François Achille Bazaine, né à Versailles le et mort à Madrid le , est un général de division et maréchal de France.

Il combat en Algérie, en Espagne, en Crimée, en Italie puis commande le corps expéditionnaire français durant l'expédition du Mexique. Napoléon III le fait maréchal de France et sénateur du Second Empire en 1864 en récompense de sa conduite. Il est surtout connu pour avoir failli à sa tâche de commandant en chef de l'armée du Rhin et avoir ainsi contribué à la défaite française lors de la guerre franco-prussienne de 1870. Traduit en conseil de guerre en , il est condamné à mort. Sur les instances du jury qui vient de le condamner, le président de la République Mac Mahon commue sa peine en vingt ans de détention et supprime la dégradation qui était prévue.

Biographie Famille Il est le fils cadet du général de corps d'armée Pierre-Dominique Bazaine (1786-1838), polytechnicien (promotion X1803), ingénieur des ponts et chaussées de mérite de Napoléon , directeur de l'Institut des voies de communications de l'empire russe. Pierre-Dominique a effectué toute sa carrière dans l'Empire russe, notamment à Saint-Pétersbourg, dans le cadre d'un accord entre les empereurs Napoléon et Alexandre . Achille Bazaine est né le à Versailles, d'une liaison antérieure au mariage de son père, avec une lingère-mercière, Marie-Madeleine, Josèphe dite Mélanie Vasseur. Son frère aîné est Pierre-Dominique Bazaine (1809-1893), polytechnicien, ingénieur des ponts et chaussées et pionnier des chemins de fer français. Achille Bazaine fait des études à l'institution de Bardet, (ou Barbet), rue d'Assas, puis au collège Saint-Louis.

En 1834, il épouse Maria-Juane de la Soledad Gregorio Torno, qui mourra en 1860.

Le , il épouse Maria Josefa de la Peña y Pedraza.

Légion étrangère et Algérie Ayant échoué au concours d'entrée à l'École polytechnique en 1830, il s'engage comme simple soldat le au d'infanterie de ligne, il est nommé caporal le . Il passe caporal fourrier le et sergent fourrier en juillet.

C'est avec ce grade qu'il arrive à la Légion étrangère en août. Il y est nommé sergent-major, le , il accède à l'épaulette le et le , blessé au combat de la Macta d'un coup de feu au poignet, il est promu au grade de lieutenant et reçoit la croix de chevalier de la Légion d'honneur. Depuis 1834, il a rang de maître dans la franc-maçonnerie.

Avec la légion, il est cédé par Louis-Philippe à la reine d'Espagne, Christine pour combattre les Carlistes. Nommé immédiatement capitaine au titre espagnol, il commande une compagnie de voltigeurs puis il est attaché à l'état-major du colonel Conrad. Il est cité aux combats de Ponts en 1835, de Larminar en 1836, d'Huesca en 1837 et de en 1837, d'où il tire le corps du général Conrad des mains de l'ennemi, malgré une blessure par balle à la jambe droite. Il est attaché ensuite auprès du colonel Cariès de Senilhes, commissaire du gouvernement français à l'armée de la reine.

thumb|François Achille Bazaine avec sa femme et ses deux enfants.

En 1838, il rejoint le d'infanterie légère avec son grade français de lieutenant. Le , il retrouve ses galons de capitaine et la légion en Algérie. En 1840, il passe au de chasseurs à pied. Il prend une part aux expéditions de Miliana où il est cité, de Kabylie et du Maroc. Promu au grade de chef de bataillon, le , il est affecté au d'infanterie de ligne en qualité de chef du bureau arabe de Tlemcen. Il est promu officier de la Légion d'honneur après le combat de Sidi Kafir, le . Cité au combat de Sidi Afis, le , il passe au d'infanterie de ligne toujours chargé des relations arabes, en 1847. Il est cité au combat d'Afir pour sa contribution à la soumission d'Abdelkader en décembre. Promu lieutenant-colonel le , il est affecté au d'infanterie légère puis revient au d'infanterie de ligne le en qualité de commandant supérieur de la place de Tlemcen. Le , il est nommé colonel au de ligne et directeur des affaires arabes de la division d'Oran.

Le , il est placé à la tête du de la Légion étrangère et, le mois suivant, il commande la subdivision de Sidi bel-Abès, poste qu'il occupe jusqu'en 1854. C'est pendant ce temps de commandement qu'il épouse Maria Juaria Gregorio Tormo de la Soledad, le .

Guerre de Crimée (1854-1855) Le , il est admis en des officiers généraux avec le grade de maréchal de camp (général de brigade) et commande deux régiments de la Légion à l'armée d'Orient. Le , il devient commandant militaire de Sébastopol et général de division le suivant. Lors de la campagne de Crimée, il est blessé et cité au combat pendant l'attaque de la Quarantaine, avec un cheval tué sous lui, le même jour. En octobre, il gagne une autre citation et la cravate de commandeur de la Légion d'honneur pour la prise de la position de Kinbourn en Ukraine à l'embouchure du Dniepr, il en obtient la reddition en trois jours.

À son retour en France, il occupe des postes d'inspecteur de l'infanterie puis commande la militaire à Bourges.

Campagne d'Italie (1859) Commandant la d'infanterie du corps de Baraguey d'Hilliers, il est proche de la ligne des combats à Melegnano, le , et à Solférino le , où il a à nouveau un cheval tué sous lui lors de la conquête du cimetière ; il est de nouveau cité.

Expédition du Mexique (1862-1865) thumb|François Achille Bazaine en 1860.

De retour à Paris, il est nommé inspecteur général du puis du de l'infanterie. Le souvenir de l'Espagne lui fait suggérer à Napoléon III qu'on peut prêter la légion étrangère au nouvel empereur du Mexique. Cette idée deviendra celle de l'empereur.

Bazaine est ensuite désigné pour faire partie de l'expédition du Mexique.

vignette|300px|gauche|La population de Guadalajara se portant au devant du corps du général Bazaine à son entrée dans la ville.

Commandant la d'infanterie du corps expéditionnaire au Mexique le , son action est décisive lors de la prise de Puebla en 1863. Comme conséquence, il est cité puis est nommé à la tête du corps expéditionnaire en remplacement de Forey. Il reçoit encore une citation à la bataille de San Lorenzo et les insignes de grand-croix de la Légion d'honneur, le . Il est élevé à la dignité de maréchal de France et de sénateur du Second Empire par décret impérial du . Il commande en personne le siège d'Oaxaca en , à la suite de quoi, l'empereur le complimente et le décore de la médaille militaire, le .

Son épouse décède de pleurésie, au domicile de son beau-frère, alors qu'il est au Mexique. Une rumeur de suicide, reprise par le général Azan, dans le Dictionnaire de biographie française, serait consécutive à un adultère. Alors qu'il est encore au Mexique, Bazaine compromet une jeune fille de dix-sept ans, Maria-Josefa Pedraza de la Peña y Barragán, se fiance avec elle le puis l'épouse. Maximilien leur offre le palais de Buena Vista.

Ses relations avec l'empereur Maximilien deviennent tendues. Il est accusé de faire durer l'expédition contre la volonté de Napoléon III ce qui provoque son rapatriement. Le , il obtient le commandement du d'armée à Nancy et, l'année suivante, il commande le camp de Châlons puis remplace Regnaud de Saint-Jean d'Angély à la tête de la Garde impériale en .

Guerre franco-prussienne de 1870 thumb|Bataille de Saint-Privat Le , en pleine guerre, Bazaine est nommé commandant en chef de l'armée du Rhin qui, battue, s'efforce de se replier vers Châlons-sur-Marne pour y rejoindre des réserves et faire face aux troupes allemandes. Cependant, alors que s'offre à lui l'occasion de détruire plusieurs corps de l'armée ennemie à la suite de la bataille de Mars-la-Tour, le , il décide, à l'étonnement général de son état-major, de replier son armée de à Metz, se laissant ainsi couper de la France libre et donc de ses réserves. Deux jours plus tard, au soir de la bataille de Saint-Privat, le maréchal Canrobert demande désespérément et à plusieurs reprises des renforts à Bazaine, mais ne les obtient pas. Ce dernier, en effet, ne juge pas que Saint-Privat soit une bataille importante et refuse d'engager ses troupes de réserve, pourtant nombreuses. Aucun renfort n'est envoyé aux troupes françaises qui se battent héroïquement sur le plateau et Bazaine n'apparaît même pas sur le champ de bataille.

Dirigeant la seule véritable armée organisée de France à ce moment-là, il semble la considérer surtout comme un atout politique et tente de nouer des intrigues, notamment avec l'impératrice, probablement pour restaurer l'empire déchu depuis le , qui voit la proclamation de la République. Après la déclaration de la République le , Bazaine, après l'accord unanime de son état major, contacte l'ennemi en envoyant le général Napoléon Boyer. Après le , il tente de négocier avec le prince Frédérick-Charles afin d'obtenir l'autorisation d'une sortie de son armée « pour sauver la France d'elle-même », c'est-à-dire de la poussée républicaine, voire révolutionnaire, en marchant sur Paris avec ses . Il fera partir le général Bourbaki à Londres pour rencontrer l'impératrice Eugénie, mais celle-ci est favorable à la poursuite de la guerre, comme le capitaine Louis Rossel avec lequel il s'oppose vigoureusement. Il se rend ensuite à Tours, mais l'armistice est signé. Rossel ne veut pas trahir son pays et se rend à Paris (Rossel est le seul officier à rejoindre dès le la Commune de Paris). Finalement, les négociations souhaitées par Bazaine s'éternisent et les vivres viennent à manquer dans la cité messine.

Alors que depuis la chute de Sedan, le , il représente le dernier espoir du camp français, et approché notamment par un émissaire officieux, Edmond Régnier, il renonce à poursuivre le combat et capitule le Ordre général de rendre les armes donné à l'armée du Rhin le 28 octobre 1870 : Texte sur Wikisource.. Cette reddition est souvent expliquée par le manque de motivation de Bazaine à défendre un gouvernement qui correspondait de moins en moins à ses idées conservatrices. L'intéressé présente la situation différemment dans une lettre du au journal Le Nord : .

La nouvelle de cette reddition afflige la France, alors que le général Trochu ne parvient pas à desserrer l'étau allemand autour de Paris assiégée. Léon Gambetta, parti à Tours dans l'espoir de rassembler une armée de libération, comprend que sa tentative est désormais vaine et il lance une proclamation où il accuse explicitement Bazaine de trahison : Extrait du discours de Léon Gambetta (1870) sur assemblee-nationale.fr..

L'historien Albert Malet (mort au champ d'honneur, en 1915, à cinquante et un ans) a écrit : " Les mobiles de sa stupide et criminelle conduite n'ont pu être établis d'une façon certaine. Peut-être par ambition de jouer un grand rôle politique et de se rendre maître du pouvoir après le renversement de l'Empire, peut-être par conscience de sa nullité militaire, Bazaine au lieu de combattre entra en pourparlers avec Bismarck : […]."

Accusation de trahison et procès thumb|Caricature de Bazaine par Georges Lafosse parue dans Le Trombinoscope de Touchatout en 1873. vignette|Le conseil de guerre.