Pierre Teilhard de Chardin ()Jean-Marie Pierret, Phonétique historique du français et notions de phonétique générale, 1994., né le à Orcines dans le Puy-de-Dôme et mort le à New York, est un prêtre jésuite français, chercheur, paléontologue, théologien et philosophe...
Scientifique réputé, théoricien de l'évolution, Pierre Teilhard de Chardin est à la fois un géologue, spécialiste de la Chine du Carbonifère au Pliocène, et un paléontologue des vertébrés du Cénozoïque. Sa fréquentation régulière des paléoanthropologues qui étudiaient les premiers hominidés, tout juste découverts, l'incita à réfléchir à l'encéphalisation propre à la lignée des primates anthropoïdesHallam L. Movius, Jr., « Pierre Teilhard de Chardin, S.J., 1881-1955 », American Anthropologist, nouvelle série, vol. 58, n° 1, février 1956, ..
Dans Le Phénomène humain, il trace une histoire de l'Univers, depuis la pré-vie jusqu'à la Terre finale, en intégrant les connaissances de son époque (Claude Cuénot précise néanmoins que sa formation en physique se limite à « une physique prérelativiste et préquantique »). Il ajoute aux deux axes vers l'infiniment petit et l'infiniment grand la flèche d'un temps interne, celui de la complexité en organisation croissante, et constate l'émergence de la spiritualité humaine à son plus haut degré d'organisation, celle du système nerveux humain : pour Teilhard, matière et esprit sont deux faces d'une même réalité.
En tant que croyant, chrétien et prêtre de la Compagnie de Jésus, il donne un sens à sa foi chrétienne où l'adhésion personnelle à la véracité du Christ se situe à la dimension de la cosmogenèse, et non plus à l'échelle d'un cosmos statique comme l'entendait la tradition chrétienne se référant à la Genèse de la Bible. Il intègre la sélection naturelle et le hasard des mutations génétiques dans sa synthèse naturaliste., ce qui ne se compare donc pas au « dessein intelligent ». Son interprétation spirituelle est une démarche personnelle toujours discutée chez les théologiens catholiques..
Biographie Jeunesse et formation Marie-Joseph-Pierre Teilhard de Chardin est issu d'une très ancienne famille auvergnate de magistrats originaire de MuratLa lignée des Teilhard remonte à 1325, date de la première apparition d'un Pierre Teilhard (Pierre ) notaire à Dienne, gros bourg situé à faible distance de Murat. . et dont la branche a été anoblie sous le règne de Louis XVIII.
Il naît le au , à Orcines (Puy-de-Dôme), quatrième des onze enfants d'Emmanuel Teilhard (1844-1932), chartisteAnnonce de la réception du diplôme d'archiviste paléographe par Emmanuel Teilhard dans la Bibliothèque de l'École des chartes (1872)., et de Berthe Adèle de Dompierre d'Hornoy (1853-1936), nièce de Charles et d'Alexandre de Dompierre d'Hornoy, petite fille de Charles François de Dompierre d'Hornoy et arrière-petite-nièce de Voltaire.. De 1892 à 1897, il fait ses études au collège jésuite de Notre-Dame de Mongré à Villefranche-sur-Saône. En 1899, il entre au noviciat jésuite d'Aix-en-Provence. En octobre 1900, il commence son juvénat à la Collégiale Saint-Michel de Laval. Le 25 mars 1901, il prononce ses premiers vœux religieux. En 1902, il passe sa licence ès lettres à l'université de Caen. À partir de 1902, le combisme et les lois d'exceptions obligent les jésuites à quitter la France, et c'est sur l'île anglo-normande de Jersey qu'il reprend des études de philosophie, jusqu'en 1905. Doué pour les sciences, il devient professeur de physique au Collège jésuite de la Sainte Famille au Caire de 1905 à 1908. Les quatre années suivantes, il étudie la théologie dans le théologat d’Ore Place à Hastings dans le comté britannique du Sussex de l'Est.
C'est à la fin de cette solide formation théologique qu'il est ordonné prêtre, le 24 août 1911., à l'âge de 30 ans.
Début de carrière scientifique Dès 1904, il se lance dans des expéditions scientifiques, avec le père Félix Pelletier, qui aboutiront à une note qu'ils cosignent sur la minéralogie et la géologie de l'île de Jersey.. De 1905 à 1908, il enseigne la physique et la chimie au Collège de la Sainte Famille du Caire. Il explore l'oasis de Fayoum., le lac Mariout, Minieh (Minya) et le plateau du Mokattam. En 1908, il rédige une étude sur l’Éocène des environs de Minieh publiée en 1908 dans le bulletin de l'Institut égyptien...
En 1912, il quitte l'Angleterre et rend aussitôt visite à Marcellin Boule, paléontologue et directeur du laboratoire de paléontologie du Muséum national d'histoire naturelle, à Paris, qui venait d'étudier le premier squelette d'homme de Neandertal découvert en France (1908). Il deviendra un paléontologue de renom international dix ans plus tard, après une thèse poursuivie sous la direction de Marcellin Boule et consacrée à des carnassiers du Tertiaire, qui sera soutenue en 1922 à la Sorbonne.
Au début de sa carrière, dans les années 1910, Teilhard de Chardin s'est laissé abuser par une tromperie : l'homme de Piltdown, un supposé chaînon manquant entre les humains et les singes, un hominidé qui aurait été trouvé en Angleterre. Une étude en 1959 a démontré qu'il s'agissait d'une imposture, mais encore aujourd'hui on ne sait pas précisément qui en est l'auteur. Teilhard de Chardin fit partie des personnes soupçonnées d'avoir falsifié des restes humains ou d'avoir une quelconque forme de complicité dans cette mystification, alors que Charles Dawson était explicite dans l'article co-signé avec Smith Woodward, précisant qu'il était étranger à la découverte.. Toujours est-il qu'en 1920, s'alignant sur son maître Marcellin Boule qu'il avait informé de la découverte en juillet 1912 avant même la publication, et qui sut y distinguer une mandibule de singe et un neurocrâne d'homme, il conseilla de n'apporter aucun crédit à l'homme de Piltdown....
L'expérience de la Première Guerre mondiale vignette|redresse|Panneau d'explication sur Teilhard à Paissy. Entre 1915 et 1918, il est mobilisé comme caporal brancardier (il refuse d'être aumônier militaire) au front dans le de marche de tirailleurs marocains.
Deux de ses frères meurent lors de cette guerre. Quant à lui, sa bravoure lui vaut la médaille militaire et la Légion d'honneur. Cette expérience de la guerre lui permet d'élaborer une esquisse de sa pensée via son journal et sa correspondance avec sa cousine Marguerite Teilhard-Chambon (une des premières agrégées de philosophie de France) qui sera publiée dans Genèse d'une pensée..
Il reste de cet épisode une creute (une grotte) à Paissy, en mémoire des messes que Teilhard de Chardin y a célébrées entre avril et juin 1917.
Docteur ès sciences En 1916, il écrit son premier essai, La Vie Cosmique, puis, en 1919, Puissance spirituelle de la Matière, deux textes qui annoncent son œuvre plus tardive. De 1922 à 1926, il obtient en Sorbonne trois certificats de licence ès sciences naturelles : géologie, botanique et zoologie, puis soutient sa thèse de doctorat sur les « Mammifères de l'Éocène inférieur français et leurs gisements ».
Missions archéologiques en Chine En 1923, il effectue son premier voyage en Chine pour le Muséum d'histoire naturelle de Paris. Il rejoint le père Émile Licent, naturaliste au Musée Hoangho Paiho de Tianjin qui a fait cette demande à Marcellin Boule, le professeur de paléontologie du Muséum national d'histoire naturelle, à Paris..
Le père Licent fut donc un collègue de Teilhard de Chardin dans la conduite de la recherche archéologique dans les provinces septentrionales de la Chine au cours des années qui suivirentXing Gao, Qi Wei, Chen Shen, and Susan Keates. « New Light on the Earliest Hominid Occupation in East Asia », Current Anthropology, volume 46, 2005, p. S115–S120. .. En mai 1923, Pierre Teilhard de Chardin, docteur ès sciences en 1922 et vice-président de la Société géologique de France en 1923, va ainsi travailler, pour sa première campagne en Chine, sur les gisements de fossiles repérés au Gansu et en Ordos par Émile LicentLes Premiers hommes de Chine : 1 million à av. J.-C., Dossiers d'Archéologie, éditions Faton, , avril 2004, : « Les premières missions archéologiques françaises » par Arnauld Hurel, en collaboration avec Christophe Comentale.. Ils découvrent plusieurs sites d'industrie lithique, d'époque paléolithique. En 1924, la mission achevée, Teilhard de Chardin rapporte en France un important matériel lithique et faune. C’est ainsi que Teilhard, chercheur formé par Marcellin Boule, prend la tête de la Mission paléontologique française dès 1923, au moment où la concurrence mondiale en matière scientifique comme dans les autres domaines apporte un flot de découvertes : dès 1921, une équipe internationale avait découvert le premier « Sinanthrope », ou Homme de Pékin. En 1925, il publie avec Paul-Honoré Fritel un article sur les plantes mésozoïques provenant de Chine..
Explorant le désert d'Ordos en Mongolie-Intérieure, Teilhard y achève sa Messe sur le monde.
Sanctionné par l’Église À son retour de Chine, il enseigne comme professeur de géologie à l'Institut catholique, puis se voit démis de ses fonctions : la diffusion d'un texte portant sur le péché originel (un document privé destiné à un jésuite, Note sur quelques représentations historiques possibles du péché originel, qui n'était pas destiné à être publié) lui cause en effet ses premiers troubles avec le Vatican.. L'ordre des Jésuites lui demande d'abandonner l'enseignement et de poursuivre ses recherches géologiques en Chine.. La source du différend est que Teilhard envisage la sélection darwinienne non comme une punition, mais comme partie intégrante de ce qu'il suppose être un plan divin.
L'Asie et le reste du monde En 1926, il retourne en Chine et se voit attribuer le rôle de conseiller pour les fouilles de la grotte de Zhoukoudian sous la direction du paléoanthropologue Davidson Black, qui occupa un rôle de premier plan dans l'étude scientifique du sinanthrope., relayé, à la suite de son décès en 1934, par le paléoanthropologue allemand Franz Weidenreich. Pierre Teilhard de Chardin participe en 1931 à la Croisière jaune. Jusqu'à son installation à New York en 1951 comme conseiller de la Wenner-Gren Foundation., Teilhard de Chardin a poursuivi une carrière scientifique ponctuée de nombreux voyages d'études : Éthiopie (1928), États-Unis (1930), Inde (1935), Java (1936), Birmanie (1937), Pékin (1939 à 1946) et Afrique du Sud (1951 et 1953).
Doctrine de la création En 1932, dans Christologie et évolution, Teilhard propose sa vision évolutive de la doctrine de la création ; il y examine également la question du mal et le dogme du péché originel« Créer, même pour la Toute-Puissance, ne doit pas être entendu par nous à la manière d'un acte instantané, mais à la façon d'un processus ou geste de synthèse. L'Acte pur et le « Néant » s'opposent comme l'Unité achevée et le Multiple pur. Ceci veut dire que le Créateur ne saurait, en dépit (ou mieux en vertu) de ses perfections, se communiquer immédiatement à sa créature, mais qu'il doit la rendre capable de le recevoir. ».
Titres et distinctions En 1946, Pierre Teilhard de Chardin est promu officier de la Légion d'honneur au titre des Affaires étrangères en reconnaissance de son importante contribution à la recherche française en Chine.. Il est élu correspondant de l'Académie des sciences (section de minéralogie) en 1947 et membre non-résident en 1950.. En 1947 Edmond Faral lui propose, au nom de l'assemblée des professeurs du Collège de France, de postuler à la succession de la chaire d'Henri Breuil, mais il décline sur ordre de ses supérieurs. Il est nommé directeur de recherche au CNRS en 1951Dossier de carrière au CNRS conservé aux Archives nationales sous la cote 20070296/515. et élu membre d'honneur de l'Académie des sciences de New York en 1952.
Décès En 1954, au cours d'un dîner au consulat de France des États-Unis, il confiait à des amis : . Il meurt le 10 avril 1955, jour de Pâques, à New York, d'une crise cardiaque.