chrysippe, Les filles d'Éole, Les filles de Pélops, Éléphénor, Héraklès, Hippolyte, Cassandreis, Laïos, Les Marathoniens, Ménédème, Nauplius, Œdipe (deux versions), Orphanos, Penthée, Les suppliantes, Télégone, L'Étranger (Alétès).

Il fut un ami du philosophe Ménédème d'Érétrie, sur lequel il écrivit une pièce satyrique intitulée Ménédème, — il nous en reste cinq lignes — , selon Diogène Laërce, un avis que ne partage toutefois pas Athénée de Naucratis : selon lui, Lycophron s'est moqué du philosophe et aussi des banquets de philosophesDiogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, (trad. française sous la direction de Marie-Odile Goulet-Cazé ; introd., trad. et notes de M.-O. Goulet-Cazéde, J.-F. Balaudé, L. Brisson, J. Brunschwig, T. Dorandi, R. Goulet, M. Narcy, Paris, Le Livre de poche, coll. « La Pochothèque », 1999, 1398 p. V. II, 133, p. 350 et note 4 ; II, 140, p. 355 et note 4.Athénée, Les Deipnosophistes, II, 55 et X, 420a-b .

Alexandra vignette|Dirck Metius, La Prédiction de Cassandre. Entre 1625 et 1630. Paris, Musée du Louvre. Une de ses pièces, Alexandra (Ἀλεξάνδρα, autre nom de la Troyenne Cassandre, fille du roi PriamCassandre est parfois prénommée « Alexandra ». ) longue de vers, nous est donc parvenu en entier. On en possède aussi des scholies, réalisées bien plus tard, au , par les frères Tzétzès.

Alexandra est une longue prédiction des malheurs réservés à la cité de Troie et aux Grecs venus l'assiéger après l'enlèvement d'Hélène par le frère de Cassandre (Pâris-Alexandre). L'auteur rapporte les prophéties de Cassandre-Alexandra le jour où son frère Pâris part vers la Grèce pour enlever HélèneQuatrième de couverture de la traduction parue chez L'Harmattan, 2008 (V. « Bibliographie »). Cette prédiction est faite par Cassandre, alors qu'elle se dirige vers Sparte, au moment où elle profère ses sinistres prophéties, comme l'explique le messager venu les rapporter à Priam, message dont la récitation mot pour mot du « dit d'Alexandra » à son maître constitue le corps du poème. Cette « litanie rapportée » est écrite par un Lycophron évidemment au fait de tous les événements « alors à venir ». Et l'auteur le fait dans un style « oraculaire », énigmatique et difficile (vocabulaire, syntaxe, références mythologiques, énigmes, anagrammes, assonances, allitérations, allusions à d'autres artifices tels que les palindromes et à la tradition du boustrophédon…). Sachant ce qui vase passer, Lycophron laisse donc, comme le messager du poème, la parole à une Cassandre qui mérite ici plus qu'ailleurs, selon certains auteurs modernes, son nom d'« Alexandra », celle qui porte malheur aux hommes et auxquels elle fait rempart en condamnant leurs folies meurtrières.

Le texte se compose donc de 1 474 vers, en trimètre iambique. Il accorde surtout une large place à une certaine intertextualité (Lycophron y retravaille, par exemple, les mots de lAgamemnon d'Eschyle), qui donne au texte une grande modernité, même si de tels chevauchements de contenus n'ont rien de surprenant dans la littérature antique, ni plus spécifiquement dans ce texte au genre décidément indéfini (parler de ou de ne suffit pas à résumer ses caractéristiques empruntant à des genres spécifiques divers), ni surtout dans un texte rédigé par un visiteur assidu de la Bibliothèque d'Alexandrie sous Ptolémée II Philadelphe, connu comme promoteur de la culture hellénistique, qui a chargé Lycophron, « poète grammairien », de classer les comédies de la Bibliothèque. Le texte contient dans sa dernière partie une référence à Alexandre le Grand qui voulait unir dans son grand empire l'Asie à l'Europe. Mais cette « révérence » n'est pas claire, l'interprétation des quelques vers concernés ne fait pas l'unanimité et il pourrait même s'agir d'une interpolation.

La langue et le style d'''Alexandra étaient déjà considérés comme difficiles et obscurs par les auteurs antiques eux-mêmes (comme Stace (Stace, Les Silves, V 3, 157). qui le qualifie d'obscur ou de noir, ou Lucien de SamosateLexiphanes, 25. (Lucien de Samosate, Œuvres complètes, Laffont, coll. « Bouquins », 2015, p. 692., qui parle de ). Clément d'Alexandrie considère que le poème . Mikhaïl Gasparov souligne que même la langue savante de Callimaque paraît simple et claire en comparaison de celle de Lycophron Mikhaïl Gasparov, Histoire de la littérature mondiale, 1983, tome I, p. 417..

Notes et références Notes

Références

Annexes

Bibliographie

Éditions et traductions de Lycophron

La Cassandre de Lycophron, traduction et notes par Félix Désiré Dehèque. Paris, A. Durand, 1853. (Lire en ligne)

+ Alexander W. Mair, Callimachus (Hymns and Epigrams), Aratus (Phaenomena), Lycophron (Alexandra), Cambridge, Harvard University Press, coll. « Loeb Classical Library », 1921. + Lorenzo Mascialino, Lycophronis Alexandra, Leipzig, Teubner, 1964. Pascal Quignard, Lycophron. Alexandra, Paris, Mercure de France, 1971 ; traduction rééditée et accompagnée d'un texte inédit du traducteur, sous le titre Lycophron et Zétès, Gallimard, coll. « Poésie » , 2010. + Massimo Fusillo, Guido Paduano et André Hurst, Licofrone. Alessandra, Milan, Guerini, 1991. Rééd. 2002. Valeria Gigante Lanzara, Licofrone. Alessandra, Milan, Rizzoli, 2000. Gérard Lambin, L’Alexandra de Lycophron, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005. Lycophron, Cassandre, (Traduction, notes et commentaire de ), Chambéry, Éditions Comp'Act, 2006. + Lycophron, Alexandra (Texte établi, traduit et annoté par André Hurst en collaboration avec Antje Kolde), Paris, Les Belles Lettres, 2008. Lycophron, Alexandra (Texte établi, traduit, présenté et annoté par Cédric Chauvin et Christophe Cusset), Paris, L'Harmattan, coll. « Études grecques », 2008.

Études

Maria Grazia Ciani, « Scritto con mistero. Osservazioni sull'oscurità di Licofrone », Giornale italiano di filologia, XXV, 1973, p. 132-148. Maria Grazia Ciani, Lexikon zu Lycophron, Hildesheim, Olms, 1975. Andrea Del Ponte, « Lycophronis Alexandra : la versificazione e il mezzo espressivo », Studi italiani di filologia classica, 53, 1981, p. 101-133. Peter Marshall Fraser, « Lycophron », dans S. Hornblower et A. Spawforth (éd.), The Oxford Classical Dictionary, Oxford, Oxford University Press, 1996, p. 895-97.

André Hurst, « Lycophron : la condensation du sens, le comique et lAlexandra », dans M. Trédé et P. Hoffmann (éd.), Le Rire des Anciens. Actes du colloque international, Université de Rouen, École normale supérieure, 11-13 janvier 1995, Paris, Presses de l'École normale supérieure, 1998, p. 177-187.

S. Josifović, « Lykophron », Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft. Suppl. XI, 1968, p. 888-930.

Pietro Luigi Leone, Scholia vetera et paraphrases in Lycophronis Alexandram, Galatina, Congedo, 2002.

Stephanie West, « Lycophron Italicised », Journal of Hellenic Studies, 104, 1984, p. 127-151. Stephanie West, « Lycophron’s Alexandra : “Hindsight as Foresight Makes No Sense”? », dans M. Depew et D. Obbink (éd.), Matrices of Genre. Authors, Canons, and Society, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2000, p. 153-166. Konrat Ziegler, « Lykophron (8) », Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, 1927, p. 2316-2382. Bernhard Zimmermann, « Lykophron (4) », Der neue Pauly. Enzyklopädie der Antike'', 1999, p. 569-570.

Liens externes

Bibliographie sur le site de l'université de Leyde

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